Frankenweenie: Le grand retour de Tim Burton

par E.C

Quel soulagement ! Tim Burton est vraiment de retour ! Après deux films ratés, Alice au pays des merveilles et Dark Shadows, le cinéaste le plus décalé d’Hollywood revient sur nos écrans avec un film d’animation délicieusement effrayant.

Il y a vingt-huit ans, le tout jeune Burton s’embarquait dans une première version de ce conte fantastique, en empruntant autant au roman de Mary Shelley qu’à sa propre enfance. Ce premier Frankenweenie, qui avait pourtant Shelley Duvall en tête d’affiche, connut un sort aussi triste que celui du petit Sparky, le chien adoré de Victor Frankenstein, écrasé par une voiture. Le court-métrage, jugé trop violent pour un jeune public, fut en effet mis au placard par les studios Disney.

Aujourd’hui, Tim Burton prend sa revanche ! Le voilà qui réanime (dans tous les sens du terme) aujourd’hui sa création et la transforme en long-métrage d’animation image par image.

Le seul ami du jeune Victor Frankenstein, c’est son petit chien Sparky. S’il était plus attentif, il remarquerait sans doute que sa voisine, l’étrange Elsa Van Helsing, lui fait les yeux doux. Mais Victor ne s’en rend pas compte, occupé qu’il est à s’amuser avec son partenaire de jeu, dont il fait aussi sa star favorite : car Victor réalise des films à ses heures perdues. Sparky mérite bien son nom : il est la seule étincelle de la morne vie solitaire de Victor. Mais voilà : Sparky est écrasé par une voiture. On imagine le drame : avec lui, c’est la joie de vivre du petit garçon qu’on enterre. Jusqu’au jour où M. Rzykruski, son professeur de sciences, montre à ses élèves les pouvoirs de l’électricité. Victor prend alors la suite de son célèbre prédécesseur, le savant-fou Frankenstein, et par une nuit d’orage ramène son chien d’entre les morts.

Véritable hommage au film de James Whale, qui avait Boris Karloff pour vedette, Frankenweenie est une version heureuse du roman de Mary Shelley, un conte optimiste qui se place en opposition directe avec l’autre réécriture de Frankenstein par le cinéaste : Edward aux mains d’argent. Edward et Sparky sont jumeaux : tous deux ont une âme pure, et éprouvent un amour inconditionnel pour leur créateur ; tous deux ont aussi été rafistolés, rapiécés et recousus de toutes parts… Sparky et Edward, avec leurs cicatrices et leur évidente différence, doivent également faire face à l’incompréhension d’une société pour qui l’apparence extérieure est une valeur fondamentale. Ce sont deux créatures d’un autre monde, qui font du mal sans le vouloir et sans s’en rendre compte. Mais si Edward aux mains d’argent se concluait sur une note mélancolique, Frankenweenie offre une fin plus douce et bien plus optimiste. Cette touche positive si rare chez le cinéaste, on la trouve ici dans le couple uni et aimant que forment M. et Mme Frankenstein. Oubliés les parents indignes de Lydia Deetz dans Beetlejuice, ou la belle-mère maléfique de Sleepy Hollow. Les parents ont ici le bien-être de leur enfant à cœur.

Qu’on se rassure cependant :  la noirceur humoristique de Burton ne l’a pas quitté ! Les enfants, leur étrangeté et leur méchanceté, ont toujours été une des cibles préférées du cinéaste (voir Charlie et la Chocolaterie). Ils ne sont ici guère épargnés ! Que ce soit Bob, le gentil garçon un peu trop enrobé, Toshiaki, l’obsédé de la réussite ou Edgar ‘E’ Gore, sosie de Boris Karloff : Burton trouve dans ces figures enfantines de quoi construire une satire de la société. On adore Weird Girl, cette fillette étrange aux grands yeux immobiles, inspirée de la « Staring Girl » (« La fille qui fixe ») des poèmes de Burton. Comme toujours, ce sont les personnages les plus décalés, les plus « étrangers » au monde que Burton réussit le mieux, sans doute parce qu’il se reconnaît en eux. Et  le duo formé par cette drôle de petite fille et son chat, M. Whiskers (M. Moustaches) est irrésistible.

Pour donner voix à son film, Burton a rassemblé des vieux fidèles : Catherine O’Hara, interprète prodigieuse de trois personnages (la mère, la prof de gym et la petit fille étrange) ; Martin Short ; Winona Ryder dans une version revisitée du rôle qu’elle tenait déjà dans Beetlejuice ; et surtout le grand Martin Landau qui réinvente sa propre interprétation de Bela Lugosi dans Ed Wood.

Enfin, signalons que la 3D est cette fois non seulement justifiée, mais admirablement utilisée (ce n’était pas le cas dans Alice par exemple) A peine le générique a-t-il commencé que l’on se retrouve projetés, non pas dans un film, mais dans le laboratoire même du génie. S’animent devant nos yeux ces petites créatures si finement modelées, si originales et folles que l’on ne s’étonne guère de l’affinité de Burton pour Frankenstein et son monstre. Mais alors que le Frankenstein de Shelley fabriquait une créature d’une laideur monstrueuse, Burton, lui, signe une création magistrale.

Viddy Well !

 

Un commentaire pour “Frankenweenie: Le grand retour de Tim Burton”

  1. On ira sans aucun doute voir le film avec plaisir, mais bon, le court métrage Frankenweenie de 1984 étant déjà excellent, et tout ça sent furieusement le réchauffé, révèlant au passage un relatif manque d’inspiration, après deux films en effet moyennement reçus. Burton tourne en boucle. Toujours ces mêmes personnages, toujours ces mêmes références aux grands que sont Karloff et Price. Je pense maintenant qu’on a bien bien compris, mais je commence à me lasser. Burton est capable de créations purement originales dans un registre tout aussi fantasque (‘Big Fish’ en 2003), mais là le doute s’installe, et la grande rétrospective a la Cinémathèque a coïncidé avec un moment de sa carrière ou son étoile commence à pâlir. Ne désespérons pas, Disney a vécu à peu près la même chose à la fin des années 40 avant de se reprendre.

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