Comment j’ai cessé d’aimer M. White

ATTENTION, CET ARTICLE EST UN GROS SPOILER SI VOUS N’AVEZ PAS VU AU MOINS LES ÉPISODES 1 à 3 DE LA S5 DE BREAKING BAD !!!

Je n’aime plus Walter White. Je ne veux plus qu’il s’en sorte. Je veux qu’il meure ou qu’il finisse en taule. Je veux qu’il paye. Je n’ai plus de pitié. La saison 5 de la géniale série de Vince Gilligan devait marquer la transformation complète de son héros, son passage au statut de disciple de Scarface. Un peu lourdement, l’épisode 3 nous le rappelle, en le montrant planté devant sa télé, hilare devant celui qui lui servira finalement de modèle – Walter a aussi mis dans son coffre son « Little friend » à lui, au début de la saison. Longtemps, le tour de force de Breaking Bad aura été de nous faire nous attacher à un salaud. En l’espace de deux épisodes – et encore plus en quatre – cette saison 5 nous ouvre les yeux : Walter est une enflure. En attendant que les personnages de la série le réalisent à leur tour…

Le dérapage de M. White ne date pas de la mi-juillet. Depuis le début de la série, il a fait tout ce qu’il faut pour déplaire : il a tué, menti, trahi, et accessoirement contribué à faire circuler la pire des drogues qui soit. Mais ça ne nous suffisait pas. Car Walter était un brave type, un loser, une victime. Il multipliait les circonstances atténuantes : d’abord sa vie elle même, foireuse, celle d’un gars qui avait tout pour réussir, et qui s’est fait avoir par l’existence et les autres. Il méritait bien une petite vengeance… il a eu un cancer, deuxième circonstance atténuante, la principale. Pour le bien-être de sa famille, qui ne ferait pas une connerie ou deux ? Sa famille, troisième circonstance atténuante. Tant qu’elle était sa raison d’être et de déraper, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir…

Bref, Walter, c’était le antihéros qu’on aimait. Skyler méritait des claques, on voulait la voir faire ses valises, Hank en faisait trop, on le craignait, Jesse était un pauvre junky… et puis, il y avait Gus. Gus, le mal absolu, froid, méthodique, égoïste, l’inverse du désordonné et paniqué M. White, tellement plus humain, tellement plus fragile. Comment haïr cet homme rongé par le doute, les insomnies, la peur de la mort, capable de nous toucher au plus profond en perdant la boule face à une mouche ? Le déclic est venu à la fin de la saison 4, quand il a risqué la vie d’un enfant pour sauver sa tête et son business, et mettre à terre Gus. C’était le geste de trop. A moins qu’il ne soit passé du côté obscur quand il déclarait, face à une Skyler pétrifiée, « I am not in danger… I am the danger. »

Étonnement, c’est de Skyler, sans doute le personnage que j’aimais le moins, qu’est venu mon aversion actuelle pour Walter White. D’une scène en particulier : la chute de l’épisode 2 de cette saison 5. Une scène qui fait froid dans le dos, presque un viol, une main posée sur une femme dégoûtée et effrayée (« de quoi as-tu peur ? » demande Walt, « de toi » répond Skyler). Oui, Walter fait désormais peur. Son « I won », « j’ai gagné » face à Gus veut tout dire : il aime désormais ce qu’il fait. La nécessité n’est plus son seul moteur. A avoir vaincu son pire ennemi, figure quasi immortelle, Dieu de la drogue, il est devenu Dieu à son tour. Du moins le croit-il, affirmant sans trembler que ses plans sont infaillibles, « roi » (s’il on en croit les affiches promotionnelles de la saison 5) presque grotesque mais plus que jamais effroyable.

Dans un mouvement qui paraît soudain mais qui, si l’on regarde en arrière, a bien été amené depuis la première saison, Walter White est devenu un salaud pour de bon. C’est son changement de comportement, relativement brutal – et la performance physique de Bryan Cranston, toujours hallucinante – qui donne cette impression en ce début de cinquième saison. Et, tout aussi subitement, Skyler devient plus attachante. Surtout, Hank devient notre porte-parole à tous (du moins à ceux qui ressente la même chose que moi – Oh, cette scène où son patron lui explique qu’il n’a jamais vu, « sous mes yeux », le criminel Gus !) : on veut le voir mettre la main sur Walter, on veut que tout le monde réalise enfin quelle enflure il est devenu. Que Jesse déverse sa rage sur ce père de substitution qui le mène en bateau. Que Skyler fuit, loin, avec les enfants. Que Junior… dur à dire ce qu’on souhaite pour ce brave Junior. C’est d’ailleurs de ce dernier que pourrait venir l’ultime espoir de M. White, sa dernière chance d’être « sauvé. » La saisira-t-il ?

