EMMYS 2012 : Les cinq raisons qui font de Homeland la meilleure série de l’année

Attention cet article contient des SPOILERS sur la saison 1 de Homeland

1. Un scénario éblouissant

C’est l’anti-24 heures chrono, ce n’est pas la série qui va à cent à l’heure, mais celle qui prend le temps de construire une base solide, qui doit son intelligence à l’équilibre entre le public et le privé. Carrie Mathison et Nicholas Brody deux héros qui ont un rôle public. Brody parce qu’il est ce soldat « héroïque » revenu de l’enfer ; Carrie parce qu’elle se dévoue corps et âme à protéger son pays. Brody retrouve sa femme et ses deux enfants, famille autrefois unie qu’il n’a pas vue depuis 8 ans. Comment renouer avec ses proches ? Brody leur cache-t-il quelque chose ou bien tente-t-il juste de se réajuster du mieux qu’il peut ? Face au stress post-traumatique du soldat se trouve Carrie, qui doit, elle aussi, faire face à ses démons : elle est bipolaire : tendances paranoïaques, surexcitation, dépression… Autant de manifestations que Carrie doit gérer auprès de sa famille ainsi qu’au travail. Comment donc savoir si Brody est réellement devenu terroriste ? Est-ce la paranoïa de Carrie ou bien son savoir professionnel qui parle ?

2. Des personnages complexes interprétés par un casting bluffant

On ne s’étonne pas que Damian Lewis et Claire Danes soient tous les deux repartis avec des récompenses ! Il fallait bien deux maîtres pour parvenir à interpréter ces deux monstres d’ambiguïté. Souvenez-vous de l’épisode dans la maison de campagne, où Carrie et Brody s’affrontent, chacun cherchant à démasquer l’autre. Manquait tout de même une nomination pour Morena Baccarin, qui joue avec délicatesse le rôle difficile de la femme de Brody.

3. Le meilleur suspense de fin de saison

Jamais, ô jamais, on n’avait attendu une saison 2 avec tant d’impatience depuis la fin de Lost, reine du suspense. La dernière scène de Homeland saison 1 glace d’effroi tout en procurant un délicieux plaisir d’attente. Saluons aussi le petit clin d’œil fait à Twin Peaks, quant à l’importance de ce nom chuchoté dans la nuit (voir le rêve de Dale Cooper où Laura Palmer lui révèle le nom de son assassin).

4. Homeland reine car Mad Men ne l’est plus.

Mais quelle révolution ! Quatre ans que la série adulée de Matthew Weiner remportait l’Emmy de la meilleure série dramatique ! Voilà le roi renversé et même humilié puisque Weiner repart sans aucun des 17 Emmys pour lesquels il était nominé. Sur Viddy Well, nous sommes bien contents car la saison 5 de Mad Men nous avait bien déçus. (https://blog.slate.fr/viddywell/2012/06/26/pourquoi-je-naime-plus-mad-men/)

5. Année électorale oblige…

Homeland est bien sûr une série avant tout politique, véritable miroir de l’Amérique d’aujourd’hui. Ère post-Bush, où la torture n’est plus permise (adieu Jack Bauer), où l’on ne cache plus les méfaits et les mensonges des guerres menées en Irak et Afghanistan : quand le fils de Nazir est tué par les bombes américaines, Brody est mis face à l’hypocrisie de son pays et choisit de venger cette mort injuste. C’est là la pire angoisse de Carrie : un ennemi venu de l’intérieur. Série au positionnement plutôt démocrate donc, où les erreurs commises pendant l’ère Bush sont analysées à la loupe.

Homeland est donc sans aucun doute LA meilleure série de 2012 !

Viddy Well !

E.C

 

 

 

 

 

 

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L’envers des Oscars : Visite du Dolby Theater sur Hollywood Boulevard.

Si vous passez par Hollywood, vous irez sûrement prendre la pause sur l’incontournable Hollywood Boulevard. Ne vous arrêtez pas à quelques photos de vous accroupi sur les étoiles lorsque vous pouvez accéder au Dolby Theater et visiter l’intérieur de la maison des Oscars !

