Le cercle vicieux du gaspillage alimentaire

Chaque année vous jetez 20 kilos d’aliments par an, soit entre 500 et 1500€ de nourriture encore consommable. Moi aussi. C’est en tout cas ce que révèlent les chiffres 2012 de France Nature Environnement. Impossible ? Non, mais un gaspillage inconscient, plus probablement.

http://www.rue89.com/rue89-planete/2011/12/30/en-suisse-les-freegans-se-nourrissent-de-nos-gaspillages-227935

De prime abord, lorsque l’on parle de gaspillage alimentaire, on pense rapidement à ces poubelles proches des supermarchés qui débordent de nourriture. On pense aussi à cet employé de Monoprix à Marseille qui s’était fait licencier en 2011 alors qu’il récupérait les aliments jetés par la grande surface pour laquelle il travaillait. On pense à ce geste devenu instinctif des employés de la restauration scolaire, qui vident les assiettes des collégiens et lycéens alors que celles-ci sont parfois à peine touchées.

Et on a raison de le penser.

Pourtant le gaspillage, ce n’est pas que « les autres », c’est aussi nous, chaque jour, à la maison comme au supermarché en faisant nos courses.

Comment ? Essayons d’y réfléchir un peu.

Je pousse mon lourd caddy dans le rayon bien rempli de mon supermarché habituel, bien décidée à aller acheter de quoi préparer ma moussaka, considérant que j’ai déjà de la viande hachée dans mon congélateur.

Commençons par les légumes. Quatre aubergines mûres à point, une belle grappe de tomates, quatre oignons. Me voilà devant les étals.

http://www.gpspassion.com

Je choisis avec soin mes aubergines, il faut qu’elles soient longues pour faire de belles tranches. Ca y est je les ai choisies. En fait non, celle-ci est tachetée, elle doit être abîmée, je la repose.

Bien, passons aux tomates maintenant. Cette grappe est parfaite, les tomates sont bien rondes, bien rouges. Je vais prendre deux grappes en fait, les tomates, ça se mange toujours.

Les oignons maintenant, tiens c’est moins cher si je prends un filet de 1kg, parfait, l’affaire est faite.

Arrêtons-nous là tout d’abord.

  • Oui, cette aubergine est tachetée, alors je ne l’achète pas. Et le consommateur derrière moi la poussera sur le côté également. Et les employés la jetteront le soir même parce qu’ils savent que personne n’en voudra.

Cette aubergine pourtant est tachetée, juste tachetée. Ca ne présage pas nécessairement de son mauvais goût. De plus, on mange rarement les aubergines crues, alors une fois bien cuite dans une moussaka, qu’elle soit un peu molle ou tachetée au départ, ça ne changera pas grand-chose à la qualité de notre plat.

  • De la même manière, j’ai pris soin de prendre les plus « belles » grappes de tomates. Parce que quoi qu’on en dise, on le fait tous, naturellement. Nous avons en quelque sorte intériorisé, que beau légume = bon légume. Pourtant, les tomates du potager de votre vieil oncle qui habite à la campagne ne sont pas aussi rouges, pas aussi rondes. D’ailleurs, pas sûr que vous les auriez choisies parmi les autres tomates du supermarché. Pourtant elles, elles ne sont pas traitées.Je prends deux grappes, parce que c’est vrai que des tomates ça se mange facilement : dans un gratin, sur une tarte, une quiche, en salade, farcies. Mais en fait, je n’ai prévu que de faire une moussaka ce soir. Et demain je mange au restaurant, et après-demain j’aurai envie de commander chinois, et après-après-demain j’aurai oublié ces tomates qui « se mangent toujours », et dans une semaine je les retrouverai au fond de mon bac à légumes, immangeables.
  • En tant que consommatrice rationnelle j’ai choisi de prendre un filet de 1 kg d’oignons. Au kilo ça me revenait moins cher, alors suite à un petit calcul « coût-avantage » que j’ai aussi bien intériorisé que « beau = bon », je prends le filet. Mais les oignons, ça reste un condiment, qui se cuisine, qui demande du temps. Du temps, je n’en ai pas toujours, ou je ne le prends pas toujours. Alors ces oignons, je finirai sans doute par les jeter d’ici trois semaines, parce que j’estimerai qu’ils ne sont plus comestibles.

RIP aubergines, tomates, et oignons.

 

 

http://www.georgesbuisset.fr

Reprenons nos courses. Il me faut également de quoi faire une béchamel. Du beurre, du lait … Mince, il me semble bien qu’il reste du beurre dans le frigo, mais en aurais-je assez ? Mieux vaut en prendre dans le doute, ce serait trop bête de devoir aller chez l’épicier du coin s’il m’en manque au dernier moment, surtout que je le paierais au prix fort. Un peu de fromage aussi, du gruyère pour faire gratiner tout ça, et de la mozarella pour donner de l’onctuosité, juste un petit peu, je finirai ce qu’il reste en salade avec les tomates.

