Mieux vaut revoir Le Magicien d’Oz qu’aller voir le film insipide de Sam Raimi !

Par E.C


 

Quelle idée de faire un « prequel » ?

Le film se veut la genèse du Magicien d’Oz (1939), à savoir comment le magicien est devenu magicien et pourquoi il se cache obstinément derrière son rideau. Mais le problème est de taille : n’apprenait-on pas à la fin du film de Victor Fleming que tout était un rêve de la jeune Dorothy ? Le film occulte la révélation et prétend qu’Oz est un endroit réel auquel on accède mystérieusement en étant pris dans l’œil d’une tornade. Car force est de constater que la mode d’aujourd’hui est au conte (les Cendrillon, Belle au bois dormant qui nous attendent, et les récents Blanche-Neige) : après le succès d’Alice au pays des merveilles, les studios ont tous copié l’idée et se lancent dans des films conçus avec des effets spéciaux titanesques. Le problème est le même que dans Alice : la laideur esthétique. On ne peut s’empêcher pendant l’intégralité du film de penser que toutes ces images sortent d’un ordinateur, c’est à peine si l’on ne voit l’écran vert qui se cache derrière les acteurs. On devrait s’émerveiller, mais la laideur envahit trop l’écran et finit par heurter le spectateur. Où est donc passé l’artisanat qui fit pendant longtemps le charme de ce cinéma ? Où sont les délicieux  décors de studio du Magicien d’Oz originel ? On a beau dire, une sorcière à la peau maquillée en vert n’est pas la même qu’une sorcière colorée en vert par des moyens technologiques.

 

 

Pourquoi un héros, et non plus une héroïne ?

Ah qu’elle nous manque la jeune Dorothy, interprétée par Judy Garland dans le Magicien d’Oz ! Écoutons-la chanter « Somewhere over the rainbow » et rêvons avec elle à un ailleurs en Technicolor, où épouvantail, Homme de fer, et lion parlent et dansent comme des humains. La poupée de porcelaine du film de Sam Raimi n’arrive pas à la cheville de ces héros peu traditionnels. On ne dira jamais assez à quel point la présence physique d’un acteur s’avère essentielle au cinéma. Applaudissons donc Ray Bolger, Jack Haley, et Bert Lahr, les trois interprètes du Oz originel, qui même s’ils vécurent des moments bien difficiles dans leurs costumes, peuvent se targuer d’avoir livré des performances historiques. Dans le Magicien d’Oz, c’était Dorothy qui menait ces trois personnages vers leur destin, qui leur permettait d’obtenir ce qu’ils avaient désiré le plus au monde. C’était Dorothy la plus courageuse, la plus volontaire, la plus forte. C’était Dorothy qui tuait la méchante sorcière de l’Ouest. Ici nous n’avons guère qu’un James Franco grimaçant, obsédé par l’argent et les femmes, lesquelles ne cessent de se pâmer devant lui, chacune désespérée de ne pas avoir un homme à ses côtés. Et qu’arrive-t-il lorsque le malheureux Oz se comporte comme Dom Juan ? Les femmes se transforment littéralement en sorcières, deviennent affreuses, laides à l’extrême, et jurent de mettre à feu et à sang tout ce qui osera désormais leur résister. Quelle morale !

 

 

Où sont-les acteurs ?

Ils s’avèrent bien décevants. James Franco ne possède guère de présence et agace plus qu’il n’amuse. Les pourtant splendides Michelle Williams et Rachel Weisz ne semblent pas s’amuser dans leurs rôles de bonne et mauvaise fées. L’une se contente de sourire tandis que l’autre demeure rigide pour montrer sa froideur. Quant à Mila Kunis, elle nous fait seulement regretter la machiavélique Margaret Hamilton, sorcière géniale dont le rire résonne encore à nos oreilles. Ces performances plates et sans relief reflètent le manque d’originalité du scénario. L’histoire se déroule paresseusement, alternant entre comédie et action, celles-ci ne visant qu’une simple distraction. Le film de Victor Fleming en était une aussi, mais dans le meilleur sens du terme. Avec Le Magicien d’Oz, on s’envolait réellement au-delà de l’arc-en-ciel, on rêvait avec Dorothy, on frissonnait à ses côtés. Et la marche de la jeune fille le long du petit chemin de briques jaunes était bien plus complexe – comme l’a récemment analysé le New York Magazine – que la marche inéluctable de Oz-James Franco vers des piles d’or massif. « There’s no place like home » affirmait Dorothy à la fin du Magicien d’Oz. Après avoir vu le film de Sam Raimi,  une chose est sûre: « There’s nothing like old cinema. »

 

Viddy Well !

Un commentaire pour “Mieux vaut revoir Le Magicien d’Oz qu’aller voir le film insipide de Sam Raimi !”

  1. Il a 75 ans, le Magicien d’Oz initial. Sa musique est connue dans le monde. Son rêve est celui de générations et générations.
    Mais le nouveau, comme tout ce qui sort désormais, a une toute autre vocation: le maximum de blé dans le minimum de temps.
    A l’époque on se plaçait dans l’intempolrel, du moins on se souciait peu, au regard de l’oeuvre, du quand, comment, combien, où.
    Aujourd’hui tout oeuvre doit être rentable à court terme. Peu importe de savoir si la trame tient la route. On va bluffer le public avec des moyens techniques au point qu’il en oubliera toute ligne directrice, baladé par les images de synthèse, la 3D, le son qui vous bourre les oreilles, etc…
    Cela ne dure pas longtemps à l’affiche? Tant mieux: on a un d’Oz II ou un d’Oz le retour sous notre clavier, prêt à sortir!

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