House rentre à la maison

Ce n’est pas une surprise, mais c’est quand même un événement : hier, la Fox confirmait l’annulation de House, au terme de sa huitième saison, en cours de diffusion outre-Atlantique. Rares étaient ceux qui pensaient qu’elle serait prolongée, le contrat de Hugh Laurie arrivant à son terme et les audiences n’étant plus ce qu’elles étaient dans le passé (tout juste 10 millions de fans par semaine contre près de 20 millions il y a 5 ans). House a vécu, sa huitième saison est tièdement accueillie par le public, mais elle restera une des meilleures séries grand public (sous-entendu, diffusée sur un network) des années 2000. Pourquoi ?

Parce qu’elle a compris qu’on ne referait pas Urgences. En tout cas, pas de si tôt. En mêlant le procedural, le polar, à la médecine, House a renouvelé le genre. Il y a bien là des opérations, des malades, cette angoisse qui empêche les hypocondriaque d’allumer leur télé — et si le lupus, c’était pour moi ? Mais il y a aussi une enquête, des indices, des suspects — les virus, les maladies en tous genres — bref tout ce qu’il faut pour un polar. Le modèle de Gregory House, ce n’est pas Hippocrate (“c’était en deuxième année, j’avais une mononucléose, je suis resté au lit tout l’automne“) mais Sherlock Holmes.

Parce que le cancer, c’est drôle. Au polar et au médical, House a su ajouter l’humour. On rigole rarement dans les séries d’hôpitaux — je ne parle pas de Scrubs, bien entendu. Pourtant, demandez à n’importe quel médecin, il vous dira que face à la mort et à l’horreur, le rire est souvent la seule solution. A sa manière bien à lui, cynique et désagréable, House est un clown. Un clown triste qui n’est jamais meilleur que lorsqu’il se paye la tête d’un de ses patients sur le point d’y passer.

Parce que ses scénaristes savaient se lâcher. Les épisodes “classiques” de House, avec malade, enquête et résolution du “mystère”, étaient sympas, voir bons sans plus. En revanche, quand les auteurs se laissaient le droit de déraper et de partir dans des épisodes fantasques, la série devenait carrément excellente. Dans ses scènes oniriques, dans ses parodies, dans ses excursions hors de l’hôpital — l’asile, la prison — et quand les plumes osaient — la “House académie” ! — la série faisait des miracles.

Parce que House. Rares sont les héros de network d’une telle richesse. Blessé, malade, aigri, cynique, méchant, drôle, absurde, génialement humain et tordu, Gregory House est une merveille, dont les seules limites sont sa maison, la Fox. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’aurait pu être House sur FX, la chaîne câblée du groupe. Imaginer une version extrême de la série, avec plus d’épisodes barrés, plus de hors hôpital, plus de trash, et un personnage qui n’aurait plus de limites. Le genre médical, mal aimé du câble (je n’oublie pas Nurse Jackie, cousine de House), aurait pris un gros coup sur la nuque…

Parce que Hugh Laurie. L’an prochain, il faudra donner son Emmy à l’acteur britannique, si ce n’est que pour l’ensemble de sa performance. Nominé six fois, il ne l’a jamais emporté, et pourtant, sa prestation est acclamée depuis huit ans. Il a donné corps au personnage comme sans doute personne aurait pu le faire, lui a donné un style, une voix, bref, Laurie est House, avec un immense talent tragicomique.

Parce que tous les autres. Certes, House est avant tout le show de Laurie et de son personnage, mais il n’aurait sans doute pas eu ce succès sans ses partenaires. Outre Lisa Edelstein — grave erreur que de l’avoir laissé partir à la fin de la saison 7 — le meilleur d’entre eux était le trop discret Robert Sean Leonard, formidable Wilson, confident, ami et crypto-compagnon gay de House. Les autres membres de l’équipe et même les malades “invités” ont souvent été d’un beau niveau.

Et vous, que retiendrez-vous de ces huit années de House ?

En attendant, TF1 lance mardi soir la saison 7.

Image de Une : House (Fox/TF1)

11 commentaires pour “House rentre à la maison”

  1. Cette série je ne l’ai découverte que en 2010 et je dois dire que depuis j’ai bien rattrapé mon retard et House est une série qui m’a permis de m’améliorer, de me remettre en question et surtout cela m’a permis de découvrir Hugh Laurie qui est formidable!!! Aussi bien en tant qu’acteur mais son album de blues est génial, et j’ai eu la chance en 2011 d’assister à deux émissions, dont une ou ma fille à eu un petit bisou de sa part suite à un petit présent et de le voir en concert^^ Merci à Mr Laurie et toutes la team de House pour tous les bons moments passés grâce à eux. J’espère juste ne pas pleurer à la fin parce qu’ils auraient pris la mauvaise décision de faire mourir House^^ En tous cas, bonne continuation à tous les acteurs et surtout beaucoup de concert en France de Hugh 😉

  2. House restera comme une série qui pour moi a réussi à se renouveler, le tournant pris sur la saison 5 (puis la 6) est génial, même si on retombe en ce moment sur la 8 dans des épisodes plus classiques ce qui est dommage.
    Et j’avais l’impression que juste comme ça, parce qu’ils le voulaient, ils pouvaient faire un épisode splendide, comme celui de cette semaine.

