Rencontre avec Dustin Hoffman pour l’avant-première de son film QUARTET.

Par E.D.

Dustin Hoffman vainqueur du "Hollywood Breakthrough Director Award"

Du 1 au 8 Novembre s’est déroulé à Hollywood l’AFI FEST, avec en avant-première un grand nombre de films attendus dont Hitchcock de Sacha Gervasi en ouverture du festival. En film de clôture, Lincoln, de Steven Spielberg, avec Daniel Day Lewis qui, comme d’habitude, a raflé tous les milkshakes avec sa performance présidentielle… Nous l’attendons aux Oscars.

Parmi la sélection, deux films francophones étaient également présents : De Rouille et d’Os, de Jacques Audiard et Lawrence Anyways de Xavier Dolan.

Mais c’est à un jeune débutant, autre célèbre travesti, que ce post est dédié. Vous l’avez vu sous mille visages ; porter avec grâce une perruque et une robe rouge à paillettes dans Tootsie, boiter à travers les rues de New York dans Macadam Cowboy, sur les traces du Watergate dans Les Hommes du Président, ou encore compter en un clin d’œil des milliers d’allumettes dans Rain Man. Agé de 75 ans, Dustin Hoffman s’éloigne des projecteurs après plus de 45 ans de carrière pour passer derrière la caméra le temps d’un long-métrage, avec son premier film en tant que réalisateur.

« Quartet » raconte l’histoire d’anciennes stars d’opéra réunies dans une maison de retraite qui menace de fermer ses portes. Pour sauver leur havre de sérénité, les résidents organisent chaque année un concert qui ravive par la même occasion la flamme de leur talent. Mais cette année, une nouvelle résidente : Maggie Smith en diva qui perd la tête, vient bousculer leur harmonie, et bien sûr, rendre le film plus intéressant.

En comédie légère, Quartet amuse et rafraîchit le genre. Entre conflits d’égos de stars sur le déclin et histoires d’amour du troisième âge, Dustin Hoffman réalise un film simple dont l’humour lui ressemble et où l’on sent l’importance de l’espace accordé aux acteurs.

Le 4 novembre, lors de la projection en avant-première de son film, l’acteur/réalisateur était présent pour répondre à quelques questions.

Retour sur le débat :

Dimanche soir. Le festival bat son plein. Une salle pleine à craquer et impatiente de voir arriver la légende de cinéma qu’elle a aperçu furtivement à l’entrée. Un petit homme rentre discrètement, se dirige lentement vers le micro et attend que les bruits s’évanouissent. La salle se rend compte : « Hey ! C’est Dustin Hoffman ! »

Silence.

Sans cérémonie, le réalisateur présente son petit film comme un étudiant présenterait son travail de fin d’année. « Il espère que le film nous plaira », et s’excuse auprès des spectateurs placés au tout premier rang car ils devront lever la tête pendant deux heures au risque de sortir avec un torticolis. Le public est amusé, la longue filmographie du grand homme ne semble pas lui servir de piédestal du haut duquel il daignerait nous parler. Avec son sourire sympathique et bienveillant, Dustin Hoffman nous souhaite un bon film et nous dit à tout à l’heure. On regrette de le voir partir si vite mais on se rassure, il va revenir. Pendant le film, le public rit vite de bon cœur, conquis. Ce n’est pas un grand moment de cinéma (réalisera-t-il un autre film?), la mise en scène sans prétention est au service des acteurs, basée sur leurs réactions avant tout. Un film réalisé par un acteur, pour des acteurs.

Les applaudissements chaleureux accueillent le retour de Dustin Hoffman : la salle a passé un bon moment.

Son interlocutrice lui demande s’il y a eu beaucoup d’improvisation lors du tournage.

Vous savez, dit-il, le terme improvisation est utilisé un peu largement. Il y eu plusieurs versions du scénario. J’ai travaillé avec le scénariste, et on réécrivait et restructurait le scénario pendant la pré-production du film. Et puis quand on a appelé les acteurs, j’y suis allé intuitivement, je leur ai dit « Je ne veux pas que vous pensiez à eux comme à des personnages, que veux vous voir jouer au plus près de vous même. On est tous dans le même bateau, on a tous dans les 70 ans, et je veux savoir ce que ça vous fait. Et je veux que vous ayez le courage de montrer ça et de montrer ce que ça fait d’être à ce stade de votre vie, et c’est ça qu’on devrait mettre à l’écran.

« On est tous dans le même bateau », « qu’on devrait mettre à l’écran », Dustin Hoffman s’inclut dans le cercle des acteurs, ces questionnements il se les pose également. Il s’agit là d’un travail d’équipe, tous les acteurs y ont mis du leur ; des bribes de dialogues, des fragments autobiographiques. Oui, il leur a laissé une certaine liberté d’improvisation, il était toujours à l’écoute de leurs propositions.

« Quels ont été les défis inattendus auxquels vous avez dû faire face en passant du métier d’acteur à celui de réalisateur ? »

C’est incroyable à quel point j’ai été naïf pendant plus de 45 ans… Parce que nous, les acteurs, on arrive sur le plateau le matin, totalement absorbés par notre truc, notre scène, nos personnages, par nos idées, et on est un peu comme des gamins… On a élevé 5 enfants… Je rentrais à la maison après le travail et j’étais sidéré par à quel point les enfants étaient brutalement insensibles… Je leur disais « Je suis vraiment fatigué » et ils me répondaient « hey papa, est-ce que je peux faire ci, est-ce que je peux faire ça ? » et c’est un peu comme ça que j’étais sur le plateau… J’avais une idée, « tiens, j’aimerais bien faire ça »… et je n’avais aucune idée des horreurs que le réalisateur avait dû subir depuis les dernières 24h ; il a perdu tel acteur, il a perdu tel décor, les accessoires ne sont pas les bons… Cette myriade de malheurs qui arrivent tous les jours… ça, c’était nouveau pour moi, et ça m’a rendu bien humble devant tous les réalisateurs que j’ai détesté au fil des années. (rires)

Toujours de bonne humeur, Dustin Hoffman répond ensuite aux questions du public (nous avons peur que quelqu’un pose une question stupide), mais le public est sage, un peu trop long sur les compliments peut-être, ou posant une question de trois mètres de long, mais Dustin Hoffman est patient et répond avec intérêt. Il pose des questions aux public lui-même : quand quelqu’un lui dit qu’il s’est reconnu dans ce film sur des musiciens car il joue lui-même d’un instrument… l’acteur lui demande « ah oui ? Quel instrument ? »

Si nous n’étions pas déjà fan, nous sommes alors convaincus, l’envie nous prend de lui faire signe de notre siège et de lui proposer « Dustin Hoffman, allons boire un café, soyons amis, adoptez moi ? » Mais l’échange passe trop vite et nous n’osons pas.

Les lumières tamisées se rallument, le public s’en va, charmé.

Alors oui, nous avons aimé Quartet, et surtout Dustin Hoffman.

Le film sortira en France le 1er Mai 2013. En attendant, voici la bande-annonce.

Viddy Well !

http://youtu.be/wSEnh8Hi62E

 

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