Tiens, pendant que je suis dans le rayon des produits frais je vais prendre aussi des yaourts, je n’en ai plus beaucoup. Je commence à pousser tous les paquets afin d’arriver tout au bout de l’étagère, car je ne veux pas gâcher, je n’en mange qu’un par jour donc autant prendre le paquet dont la date de péremption est la plus éloignée. Oh et je vais prendre ces mousses au chocolat, pour le dessert.

Faisons une petite pause.

  • En rentrant chez moi je vais m’apercevoir que j’avais déjà du beurre entamé, et même une plaquette au fond du frigo que j’avais oubliée. Elle doit dater de plusieurs semaines, et mon frigo est petit, alors tant pis, je la jette.
  • En faisant ma moussaka je vais me rendre compte que c’est déjà un plat fort gras, alors je vais y aller doucement sur la mozarella, et n’utiliser qu’une demi-boule de fromage. Ces paquets plein de jus ne sont guère pratiques, d’ici trois jours je le renverserai sans faire exprès, en voulant attraper mon yaourt. Je râlerai, épongerai, et finirai par jeter cette mozarella restante et parfaitement comestible.
  • En rangeant mes yaourts dans mon frigo, je vérifierai la date de péremption de ceux qu’ils me restent. Je les jetterai car celle-ci est dépassée. Je ne vais pas risquer de m’empoisonner alors même que j’en ai des frais, non ? Pourtant, j’avais fait la même chose en les achetant, j’avais prix le paquet de 12 yaourts dont la date de péremption était la plus éloignée.
  • Nous ne sommes que deux à manger ce soir. Mais ma recette de moussaka est pour quatre personnes. Alors je mettrai les restes dans un Tupperware, que je placerai dans le frigo et que je finirai… Pas demain car je vais restaurant, ni après-demain car je mangerai chinois… Et dans trois jours je considérerai sans doute que sa fraîcheur est douteuse, surtout qu’il y a de la viande dedans.

RIP moussaka restante, yaourts, beurre, et mozarrella qui a eu le culot de se renverser dans mon frigo.

 

http://www.gouvernement.fr/

J’ai tout ce qui me faut pour ma moussaka et mon repas de ce soir, mais je vais tout de même faire un tour pour voir si je tombe sur quelque chose qui pourrait m’être utile. Après tout, je ne viens dans cette grande surface à six arrêts de métro de chez moi qu’une fois par semaine, alors autant en profiter.

Je vais acheter beaucoup de choses, qui me font envie sur le moment, parce que je suis dans cette grande surface et que c’est donc une occasion que je n’ai pas le temps de reproduire tous les deux jours, parce que j’ai peur de manquer, parce que je veux faire plaisir à mes proches.

Et chaque année, je jette entre 500 et 1500€ de nourriture, alors même que j’ai horreur de jeter de la nourriture. Et chaque année, vous jetez entre 500 et 1500€ de nourriture, alors même que vous avez horreur de jeter de la nourriture.

Mais nous autres consommateurs ne sommes pas les seuls acteurs de ce gaspillage.

Évidemment, les distributeurs ont bien compris que les consommateurs sont rationnels et exigeants.

Tous les matins les employés jetteront immédiatement tous les produits dont la date de péremption se rapproche dangereusement. Enfin, dangereusement, question de point de vue. Dans beaucoup de grandes surfaces, les employés font un tri drastique tous les matins avant l’ouverture :

– les produits traiteur sont enlevés deux jours avant la date de péremption ;

– la charcuterie est enlevée cinq jours avant la date de péremption ;

– les yaourts sont enlevés six jours avant la date de péremption.

Pourquoi ? Parce que les distributeurs connaissent la technique des consommateurs qui consiste à sélectionner les produits qui se périment dans un long laps de temps, alors ils savent qu’ils ne pourront pas vendre ceux qui se périment dans un ou deux jours. De plus, la plupart des supermarchés font cela, or la concurrence est grande sur le marché de l’agroalimentaire, alors il faut s’aligner.

Par ailleurs, ils n’agréeront que les fruits et légumes aux lignes lisses, à la couleur éclatante, à la « normalité » incontestable. Les fruits et légumes qui ne passent pas le concours d’entrée seront renvoyés à l’envoyeur et devenus invendables après deux trajets en camion.