    En tout cas House va manquer surtout quand on voit ce qui reste comme série sur la Fox…

  3. Ce qui est marrant, c’est qu’à ses débuts, cette série est passée plutôt inaperçue. Trop différente, amorale, dérangeante, trop technique aussi.
    Comme quoi…

  4. Je ne suis qu’à moitié d’accord avec l’image que vous pouvez avoir de la Fox. Les Simpsons, Arrested Development, House, Raising Hope, Fringe et j’en passe. C’est une chaine qui ose des choses, surement le seul network à dépasser (légèrement) le cadre moral de séries souvent trop familiales. A ne pas hésiter à être relativement subversives (même si ce n’est pas comparable avec ce qui se fait sur le cable, dont c’est un peu le fond de commerce).

    Surtout, et c’est un cliché qui revient souvent, les gens ont tendance à la confondre avec sa petite sœur Fox News, bien plus conservatrice que la Fox. J’ai eu une prof d’anglais en école de journalisme qui a présenté une émission sur cette chaine dans les années 90, elle nous a dit que c’était un des networks les plus libéraux du paysage audiovisuel américain.

  5. @Yoshi : je n’ai pas dit que la Fox est comme Fox News ni qu’elle n’ose rien, j’ai dit que c’est un network, et donc qu’elle peut aller moins loin, par définition, que FX, qui est une chaîne câblée.

  6. Oui j’avais bien compris, ce n’étais pas pour vous que je faisais cette correction. C’est quelque chose que l’on voit beaucoup dans les commentaires de blogs séries, ça me travaillais depuis un moment, j’ai trouvé l’occasion de partager là dessus. 🙂

  7. Personnellement, je me suis lassé d’house.
    Mais ça reste la série qui m’a mise aux VO et par extension aux séries du câble. Sans house, je n’aurais jamais vu the wire, game of thrones, boss, justified…
    J’espère que la série qui remplacera house sera aussi bonne.

  8. Je ne suis pas mécontente que la série s’arrête. J’ai adoré House mais cette année est la première où je ne prends plus vraiment plaisir en regardant la série.

    Les sorties hors de l’hôpital ont toujours été très réussies mais trop courtes.

    Il n’en reste pas moins que House a exprimé pendant des années cet humour cynique si réjouissant, où une partie de moi se reconnaissait. Tandis que l’autre était incarnée par Wilson 🙂

    Et puis entendre dans une série américaine de network, dès la saison 1 :
    “Sister Mary Eucharist: I need to talk to you, Dr. House. Sister Augustine believes in things that aren’t real.
    Dr. Gregory House: I thought that was a job requirement for you people? ”
    Ca reste un excellent souvenir 😀

  9. Avec cette annulation il y a deux hypothèses :
    – ou la fox annule beaucoup de séries pour un lancer un grand de nouveautés la saison prochaine
    -ou l’annulation de house est une porte ouverte pour les nouvelles de cette saison :un renouvellement pour terra nova ou alcatraz (plus probable pour ce dernier)

  10. Je pense comme vous, Pierre, que sans Hugh Laurie pour donner cette épaisseur au personnage, House n’aurait pas été la même série.

    Ensuite, certaines séries restent dans ma mémoire pour avoir généré des moments à mon sens hors-normes (le pilote de Lost ou le final de Six Feet Under, voire celui des Sopranos, par exemple, pour citer des shows connus), et House est une de celles-ci. (attention spoiler) L’épisode 16 de la saison 7, lorsqu’il saute du balcon, avec la musique (et surtout les paroles, extraordinaires !) de Peter Gabriel en fond, sous le regard effaré du pauvre Wilson, restera toujours dans ma mémoire comme un moment emblématique de cette série : House qui cède à ses démons (la Vicodin), et qui fait une fois de plus un pied de nez à tout le monde, tout en faisant souffrir son éternelle victime. J’ai adoré cet instant-là et sa mise en scène.

    De même que je l’espère pour Dexter, je rêve d’une fin sans pitié pour House, afin qu’il reste dans nos mémoires. Parce que s’ils nous font une fin genre départ à la retraite anticipé avec bière et barbecue + le retour de 13 et de Cuddy qui lui sourient…

  11. House m’a fait découvrir la Vicodin (heureusement qu’à la télé) et ses effets pervers, House m’a fait voir un cynisme que je n’avais jamais vu dans une série, House m’a fait découvrir un personnage des plus intelligents et futé, House m’a fait mourir de rire quand il s’attaquait à Wilson, et House m’a fait avoir envie de jouer du George Michael à la guitarre quand il a voulu réveiller Wilson (saison 6 ou 7).

    Bref, “So long House, it was really nice to watch you”

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