Mais avant, il faut vous frayer un chemin à travers les contradictions de l’Amérique et passer par ceux qui ont élu domicile sur Hollywood Boulevard. Il n’est pas rare en effet de voir, un ou deux, que dis-je, toute une flopée de sans-abris jonchant l’une des avenues les plus célèbres du monde. Rêves déchus, artistes râtés, esprits libres ou en marge, glamour et misère sociale, toute la contradicton de la ville est réunie sur le boulevard. Plus loin, villas ultra-protégées cachées par des buissons et grillages, versus clochards californiens portant des bonnets en laine par mille degrés, ouvertement installés entre deux avenues, ou encore traînant leur caddie rempli de sacs plastiques à travers les rues de Los Angeles.

Egalement sur le côté obscur du boulevard : prostituées «en civil», drogués au crack reconnaissables, quelques junkies qui se grattent… On change de trottoir, tous déambulent sur le boulevard, on continue vers l’endroit le plus touristique : le Dolby Theater.

La foule grandit, les clochards se font plus épars, la maison des Oscars apparaît… Et là, on se dit : «C’est ÇA ?» On vérifie discrètement sur son téléphone, et non, on ne s’est pas trompé, nous sommes bien devant la Maison des Oscars, The Dolby Theater (ou The Kodak Theater avant la faillite de l’entreprise il y a plus d’un an). Vaporisée l’image glamour de la cérémonie tapissée de velours rouge… car le Dolby Theater n’est autre qu’un centre commercial, qui, une semaine avant la cérémonie, est totalement transformé pour l’occasion et recouvert de draperies rouges glamourisantes. Les magasins sont fermés, les insignes enlevées, une partie du boulevard est bloquée. La route est couverte de charpentes de bois et d’un tapis rouge, les trottoirs disparaissent, comme toutes les traces ordinaires des autres jours de l’année. Plus loins sont installées des tentes de sécurité, devant lesquelles les limousines s’arrêtent pour déposer leurs stars. Tout le monde doit présenter sa carte à l’entrée (il est arrivé à Tom Hanks et George Clooney d’oublier la leur, ils ont dû attendre une heure sous la tente qu’on vienne la leur apporter). Une fois le protocole passé, les stars déambulent sur quelques mètres (seulement… le parcours semble bien plus long à la télévision) et doivent faire face à une horde de photographes et journalistes pendant une heure ou plus. Cette partie, nous la connaissons tous. Mais à l’intérieur, que se passe-t-il ?

Et bien ne restez pas dans l’ignorance… car le Dolby Theater peut être visité pendant 30 minutes (encore faut-il le savoir, ce n’est pas évident à trouver…) ! Il vous suffit de rentrer dans le centre commercial. Tout au fond sur la gauche, au rez-de-chaussée, se trouvent une ou deux caisses désertes. Frappez à la vitre si besoin… il y a bel et bien quelqu’un, ravi de vous vendre pour $15, votre ticket pour les Oscars… enfin, pour une visite guidée du théâtre. Direction le premier étage. Les portes s’ouvrent, un guide vient vous prendre par la main, vous demande d’où vous venez : «Oh France? Greeeat !», et c’est parti. Interdiction de prendre des photos, pour compenser on vous offre une carte postale à la fin (la même depuis plusieurs années)…

 

 

Le Dolby Theater n’a pas toujours été la maison des Oscars ; la première cérémonie a eu lieu en 1929 à quelques pâtés de maison plus loin, au Roosevelt Hotel, et n’a duré que 10 minutes – rien à voir avec les 4h actuelles entrecoupées de pubs pour shampoings toutes les 8 minutes. Depuis, les Oscars ont été distribués à plusieurs endroits de la ville, pour se fixer au Dolby Theater en 2002.

