Robin Tunney, sans prise de tête

Demain soir, TF1 attaque la saison 5 de Mentalist, comme on dit ici sans le The. Pas la série dont je vous parle le plus souvent, et pourtant pas la série la plus désagréable qui soit, souvent amusante, pas si mal jouée, imaginée, aime-t-on rappeler, par le même monsieur qui mit au monde Rome, Bruno Heller. Un polar grand public parmi les moins honteux, donc. Je ne veux pas vous parler ce matin de la mèche de Simon Baker, ni de la future révélation de l’identité de John le Rouge, le méchant-qui-pourrait-bien-être-le-cousin-de-Rackham-le-Rouge. Non, je voudrais vous dire deux mots de Robin Tunney, que j’ai pu croiser deux fois cet été, au Festival de Télévision de Monte Carlo, puis à Paris. Une actrice qui a l’air de ne pas se prendre trop au sérieux, et qui parle cash, comme dirait l’autre.

Elle a l’allure décontractée de celle qui est venue là pour s’amuser. Un truc différent, une curiosité. L’air de quelqu’un qui, en un regard, vous fait comprendre qu’elle a beau jouer dans une grosse série de network, elle ne va pas vous servir la soupe des communicants. « Je n’ai pas de publiciste qui me suit partout, je ne suis pas people, je n’aime pas les tapis rouges, je ne porte pas de robes de haute couture, je ne calcule pas tout ce que je dis ou tout ce que je fais. J’ai un bon job, c’est déjà pas mal », lâche-t-elle, presque étonnée qu’on lui demande si elle se sent star. « Ça me fait marrer, ces acteurs qui répondent aux questions sur leur série comme s’ils parlaient de géopolitique. Un peu de second degré, par pitié ! A la limite, si vous êtes Dustin Hoffman et qu’on vous interroge sur Macadam Cowboy, soit. Sinon, franchement, vous n’avez pas de quoi vous prendre au sérieux. »

Pourtant, Robin Tunney, dont il faut admettre le charme troublant et la beauté atypique, a de quoi chausser les lunettes noires. Mentalist cartonne – modestement aux États-Unis mais plus franchement chez nous – elle a joué dans Prison Break, est même apparue dans le pilote de House. Pas le CV d’une reine des Oscars, mais une petite carrière télé qui suffirait largement à d’autres pour jouer les vedettes. « Je ne prends rien au sérieux. Sinon, c’est invivable », coupe-t-elle court. Elle est actrice depuis son enfance – « mon premier rôle ? J’avais 11 mois, je ne m’en souviens plus » – mais a connu le succès à 24 ans, en 1996, dans The Craft (Dangereuse Alliance, en VF), petit film horrifique avec Neve Campbell, succès surprise au box-office. Et puis, plus grand-chose. Ou surtout des films indés et des échecs commerciaux (dont Supernova et Vertical Limit). « Les gens venaient me voir dans les cafés, et me disaient « oh, vous étiez actrice, qu’est-ce qui s’est passé ? » Je leur répondais, “je fabrique des ceintures, maintenant”. »

Et puis, il y a eu Prison Break, en 2005. Un temps. « Quand mon personnage a été tué, je me suis sentie abandonnée, exclue, blessée, déprimée »… et finalement ravie de savoir que ce serait pour rebondir dans Mentalist – vu le dérapage incontrôlé des aventures de Scofield et consorts, on dira qu’elle a finalement eu de la chance. Mentalist risque de s’arrêter dans une saison ou deux. Ou pas. On ne sait pas vraiment. « Si ça s’arrête, tant mieux, j’irai faire autre chose. Si ça continue, tant mieux, je prends encore du plaisir à tourner avec Simon », souffle-t-elle, toujours aussi zen. « Tout ira bien, je n’ai pas peur. Ça ne sert à rien de prier pour la suite de votre carrière, si vous êtes bon et que vous bossez, tout ira bien », poursuit-elle, mi Jean-Paul II, mi actrice à qui on ne la fait plus. « Et puis, si Mentalist devenait mauvaise, ça m’embarrasserait. »

A 41 ans – et autant d’années de carrière, si on la suit bien – Robin Tunney peut encore s’amuser des mondanités de Monte Carlo, « une belle région, et un super coin pour prendre un café à 10 euros et une bouteille d’eau à 7 euros », ne se fait pas d’illusions sur le caractère divertissant de sa série, a la décence de reconnaître qu’elle est une privilégiée – « J’avais du boulot avant Mentalist, j’en aurai après » – s’extasie d’avoir croisé Roman Polanski aux puces de Saint-Ouen. Elle est contente d’être là, et semble n’avoir préparé aucun blabla promotionnel pour nous convaincre d’allumer TF1 demain soir. On ne la connaît pas, mais on jurerait qu’elle n’y a même pas pensé.

Mentalist, saison 5, le mardi à 20h50 sur TF1.

2 commentaires pour “Robin Tunney, sans prise de tête”

  1. Elle a l’air sympa la RObin (et mimi comme tout).

  2. J’aim beaucoup The Mentalist, même si je ne suis pas fan des séries policières… le duo interprété par Robin Tunney et Simon Baker est fort et porte très bien cette série assez simple mais qui fait son effet.
    Je ne suis pas étonnée de découvrir avec votre interview une actrice simple… on dirait que le personnage colle vraiment à sa personnalité 😉
    Ils ont réussi un très bon casting pour ces 2 là… je suis moins convaincue par Rigsby et Van Pelt en personnages secondaires. Cho est par contre excellent. 🙂
    En tout cas, je suis contente de voir que quelques séries policières ont grâce à vos yeux 😉
    cf. article La recette du polar-carton

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