Comment Jacques Demy peut changer votre vie

Par E.C

Un article enchanté !

 

1. Mettez l’amour au premier plan.

« Amour, amour, je t’aime tant…” Quand on pense à Jacques Demy, difficile de ne pas penser à l’amour, et pas n’importe lequel ! L’amour romantique dont même le perroquet de Peau d’âne chante les louanges, l’amour qui unit à jamais les amants des Parapluies de Cherbourg, l’amour qui fait les marins des Demoiselles de Rochefort parcourir le tour du monde pour trouver leur dulcinée … Qui n’a pas versé de chaudes larmes en entendant Geneviève supplier Guy : « Mon amour je t’attendrai toute ma vie » sur la musique enivrante de Michel Legrand ? Comment ne pas se pâmer devant Maxence, jeune marin en quête de son idéal féminin, chantant que un air mélancolique : « Je l’ai cherchée partout, j’ai fait le tour du monde » ? Chez Demy, l’amour « dicte sa loi »  et c’est pour ça qu’on l’aime.

 

http://youtu.be/T2l7jRLkOq0

 

2. Amusez-vous!

C’est Delphine  des Demoiselles de Rochefort qui le dit le mieux : « Le temps mon ami, pour moi c’est de l’amour. C’est rire, c’est chanter tant que dure le jour.». On va rire et virevolter, annonce Lola tandis que les jumelles, elles, sont des artistes passionnées, musiciennes, acrobates ! La vie, selon Demy, c’est des couleurs et de la joie, des chants et des rires de femmes jeunes et jolies. C’est les voir danser au beau milieu de la rue juste parce que vivre est une fête. Voir les choses du bon côté est une philosophie de vie pour les forains qui préfèrent le pire au meilleur et le plaisir à la douleur. Il faut butiner, parcourir le monde, et quand le moment vient, savoir reconnaître l’amour au premier regard. “Aimer la vie, aimer les fleurs, aimer les rires et les pleurs, bref, aimer la terre pour être heureux”. Alors, faisons comme Peau d’âne et son prince ! Fumons nous aussi la pipe en cachette et gavons nous de pâtisseries en nous roulant dans l’herbe !

 

 

3. Respectez l’interdit de l’inceste

La Fée des Lilas l’explique mieux que personne : « Mon enfant, on n’épouse jamais ses parents » En effet, épouser ses parents ne mène qu’à des malheurs ! Un échec assuré, une progéniture altérée ! La marraine assure même que ce sont là des fantasmes démoralisants et qu’il vaut mieux attendre de croiser un charmant va-nu-pieds ou un prince mendiant. S’il faut l’intervention de la marraine la fée pour préciser ce que d’aucuns pourraient croire évident, c’est que l’inceste est  toujours une tentation dans l’univers par ailleurs si ludique de Demy. Voyez dans Les Demoiselles de Rochefort Monsieur Dame (Michel Piccoli) séduit par celle dont il ignore qu’elle est sa fille, Solange (Françoise Dorléac). Et Trois places pour le 26, le tout dernier film de Demy, va jusqu’à transgresser le tabou en unissant Yves Montand et sa fille Mathilda May… Bref, Delphine Seyrig a bien raison de rappeler de sa voix inimitable qu’il faut oublier “cet hymen insensé” !

 

 

4. Restez sur vos gardes!

« Et il faisait des manières pour découper le gâteau ! Le salaud… », constate Danielle Darrieux dans Les Demoiselles. Méfiez-vous donc ! Car derrière la politesse et l’amabilité pourrait bien se cacher un sadique furieux, fou métaphysique, auteur du découpage d’une certaine Lola-Lola ! C’est le fait divers qui bouscule la petite ville de Rochefort, et tout le monde s’interroge sur ce criminel. Certains le trouvent assassin sale, quand d’autres argumentent le contraire puisqu’il prit la précaution de ranger les morceaux dans la malle. Il y a aussi ceux que le mystère enchante et qui se pressent d’aller sur les lieux du crime. En revanche, hâte à la paranoïa ! Ne pas soupçonner les hommes qui n’aiment que les blondes, ou les Américains qui s’accusent d’être criminels parce qu’ils ont bousculé une femme dans la rue !

 

 

Allez donc vite rire et chanter à la rétrospective Jacques Demy de la Cinémathèque !

Viddy Well !

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Coup de projecteur sur la série de David Fincher : HOUSE OF CARDS

Par E.D.

Avant le retour tant attendu de Game of Thrones, c’était la série dont tout le monde parlait. Produite par Netflix, une plateforme de visionnage en ligne, ainsi que par d’autres producteurs dont David Fincher et Kevin Spacey, la première saison de House of Cards a connu un succès fulgurant.

Adaptée d’une série du même nom de la BBC, elle-même inspirée d’un roman de Michael Dobbs, politicien et auteur Britannique, l’intrigue se passe cette fois à la Maison Blanche, avec en acteur principal Kevin Spacey. Le premier épisode magistral réalisé par David Fincher donne le ton, la série ne s’essouffle pas au fil des épisodes d’une première saison que l’on dévore en quelques jours.

De quoi ça parle ?

Frank Underwood (Kevin Spacey) est un homme politique Démocrate qui se voit refuser une promotion longuement attendue, le poste de Secrétaire d’Etat. C’est alors qu’il entreprend de parvenir à cette fin par d’autres moyens.