La visite guidée continue, on descend de larges escaliers en pente douce (pour éviter que les dames en talons et robes à traînes s’étalent de tout leur long avant la cérémonie), puis on passe par un petit bar V.I.P. où les nominés peuvent socialiser avant de rentrer dans le théâtre. On vous montre «un vrai oscar» derrière une vitre.

 

De quoi sont faites les statuettes des Oscars ? On ne le voit pas à la télévision, mais le chevalier des arts tient dans ses mains une épée, plantée sur une base qui n’est autre qu’une pellicule filmique composée de cinq divisions symbolisant les cinq branches originelles de l’industrie : acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens et scénaristes. La statue n’est pas entièrement en or, mais «seulement» baignée dans l’or, la fabrication d’une statue coûte environ $600.

 

 

 

 

À l’intérieur du théâtre : quelques trapèzes sur la scène et des techniciens rappellent la présence du Cirque du Soleil qui a signé un contrat de 10 ans avec le Dolby Theater l’année dernière. Le reste de la salle est familier, mais l’espace semble différent, et pour cause : le théâtre est bien plus petit en réalité. Le soir de la cérémonie, les multiples caméras sont dotées d’optiques qui allongent la perspective pour rendre l’endroit plus grand…

Qui est invité ? À moins d’être le +1 de Meryl Streep ou nominé cette année, inutile de vous présenter à l’entrée en robe de soirée pour tenter de glisser votre bras autour de celui de Leonardo Di Caprio, vous n’y parviendrez pas. Les places sont si convoitées que seuls les membres de l’Academie sont invités, et encore, comme il n’y a pas de place pour tous les membres, ils sont soumis à une loterie ! C’est-à-dire que si Brad Pitt n’a pas fait de film dans l’année et qu’il n’a pas été tiré au sort… il ne pourra regarder les Oscars que de son canapé. Il y a UN moyen d’assister à la cérémonie : si vous êtes figurant. Vous avez peut-être remarqué qu’il n’y a jamais une place de libre dans le public, même lorsqu’un invité est censé être dans les coulisses ou sur scène. Certaines personnes (amis de gens bien placés travaillant dans l’industrie, ou bénévoles) sont engagés pour remplir les sièges vides. Bien entendu, ils ne choisissent pas n’importe qui ; vous êtes soumis à un petit examen au préalable pour être sûrs que vous ne vous mettrez pas à pleurer d’extase si on vous assoit à côté de Spielberg ou des stars du premier rang (les visages les plus reconnaissables par le public).

Où se trouve la presse ? Dans les coulisses. Les journalistes ne sont pas admis dans la salle. Lorsque le gagnant de l’oscar quitte la scène, il passe par un long couloir au bout duquel se trouve une maquilleuse prête à faire des retouches suite à des larmes éventuelles, puis se retrouve dans une salle où l’attendent les membres de la presse.

À part de belles photos des vainqueurs des années précédentes, il n’y a plus grand chose à voir au Dolby Theater, les stars se rendent à des afters-party après la cérémonie ou au Governors Ball, l’énorme dîner officiel qui coûte plusieurs millions de dollars.

La visite touche à sa fin, retour sur le boulevard où le glamour des Oscars s’estompe… Sur les étoiles, on retrouve les vrais habitants d’Hollywood.

 

Eric, sur Hollywood Boulevard.

Viddy Well,

E.D.

 

 

 

