Overdose de remakes

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S’il fallait une preuve que l’industrie des séries américaines ne va pas fort ces jours-ci, ce serait celui-là : on n’a jamais vu autant de remakes, suites plus ou moins officielles et autres réécritures opportunistes de « classiques » du petit écran. En deux ans, l’inflation a été permanente dans ce sous-genre rarement inspiré. Depuis septembre, ont ainsi tenté leur chance Melrose Place (la première nouveauté de la rentrée, tout un symbole), Eastwick (adaptation d’un film, ça compte aussi), V et Le Prisonnier. Quelques noms fameux qui viennent s’ajouter à Beverly Hills (90210 en l’occurrence), K2000, Super Jamie ou encore Terminator (adapté d’un film là aussi).

S’il y avait derrière cette triste mode un véritable enjeu artistique, on s’en réjouirait. Il s’agirait de réinventer une œuvre vieillie, de reprendre à son compte une bonne idée, pour l’adapter au monde contemporain. Grâce au recul, on pourrait souligner les qualités de l’original et atténuer ses faiblesses, surfer au passage sur son charme vintage et, quand l’occasion se présente, prouver que les enjeux dramatiques et sociétaux de l’époque (souvent les années 80) ne sont pas complètement dépassés. Un seul remake est parvenu à accomplir ce miracle, Battlestar Galactica, chef d’œuvre SF, relecture philosophique et politique d’une rare profondeur d’une très oubliable série des années 70.

Le problème, c’est qu’on fait rarement un remake pour révolutionner le monde des séries. On le fait pour toucher le jackpot financier. La recette est censée être infaillible : anciens fans nostalgiques + nouveau public = grosses audiences. Le buzz médiatique que peut créer l’annonce du retour d’une « marque » (ou « franchise », le terme usité en V.O) est censé favoriser le phénomène. Un peu comme quand un vieux sportif qu’on croyait à la retraite fait son retour sur les terrains. Le problème, c’est que les conséquences de ce retour sont souvent les mêmes dans les stades et à la télévision : après le battage médiatique, l’événement fait pschitt.

Scénaristiquement insipides, ne pouvant bénéficier du kitsch réjouissant de leurs modèles, les remakes s’étalent dans les audiences et prennent la porte les uns après les autres. Dès 2003, une tentative de retour de Rick Hunter ne tenait ainsi pas mieux que cinq épisodes. Même sort pour Super Jamie (8 épisodes) et K2000 (17 épisodes) : une saison et puis s’en vont. Terminator aura eut droit à deux vies (sans doute l’influence du film, et un casting un poil au dessus de la moyenne). 90210 n’est pas le carton attendu, pas plus que Melrose Place. Eastwick n’aura pas droit à plus de 13 épisodes. V, après un excellent démarrage, s’est effondré. Seul Le Prisonnier, lancé ce dimanche, tient son rang, mais sur une chaîne câblée, AMC (Mad Men, Breaking Bad).

Le plus curieux, dans tout ça, c’est que ces échecs à répétition ne semblent pas décourager les chaînes. On nous annonce déjà Hawaii Police d’Etat le retour, Dallas la revanche ou encore Drôles de dames la vengeance. Même la France s’y met, avec un futur clone de FBI : Portés disparus en préparation chez TF1. Et pourquoi pas un remake de Derrick ?

5 commentaires pour “Overdose de remakes”

  1. J’ai en effet du mal à comprendre pourquoi les chaînes s’obstinent à croire que “ça va marcher” alors que le produit, sur le papier, est déjà mauvais.

    La b-a de ce ‘Prisoner’ 2009 semble alléchante, bien que Jim Caviezel n’a pas le charisme d’un MacGoohan.
    Qu’en est-il ?
    Est-ce que le câble permet à cette version de se lâcher un peu plus ou le cahier des charges n’était-il constitué que de clichés de la version originelle ?

