Le désespoir du feuilleton

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La problème ne date pas de la semaine dernière. Pas même de cette saison. Depuis plusieurs années, ça sent le sapin pour le “feuilleton”, la série télé où l’histoire se développe au fur et à mesure des épisodes, en une seule et même intrigue — au mieux bouclée en une saison, type 24, au pire étendue sur toute sa durée de vie, type Lost. La faute à une concurrence grandissante, à des téléspectateurs de moins en moins fidèles, à des moyens en baisse… bref à l’évolution du marché tout entier, qui ne peut plus supporter l’ADN des séries feuilletonnantes. Dernière victime en date de cette crise, The Event, “Lost wannabe” malgré elle, en mauvaise posture dans les audiences américaines, qui cherche la solution.

The Event le savait très bien : lancer une série feuilletonnante, c’est obligatoirement créer… l’événement. Attirer un maximum de curieux devant son pilot, mettre le paquet, et prier pour que ça suffise à les faire revenir en seconde semaine. Puis en troisième — faute de quoi elle sera condamnée, puisqu’il est rarissime que de nouveaux téléspectateurs arrivent au milieu de l’intrigue. Après, en assurant un minimum, le mystère, le suspens, les cliffhangers, toute la machinerie propre aux séries feuilletonnantes devrait faire son effet. En théorie seulement, car The Event, après un démarrage à 11 millions de téléspectateurs, est tombé à à peine la moitié après seulement sept épisodes. Sa chance, c’est qu’NBC, après 4 épisodes pourtant déjà en pleine dégringolade (11, 9, 7.5 et 6.5 millions respectivement), a décidé de lui laisser une saison de 22 épisodes pour faire ses preuves. Inutile en l’état des choses, puisqu’on sait très bien que personne ne raccroche le wagon d’une série comme The Event

Alors ses producteurs cherchent des solutions pour faire un ou deux arrêts en gare, le temps de laisser les téléspectateurs se rendre compte de ce qu’ils ratent (à ce que j’en ai vu, pas grand-chose malheureusement). Début janvier, pour le lancement de la seconde moitié de la première saison de The Event, sera ainsi diffusé un résumé d’une heure, récapitulant ce qui s’est passé depuis septembre. Une bonne idée, pas très originale, mais qui pourrait ramener quelques curieux en plus. Lost, via de petits films sur internet, l’a fait pendant six saisons, sérieusement ou moins sérieusement, jouant à merveille des embrouilles de son scénario. Cela suffira-t-il pour sauver The Event, qui ferait bien de repasser au-dessus de la barre des 7 millions de fans si elle veut revenir en saison 2 ? Pas sûr…

Interviewé la semaine dernière lors d’un panel organisé par la Screen Actors Guild, à Los Angeles, Blair Underwood, qui incarne le Président des Etats-Unis dans la série, a implicitement suggéré à NBC de faire preuve d’encore un peu plus de patience. “Ce genre de séries, comme 24 ou Lost, gagnent toujours en audience lors de leur seconde saison, parce que, pendant l’été, les gens achètent les DVD ou téléchargent, ce qui les motivent pour revenir voir les nouveaux épisodes, a-t-il expliqué. En plus, The Event a été vendu à plus de 200 pays a travers le monde, ce qui créera un effet forcément positif quand sa diffusion commencera à l’étranger. Tout va bien se passer.” Une analyse pas tout à fait exacte — 24 est bien passé de 8,6 à 11,7 millions de téléspectateurs entre ses deux premières saisons, mais Lost a glissé de 15,7 à 15,5 millions — qui ressemble beaucoup à de la méthode coué… et dont peut-être personne n’aura jamais la confirmation. L’an dernier, dans des conditions similaires, Flashforward avait pris la porte sur ABC…

Image de Une : The Event, NBC.

9 commentaires pour “Le désespoir du feuilleton”

  1. Une analyse assez juste… malheureusement. L’ère du feuilleton semble être terminée, ou tout du moins en mauvaise posture.

