Les Portes du temps : Un nouveau monde, une triple interview.

Depuis mardi soir, SyFy diffuse Les Portes du temps : Un nouveau monde, la déclinaison canadienne de Primeval, lourdement renommée Nick Cutter et les Portes du temps chez nous. Après cinq saisons britanniques, la série s’est télétransportée à Vancouver, de l’autre côté du globe. Honnêtement, c’est loin d’être une réussite. Au mieux, Niall Matter (vu dans Eureka), le patron de la bande de jeunes qui traque des dinos échappés du passé, est sympathique. Au mieux, on s’amuse de cette série B sans grandes prétentions. Au pire, on trouve ça assez moche, les dinosaures numériques trop cheap et l’ensemble médiocre. Quoi qu’il en soit, j’avais croisé en octobre, au MIPCOM de Cannes, les trois héros de ces Portes du temps nouvelle formule, annulées au bout d’une seule saison. Parce qu’ils étaient cool, parce qu’il y a là deux ou trois choses intéressantes à dire, et parce qu’il faut pas gâcher, comme dirait Guy Roux, voici mon interview avec Niall Matter (Evan Cross, au centre de la photo), de l’ancienne de Vampire Diaries Sara Canning (Dylan Weir, à gauche) et de Danny Rahim (Mac Rendell, à droite).

Ça commence par un débat sur notre petit déjeuner, parce qu’il est 10h de mat’ et que c’est Niall Matter qui attaque l’interview en me demandant si j’ai mangé des pancakes. Une question très canadienne, à laquelle je réponds que non, je mange des céréales au petit déj. Bref, un truc passionnant, suivit de…

Sachant que l’on vient de voir 5 ans de Primeval, version anglaise, vous pouvez me dire à quoi ça sert d’en faire un nouveau, canadien ?
N.M : Les Britanniques font de supers séries, et quand nous autres voyons ça, instinctivement, nous nous disons « c’est un super produit, essayons d’en faire quelque chose en l’adaptant à notre culture, en Amérique du Nord. » Ce genre de manœuvre mène souvent à des échecs, mais c’est à mon sens parce que ces remakes se contentent de reprendre les scripts d’origine et de les adapter. C’est une mauvaise idée, parce que nous n’avons pas les mêmes références, pas le même humour, etc. Nous, on fait un spin-off, c’est autre chose…
S.C : Et puis, les créateurs de la version originale sont dans le coup. Les Portes du temps : Un nouveau monde, c’est la traduction officielle de la série britannique, pas une resucée.
D.R : J’ai même l’impression que c’est une façon de faire encore mieux, parce que ces 5 saisons britanniques ont été un tour de chauffe. On ne fera pas les mêmes erreurs qui ont pu être faites dans le passé.

Qu’entendez-vous par « adapter à notre culture » ? Les Britanniques sont-ils si différents des Canadiens ?
N.M : Pas en tout, mais en humour, c’est évident…
D.R (qui est Anglais, ndlr) : Nous sommes hilarants.
S.C : Alors que nous ne sommes que médiocre. C’est ça.
N.M : Plus sérieusement, notre version s’adapte à notre culture, à notre histoire, y compris l’histoire des dinosaures qui ont vécu sur notre territoire.

Pourquoi Les Portes du temps : Un nouveau monde ? Quel « nouveau monde » ?
N.M : On aurait pu appeler ça Primeval : New Country, mais ça n’aurait pas été aussi classe…
S.C : Je crois que c’est une sorte de clin d’œil aux fans de la série d’origine, pour leur dire, voilà, c’est un nouveau monde pour vous, un nouveau monde à explorer… mais toujours basé sur ce que vous aimiez avant !
D.R : En fait, c’est plus le « nouveau monde » des personnages, le truc de dingues dans lequel ils se retrouvent projetés, que le « nouveau monde » pour les téléspectateurs.

Entre nous, le pitch de Primeval est complètement « what the fuck ? » non ? Des dinos qui déparquent dans le présent…
N.M : Je ne connaissais pas l’original, et quand mon agent m’a appelé pour me parler de la série, ma réaction a été, en gros : « hein ? » Et puis, en lisant le script, je me suis laissé emporter dans l’histoire. Quand les scénaristes m’ont précisé qu’Evan Cross était un mélange de Tony Stark et de Bruce Wayne, j’ai signé.
S.C : C’est de la SF, ça ne me surprend pas si le pitch est un peu barré. Au final, ce qui compte, ce sont les personnages. Dylan avait un petit côté héroïne d’action, mais j’avais du mal à voir où elle allait. C’est en fait quelque chose qui me plait assez, ce doute.
D.R : J’étais au chômage, et c’est tout ce qu’on m’a proposé. Mac était aussi ambigu. J’étais dans le flou, et étrangement ce mystère m’a plu.
N.M : À la base, les personnages devaient être plus vieux. Mac devait être un catcheur de 2 mètres, chauve. Et ils ont casté un Anglais maigrichon. Du coup, ils ont changé pas mal de choses entre le script d’origine et le final, simplement parce que le casting ne s’est pas passé comme prévu.

On fait comment pour faire semblant d’avoir peur face à un dinosaure numérique ?
N.M : Il faut qu’on lui parle de Chuck.
S.C : Quand on filme une scène de dinosaures, il y a un type qui porte un costume gris qui joue le dino, et qui promène une balle accrochée au bout d’une tige. Il s’appelle Chuck. Il est incroyable. C’est la star invisible de la série. Tout bon acteur doit avoir une imagination débordante, et dans cette série, si vous n’avez pas d’imagination, vous êtes cuit. Ce qui est amusant, c’est que nous devons aligner nos réactions, nous mettre d’accord sur à quel point les dinosaures que nous voyons sont flippants.

