Entretien avec le réalisateur du documentaire 3D “Du sable à la poussière” sur l’art de Burning Man

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Le réalisateur Arnaud Paris et le producteur Andrea Biscaro ont lancé une campagne sur Indiegogo, premier site de financement communautaire mondial, afin de lever les fonds nécessaires à l’achèvement du tournage du documentaire ‘Du Sable à la Poussière’. Ce film tourné en 3D relief très haute résolution propose au spectateur une immersion dans l’univers du festival Burning Man en mettant en avant les œuvres et les artistes présents lors de l’édition 2013. Ce film est un témoignage de cet événement culturel majeur et une démonstration saisissante d’un art largement méconnu.

Campagne Sur Indiegogo: http://igg.me/at/burningmanmovie

Pour le dernier jour de cette campagne, Viddy Well revient sur cette aventure au coeur de Burning Man grâce à un entretien exclusif avec le réalisateur du film, Arnaud Paris.

Comment avez-vous entendu parler de Burning Man pour la première fois et comment vous est venue l’idée de ce documentaire?

“J’ai habité dans une communauté d’artistes près de Los Angeles pendant plusieurs années qui se rendait chaque année au festival. Je voulais faire un documentaire sur l’art de Burning Man qui puisse témoigner de la créativité de ces artistes souvent inconnus dans le monde de l’Art. C’est une forme d’expression artistique très particulière que l’on trouve à Burning Man, fortement influencée par la nature et les valeurs du festival ainsi que par son côté éphémère et sa relation au feu.

Les “Burners” (les gens qui vont à Burning Man) disent qu’il est impossible de décrire Burning Man à quelqu’un qui n’y ait jamais allé… Voulez vous essayer ?

En vérité je ne pense pas avoir encore vécu ma première véritable expérience à Burning Man. Nous étions tellement obnubilés par notre tournage et ses challenges permanents… Je ne suis sans doute pas la meilleure personne pour vous répondre. Peut-être cette année !

Il y a eu plusieurs documentaires sur Burning Man, le votre s’en démarque et n’est pas axé sur l’organisation elle-même ni sur les clichés sexe et drogue du festival… Vous avez choisi de mettre en lumière les artistes, pourquoi ?

Ce festival est en effet controversé et comme vous le dites le sujet avait déjà été traité à plusieurs reprises. Il y avait tellement de choses à dire sur l’Art de Burning Man qu’il ne me semblait pas nécessaire d’aborder ces aspects là qui ne se prêtaient pas nécessairement à un tournage 3D non plus.

C’est aussi le premier film IMAX 3D fait à Burning Man, pourquoi avoir choisi ce format et quels ont été les challenges de tourner dans un tel environnement ?

Les installations artistiques présentées à Burning Man sont souvent imposantes de par leur taille, sans parler du décor même en plein désert avec de magnifiques chaînes de montagnes au lointain. Je pensais que la meilleure façon de partager avec le spectateur ce que l’on peut ressentir au contact de cet Art unique au monde était de le filmer en Imax3D.

 Mais je dois avouer que ce n’était pas chose facile que d’arriver à filmer avec ce type de technologie tout en étant une production indépendante. Nous avions la chance d’avoir des équipes familières des tournages en 3D et j’ai moi même travaillé en tant que stéréographe sur plusieurs projets cinéma 3D ces dernières années. Le matériel que nous avons utilisé avait été optimisé et préparé à un tournage en plein désert, de manière à offrir suffisamment de mobilité et de réactivité pour un tournage ‘documentaire’.

Cependant quand on se retrouve avec une configuration pas très éloignée de celle de “The Hobbit” alors qu’une énorme tempête de sable nous tombe dessus je peux vous garantir qu’on n’est pas très serein. Mais le matériel a quand même bien tenu malgré ces conditions difficiles et nous avons ramené les 8 caméras Epic du tournage intactes.

Les Burners sont connus pour être gentiment réfractaires à l’arrivée de nouveaux festivaliers qu’ils appellent “les vierges”… Comment ont-ils perçu le regard de votre caméra et la présence de votre équipe ?

C’était évidemment un point délicat que nous avons essayé d’anticiper au mieux avec les organisateurs du festival. Mais le fait que notre documentaire se concentre sur l’Art de Burning Man lui a permis d’obtenir un soutien de la plupart des participants qui accueillaient chaleureusement une telle initiative. Nous avons senti qu’il y avait une véritable attente dans la communauté des ‘Burners’ pour un tel projet.

Comment s’est fait votre travail avec les artistes ; y-a-t-il eut beaucoup de préparation avant le festival ou avez-vous improvisé les rencontres sur place ?

