Buzz de la consommation coopérative : du “social washing”?

crédits : getty images

 

Louer, partager, troquer son vélo, échanger son appartement, son espace de travail… la consommation collaborative a le vent en poupe. Inventé il y a une dizaine d’années au Etats-Unis, ce concept basé sur le partage a connu un réel essor grâce au développement des réseaux sociaux et plus généralement des communautés sur Internet, cette consommation d’un nouveau genre a même été citée par le Times Magazine comme l’une des dix idées qui vont changer le monde ! Vaste programme…

 

« Un jour, nous regarderons le XXème siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses » Bryan Walsh

Il est vrai que le concept a tout pour séduire, et encore plus particulièrement en cette période de disette. Parce que oui, si vous n’étiez pas encore au courant c’est la crise, la récession, le déploiement des politiques d’austérité et même la fin du monde planifiée en décembre 2012. Trêve de digression, revenons-en aux faits…

La consommation collaborative n’est peut-être pas encore une révolution, mais c’est déjà un phénomène. Dans l’ensemble, ce concept révèle une prise de conscience dans la façon de consommer et même une certaine suspicion à l’égard du système marchand classique. Bien loin de l’avènement de notre société de consommation « post Trente Glorieuses », l’heure est désormais au partage, à l’entraide, à la création de lien social. Les motivations hédoniques propres à l’individualisme croissant entrainé par le consumérisme laisse doucement place à une logique coopérative où l’ont fait désormais attention à « l’autre ». La nécessité de protéger l’environnement en utilisant moins de ressources naturelles et en diminuant les quantités de déchets produites expliquent également le succès rencontré par cette nouvelle forme de consommation, qui pourrait même être qualifiée de nouveau modèle économique : l’économie du partage.

Cette économie du partage a d’ailleurs été théorisée il y a un peu plus d’un an par Rachel Botsman, la fondatrice de ce mouvement, dans son livre «What’s mine is you’s : the rise of collaborative consumption ».

TEDtalks : Rachel Botsman, the case for collaborative consumption

 

Selon Antonin Léonard, le spécialiste français en la matière, le secteur du prêt entre particuliers a atteint la somme de 500 millions de $ en mai dernier aux Etats-Unis. Les startups du partage enchaînent les levées de fonds : 7 millions pour Thredup, site Internet de troc de vêtements et jouets pour enfants ou encore 1,2 million pour Gobble, société qui se rapproche de notre Super-Marmite qui permet de réserver et d’acheter des plats faits maison près de chez soi. D’après Neal Grenflo, fondateur et rédacteur en chef du magazine shareable, ce mouvement serait même bien plus qu’une simple tendance passagère : « les publications se multiplient, les consultants commencent à s’intéresser au phénomène, les politiques envisagent de nouvelles lois pour favoriser cette économie du partage, les startups font des levées de fonds impressionnante : tout converge pour nous faire dire qu’une nouvelle économie est vraiment en train d’émerger ».

Certes, les fondements de la consommation collaborative reposent sur des valeurs tout à fait honorables, orbitant autour du don et du partage mais en analysant plus en profondeur ce nouveau modèle économique, tout laisse croire qu’il pourrait bien se laisser pervertir par l’appât du gain et qu’il ne repose peut être pas uniquement sur une vision altruiste de notre consomm’acteur.

 

La désillusion ?

Un article particulièrement pertinent rédigé par Hubert Guillaud sur le site internetactu.net a été publié hier. Le rédacteur en chef met en avant le fait que la consommation collaborative est encore et avant tout de la consommation.