Depuis Jurassic Park, on n’arrête pas de vouloir faire des films et des séries sur les dinosaures. Terra Nova s’est ramassée l’an dernier. Pourquoi, à votre avis, ces monstres nous fascinent autant ?
N.M : Nous les appelons des « créatures », pas des monstres.
D.R : Ce ne sont pas toutes des bêtes mangeuses d’hommes… même si en général on s’en méfie, par peur ou par ignorance de ce qu’elles pourraient nous faire.
N.M : C’est une peur culturelle. Dès notre plus jeune âge, on apprend à trembler devant le T-Rex. Imaginez un truc aussi énorme que ça qui déboule en pleine ville ! Je ne connais pas un type qui ne battrait pas son record sur 100 mètres pour s’en éloigner !

Mais si ça se trouve, les dinos auraient peur de nous !
S.C : C’est le point de vue de mon personnage, qui essaye de convaincre les autres que ces dinos sont plus perdus, en détresse qu’autre chose, et qu’il faut les aider, en quelque sorte. C’est un peu la Brigitte Bardot de Primeval

La SF, en général, cache une métaphore. Y en a-t-il dans Les Portes du temps : Un nouveau monde ?
N.M : Oui, c’est un message écolo. L’équipe fait toujours le maximum pour ne pas tuer les dinosaures, mais les renvoyer dans le passé. Parce que si on détruit la faune d’il y a des millions d’années, qu’est-ce qui nous dit que ça ne va pas avoir une conséquence dramatique sur le présent ? La question se pose aussi sur ce que l’on détruit aujourd’hui, pour notre futur…

Les Portes du temps : Un nouveau monde, le mardi à 20h45 sur SyFy en France.

2 commentaires pour “Les Portes du temps : Un nouveau monde, une triple interview.”

  1. La version anglaise n’était vraiment pas convaincante, avec en gros la transposition d’une xénophobie sur des dinosaures : toujours des prédateurs, jamais satisfaits, jamais adaptés (la plupart du temps ils tuent pour tuer, assez peu pour manger ou d’autres raisons).
    Ça aurait été carrément plus intéressant d’imaginer justement des dinosaures (ou autres bébêtes) s’adapter totalement jusqu’à en devenir véritablement indétectables, avec des effets profonds sur l’écosystème plutôt que de rester au simple constat d’une différence indépassable et contre nature, d’une prédation incontournable comme rapport à l’autre… etc. Cacher la xénophobie par l’écologie ou des principes humanitaires (du genre du film Babel) est de plus en plus courant : le message de cette série c’est : “chacun chez soi et les moutons seront bien gardés” ; on peut difficilement trouver un proverbe résumant mieux le fondement de n’importe quelle extrême-droite que celui-ci, tout y est et il n’y a rien en trop.
    Le principe est abruti en lui-même.

    Je me rappelle d’une erreur de diffusion de la part de NRJ12, un épisode qui était passé à moitié à l’envers à moitié dans le bons sens… je croyais que c’était voulu, j’avais trouvé ça fort original. Dans un épisode il me semble que Nick Cutter revient dans un présent qui a subi une modification.
    Le concept d’anomalie temporelle mérite quand même mieux que de toujours broder sur la stupéfaction devant des dinosaures (tout un tas de films de série B y arrivent avec des créatures moins importantes, voire parfois tout à fait inoffensives et anodines).

  2. Primeval la série originale mérite bien mieux l’analyse que tu attitres à New World. L’originale est donc une serie correcte qui benéficie d’un pitch osé et fort intéressant, qui donne vraiment de la matière à exploiter tout en étant assez casse gueule. Les personnages sont plutots intéressants (même si on a droits à trois différents heros qui sont de moins en moins attachants. Sur 5 saisons ça fait un peu beaucoup) et le jeu d’acteurs est plutôt correct. Résultat, on sent bien que les scénaristes ont eut des bonnes idées, mais hélas ils ont eut du mal à les exploiter (la faute à des saisons trop courtes ?) et c’est bien dommage. Puis passé les 3 premières saisons, les deux dernières sont à oublier puisqu’elles reprennent des éléments déjà vus dans les saisons précédentes avec là encore une storyline potentiellement intéressante mais baclé eu fil des épisodes pour un résultat mitigé. Et c’est bien dommage.

    Au départ je me rejouissais du Spin off canadien car il paraissait qu’il y aurait plus de moyens. Mais le pilote prouve bien une chose : les scénaristes se sont pas du tout forcés : ils se sont contentés de reprendre la même mise en forme narrative et la même mise en scène que dans Primeval l’original, sauf qu’on a du low cost : c’est mal mis en scène, les personnages sont archis stereotypés (quand Nial Matter dit que son personnage est “un mélange de Tony Stark et de Bruce Wayne” vous avez vraiment senti ce melange vous ?), tout comme les twists du premier episode . Par dessus le marché ca joue très mal et pourtant je suis pas si difficile sur ce point là.

    Bref ce qui m’a emmerdé avec Primeval New World c’est que il y avait là une nouvelle opportunité d’exploiter le fort potentiel scenaristique de cette franchise avec ce spin off mais les producteurs et scenaristiques ont preferé jouer la fenéantise avant tout en nous resservant tout ce qu’on a vu dans Primeval, mais en moins bien.
    A ce titre ca tient plus du remake que du Spin off donc c’est clairement un gros gâchis, dommage.

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