Par crainte de voir le fruit de leur production leur revenir, les producteurs mettront tout en œuvre pour que leurs légumes soient parfaits : ils seront retouchés pour être d’une taille égale, pas trop gros, beaucoup seront directement écartés car leur forme ne rentre pas dans la norme.

Le diktat de la norme, voire de la beauté, il semblerait que même les légumes n’y échappent pas. Un diktat imposé par les consommateurs, encouragé par les distributeurs, suivi par les producteurs, avec comme résultat principal un gaspillage alimentaire irréaliste et pourtant bien réel.

 

http://nacreates.blogspot.fr/2011/07/un-lapin-dans-le-jardin.html

Mais ne vous sentez pas pour autant affreusement coupable, car en premier lieu les choix que nous effectuons au moment de nos courses en supermarché sont inconscients, ou somme toute rationnels. De plus, il y a également derrière ce gaspillage, une logique économique à laquelle nous n’échappons plus guère aujourd’hui.

Intéressons-nous à ces fameuses dates de péremption. Elles sont anxiogènes pour un bon nombre de consommateurs et certains industriels ne se privent pas d’exploiter cette crainte.

Il faut tout d’abord faire la distinction entre la DLC et la DLUO :

– La DLC correspond à la date limite de consommation. Elle s’applique à tous les produits frais. Une fois cette date dépassée (et elle est généralement courte) on considère que ces produits représentent un risque réel pour la santé humaine.

– La DLUO correspond quant à elle à la date limite d’utilisation optimale, celle que nous apparentons souvent à « consommer de préférence avant le » et que l’on retrouve sur les produits dits plutôt d’épicerie comme les pâtes, le riz, des boîtes de conserve ou encore des céréales.

 

http://vivresimplement.webou.net

Deux problèmes sont liés à ces dates de consommation.

Tout d’abord, la DLUO ne correspond en fait … pas à grand-chose. Un paquet de pâtes aura une date de DLUO portant son existence à environ cinq ans. Alors qu’en réalité, on pourrait encore les cuisiner d’ici 25 ans et peut-être plus. Les produits secs ne se « périment » pas. Replantez un grain de blé qui a été conservé à l’abri de la lumière pendant des centaines d’années, et il re-germera, l’expérience a déjà été faite. D’ailleurs la loi française permet de commercialiser les produits à DLUO dépassée, seulement la grande distribution ne le fait pas, pour des questions d’image.

Venons-en maintenant à la DLC. Puisqu’elle concerne les produits frais on pourrait penser qu’elle demande à être suivie scrupuleusement. Pour la viande ou le poisson, rien à redire, mieux vaut être tatillon. Pour les yaourts par contre, les industriels ont pris l’habitude de se protéger, un peu trop.

En France aucune règle ne fixe la DLC, c’est l’industriel qui a ce seul pouvoir décisionnaire, et qui est de ce fait responsable en cas de problème, voilà pourquoi il se protège. Mais en réalité, au-delà de la date on consomme le yaourt dans les mêmes qualités et ce pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Comment font les industriels pour fixer la DLC ? Ils réalisent des tests sur certains yaourts, et vérifient l’aspect, l’odeur, il faut qu’il ait conservé son goût initial et qu’il soit visuellement conforme. Mais lorsqu’ils calculent la date de péremption, ils prennent en compte le temps nécessaire pour vendre le plus de yaourts possibles et celui nécessaire pour re-remplir leurs stocks. D’ailleurs, lorsque les industriels doivent exporter des produits frais comme des yaourts, ils comptabilisent le temps de transport lorsqu’ils calculent la date de péremption, si bien que cette dernière est bien souvent doublée, pour des nécessités économiques.

 

Si le problème est maintenant posé, n’en restons pas à ce constat assez défaitiste et voyons plutôt les solutions envisageables.

Tout d’abord, des actions sont déjà menées pour tenter de rompre le cercle vicieux du gaspillage alimentaire.

  • Sur le plan national, la France s’est fixé l’objectif de réduire le gaspillage de 50% d’ici 2025. Une large campagne de sensibilisation a été lancée. De la même façon que les campagnes de santé publique centrées sur le tabac ont cherché à faire prendre conscience aux fumeurs des conséquences de leur pratique sur leur propre santé et sur celles de leur proche, le gouvernement cherche aujourd’hui à conscientiser les Français : non, beau ne veut pas nécessairement dire bon, et pourtant nous sommes les premiers à repousser un fruit ou légume à l’apparence imparfaite.