Soyons réalistes, la première motivation d’un consommateur collaborateur n’est pas de sauver la planète mais d’amoindrir l’impact de la crise sur ses finances personnelles ou de bénéficier d’un revenu complémentaire. La majorité des startups surfant sur la vague de cette nouvelle économie ont pour principal moteur la réalisation de bénéfices. Comme stipulé précédemment, le marché du partage représente désormais des millions d’euros, génère des résultats de plus en plus importants et semble en phase de devenir identique à tout autre marché. Il est même fort probable que d’ici quelques temps, une des nombreuses startups créées autour de la consommation collaborative fasse son entrée en Bourse. Inutile de préciser que nous nous éloignons grandement de la dimension sociale et écologique. Vu sous cet angle, ce modèle se rapproche dangereusement d’un « consumérisme collaboratif »…

Quand une société comme Super-marmite propose de vendre une part de repas supplémentaire, on vend la part du pauvre, celle qui a disparue avec l’urbanisation de nos sociétés et qui était gracieusement offerte à la soupe populaire.

Il convient alors de faire la distinction entre les services de consommation collaborative « gratuits » et ceux destinés à réaliser du bénéfice. « Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d’une nouvelle forme de marchandisation de la société, s’insérant toujours un peu plus profondément au cœur des rapports humains. Offrir sa place de parking ou son garage n’est pas la même chose que le louer. Le risque est bien celui d’un blanchiment social, d’un social washing, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout » explique Hubert Guillaud.

 

Mais, tout de même

Il n’en reste pas moins que la majorité des startups de la consommation collaborative semblent faire preuve d’une certaine dimension contestataire à l’égard du consumérisme ambiant et de notre société capitaliste. Un grand nombre de projets collaboratifs gravitent autour d’une dimension sociale et solidaire.

Ressources et Environnement a publié hier un article traitant de «The People’s Supermarket ». Certes, la principale motivation des adhérents est de réaliser des économies mais l’objectif de cette enseigne alimentaire est non lucratif, l’intégralité des bénéfices générés étant ensuite réinjectée dans le fonctionnement du magasin .

La consommation collaborative pourrait donc à long terme permettre une meilleure efficience dans la consommation des ressources et favoriser des circuits économiques courts, donc moins polluants.

Un des principaux bénéfices de ce type de consommation réside dans la création de lien social entre les individus. Dans notre société actuelle où la relation humaine est de plus en plus fragmentée, cette économie du partage pourrait tout de même réinjecter confiance et optimisme. En cette période de grisaille conjoncturelle, la société en a grandement besoin.

 

Pour aller plus loin :

Le blog d’Antonin Léonard,  consocollaborative.com

L’article d’Hubert Guillaud sur internetactu.net

Le magazine shareable

 

lire le billet

SLN et Eramet inventent le premier bateau anti-carène liquide au monde pour transporter du nickel

Le groupe minier et métallurgique Eramet a contribué, avec sa filiale calédonienne SLN, à développer un projet depuis 2009 visant à créer un bateau de transport de nickel spécifiquement conçu pour lutter contre l’effet carène liquide. Certifié par la NK Class [le bureau de certification maritime internationale] fin octobre 2011, le nouveau bateau devrait être opérationnel courant 2012.

La carène liquide est un phénomène potentiellement dangereux bien connu des transporteurs maritimes pouvant conduire, dans les cas les plus extrêmes, au naufrage des navires et à la perte de vies humaines.

 

Le phénomène de carène liquide

 

 

 

 

 

 

 

L’effet carène liquide est un phénomène physique touchant les navires transportant une cargaison liquéfiable. Lorsque les cales ne sont ni vides, ni entièrement remplies, le chargement se déplace suivant les oscillations du bateau. Il suffit de se figurer une bouteille d’eau à moitié remplie que l’on fait bouger horizontalement : l’eau se déplace horizontalement en suivant les mouvements de la bouteille. C’est ce que l’on appelle le parallélisme des liquides. Dans un bateau, les volumes transportés étant important, le déplacement latéral du centre de gravité de la cargaison liquide peut déstabiliser le navire, entrainant une perte de flottabilité et pouvant engendrer son chavirement.