Véritable requin politique d’un sang froid glaçant, rôle qui lui sied à merveille, il utilise l’analogie lui-même en parlant de sa femme interprétée par l’excellente Robin Wright ; « J’aime cette femme comme les requins aiment le sang ». L’acteur manipule et abat ses cartes une par une dans cette course au pouvoir calculée que la morale ne freine pas. Un jeu marqué par des regards caméra de l’acteur qui mène la danse ; technique originale dans un drame, nous avions l’habitude de voir ce procédé dans des comédies comme The Office ou Parks and Recreation. Voilà que la complicité créée avec le spectateur devient tout autre ; sans nous en rendre compte, nous devenons complices de Frank, et par là même, délicieusement coupables. C’est un compliment que Frank nous fait, car il choisit méticuleusement qui il inclut dans son jeu, il nous fait confiance, nous prend sous son aile, nous explique qui sont les membres du gouvernement et qui va lui servir d’appât, comment il compte remplacer un pion par un autre ou comment les détruire sans laisser de traces.

Nous assistons à cette course au pouvoir sans avoir conscience que pour Frank, le spectateur est aussi un pion (futur électeur ?) qui valide ses actions par son silence, tout simplement parce qu’il le regarde faire en y prenant plaisir.

Mais on ne peut s’empêcher de penser à l’ambiguïté du titre. Un « Château de Cartes »  est mené à s’écrouler un jour, mais au détriment de qui ? Est-ce le gouvernement en place à la Maison Blanche qui va perdre la main au profit de celle de Frank qui remplace les cartes comme bon lui semble ? Ou bien Frank qui mène un jeu qui ne peut que se retourner contre lui ?

Nous attendons avec impatience la deuxième saison pour le découvrir… En attendant, voici la bande-annonce de la première :

Viddy Well !

@ViddyWellmovies

http://youtu.be/n6wytrQo-UE

 

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Effets secondaires de Soderbergh: L’addiction Rooney Mara

Par E.C


Avec Effets Secondaires, Steven Soderbergh fait un premier bel adieu au cinéma. On annonce son « Liberace » (Behind the Candelabra) tourné au départ pour la chaîne HBO dans la sélection cannoise 2013…  On attendra donc encore un peu, histoire de voir ce biopic autour d’un personnage flamboyant de la télévision américaine,  pour faire le bilan d’une œuvre riche de films aussi différents que séduisants. Reste que ce Soderbergh-ci – un thriller magistral – est l’avant-dernier et mérite d’autant plus qu’on s’y arrête. Emily (Rooney Mara) lutte contre la dépression alors que son mari (Channing Tatum) sort tout juste de prison. Après une tentative de suicide, elle rencontre un psychiatre (Jude Law) qui la met sous antidépresseurs, lesquels ont des effets secondaires inattendus et effrayants… L’intérêt du film ne tient pas tellement au scénario, assez basique dans ses retournements incessants, mais bien à la mise en scène. Le film commence par un superbe hommage à Psychose, et par la suite le film d’Hitchcock apparaît comme la matrice de l’histoire. Comme chez Hitchcock en effet, les femmes ont plusieurs visages, les hommes ordinaires se retrouvent pris dans un cercle infernal, et doivent user de toute leur intelligence et leurs ressources pour s’en sortir. Bref, rien n’est comme il y paraît.

Le grand plaisir d’Effets Secondaires réside dans son casting impeccable (si l’on oublie l’interprétation botoxée de Catherine Zeta-Jones) : Jude Law est toujours meilleur quand il ne doit pas jouer les jolis cœurs, et Vinessa Shaw (l’autre femme du Two Lovers de James Gray) est une présence toujours appréciable. Tous sont pourtant éclipsés, écrasés même par la géniale Rooney Mara.  On se souvient des premières minutes de The Social Network où la jeune actrice interprétait la petite amie de Mark Zuckerberg. La scène avait un impact considérable sur tout le film, et la découverte de Fincher trouva ensuite dans Millenium un rôle d’exception, celui de Lisbeth Salander, cachée derrière ses piercings et ses sourcils rasés.

 

 

Tout le génie de Soderbergh est là : contrairement à Fincher, il ne dissimule pas son actrice derrière des artifices. Bien au contraire : il expose son visage à la lumière, la filme en gros plan comme pour tenter de percer le mystère de ce visage étrange, indéchiffrable. La peau diaphane, de grands yeux bleus, le teint délicat : le visage est celui d’un ange. Au début du film, Rooney Mara est une femme en proie à une dépression terrible, désarmée face aux démons qui l’envahissent. Sereine un instant, le visage est défiguré par les larmes, défiguré par l’angoisse, et cette déconstruction ne dure que quelques secondes. Dans la deuxième partie, en revanche, la jeune fille se fait séductrice, puis féroce et glaciale. C’est le talent des grandes actrices de l’âge d’or hollywoodien qu’on retrouve dans ce visage étonnant : celui des Vivien Leigh, ou des Elizabeth Taylor, de ces femmes qui pouvaient tout jouer, dont l’intelligence et l’instinct de jeu atteignaient les sommets. On pense aussi à Jean Simmons dans Un si doux visage de Preminger… Voilà bien le vrai sujet d’Effets Secondaires : le visage, ou plutôt les visages, d’une actrice hors du commun. Car ce visage fascine, on pourrait le regarder des heures tant chaque expression est embuée de mystère.

Aujourd’hui icône de mode, sujet photographique passionnant pour les magazines (voir les photos splendides du magazine Interview), Rooney Mara n’a pas fini de nous étonner. Elle a déjà fait grand bruit au festival de Sundance, où elle a présenté Ain’t Them Bodies Saints avec Casey Alffleck. Elle sera aussi en tête d’affiche du prochain Terrence Malick aux côtés de Ryan Gosling et Michael Fassbender. On l’attend bien sûr dans la suite de Millenium, pour lequel on espère la voir refaire équipe avec David Fincher. Préparez-vous donc, l’addiction Rooney Mara ne fait que commencer !

Viddy Well !

Rooney Mara, Interview Magazine

 

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