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The Return of Winona Ryder

She’s finally back! For years now I have been waiting for the greatest actress of the 1990s to come back to the screen in a major role. I thought that day had come with Aronofsky’s Black Swan, but the director did a poor job and barely took advantage of her acting capabilities. My wish is now fulfilled as Winona is back on our screens with two films: The Iceman (which made a lot of noise at the Toronto Film Festival) and Tim Burton’s Frankenweenie. The latter especially pleases me. It is with Burton that Ryder started her career with the exquisite Beetlejuice. She did more than hold her own next to the great Michael Keaton, as Lydia a troubled teenager who dreams of becoming a ghost. Two years later, she became Kim, a blond cheerleader who falls in love with a young man who has scissors for hands. Edward Scissorhands is the first film I saw with her. And I completely fell under the charm of the young actress. There was in Winona Ryder a poetic grace that I hadn’t seen since Audrey Hepburn. Beautiful as an angel, wide-eyed, Winona Ryder also had the advantage of conveying a troubled personality. It seemed as though a rage or anger was buried within her, hidden behind her softness and that demanded to be revealed. And it is that desperately passionate Snow White that FF. Coppola revealed in his masterpiece, Dracula. As Mina, Ryder not only appears as the perfect princess. She is also the perfect companion to the devilish and seductive Count Vlad. Gary Oldman and Winona Ryder succeeded where the Stewart-Pattinsons of today failed. They embodied the perfect romance and the violence of love at the same time. You can only believe Dracula when he declares that he has “crossed oceans of time” to find her. The year after, it was none other than Martin Scorsese who hired her in what remains the greatest feminine role in the entire filmography of the American director. In The Age of Innocence, May Welland is married to Newland Archer (Daniel Day-Lewis), who loves another woman (Michelle Pfeiffer). Behind a mask of innocence, May will prove to be the most clairvoyant and the cleverest. Ryder’s acting is masterful: she plays with her looks with an ambiguity that is fascinating to watch. She then starred in some films that put her in the front line. Though enjoyable, those films do not compare with these previous pictures. Reality Bites, Little Women, Alien: Resurrection, Girl, Interrupted, The Crucible, are worth seeing because she’s in it. Had it been any other actress, these films would have lost a lot of value. One exception is Al Pacino’s documentary, Looking for Richard. Ryder makes a fleeting but notable appearance as Lady Anne. The encounter between Lady Anne and Richard is the most moving passage of the film.

I was crushed when I heard that Ryder had been offered the part of Katrina in Sleepy Hollow (though Christina Ricci does a hell of a job) and turned it down. I loved the Ryder-Burton tandem and hoped that they would one day be reunited. My wish has been granted as Winona Ryder is the voice of Elsa in Burton’s latest animated film, Frankenweenie. I hope that this is the first reunion in a long line of collaborations.

I cannot wait to hear and see her again in these two films and hope that directors will realize what a treasure they have at hand. Let me borrow the words that Ichabod Crane spoke to Katrina Van Tassel, who put Burton’s hero under her spell: I think there is a little bit of witch in Winona Ryder, because she certainly bewitched me.

The 5 best roles of Winona Ryder

Mina Murray, Dracula

May Welland, The Age of Innocence

Kim, Edward Scissorhands

Johnny Depp as Edward Scissorhands and Winona Ryder as Kim in Edward Scissorhands (1990)

Lady Anne, Looking for Richard

Lydia Deetz, Beetlejuice

Viddy Well!

E.C

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“Downton Abbey” is back!

Downton Abbey fans, rejoice! The trailer for the third season of the hit series is finally available. After months of traversing a visual desert, here are some images at last!- and yes, we all know by now that Shirley McLaine is part of the Downton adventure and that this will probably be Maggie Smith’s last season (if it weren’t so middle class to show our feelings, we’d say it breaks our hearts).

Everything that made the success of the previous seasons seems to be present and amplified in this new one.

Form and content have matured, they seem to have toned it down on the sometimes soapy edge of the show… (or is this an illusion created by the glorious magic of editing and music?)

Julian Fellowes could look at it like a proud parent sending their kid off to college… “Look at how Downton has grown… “

It has now become obvious that there is a definite “Downton style”.

Neat aesthetics with the usual, recognizable palette of colours and elaborate costumes or fancy hairstyles that make us feel like shabby modern viewers.

And on top of this, to mesmerize us all, they wrapped it all with a fakely innocent and childlike music that makes us crave for more – they just know that they have got us in the palm of their hands. A month before the release of the show, they mercilessly dropped this killer trailer on us and it will still be in our minds by then. Without further ado, here is Viddy Well’s daily fix of period drama:

On your nearest tv or pirate computer (if you have the misfortune of not being British)

September 16th. So soon!