Le transport du nickel, métal non ferreux solide, ne déroge pas à ce phénomène. Lors de son transport maritime, le nickel peut se liquéfier par l’action des intempéries et des vagues déferlant dans les soutes, augmentant ainsi le taux d’humidité de la cargaison. Cinq grands naufrages ont ainsi été causés par ce phénomène depuis 2009 : le Hong Wei (3 décembre 2010), le Nasco Diamond (4 novembre 2010), le Julian Fu Star (24 octobre 2010), le Black Rose (9 septembre 2009) et le Asian Forest (18 juillet 2009). Ces accidents rapprochés ont soulevé des préoccupations sur la fiabilité de ce type de transport et ont engendré des évolutions normatives.

La conception d’un bateau anti-carène liquide par Eramet et sa filiale SLN permet donc de lutter contre ce phénomène et de sécuriser le transport du nickel par voie maritime. Cette innovation fait écho aux nouvelles dispositions édictées par l’Organisation Maritime Internationale qui, pour lutter contre le renversement des supertankers, a imposé deux mesures préventives. Les industriels concernés par le transport maritime doivent, soit, garantir des chargements en minerais à faible risque de liquéfaction, soit, utiliser un bateau conçu spécialement pour le transport des minerais de nickel. Ce code, d’application facultative en 2009 et 2010, est devenu obligatoire depuis le 1er janvier 2011. C’est la 2ème alternative, exposée au paragraphe 7.3.2.2 du Code de l’International maritime Solid Buck Cargo Code), qu’Eramet et la SLN ont choisie.

 

Le bateau anti-carène : une révolution dans l’acheminement maritime du nickel

 

 

 

 

 

 

 

Conçu par la chantier naval Naikai pour le compte de l’armateur Nissho Shipping, le nouveau bateau d’Eramet-SLN, qui viendra remplacer le navire le Jules Garnier fin 2012, a reçu, en première mondiale, la certification de navire construit spécialement pour le chargement et le transport sécurisé des cargaison pouvant se liquéfier, dont le nickel, même si la cargaison excède le taux limite d’humidité transportable.

Unique navire ayant ces capacités, le bateau anti-carène est un atout central dans la production de nickel. La réalisation technique est gardée secrète car Eramet et SLN seront, une fois le bateau affrété, les seuls à pouvoir transporter du nickel en conformité avec les normes internationales.

Cette innovation est une révolution dans le domaine du transport du nickel car elle sécurise l’acheminement de la ressource en garantissant son approvisionnement quelques soient les conditions maritimes, météorologiques et le volume de nickel transporté. En outre, les équipages des bateaux bénéficient d’une meilleure protection contre d’éventuels chavirements.

Dans un contexte international où le cours des ressources minières est soumis à de nombreux aléas, la collaboration entre Eramet, la SLN et Nissho Shipping, permet à ces derniers de se démarquer des concurrents. La sécurisation du transport du nickel, et par extension des autres ressources soumises au phénomène de carène liquide, est appelé à se développer pour des considérations économiques, législatives et environnementales.

 

 

lire le billet

Bâtir la ville de demain ? Les doigts dans le nez !

Face au phénomène de l’urbanisation galopante, confirmé en France par une récente étude de l’INSEE – Institut national de la statistique et des études économiques – publiée au mois d’août 2011, la nécessaire transition de nos villes vers un modèle de développement plus durable et respectueux de toutes les composantes de l’environnement est plus que jamais à l’ordre du jour.

Ainsi, à la lumière des données du recensement effectué en 2007, près de quarante-huit millions de métropolitains vivent dans l’espace urbain, soit 77,5 % de la population. Alors que la croissance de leur part était constante entre les années 1975 et 1990, elle s’est accélérée depuis le début des années 2000, bien qu’elle reste sans commune mesure avec la période de forte croissance économique des trente glorieuses :

–          1954 : la part de la population urbaine représente 57,3 % de la population métropolitaine.

–          1962 : … 63,2 % …

–          1968 : … 70,1 % …

–          1975 : … 72,9 % …

–          1982 : … 73,5 % …

–          1990 : … 74,0 % …

–          1999 : … 75,5 % …

–          2007 : … 77,5 % …

Que représente concrètement la notion d’espace urbain ? Deux critères permettent de le distinguer de l’espace rural, celui de la « continuité du bâti » et celui du nombre d’habitants. L’espace urbain est alors « un espace au sein duquel il n’y a pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions et dans lequel résident au moins 2 000 habitants ».

