“Enlightened n’est pas qu’une satire”

Hier soir, HBO lançait sa dernière série, une comédie dramatique avec Laura Dern, Enlightened. On y suit Amy, une quarantenaire qui décide, après une sérieuse crise de nerfs, de faire une pause, de se ressourcer, et de revenir “illuminée”, meilleure, et bien décidée à illuminer les autres. Je vous dirai ce que j’en pense samedi matin. En attendant, j’ai pu en discuter, cet été (donc avant visionnage) avec son créateur, Mike White (aussi scénariste de films avec Jack Black — sans blagues — comme Super Nacho, Rock Academy ou Orange County, ainsi que d’épisodes de Dawson et Freaks & Geeks). Enjoy.

D’où vous est venue l’idée d’Enlightened ?
En fait, cette série est le résultat d’une corrélation d’événements et de hasards. Je connais Laura depuis le film Year of the Dog, que j’avais écrit, en 2007. On est voisins, on se croise tout le temps. Elle a décroché un contrat avec HBO. Mon ancien agent a décroché un job d’exécutif pour HBO… bref, à la fin, on s’est dit qu’on devrait organiser une petite fête, tous ensemble.

Ça ne nous dit pas d’où vous est venue L’IDEE de Enlightened
Ah. Et bien Laura voulait faire un truc sur une femme qui a des crises de nerfs, et je me suis dit que ce serait sympa de faire une série sur cette personne qui craque, qui se soigne, et qui revient en jurant à tout le monde qu’elle va mieux et qu’elle n’est pas folle. La question au centre de la série, on se la pose presque quotidiennement : où vais-je, ai-je fait les bons choix, quel est le but de mon existence ? Gagner de l’argent ? Fonder une famille ? C’est une question existentielle de base, celle du sens de la vie – et sans sens, on devient fou.

Et où se cache l’humour dans cette situation-là ?
Tout repose sur le personnage d’Amy. Est-elle folle ? A-t-elle toute sa tête ? Comment les gens réagissent quand elle essaye de faire d’eux « quelqu’un de meilleur » ?

Tout ça sonne très Showtime, genre United States of Tara, Nurse Jackie, The Big C
C’est un peu plus… euh… je ne voudrais pas dire un truc qui fasse croire que je me paye la tête des séries de Showtime…

Pas grave, foncez.
Ok, alors disons que les séries de Showtime sont un peu… niaises. Enlightened est plus sérieuse, certains n’y verront même pas une comédie. Les personnages ne sont pas tous bizarres ou décalés. Enfin, la réalisation est très cinématographique.

Ça reste tout de même un « one woman show », non ?
Si. Il n’y a pas de narration secondaire. C’est l’histoire d’Amy et de ceux qui l’entourent, mais toujours avec elle au centre. Et on entend même sa voix, mais d’une manière étrange. Un peu comme sa conscience, comme des ordres qu’elle se donne à elle-même…

Vous en connaissez, des Amy ?
Je m’identifie assez à elle, en fait. J’ai eu ma crise de nerfs, j’ai envoyé balader tout le monde, du genre gueulante géante et « allez tous vous faire foutre » dans l’open space. Et puis j’ai déprimé, lu des bouquins sur le bien-être, médité, etc. A L.A, les gens sont fous. Il arrive un moment où votre corps et votre esprit rompent. Vous cassez…

Allez-vous rire des solutions « miracles » qu’on propose à ceux qui « cassent », des régimes, des religions, etc. ?
Un peu, surtout des gens qui font quelques séances aux alcooliques anonymes et qui ressortent en prétendant avoir réponse à tout et être en paix. Enlightened n’est pas une simple satire. Il faut prendre ses personnages au sérieux.

C’est donc une « dramédie », comme on dit. On ne voit que ça en ce moment sur le câble non ?
C’est tellement mieux d’éviter le drame lourd et l’humour léger, et de viser au milieu.

Combien de temps peut-on durer avec un personnage qui, chaque semaine, « s’illumine » ? A la fin, elle sera illuminée, mais encore ?
En fait, Amy doit faire face à de nombreux conflits. Elle est entourée de gens en crise, dans sa vie privée, au boulot, partout. Son idéalisme va se heurter un paquet d’obstacles. Et puis, si nous avons le droit à d’autres saisons, j’aimerais bien changer de personnage, peut-être mettre Luke (Wilson, qui incarne l’ex époux alcoolique d’Amy, ndlr) au centre de l’histoire, et suivra sa quête à lui.

Y a-t-il une critique de la société contemporaine sous la quête d’Amy ?
Dans la mesure où son idéalisme se prend de plein fouet l’obsession de sécurité et la complaisance de la société, oui. Les gens veulent juste payer leurs factures et se soucier de leurs petits problèmes, plutôt que de se confronter à ceux de leurs voisins.

Vous êtes allé chercher une « actrice de cinéma », même si ça ne veut plus dire grand-chose. Pourquoi ?
Tout simplement parce que les films indé sont en train de disparaitre à Hollywood. Du coup, tout ceux qui bossaient dessus vont sur le câble. Par exemple, Laura et moi-même, à qui on offre le droit de faire des séries originales.

Images : Mike White, Laura Dern dans Enlightened, HBO.

Un commentaire pour ““Enlightened n’est pas qu’une satire””

  1. Moui bof… Après avoir vu le S01e01, je dois dire qu’on ne sait pas vraiment dans quelle direction le show va aller et c’est un peu ça le problème, il ne se passe pas vraiment grand chose. Ca pourrait convenir pour le genre de films de 90′ qu’on montre à Sundance mais en format série, j’ai du mal à saisir le fil directeur. J’ai du mal avec Laura Dern également, j’ai un peu envie de la baffer :-)

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