Mi-Saison 2012-2013, semaine 12

Les pieds gelés, on avance dans le printemps, cette belle période de l’année où, en général, le câble US s’agite un peu. Cette semaine, il a été concurrencé par internet, avec le lancement d’une nouvelle série sur Netflix, Hemlock Grove, et la mise en ligne des pilotes de celle qui pourrait devenir la concurrente du site de VOD, Amazon — notamment Zombieland, la série. Impossible de voir ces séries-là pour l’instant. Je me concentrerai donc ce samedi sur les deux séries câblées Defiance (SyFy) et Da Vinci’s Demons (Starz), qui ont toutes les deux très bien marché. A juste titre, ou pas ?

DA VINCI’S DEMONS (Starz)

De quoi ça cause. Leonard de Vinci n’a pas toujours été un vieux barbu. Avant, il était jeune, beau, et guitariste de Muse. Entre deux dragues dans les bars de Florence, il fabriquait plein de trucs et de machins pour divertir le peuple et aider les puissants à faire la guerre. Il peignait aussi, parce que c’est un moyen efficace de demander aux jolies filles de pauser seins nus.

Comment je la sentais. Franchement, je ne sais plus quoi penser de Starz. A priori, plutôt du mal. Je qualifierais sa ligne éditoriale de “beauf sériephile”, beauf parce qu’elle met du cul, du sang, de la provoc’ fastoche à tous les étages, et peint ses histoires avec la délicatesse d’un car de CRS. Sériephile parce qu’elle semble vouloir capter les modes et les reprendre à son compte, de la “post Mad Men Magic City à ce Da Vinci’s Demons qui lorgne vers le succès des Tudors et autres séries historiques balourdes et “rock’n’rollisées.” Au-delà de ça, les bandes annonces étaient grotesques au possible, et mes discussions avec ceux qui avaient pu voir le pilote au MIPTV il y a quelques semaines me laissaient craindre le pire.

Ce que je pense du pilote. Quel drôle de truc. Da Vinci’s Demons est quelque part entre Les Tudors, Xena et le Puy du fou (je dis ça, j’ai jamais été au Puy du fou). Un grand spectacle moche, poussif, risible, mais tellement fier de l’être qu’on serait presque content pour lui. David S. Goyer, son créateur, jure que sa série est proche de la réalité. On lui suggère d’arrêter de prendre des Walt Disney en soirée. Veste en cuir ouverte sur torse nu, Leo (ça fait plus cool) est une sorte de superhéros médiéval, bondissant, tellement passionné par ce qu’il fait qu’il est assez con pour draguer la maîtresse du patron de la ville… C’est laid, complètement superficiel, Tom Riley n’est pas si mal (je veux dire qu’il ne joue pas faux) mais les seconds rôles sont transparents. Si vous aimez les bidules historiques avec relents de Da Vinci Code (ça ne s’invente pas), avec délire pseudo mystique, vous pourriez aimer. Les Américains semblent avoir apprécié, puisqu’une saison 2 a déjà été commandée.

Ma note : 3,5/10, parce que c’est tellement improbable que ça en devient presque amusant.

 

DEFIANCE (SyFy)

De quoi ça cause. Dans un futur pas très loin, la Terre a un peu changée. Par exemple, l’Antarctique est devenu un coin super chouette, avec des belles plages de sable fin. On appelle ça le “terraforming”, et on le doit à un débarquement massif d’aliens, qui d’abord se sont fait la guerre dans notre jardin (du coup nous aussi, pas trop le choix), avant d’essayer de cohabiter dans une poignée de villes pas encore réduites en poussières. Dont Defiance, autrefois nommée Saint-Louis, aux États-Unis. C’est là que déboule Nolan, un aventurier ancien soldat, et sa fille adoptive, une E.T teigneuse (ils sont sur la photo ci-dessus).

Comment je la sentais. Contrasté. Un jeu vidéo a été lancé deux semaines avant la série, créant le “buzz” autour de ce programme développé en mode “transmédia.” Ça m’intéressait, et je voulais croire que SyFy, qui diffusa il n’y a pas si longtemps la formidable Battlestar Galactica avant de passer à de petites choses sympas mais pas révolutionnaires comme Haven ou Eureka, en avait encore sous le pied. Je craignais un truc laid et barbant, et j’espérais une SF intelligente, complexe.

Ce que je pense du pilote. J’ai eu les deux. Defiance, il faut l’admettre, est assez moche. SyFy, avec l’affreuse (visuellement, au moins) Sanctuary, a prouvée qu’elle savait faire laid. Il y a ici quelques paysages numériques très vilains, et trop de scènes sur fond vert. Il y a aussi une belle collection de clichés et de maquillages limite grotesques chez les extraterrestres. Pourtant, je n’ai pas passé un mauvais moment. Nolan (Grant Bowler), cousin de Han Solo, a ce qu’il faut de présence et de second degré pour qu’on s’attache à lui, et la ville de Defiance est un terreau qui pourrait amener, si les scénaristes n’oublient pas leur histoire et leurs personnages, un monde original, et un commentaire sur notre monde à nous. Tout reste à prouver. Si la série ne s’égare pas sur ses ambitions visuelles (clairement peu excitantes) pour se concentrer sur son scénario, ça pourrait devenir intéressant…

Ma note : 5/10, en attendant de voir où ça nous mène (pour info, Defiance est déjà en France, sur SyFy, le mardi soir).

Images : Defiance (SyFy) / Da Vinci’s Demons (Starz).

5 commentaires pour “Mi-Saison 2012-2013, semaine 12”

  1. Je suis étonné de la façon dont tu qualifies la ligne éditorial de Starz (comme étant une chaîne de “beauf sériephile”). Celle ci a d’excellentes séries dans ses archives comme Boss ( que tu as adoré il me semble), Les Pilliers de la Terre ou encore Party Down. Cela luste pour dire qu’il ne faudrait pas considérer cette chaîne comme tel, puisqu’elle a largement prouvé qu’elle était capable de faire d’excellentes séries. Le problème à mon sens est qu’elle n’a pas encore bien identifiée son public et par conséquent, ça peut expliquer en partie l’echec au niveau des audiences de Boss.

    Concernant Defiance, je suis plutôt du même avis (hormis les effets spéciaux que je ne trouve pas trop moche, mais c’est peut etre parce que j’ai pas regardé beaucoup de séries SF récentes et que j’ai vu le pilote dans des bonnes conditions – ecran full HD, tout ça- ce qui a rendu la chose plus agréable) : j’espère qu’ils vont peaufiner le scenario, ne pas tomber dans les quelques caricatures mis en place dans le premier épisode, pour proposer une bonne série SF comme on l’attend.
    J’ai envie d’y croire quoi qu’il en soit.

  2. @sandji : j’ai adoré boss ! Mais Starz a du succès sur des séries qui me plaisent beaucoup moins…
    D’ailleurs, en parlant de Boss, son créateur est à Paris jeudi à 19h pour une masterclass au Forum des Images. Que j’aimerai 🙂

  3. un petit commentaire pour te remercier “pierre” de ces nombreux articles.
    Tes critiques sont souvent justes et détaillées, bravo.

  4. C’est gentil, merci ! Ravi de savoir que je ne suis pas trop confus quand je me lâche 🙂

  5. Defiance: j’ai essayé et ça n’a pas marché
    Quant à Da Vinci’s Demons, Tom Riley a pris du muscle pour jouer le poitrail exposé mais il était mieux dans Monroe. Bof

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