Paradoxalement, la densité de ces espaces urbains diminue, et ce depuis les années 1960. La croissance démographique de nos villes s’est donc réalisée au détriment des espaces périphériques naturels et agricoles. C’est le phénomène de l’étalement urbain : cumulée, la superficie des villes françaises représente près de 119.000 km2 en 2007, contre 100.000 en 1999 et 49.000 en 1962, sur une superficie métropolitaine totale de près de 550.000 km2.

La maitrise de cet étalement urbain constitue l’une des clefs de la réussite du développement durable de la ville. « L’objectif de développement durable » défini par l’article L 110-1 du Code de l’Environnement modifié par la loi Grenelle II du 12 juillet 2010, vise en effet à répondre « de façon concomitante et cohérente, à cinq finalités » :

–          « La lutte contre le réchauffement climatique ».

–          « La préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources ».

–          « La cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ».

–          « L’épanouissement de tous les êtres humains ».

–          « Une dynamique de développement suivant des modes de production et de consommation responsables ».

ecoconception.blogspot.com

La détérioration de la biodiversité et des milieux naturels et agricoles est l’une des conséquences directes et visible de l’urbanisation galopante, qui conduit dans le meilleur des cas à la fragmentation de ces milieux, et dans le pire à leur disparition. Pour lutter contre cette dégradation, la loi SRU – solidarité et renouvellement urbains – adoptée le 13 décembre 2000, a institué le principe du développement durable dans les documents d’urbanisme. Le dispositif, modifié en 2011 et codifié à l’article L 121-1 du Code de l’Urbanisme impose la recherche d’un équilibre entre « le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux » et « l’utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières, et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ». Parmi les solutions permettant de tendre vers cet équilibre figure celle du recyclage des structures urbaines existantes, au sein desquelles vont venir s’intégrer de nouveaux ensembles de logements. Mais à terme, seule une densification des agglomérations est en mesure de permettre la sauvegarde des espaces naturels et agricoles périphériques. Nos villes seraient alors amenées à croitre de manière non plus horizontale, mais verticale.

Quels avantages les villes trouveraient-elles à préserver voire à reconstituer la biodiversité et les milieux naturels et agricoles alentours ? Cette préservation permettrait notamment de réintroduire le concept historique de circuit court au profit des citadins. Il recouvre aujourd’hui l’idée d’une vente directe du producteur au consommateur, ou du moins celle d’une réduction du nombre d’intermédiaires. Mais à l’origine, et ce jusqu’au début du XXème siècle, il était matérialisé par l’agriculture périurbaine, qui approvisionnait les villes. Outre un gain financier pour le citadin, le circuit court permet de retisser le lien entre le producteur et le consommateur. Il entraine également une réduction de l’impact du transport des marchandises produites presque directement sur le lieu de consommation. En somme, il s’agit d’un mode de production et de consommation responsable.

La biodiversité ne serait pas la seule bénéficiaire d’une densification de nos agglomérations. Cette dernière permettrait ainsi de favoriser l’essor des transports en commun, dont l’efficacité serait décuplée par le jumelage des stations de métro, tramways et autres moyens de transport, aux îlots mixtes de logements et de commerces créés. La densité permet en effet de rapprocher l’habitant de ses moyens de transport en commun, et l’incite dès lors à les employer régulièrement. Elle favoriserait ensuite une mise en réseau efficiente des bâtiments tant dans les domaines de l’eau, des déchets que de l’énergie. Une partie de cette dernière pourrait dès lors être produite directement sur place, faisant fi des problèmes de stockage inhérents à l’électricité, puisque le surplus produit pourrait être consommé par d’autres citadins. Les eaux usées pourrait de leur côté être directement réutilisées à des fins industrielles. Alors que la collecte des déchets serait mieux localisée, et moins dispersée.