    Si je ne m’abuse, Fringe, qui pourtant assure comme une bête niveau scénario comparé à The Event (qui démarre juste, soyons honnêtes), connaît le même problème d’audience à cause de son intrigue devenue feuilletonnante…
    Pour une fois qu’on pouvait espérer autre chose que la vague habituelle de formula-show… Ceux qui ont du mal à raccrocher les wagons, ce sont surtout les téléspectateurs, qui n’ont pas encore (re?)pris les bonnes habitudes face au feuilleton. Pourtant, les gens suivaient bien Dallas à une époque ? :)

  2. N’est ce pas plutot l’abondance de série feuilletonnante qui fait que certaines ne survivent pas, ce qui me parait assez logique. Je n’ai pas regardé the event donc je ne vais pas juger sur la qualité, je ne connais pas non plus les chiffres d’audience des autres mais il me semble que des series de qualité type mad men, dexter, breaking bad survivent tres bien.
    Bref, utilisé un exemple précis pour en tirer une conclusion globale me parait méthodologiquement faux.

  3. @Ben. Mad Men, Dexter et Breaking Bad sont des séries du câble, qui ne demandent pas des audiences élevées (loin, très loin des 7 millions nécessaires sur les networks). Demandez à tous ceux qui suivent de près les séries américaines, et ils vous confirmeront que les séries feuilletonnantes, sur les networks (précisons donc ça) se portent mal. Enfin, je pars ici d’une généralité pour mieux parler d’un cas. Et non l’inverse. Cordialement.

  4. Merci de la précision qui effectivement change la donne

  5. Très bonne analyse sur le feuilleton. Je crois qu’il y a des cycles, au travers desquels le feuilleton est plus souvent mort que vivant, mais il revient régulièrement.

  6. Le probleme de The Event s’est surtout que c’est nul. C’est tellement n’importe quoi que c’est presque marrant.
    Ca n’a pas grand chose a voir avec Lost. C’est plutot un melange des pires moments de 24, du mauvais Alias, et plein de Flashforward pour la stupidite.

    Quand c’est bien, ca marche – AMC et HBO le prouvent.

  7. je pense aussi que c’est l’histoire qui fait le bon feuilleton. Il faut qu’elle soit nouvelle (Lost a marché car pour une fois il n’y avait pas d’hopital, de cabinets d’avocats ou de légistes). Avant de devenir cette horreur (décidément je me rends compte que j’en parle dans tous mes commentaires..) il y avait un vrai changement. Prison Break pareil, Heroes pareil. Les scénaristes n’ont pas suivi après et donc l’histoire est devenue ridicule et le public a laché. Flash forward, on sentait dès le début que c’etait mauvais

    Je repense à Damages, Murder one (c’est un peu plus vieux, c’est vrai) et autres séries qui ELLES, ont une histoire. Et quand l’histoire est bonne, étrangement, ca marche..

  8. “Et quand l’histoire est bonne, étrangement, ca marche..”

    Surtout que Murder One a ete un bide et que Damages n’a pas ete un gros succes – et a part la saison 1, c’etait plus que mediocre. Prison Break n’a eu qu’une saison de potable, Heroes est mediocre des le debut puis catastrophique assez rapidement. Et Lost est justement la seule serie a avoir maintenu une haute qualite sur 6 saisons. Et avec un succes merite.

  9. J’ai l’impression que maintenant les scénaristes partent d’une situation ou d’un événement à caser dans un pilote et qu’après ils trouvent l’histoire.
    J’ai pas encore vu The Event mais dans le genre feuilleton cette année j’ai adoré Rubicon. On voit la différence quand une série est écrite de manière cohérente.
    Dans une moindre mesure Persons Unknow s’est révélé intéressante particulièrement à l’approche des deux derniers épisodes très réussis. De belle promesse. On verra si les scénaristes savaient où ils mettaient leurs personnages.

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