Interview : Jeremy Piven

Quand il arrive, costume estival sur-mesure, lunettes et barbe parfaitement taillée, on s’attend presque à l’entendre hurler, « Lloyd ! » Pourtant, il sourit, tend la main, s’installe calmement. Jeremy Piven n’est plus Ari Gold, l’agent d’Entourage. Il est désormais Harry Gordon Selfridge, le héros de la série britannique Mr Selfridge. Un autre homme d’affaires américain, qui ouvrit à Londres au début du XXe siècle les premiers grands magasins. Rencontré au dernier Festival de Télévision de Monte Carlo, Jeremy Piven revient sur ce nouveau rôle, et cette série à voir le mardi soir à 20h40 sur OCS Max.

Vous passez de Ari à Harry. Deux personnages proches ?
Ce sont tous les deux des Américains extrêmement ambitieux. Harry Selfridge est un gentleman du début du XXe siècle, même si certaines femmes ne seraient sans doute pas d’accord avec ce qualificatif, vu qu’il trompe sa femme, et qu’il est du genre insolent. J’aime me glisser dans la peau de personnages qui ne sont pas immédiatement attachants, et de les rendre crédibles et accessibles. La série profite d’un casting formidable, est superbement réalisée, et est écrite par Andrew Davis, qui a fait Pride & Prejudice, et qui est un peu le Aaron Sorkin britannique. Franchement, je crois que c’est ce que j’ai fait de mieux dans ma carrière. Je ne veux pas comparer avec Entourage, c’est une œuvre très différente, mais j’adore tourner dans Mr Selfridge, j’adore le résultat, et je pense que la saison 2 sera encore meilleure que la première. Bref, pour revenir à votre question, Ari était quelqu’un de très impulsif, alors que Harry ne s’énerve jamais. Ari était toujours énervé. Harry est quelqu’un de joyeux, de dynamique, certes débordant d’énergie, mais plein de doutes, de peurs, c’est quelqu’un de très humain, avec le cœur sur la main. Ari était un bulldozer, un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ce sont donc deux personnages très différents. Et puis, un porte la barbe, et pas l’autre !

Toute série anglaise se déroulant au début du XXe siècle est comparée à Downton Abbey. Si je vous dit que Mr Selfridge, c’est un petit peu Downton Abbey dans un grand magasin, ça vous convient ?
C’est un immense compliment. Je suis un grand fan de Downton Abbey, que j’ai découvert, comme pas mal d’Américains, en ligne. Et je suis tout de suite devenu accro. Pour autant, je dois dire que ce sont deux séries très différentes. Downton Abbey se déroule à la campagne, et nous sommes en ville, et puis nous avons un rythme et une énergie différente. Les Britanniques sont critiques, et la presse est sévère. Si nous avions fait un copier/coller, on se serait fait pincer, mais notre énergie est vraiment différente. Nous n’avons rien en commun, si ce n’est la période historique. Et surtout, notre héros est américain, un Américain qui va changer la culture anglaise en inventant les premiers grands magasins, personnage entouré de nombreux seconds rôles, tous interprétés par de supers acteurs, dont je suis très fier.

L’histoire raconte justement, à travers tous ces personnages, aussi bien la vie dorée de Harry Selfridge, votre personnage, qui est richissime, que celle de ses employés, certains miséreux. Donc, il y a un côté sociétal…
Absolument, absolument, mais la grosse différence, ici, c’est que notre héros est un Américain, qui ne connaît pas le système de castes britannique. Il n’a aucune notion de la royauté, et a vécu jusqu’ici dans un monde où il n’y a pas de maîtres et de serviteurs. Mieux, il vient du peuple, et a grimpé les échelons pour devenir riche. Il est donc proche des employés du magasin, de ceux qui déchargent les camions, des employés de bureau, mais aussi de gens de la Haute qu’il doit convaincre pour soulever des fonds pour son magasin. Donc, comme dans Downton Abbey, on va des riches aux pauvres, mais Harry Selfridge est à l’aise avec tout le monde.

Harry Selfridge est un Américain qui déboule à Londres, exactement comme vous pour tourner cette série. Vous vous êtes identifié à ce déracinement ?
La réalité, c’est que vous avez beau vous préparer, faire des recherches, le meilleur moyen d’être prêt, c’est parfois de simplement vous immerger dans le monde qui vous entoure. Je joue Harry Gordon Selfridge, un Américain de Chicago qui est venu en 1908 en Angleterre pour y faire son trou. Je suis Jeremy Piven, je viens de Chicago, et je veux trouver ma place à la télévision britannique, où je joue un premier rôle – combien d’Américain ont été la vedette d’une série anglaise ? Je ne sais pas, en tout cas je n’en connais aucun. En ce sens, nous sommes très proches l’un de l’autre. Dans la vraie vie, je suis très différent de lui, mais c’est un honneur de l’incarner, et j’ai été intimidé, ému et inspiré par sa situation, si proche de la mienne. J’ai étudié Shakespeare à l’université, et je me souviens d’avoir demandé à une directrice de casting anglaise si un jour je pourrai jouer en Angleterre. Elle m’a répondu : « Oh, mon chéri, ça n’arrivera jamais. Il faut être une star. » Il faut être une star ? Je n’était pas sûr de savoir ce que ça voulait dire, mais je me suis juré que je travaillerai dur pour un jour pouvoir être sur scène, au cinéma ou à la télé à Londres. J’ai eu de la chance, et 20 ans plus tard, je voilà.

Est-ce qu’il vous a fallu « jouer à l’Américain », en rajouter ?
J’en ai fait un personnage très américain, dans le sens où il embrasse pleinement cette énergie positive, cette motivation propre au rêve américain. Il sourit tout le temps face à ses employés, mais une fois seul, il a ses doutes et ses peurs, et le masque tombe. Les acteurs détestent se faire pincer en plein cabotinage, mais Harry Selfridge était lui-même un comédien. Un critique américain a écrit que ce personnage a l’air de sortir tout droit du cirque Barnum. J’ai pris ça pour un compliment, parce que Barnum était le héros de Selfridge. Il dit d’ailleurs dans le pilote : « nous préparons un spectacle. » Pour lui, les magasins étaient une scène, il était une sorte de comédien, avec cette attitude si américaine.

Je dois finir cette interview en vous demandant où en est le projet de film Entourage ?
Il est en préparation, mais nous devons encore nous entendre. S’ils ne nous proposent pas les contrats qui nous conviennent, il n’y aura pas de film. Entourage a duré 8 formidables années, mais je suis totalement passé à autre chose. Ma vie d’acteur avait commencée bien avant Entourage, et elle se poursuit après Entourage, et me voici en train de travailler sur la saison 2 de ma nouvelle série. J’ai eu la chance de retrouver un job tout de suite, et de pouvoir m’y consacrer pleinement. C’est difficile, mais je crois qu’il faut aimer le changement, dans la vie, même si c’est parfois effrayant. Car le changement est la seule constante, dans ce bas monde.

Mr Selfridge, le mardi à 20h40 sur OCS Max

2 commentaires pour “Interview : Jeremy Piven”

  1. Interview très intéressante… j’ai tellement adoré cette série !
    Ce génie, cet inventeur est fascinant par son humanité…
    et c’est superbement joué par Jeremy Piven !

  2. Ce type a un charisme de fou :)
    Merci pour l’interview !

« »