  2. Cher Lionel,

    Cette version est passable, plutôt jolie mais assez vaine dans son sous-texte. Au moins a-t-elle le mérite de ne pas copier bêtement l’original. On reste malheureusement sur sa faim venant de AMC, qui nous a habitué à plus de fond… A voir, donc, pour les décors pas mal updatés, pour McKellen, impeccable, mais c’est à peu près tout.
    Canal + diffusera les 6 épisodes début 2010.

  3. Je ne suis pas du même avis…

    Effectivement, on pourrait croire que la grève des scénaristes de l’an passé en a laissé plus d’un en panne d’idées…au vu du nombre de repriese faites sur la passé télévisuel…mais cela reste un fait de manière isolé…cela ne dépasse pas les 2 ou 3 reprises par an…

    on pourrait aussi regarder du coté des séries influencées par les films qui marchent : legend of the seeker/ LOTR ou Vampire diaries/Twilight…on peut largement critiquer et trouver bien des points de vue, le résultat se fait au gout de chacun…

    Donc, n’oublions pas de les regarder ces séries, et de se faire SA propre idée..pas besoin d’un expert pour me dire si telle ou telle série est bonne ou meilleure…(ma série préférée étant Dexter, je ne vous dirai pas que c’est la même pour ma mère! ^^)

    Le prisonnier 2009 est bien sur différente de l’originale, et heureusement, qui pourrait penser refire la même chose? c’est impossible, alors passons à autre chose et regardons ce qu’il est possible de faire avec un scénario comme celui ci de nos jours, avec nos moyens, et le résultat selon moi, est au rendez vous…

    Ian Mckellen est fabuleux, le contrôle de son personnage, est à l’identique celui que l’acteur pose sur son personnage, tout en retenu, est magnifique…cet acteur est un gage de qualité pour cette série…mais, ils ont tous quelque chose à apporter, aussi bien le personnage principal que les secondaires…
    les décors, sont irréels, les sentiments, les relations, les découpages scénaristiques, tout est alambiqué sans toutefois vous perdre complètement…
    Je conseille cette série, pour son coté original! enfin un programme qui change, et cela faisait longtemps, peut être bien depuis le lancement de Dexter…

    Quant à V qui s’est fait défendre par les critiques, c’est le même constat, regardez et faites vous votre propre avis…pour ma part, je la trouve supérieure en tout point à la version originale…

    bon visionnage!

  4. Si cette politique d’édition existe encore, c’est qu’elle a son public. Tant qu’il y aura suffisamment de téléspectateurs pour subventionner ce genre de production, il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête.

    C’est d’autant plus vrai que la concurrence n’a jamais rempli le rôle qu’on lui attribue et qu’il n’y a pas, parmi les industries du film, d’entreprise innovante ou de vilain petit canard qui souhaite casser cette tire-lire là en jouant le jeu du progrès et en proposant soit des produits aussi nuls mais à un coût inférieur, soit des produits bien plus évolués. Autant dire que celui qui choisit de placer la télévision dans ses activités quotidiennes n’a pas réellement le choix…

    Est bien naïf celui qui croit encore dans le sacro-saint modèle de libre-concurrence : entre un monopole de l’édition ou un oligopole recherchant l’entente illicite, il n’y a aucune différence, sauf à dire que le premier est plus facile à réguler que le second.

    Bref… On en revient toujours au modèle économique, car c’est ce qui est en cause dans le caractère insipide des produits de consommation.

  5. Cher Mute99.

    Selon vous, “pas besoin d’un expert pour me dire si telle ou telle série est bonne ou meilleure”.
    Je ne prétends pas avoir la Sainte parole. Je vous donne mon avis, en toute modestie. A vous d’être d’accord, ou pas… :)
    Par ailleurs, j’aime beaucoup Dexter (au moment où je vous parle, un Dexter miniature remue sa tête sur mon bureau) mais je ne pense pas que ce soit la meilleure du moment. Breaking Bad l’emporte haut la main côté câble, et Lost côté networks.
    Mais ce n’est que mon avis, bien entendu… :)

    Bon visionnage à vous !

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