Une chose est sûre : Vince Gilligan a bel et bien enclenché le final de sa série. Si Walter avait été aussi rebutant plus tôt, on ne l’aurait sans doute pas suivi aussi loin. Ce désamour (le mien et celui de quelques collègues, en tout cas) est une preuve supplémentaire du talent de son auteur. Reste à savoir comment tout cela finira : dans une fin totale, violente, déshumanisée, où Walter n’aura plus une once de sensibilité en lui (ce que nous annonce Gilligan depuis la saison 1, en gros), ou sur un sursaut d’humanité, pour « sauver » in extremis le personnage – du moins sauver l’affection des téléspectateurs (ce qu’il sous-entendait quand je l’ai rencontré cet été) ? Réponse dans un an…


Image de Une : affiche promotionnelle de la s5 de Breaking Bad (AMC/Sony)

8 commentaires pour “Comment j’ai cessé d’aimer M. White”

  1. Et donc ??

    Oui, tout cela on le sait, tous ceux qui regardent la série le savent et en sont là. Vraiment une note inutile qui veut dire ” hé les gars, moi aussi je suis à jour, moi aussi j’ai vu le début de la Saison 5 ! ” Hé bien… On s’en fout. A la rigueur, un simple tweet pour le dire aurait suffit.

    Oui, la série est géniale, parce que non seulement elle conduit a un revirement du personnage principal, mais également des sentiments du spectateur à son égard. On voulait qu’il s’en sorte, on veut maintenant qu’il tombe.

    Mais consacrer une note sur un blog, c’est inutile. On le sait, quand on regarde la série. Et si c’est pour penser nous l’expliquer, c’est insulter notre intelligence (croire qu’on a besoin de nous expliquer les choses), ce que la série ne fait pas…

  2. Mais Mr. White va s’en sortir car la série est réaliste, donc amorale. Tout comme il réussit à guérir de son cancer alors qu’il est un parfait salaud.

    Il va s’en sortir, mais le tout est de savoir à quel prix.

  3. De mon côtét je suis toujours attaché à Walter malgré la bêtise qui commence à poindre (adios la pontiac aztec et bonjours grosses caisses :-( …) et j’espère bien que la série aura la bonne idée de rester amorale et de ne pas tomber dans le poncif à la Icare : Il a voulu monté trop haut et doit donc tomber (d’ailleurs le mythe est mentionné dans ce début de saison). Au début de la série nous avions un personnage, sympathique, niais et un poil irritant et on arrive à un bonhomme antipathique mais assez cool non ? (bon le coup du gosse est limite mais c’était lui ou Walter…. et finalement tout le monde s’en sort :-))
    La fin idéale serait qu’il s’en sorte en trahissant tout le monde, jesse, mike and co (je ne pense pas qu’il iraient jusqu’à le faire lacher skyler et la petite famille)
    [ ou qu’il meurt de son cancer sans être attrapé et sa famille à l’abri du besoin (comme initialement voulu) pour contenter tout le monde :-)]

  4. la fin peut être aussi bien une victoire à la Pyrrhus comme le fut la fin du génial The Shield (probablement un des meilleurs final de série que j’aie vu à ce jour, principalement parce qu’il n’est ni tout blanc ni tout noir), et ça serait une belle fin, pour un personnage que j’aime détester depuis des saisons entières (mon empathie envers lui s’est définitivement tarie lorsqu’il a laissé sciemment mourir Jane Margolis).

    J’aime beaucoup Breaking Bad, mais j’ai été fortement refroidi par les derniers épisodes de la saison 4, qui est une suite ininterrompu d’incohérences (surtout pour une série qui se veut réaliste. Dans un Star Trek ou à la rigueur un 24 ça serait mieux passé, mais là ça choque) vraiment irritante.
    Du coup la saison 5, j’y vais à reculons. mais le coté “final de la série” a un attrait non négligeable.
    Short live king Walter.

  5. Eh bien moi, je continue à l’aimer : il faudr

  6. … il faudrait au moins qu’il tue Jesse pour que je souhaite le voir tomber ;-).

  7. Pour Moi c’ est la meilleure série de ces 10 derniéres années..

  8. Le reproche que je formulerais est que peu à peu, une certaine forme de manichéisme s’est mis en place dans le caractère des personnages. Cela se traduit par un jugement instinctif de spectateur, en faveur d’untel ou d’untel, selon le rebondissement. Et surtout, on dirait, au vu des derniers épisodes, que la place de chaque personnage est clairement identifiée, et n’en changera pas. La ou, par exemple, Six Feet Under savait jouer avec subtilité des sentiments que l’on pouvait éprouver envers ses personnages (on les a tous aimé puis détesté tour à tour, pour au final, s’abstenir de tout jugement définitif), il y a quelque chose d’irréversible qui est posé. Ce qui rend moins intéressant la fin de la série.

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