Viddy Well,

E.D.

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Marion Cotillard en route vers un deuxième Oscar ?

Quand on a appris que Bérénice Béjo remplaçait Marion Cotillard dans le premier film français du cinéaste iranien Asghar Farhadi, on s’est dit : « tiens, Béjo est vraiment la nouvelle grande star française ». Puis on s’est rendu à l’évidence que le vrai sujet n’était pas là. Pourquoi Marion Cotillard renoncerait  à un tel projet, elle qui mène un rythme effréné depuis quelques années ? Pourquoi refuserait-elle un film qui lui aurait permis de devenir la reine du cinéma indépendant, elle qui s’est déjà rendue indispensable aux films grand public? Selon les magazines féminins, la belle souhaiterait souffler un peu.

Mais franchement on ne croit pas trop à cette explication. D’abord parce que Marion Cotillard, proche de la quarantaine, sait bien (comme toutes les actrices) que sa carrière c’est maintenant ou jamais. S’il y a une chose que l’actrice nous a su démontrer, c’est son ambition et sa force de travail. Sa campagne menée pour les Oscars à l’époque de La Môme nous avait révélé son exceptionnelle détermination. Cet Oscar, elle le voulait, a tout fait pour l’avoir, elle l’a eu.

C’est une évidence : De rouille et d’os sort ces jours-ci aux Etats-Unis. C’est donc sûrement pour mener une deuxième campagne à Oscar que Cotillard quitte le projet Farhadi ! Pure spéculation, bien entendu. Mais on est bien sûr d’avoir raison, voici pourquoi.

Marion Cotillard - "Rust & Bone" Premiere - Arrivals - 2012 Toronto International Film Festival

Cela fait depuis Cannes déjà que l’on entend les rumeurs d’une deuxième statuette pour la Môme nationale. Il faut dire que le rôle est ce qu’on appelle « un rôle à Oscar ». Amputée des deux jambes, montrée sans glamour (entendez sans maquillage), voilà qui va plaire aux votants ainsi qu’au public. L’actrice française a compris de ce qu’il fallait faire pour plaire aux Américains : être glamour tout en restant accessible. L’actrice s’est sculpté un corps de star, est devenue l’égérie publicitaire d’une grande marque. Mais ses grands yeux bleus (dont elle peut, hélas, abuser à outrance) cherchent à nous persuader qu’au fond, elle est restée une petite Française très simple. Bref, la combinaison idéale ! L’ambition de Cotillard n’est pas sans rappeler celle d’Eve qui, dans le film de Mankiewicz, apprenait son métier dans l’ombre avant de devenir une actrice incontournable, plus par son pouvoir que par son talent de jeu. Et avec l’Oscar n’est-ce pas cela qu’a gagné avant tout la Française : du pouvoir ?

On n’était pas ravi, à l’époque de La Môme, que Cotillard gagne cet Oscar. Déjà parce que le film était horriblement mauvais, que son jeu paraissait relever plus du grand guignol que d’une véritable interprétation. Aussi parce qu’il y avait cette année là, Tang Wei, actrice époustouflante dans Lust, Caution d’Ang Lee. C’est elle, selon nous, qui aurait du avoir cette nomination et remporter cet Oscar. Mais puisqu’elle n’était même pas nominée, on aurait bien aimé alors voir Julie Christie remporter la statuette pour Away From Her. Ou encore Helena Bonham Carter pour le sublime Sweeney Todd. Mais Marion Cotillard avait bien mené les choses. Cet Oscar, on le savait le sien bien avant le mois de février.

