A Vienne, sur les traces de Sissi (Partie 1)

Dans un grand moment nostalgique, Viddy a décidé de partir en vacances sur les traces d’une de ses héroïnes d’enfance : Sissi. Viddy Well est donc allé à Vienne pour découvrir l’histoire de la fameuse impératrice à la chevelure de princesse. Voici donc la première partie du récit de nos découvertes…

 

SUR LES TRACES DE SISSI : DU CONTE DE FÉES AU RÉEL…

par E.C

Pour toutes les petites filles qui aiment les contes de fées, Sissi est le film rêvé : une vraie princesse, Elisabeth l’Impératrice d’Autriche ; un château merveilleux, celui de Schönbrunn ; et surtout une actrice à la beauté légendaire, Romy Schneider. Enfant, on se laisse donc emporter par l’histoire romanesque de Franz et Sissi et leur amour indestructible, qui parvient à vaincre la plus malveillante des belles-mères, la maladie et jusqu’aux problèmes politiques internationaux les plus épineux !

Arrivées à Vienne, nous nous sommes donc précipitées sur les lieux de la romance : la Hofburg et le palais de Schönbrunn. Mais lors de la visite, le peu d’enfance qu’il restait en nous s’effondre devant les informations que l’audio-guide nous procure. Choc, en effet, lorsqu’à peine entrées dans les appartements impériaux on nous apprend que le fameux François-Joseph n’était pas un joyeux luron ! L’empereur s’installait à sa table de travail dès cinq heures du matin, et estimait que venait le moment de s’arrêter de travailler une fois atteint l’état d’épuisement. Le Franz du film, lui, n’hésite pas à aller courir dans les champs avec Sissi pour cueillir des pâquerettes quand celle-ci estime qu’il a trop travaillé et ne lui a pas prêté suffisamment d’attention… Il ose même (en plein milieu de la journée, le filou) quitter sa table de travail pour admirer le portrait de son épouse installé dans son bureau. On est quand même soulagées d’entendre que l’amour de François-Joseph pour Elisabeth était pure vérité. Cette dernière, en revanche, n’avait pas vraiment l’air d’adorer son époux… « Vendue à quinze ans », dira-t-elle, « le mariage est une institution absurde ». La Sissi du film, elle, évidemment n’a d’yeux que pour son Franz, et passe son temps à repousser les avances de ses nombreux admirateurs, notamment celles du charmant Comte Andrassy (la rumeur en son temps ayant fait du Comte l’amant de la réelle impératrice). Ce que le film montre, dans sa troisième partie, c’est que l’impératrice passait la plus grande partie de son temps hors d’Autriche, et ne voyait guère son mari.

Avec le poids de ses 5 kg de cheveux, qui lui arrivaient jusqu’aux chevilles, la vraie Sissi était digne des stars d’aujourd’hui : réputée pour sa beauté, l’impératrice était obsédée par sa jeunesse et sa ligne. Ses journées étaient souvent consacrées à divers soins du corps et du visage, exercices pour maintenir sa taille fine, et surtout s’imposait un régime des plus stricts. On la voyait donc rarement attablée aux côtés de son mari lorsque celui-ci sortait (enfin !) de son bureau pour dîner. Notons d’ailleurs que selon les informations du guide, le dessert préféré de Franz n’était pas l’Apfelstrudel, comme l’indique le film, mais le Kaiserschmarrn, dessert à base d’œufs. On est donc bien loin de la charmante Bavaroise qui dévore des pieds de cochon et se délecte de pichets de bière à la table royale dans Sissi Impératrice !

Les choses se gâtent brutalement lorsqu’au cours de notre visite, on nous annonce une bien plus grande tragédie. Une tragédie telle que l’on tombe des nues, tellement le film l’avait rendue insoupçonnable. Lorsque le troisième volet se termine, le couple royal est en Italie avec leur petite fille, premier enfant du couple, et l’impératrice vient de sauver les relations italo-autrichiennes grâce à son instinct maternel (voir le fameux : « Viva la Mamma ! »). La petite fille est en pleine forme. Comment soupçonner que cette petite Sophie est en réalité morte à l’âge de deux ans ?

 

Hormis cette énorme impasse, qui serait venue entacher la tonalité romantique voulue, la trilogie suit l’histoire impériale dans les grandes lignes. Le premier film, Sissi, relate la rencontre : comment Franz devait au départ épouser Hélène, sœur de Sissi, comment il tomba immédiatement amoureux de la petite sœur âgée d’à peine quinze ans et décida du jour au lendemain d’en faire l’Impératrice d’Autriche contre l’avis de sa mère. Ceci dit, les livres d’Histoire ne font pas état d’une pêche à la ligne coincée dans les gilets princiers, ni de rencontre fortuite au bord du lac… On voit également une jeune fille attachée à ses origines, à sa liberté, et à la nature. Ce qui la rendit difficile à maîtriser pour la mère de l’Empereur, l’archiduchesse Sophie de Bavière. Cette dernière fut un véritable cauchemar pour Elisabeth. C’est ce que l’on voit dans le deuxième volet : Sissi Impératrice. Sophie y fait espionner sa belle-fille par une de ses suivantes, lit son journal intime, et entend tout faire pour monter son fils contre sa nouvelle épouse. A la naissance du premier enfant du couple (le seul que l’on verra dans la trilogie, le couple royal ayant eu quatre enfants), la méchante Sophie enlève l’enfant à sa mère afin de l’élever elle-même. Fait avéré puisque l’Archiduchesse jugeait Sissi trop jeune pour élever un enfant. L’enjeu du deuxième film est donc le suivant : Franz doit choisir entre sa femme et sa mère. Dans la fiction, c’est bien sûr la femme qui gagne, puisque Sissi récupère son enfant à la fin du film et obtient la permission de l’élever comme elle l’entend. En réalité, la petite Sophie, ainsi que les deux enfants qui la suivront, n’auront jamais été rendus à leur mère. Le troisième et dernier film, Sissi face à son destin, traite de la maladie de l’Impératrice, qui fut victime d’une tuberculose sévère et partit à Madère pour se soigner. C’est sans doute le film qui procure le plus de plaisir esthétique, les paysages de Madère, puis de la Grèce, fournissant un décor romantique à souhait. On peut donc y admirer à loisir la beauté de Romy Schneider, mise en valeur par un maquillage plus subtil qu’auparavant et par des costumes particulièrement flamboyants. Bien sûr, le film se termine sur une réconciliation de l’Autriche et de l’Italie, que Sissi provoque en courant au devant de sa petite fille dont elle a été privée pendant sa longue maladie. Pas d’anarchiste italien en vue, évidemment, il est bien trop tôt…

Certes, nous ne regarderons plus Sissi avec nos yeux d’enfants. Aujourd’hui, nous le regardons en version originale, en critiquant toutes les inexactitudes historiques, le ton propagandiste, la présence gênante de Magda Schneider, le ton excessivement mielleux de la romance… Mais la nostalgie persiste, car de ces films médiocres naquirent une immense actrice, au visage sans pareil, véritable impératrice du cinéma : Romy Schneider. Née avec Sissi, elle fit tout pour se détacher de cette héroïne factice. Et pourtant, c’est bien cette même impératrice qui allait la rendre immortelle dans la plus belle interprétation de sa carrière dans Ludwig de Luchino Visconti.

Viddy Well !

 

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