greenbelt.posterous.com

Le modèle danois est l’un des exemples de réussite d’une politique de maitrise de l’étalement urbain et de développement durable de la ville. Avec une superficie de 43.000 m2 seulement, préserver ses espaces naturels était pourtant une tâche difficile. Mais le pays a choisi de se doter d’une « culture planificatrice très forte » en termes d’urbanisme, au travers du « Finger Plan ». Ce plan d’urbanisme vise ainsi « à concentrer l’urbanisation autour des corridors ferrés pour former des doigts d’urbanisation dans le but de conserver entre chacun de ces doigts des intervalles verts », où tout développement urbain est prohibé, favorisant le maintien de la biodiversité et de terres agricoles. Ce plan régit notamment l’implantation des logements, bureaux et locaux commerciaux. Ainsi, les habitations ne peuvent être implantées au-delà d’une limite fixée à 1 kilomètre de part et d’autre des voies ferrées. Les bureaux quant à eux, se doivent d’être situés à moins de 600 mètres d’une gare. Enfin, les centres commerciaux sont invités à s’implanter dans les centres villes, et non en périphérie.

Qu’en sera-t-il demain du Grand Paris ? La municipalité a récemment adopté « un plan biodiversité » prometteur qui doit notamment entrainer d’ici 2020 « la création de 7 hectares de toitures végétalisées ». Elle sera l’une des pionnières des grandes métropoles mondiales dans ce domaine.

Pour vous informer, Tendances Institut organise un débat sur le thème du Grand Paris le 22 novembre,  gratuit et ouvert au public ! Plus d’info ici

 

lire le billet

L’Union Européenne revoit sa stratégie sur les matières premières

drapeaux européens (préfecture de l'Aube)

Depuis le début de l’année 2011, les instances européennes travaillent à une nouvelle stratégie intégrée pour les matières premières. Les différents rapports émanant de groupes d’experts et d’élus européens mettent en avant trois axes de réflexion : sécuriser l’accès aux matières premières, déployer une stratégie soutenable d’extraction et développer le recyclage des matières premières.

Le 30 juin, la Commission Industrie, Énergie et Recherche du Parlement Européen a adopté le rapport sur l’Initiative sur les matières premières de l’Union Européenne pour formuler les nouveaux principes directeurs de la future politique européenne  relatif à l’utilisation des ressources naturelles.  Les principaux éléments figurant dans le rapport soulignent la nécessité de pallier le manque de responsabilité de certaines entreprises extractives. Le rapport vise les violations des droits de l’Homme et des droits environnementaux et sociaux.

L’Union européenne poursuit ainsi sa politique de coopération avec les pays en développement riches en ressources naturelles. Actuellement, la Banque européenne d’investissement participe au financement des infrastructures de transport, énergétiques et environnementales pour améliorer les capacités de PVD à exploiter leurs richesses naturelles. En outre, la Commission Européenne soutient l’initiative ITIE (Initiative de transparence des industries extractives) dont plusieurs géants français sont signataires, notamment Total, Areva, GDF-Suez ainsi que le groupe Eramet, l’un des leaders mondiaux de l’industrie minière.

 

Eurodéputé reinhard buetikofer

 

Le Parlement Européen s’est également saisi de cet enjeu. Le rapport Reinhard Bütikofer -du nom de l’eurodéputé Les Verts/Alliance libre Européenne et adopté le 1er juillet en Commission Industrie- a identifié 14 catégories de matières premières exploitables « critiques » -dont des terres rares- nécessitant une étude approfondie sur leur potentiel. Le rapport préconise de mener une étude approfondie sur la rentabilité des matières premières au regard de leurs débouchés dans différents secteurs dont ceux des énergies renouvelables et des nouvelles technologies.

L’objectif de cette étude serait, selon le rapport, de « donner au marché des matières premières un cadre législatif dont les contours seraient plus nets » afin de « garantir l’accès aux matières premières » et de « développer une coopération avec les pays détenteurs de ces ressources ». Un groupe d’expert devrait être nommé à cet effet d’ici à la fin de l’année 2011.