Nous avons établi une relation avec la plupart des artistes en amont du tournage pour que notre caméra ne soit pas intrusives lorsque nous étions en train de les filmer dans leur travail. C’était aussi une façon pour moi en tant que réalisateur d’obtenir de ces artistes le plus de naturel possible durant les interviews. Nous avons aussi improvisé quelques rencontres sur place mais la communication à l’intérieur du festival est très problématique; aucun téléphone ne fonctionne car nous sommes en plein désert. Sans connaitre les gens de visu il est presque impossible de les retrouver au milieu de ces 68 000 participants.

 Quels oeuvres vous ont le plus marquées cette année ?

J’ai vraiment été interpellé par Church Trap pour son questionnement de la religion tout en célébrant sa portée artistique. Il y avait aussi la statue Truth Is Beauty de Marco Cochrane qui était véritablement sublime avec une éclairage incroyable la nuit. Le Temple était également une installation avec une portée émotionnelle très forte; les gens venaient y témoigner leur amour pour leurs proches récemment disparus en disposant des messages et des photos à l’intérieur de cette gigantesque pyramide de bois.

Votre meilleur souvenir de BM? Le pire? :)

Le meilleur serait quand nous je me suis retrouvé à 50m de hauteur sur une grue avec une de nos caméras 3D pour filmer le ‘Burn’ du Temple et que ce dernier s’est transformé en un gigantesque foyer dans le silence le plus absolu alors qu’une foule de plus de 30 000 personnes était rassemblée tout autour. Ce moment de communion était tout simplement magique.

Le pire serait nous sommes retrouvé avec mon opérateur sans véhicule en plein milieu d’une gigantesque tempête de sable et que nous devions protéger notre matériel du mieux que nous pouvions sans voir plus loin que le bout de notre nez.”

Pour plus d’informations sur le film :

Site internet du film: artofburningmovie.com

Facebook: https://www.facebook.com/burningmanmovie

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Pour une majorité de personnes, ce film sera l’unique occasion de découvrir l’Art de Burning Man et les œuvres de l’édition 2013 uniquement exposées durant la semaine du festival et qui, pour la plupart, seront ensuite détruites ou définitivement démontées. Cette campagne Indiegogo apportera les fonds nécessaires pour terminer le montage, la musique et les nombreuses étapes de finition de ce film ambitieux avec une qualité similaire à celle d’un film en Imax3D. A l’aide de ce financement, le film « Du Sable à la Poussière » pourra être achevé dès le mois d’octobre 2014.

Pour soutenir ce projet, les artistes ont fait don de dessins originaux et de photos dédicacées pour remercier les participants à cette campagne Indiegogo. On trouvera parmi les donations des épreuves originales du photographe Michael Garlington, des morceaux de sculpture de l’artiste Jena Priebe ainsi que des esquisses de Michael Christian ou encore des pendentifs de bronze du sculpteur Marco Cochrane.

“Nous avons vraiment été touchés par le soutien de tous ces artistes depuis le début du projet. Ils ont tous collaboré et je souhaite que ce film en 3D rende leur vision artistique le plus fidèlement possible pour s’approcher de ce qu’ont pu ressentir les participants du festival.” explique le réalisateur Arnaud Paris.

 Arnaud Paris et son équipe ont travaillé pendant plus de 3 ans sur le film “Du Sable à la Poussière” avant de bénéficier d’une aide du CNC qui a permis de lancer le projet. Le producteur italien Andrea Biscaro s’est joint à l’aventure apportant le financement complémentaire que nécessite cette production ambitieuse en qualité Imax3D.

Les artistes participants au film ont tous bénéficié de bourses de la fondation Burning Man pour l’Art. Certains sont  reconnus depuis plusieurs années dans le monde artistique ayant exposé leurs œuvres dans des musées et en galeries. D’autres sont des fervents défenseurs d’un art ‘rebel’ qui ne s’expose qu’à Burning Man. Plusieurs équipes étrangères ont même parcouru des milliers de kilomètres pour venir installer leurs œuvres dans le désert du Nevada comme l’équipe russe, sud-africaine ou française.

Burning Man se veut aussi un incubateur pour jeunes artistes et propose un lieu d’expression sans limite et d’exposition immense, c’est en quelque sorte le plus grand musée du monde. C’est aussi un festival qui met en avant les nouvelles formes d’expression artistiques comme l’art interactif n’hésitant pas à mélanger l’art classique avec des installations son et lumières. La transformation du désert de Black Rock s’étale sur plusieurs semaines et voit chaque année naître une ville de plus de 60 000 habitants venus admirer le temps d’une semaine ces œuvres éphémères.

Viddy Well !

E.D.

Believe

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