Ce qui est vraiment dommage c’est qu’elle l’aurait plus mérité pour le film d’Audiard. Le film est cette fois vraiment réussi et Cotillard parfaite car bien dirigée. On oublie souvent dans le star-system d’aujourd’hui que les acteurs ne sont rien sans leurs metteurs en scène. Et l’espèce d’acteurs qui se montrent extraordinaires dans des films médiocres n’est pas si fréquente. Belle performance donc de Marion dans un film qui, malgré de légers défauts, mériterait une reconnaissance internationale. Autre atout : Cotillard a enfin obtenu un premier rôle américain dans le nouveau film de James Gray, Nightingale. Dernier test par ce rôle sans doute que la star aura à passer. Elle s’y révèlera peut-être une tête d’affiche solide qui peut attirer les foules.

Une nomination pour le James Gray n’est pas non plus à exclure. Cependant, la situation de Marion Cotillard n’est plus la même que lors de sa première campagne. Elle n’est plus « le parfum du mois », comme dirait Bérénice Béjo. Hollywood l’a bien intégrée maintenant que l’actrice a tourné avec Mann, Nolan, Marshall… Et puis avec le succès éclatant de The Artist l’année dernière, les Américains vont commencer à se lasser de l’invasion française dans ces prix qu’ils affectionnent et où ils se doivent d’affirmer que l’Amérique est toujours Reine du cinéma. Quand au James Gray, bien que adulé en France, le cinéaste ne possède pas le même statut aux Etats-Unis. Rarement nominé, le cinéaste a eu du mal à s’attirer les compliments des critiques depuis son magnifique premier film Little Odessa. Le film d’Audiard semble paradoxalement mieux placé que le film de Gray. Et puis, n’oublions pas qu’il y aura toujours d’autres actrices pour s’illustrer sur grand écran cette année.

Les Américains seront tentés comme Ariane Massenet de dire : « Marion Cotillard, c’est bien une fois, après on se lasse.»

Viddy Well.

E.C

 

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Rétrospective Preminger à la Cinémathèque !

Grande rentrée à la Cinémathèque ! C’est une rétrospective du grand Otto Preminger qui ouvre une année de cinéma fort alléchante. Cinéaste américain d’origine autrichienne, Otto Preminger a réalisé une quarantaine de films, la plupart à Hollywood. Celui qu’on surnommait « L’ogre » était connu pour la tyrannie qu’il exerçait sur ses plateaux : demandant à Mitchum de gifler « pour de vrai » sa partenaire Jean Simmons dans Un si doux visage, refusant d’éteindre les flammes qui menaçaient d’atteindre Jean Seberg tant que la scène n’était pas terminée dans Sainte Jeanne, ou dirigeant un groupe d’enfants sur le tournage d’Exodus en leur assénant des « Cry you little monsters ! »… Otto n’était pas réputé pour sa sympathie envers le genre humain alors que son cinéma émeut justement par son univers humaniste. Cinéaste majeur et passionnant, auteur de chefs-d’œuvre et de films plus mineurs, cette rétrospective nous donne l’occasion de nous replonger dans l’œuvre et la personnalité de ce personnage complexe.

NOTRE SÉLECTION DES FILMS QU’IL FAUT REVOIR ABSOLUMENT !

Le chef d’œuvre absolu du film noir : Un si doux visage (1952). Il semble impossible et honteux en voyant ce film que Jean Simmons soit aujourd’hui quelque peu oubliée. Immense star des années 50 à 60, l’actrice possédait un visage fascinant d’ambiguïté. C’est ce visage d’ange fou que Preminger filme à merveille dans Angel Face (titre original).

Bonjour Tristesse (1957) et Sainte Jeanne (1957) : Jean Seberg est au sommet de son art dans ces deux films qui reflètent bien la capacité du cinéaste à changer radicalement de genre. L’œil vif, vibrante d’énergie et de joie de vivre, Jean Seberg apparaît  comme le double blond d’Audrey Hepburn. Peut-être le cinéaste avait-t-il d’ailleurs modelé sa jeune découverte de dix-sept ans sur le modèle de son aînée puisque c’est à Hepburn que Preminger avait proposé les deux rôles. Mal reçus à leurs sorties, les deux films sont des chefs-d’œuvre absolus, deux merveilles de beauté visuelle et d’intelligence.