« Un signal clair en ce qui concerne la future stratégie européenne dans le domaine des matières premières »

Dans le rapport Reinhard Bütikofer, les eurodéputés se sont positionnés en faveur de l’instauration d’une expertise complète du cycle de vie des matières premières. L’objectif vise à identifier les risques et les opportunités du marché ainsi que le coût global des matières premières de leur extraction à leur consommation. Les élus européens ont mis en avant l’importance de développer des processus de recyclage des matières premières plus économiques dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles. Pour le groupe des Verts, « le recyclage et l’efficacité des ressources sont la pierre angulaire de toute stratégie globale sur les matières premières ».

Reinhard Bütikofer –dont les propos sont relayés par le site d’information européenne Euractiv et par le site des Verts– considère que le rapport est une étape importante, « un signal clair », qui montre que « l’UE doit poursuivre une politique ambitieuse dans le domaine de l’innovation basée sur le recyclage des matières premières dans le but d’encourager la durabilité et la compétitivité ». L’eurodéputé explique que dans le contexte actuel de « raréfaction des matières premières » il devient nécessaire de « prendre en compte, dans l’exploitation des matières premières, toute une série de critères environnementaux et sociaux […] respectant les objectifs et les exigences d’une vraie politique de développement ».

Ces réflexions sur l’encadrement juridique des activités extractrices et le développement du recyclage des matières premières constituent une étape préalable à la production d’une nouvelle stratégie européenne sur les matières premières. Une feuille de route sur la stratégie européenne à horizon 2050 devrait voir le jour à partir de ces travaux et permettre, pour  Reinhard Bütikofer, de bâtir « la future stratégie européenne dans le domaine des matières premières ».

lire le billet

Crise financière et crise écologique selon Michel Cicurel

Dans un entretien donné au Figaro le 11 août dernier, Michel Cicurel, Président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, livrait son analyse de la crise financière, particulièrement vive cet été, entre menace sur les dettes souveraines et faillite des banques (voir les rumeurs du 10 août concernant la Société Générale). Outre ses critiques des « spéculations absurdes » momentanées et fulgurantes, Michel Cicurel affirme que toutes ces turbulences boursières sont dues à une « triple métamorphose » des échanges internationaux : la poussée des économies émergentes, la crise des finances publiques et enfin, sujet qui nous intéresse ici, la crise écologique.

Poussée démographique des pays émergents

Pour Michel Cicurel, la « crise écologique » est liée à la rareté des ressources naturelles face à une augmentation très forte de la population mondiale et du niveau de vie des émergents.

Alors que la population mondiale est estimée entre 1,55 et 1,76 milliard en 1900, selon le Bureau de recensement des États-Unis, elle va bientôt atteindre 7 milliards dont plus de 60% habitent en Asie, continent qui abrite les deux pays émergents les plus peuplés : la Chine (1,3 milliard) et l’Inde (1,2 milliard). Selon les statistiques de la société indépendante de conseil et d’information dans le secteur de l’énergie Enerdata, en 2010, la consommation d’énergie mondiale a progressé de 5,5 %, après le déclin de 1 % observé en 2009. Les pays émergents ont contribué pour deux tiers à cette augmentation globale, la Chine représentant à elle seule un quart de la croissance de la consommation énergétique mondiale en 2010 ! La Chine, « l’atelier du monde », est à tout le moins le symptôme de l’équilibre fragile entre population mondiale, demande énergétique et matières premières disponibles.

Dans une tribune intitulée « Le sourire de la mondialisation » et publiée le 19 janvier 2011 dans Le Figaro, Michel Cicurel affirmait déjà : « le monde ne se rétablit pas. Il change. En un demi-siècle, la population mondiale progressera de 50 %, passant de 6 à 9 milliards. Brutalement, la finitude des ressources de la planète nous saute aux yeux. Tant le dérèglement climatique que les terres rares se rappellent à notre bon souvenir ». Il ajoute : « le temps du monde fini est commencé, et le souci de la durée s’installe ».