Le tiercé Gene Tierney : Laura (1944), Le mystérieux docteur Korvo (1949), Mark Dixon détective (1950) : Comment oublier Laura ? Question que se posent aussi bien les protagonistes du film que les spectateurs. La beauté de Laura hante le détective McPherson, si bien qu’il tombe amoureux de la jeune disparue. Mais le mystère qui entoure Laura ne fait que s’épaissir lorsque la jeune femme réapparaît d’entre les morts. Femme fatale, fragile ou mystère incarné, Preminger examinera toutes les facettes de son actrice à travers ces trois films noirs.

Exodus, le film épique (1960) : On se souvient dans Mad Men de Don Draper lisant tranquillement dans son lit le livre de Leon Uris. C’est dire l’importance de la publication du roman aux Etats-Unis ! Preminger l’adapte donc et s’attire de nombreuses critiques pour avoir choisi Paul Newman comme interprète de Ari Ben Canaan. Et pourtant, le jeu de Newman impressionne, tout comme celui de sa partenaire Eva Marie Saint. C’est également l’occasion de revoir le talentueux Sal Mineo, au pic de sa trop courte carrière, dans le rôle qui lui valu une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle.

La rivière sans retour (1954) : Preminger et Marilyn s’engagèrent dans ce film contre leur gré. On se souvient des commentaires misogynes et dégradants que le réalisateur eut pour son actrice. Pourtant, La rivière sans retour reste aujourd’hui un western majeur. À voir absolument sur grand écran pour admirer la splendeur esthétique du film.

Les films scandales : Preminger était connu pour affronter des sujets tabous aux Etats-Unis. De Anatomie d’un meurtre qui traite du viol, à l’homosexualité dans Tempête à Washington, Preminger n’avait que faire des règles hollywoodiennes. Le sexe est à l’honneur dans Carmen Jones (1954), version revisitée et jazzy du célèbre opéra de Bizet. Tous les acteurs sont noirs américains et c’est pendant ce tournage que Preminger entamera sa liaison avec Dorothy Dandridge, actrice principale du film. L’année d’après, le cinéaste s’attaque à la drogue dans le film choc L’homme au bras d’or (1955). Si certains avaient des doutes quand aux capacités de jeu de Frank Sinatra, le film y met fin. L’acteur-chanteur est époustouflant dans le rôle de Frankie Machine face à une Kim Novak bouleversante de tendresse.

Et aussi…. Bunny Lake a disparu (1965): Preminger s’attaque au film d’angoisse et réussit à merveille. Où est passée la petite Bunny Lake ? A-t-elle seulement existé ? Si sa mère en est persuadée, aucune preuve ne semble pourtant confirmer ses dires… L’angoisse est à son pic, et Keir Dullea glaçant de froideur…

LES LACUNES DE VIDDY WELL (que l’on va vite rattraper rassurez-vous…)

Centennial Summer (1946), L’éventail de Lady Windermere (1949), In the meantime, Darling (1944) : Pour Jeanne Crain que l’on adore et qu’on oublie trop souvent dans  le lot des grandes actrices des années 40-50…

Rosebud (1975) : pour le titre alléchant et pour Peter O’Toole.

The Thirteenth Letter (1950) : tout prétexte pour voir Charles Boyer sur grand écran est bon à prendre.

CELUI QU’ON VOUS CONSEILLE D’ÉVITER

Le Cardinal (1963) : Preminger traite trop de sujets scandaleux pour l’époque à la fois et assomme un peu avec ses 172 minutes de film… D’autant plus que son héros est interprété par un acteur dont on ne s’étonne guère de ne pas connaître le nom. Tom Tryon, faux double de Rock Hudson, est loin du charisme d’un Paul Newman ou d’un Robert Mitchum. Il est juste plaisant d’apercevoir Romy Schneider dans sa courte carrière américaine.

Pour les horaires des projections, rendez-vous sur le site de la Cinémathèque !

Viddy Well !

E.C

 

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