Pic pétrolier et ralentissement économique

Problème directement issu de cette poussée démographique : l’énergie. Comment soutenir l’activité humaine quand la population grandissante doit utiliser des matières premières en voie de disparition, comme le pétrole, l’argent, le zinc ou l’uranium ? Effectivement, « la finitude des ressources de la planète » nous saute maintenant aux yeux. Tant que les énergies propres comme le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse et la méthanisation ne seront pas suffisamment développées et trop coûteuses, tous les pays souffriront de ce manque de matières premières : et les pays riches et les pays émergents.

Michel Cicurel explique ainsi que « les pays riches, insuffisamment sobres, souffrent de la flambée du prix des énergies fossiles et des produits de base, dès que la croissance mondiale est soutenue. Au-delà de 80 dollars le baril, la consommation américaine subit une ponction de pouvoir d’achat qui affecte la croissance. C’est la principale cause du ralentissement du printemps, et le contre-choc pétrolier en cours produira ses effets positifs à l’automne ».

Malgré les polémiques sur le pic pétrolier (est-il passé ? est-il à venir ?), le fait est que même l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) admet que le pic des extractions de pétrole conventionnel – le pétrole liquide classique, qui constitue les 4/5 de la production de carburants liquides – a été franchi en 2006. Il reste bien sûr du pétrole mais à quel prix ? Forer en haute mer est une pratique périlleuse, comme nous l’ont montré les marées noires de BP dans le golfe du Mexique ou, cet été, de Shell en mer du Nord.

Si de nombreux analystes s’accordent sur cette sortie obligatoire du pétrole, force est de constater que ni les industriels ni les gouvernements ne font le nécessaire. Il suffit pour cela de voir le tango du Grenelle de l’Environnement en France (une loi en avant, deux décrets en arrière) pour conclure à l’absence de volonté réelle de transition énergétique – et donc de paradigme économique.

Vers un inversement des valeurs actuelles

Nouveau paradigme économique ? Au vu du constat établi par Michel Cicurel, c’est le moins que l’on puisse demander. Dès 1968, le Club de Rome, qui réunissait des économistes, des fonctionnaires et des scientifiques clamant « Halte à la croissance », prônait un changement de mentalité. Une remise en question qui a peu à peu forcé les économistes, comme le néo-keynésien Joseph Stiglitz, à intégrer les problématiques environnementales et humaines aux équations économiques. L’intégration des problématiques sociales et environnementales s’est effectuée par la neutralisation de l’aspect contestataire initial (voir l’essor des mouvements écologistes dans les années 1970-1980) pour en faire un moyen de pérenniser le modèle économique en vigueur en corrigeant ses lacunes.

Nouveau paradigme économique qui prend en compte les changements climatiques, l’augmentation de la population et la fin des matières fossiles. Au niveau financier, cela se traduit par la création de « fonds éthiques » (ou investissements socialement responsables) dont le but est soutenir des projets qui limitent les impacts sociaux et environnementaux. D’après les chiffres de Novethic, « les encours ISR détenus par les clients français s’établissent à 68,3 milliards d’euros et ont donc augmenté de +35% entre fin 2009 et fin 2010 ». Pour étudier le marché européen de l’ISR, on peut se reporter au rapport « Green, social and ethical funds in Europe. 2010 review », publié par l’agence de notation d’ISR, Vigeo. L’Europe constitue en effet la région du monde la plus active et dynamique en matière d’innovation et de création de fonds ISR, ce qui est à prendre en compte pour sa mutation économique.

C’est aux banques et aux gouvernements de promouvoir une croissance à long-terme, notamment dans des infrastructures respectueuses de l’environnement et faiblement consommatrices d’énergie, qui correspondent aux Mécanismes de développement propre prévus par les accords de Kyoto. Cette nouvelle donne énergétique et environnementale ne pourra être réglée qu’à un niveau planétaire, avec des relations saines entre les États. Ce qui n’est pas vraiment rassurant non plus.

lire le billet