 

 

Campagne nationale de sensibilisation au gaspillage alimentaire

 

  • Plusieurs associations sont également très actives et récoltent les denrées alimentaires jetées par les distributeurs ou lors des marchés.
  • Certaines enseignes de la grande distribution s’engagent également dans la lutte contre le gaspillage.Monoprix par exemple a mis au point une stratégie anti-gaspillage axée sur plusieurs grandes mesures :

– limiter les volumes dans les promotions ;

– améliorer la gestion du magasin ;

– développer les dons aux associations ;

– sensibiliser le client ;

– conditionner les produits de manière à se rapprocher le plus possible des besoins du consommateur.

 

C’est un premier pas important, mais d’autres voies pourraient être possibles.

  • Nous l’avons vu, la date de péremption est l’un des éléments déclencheurs du gaspillage alimentaire.

– Il serait tout d’abord possible d’agir sur la différenciation entre DLUO et DLC puisque beaucoup de consommateurs les confondent. Certaines enseignes du Royaume Uni s’efforcent alors de rendre moins visible la DLUO, alors que l’association CCLV préconise de faciliter la distinction entre les deux en mettant par exemple au point des étiquettes de couleurs différentes. Le tout demandant évidemment un effort pédagogique et informatif qui pourrait faire l’objet d’une campagne de communication.

– Du côté des producteurs et industriels, une réglementation pourrait permettre de limiter des dates de péremption exagérément courtes, surtout lorsque l’on sait qu’il est possible d’ « allonger » – et ce sans aucun risque pour la santé – certaines dates de péremption pour des nécessités économiques d’exportation.

– Enfin, les distributeurs pourraient également se soumettre à une réglementation limitant le tri exagéré des produits ayant eu lieu tous les matins, ou au moins les mettre de côté pour que certains consommateurs puissent les acheter à prix réduits. Car si la « charte fraîcheur » oblige les distributeurs qui y adhèrent à jeter par exemple la charcuterie six jours avant la date de péremption, il n’est pas certain que tous les consommateurs adhèrent eux-mêmes à ces pratiques.

 

  • Les emballages pourraient également être repensés afin de limiter le gaspillage.

– En Angleterre par exemple, la chaîne Marks and Spencer ne vend plus ses fraises dans de simples barquettes, mais dans un conditionnement particulier fait d’une bande d’argile et de minéraux venant absorber l’éthylène, permettant ainsi d’augmenter le temps de conservation des fruits de deux jours.

– Toujours en Grande Bretagne, c’est cette fois l’université de Dublin qui a présenté un emballage capable de repérer l’état de décomposition du poisson et de fruits de mer. Cet emballage change alors de couleur en fonction de cet état, ce qui donne une parfait visibilité de la fraîcheur du produit aux consommateurs.

– Enfin, il serait probablement souhaitable d’encourager la vente de produits à l’unité ou dans des conditionnements moins grands.

Ainsi, si les produits laitiers sont parmi les produits les plus jetés à cause d’un dépassement de la date de péremption, cela s’explique probablement en partie car les yaourts sont vendus par huit ou plus, ou parce que les bouteilles de lait sont vendues dans des formats de 1L alors même que le lait peut rapidement tourner. En optant donc pour de la vente au détail pour les yaourts, et pour des formats plus petits pour le lait, les produits laitiers seraient sans doute moins massivement gaspillés.

 

 

Yaourts à l'unité vendus en Allemagne

 

Ce sont enfin des habitudes de la vie de tous les jours qui sont à revoir.

– Très simplement, beaucoup de consommateurs ne pensent pas à la congélation. Or, plutôt que de garder votre reste de moussaka pendant des jours alors même qu’il n’est pas particulièrement agréable de manger la même chose pendant une semaine, pensez à faire une barquette de votre reste de moussaka et à le congeler. Vous éviterez ainsi du gaspillage, et serez sans doute particulièrement content de trouver votre barquette prête à être dégustée deux semaines plus tard en rentrant tard du travail.

– Les supermarchés sont de toute évidence un appel à l’achat inutile : les promotions vous incitant à acheter plus pour payer moins sont bien souvent à l’origine de votre poubelle débordant de denrées alimentaires abîmées. De plus, la multiplicité des produits, des marques, ou même du packaging ne font que vous tenter davantage. Pour éviter cela, pensez simplement à faire une liste précise des produits dont vous avez besoin, et à faire un état des lieux de vos placards et réfrigérateur avant d’établir cette liste : oui, il y a suffisamment de beurre pour faire une béchamel et pour vos petits déjeuners de la semaine, il n’est donc pas nécessaire d’en racheter.

Pour vous en tenir à votre liste, favorisez également les magasins que vous connaissez bien afin d’aller directement à l’essentiel plutôt que de risquer de vous perdre dans des rayons divers et variés qui finiraient par remplir votre caddy bien plus que ce qui était prévu.

– Enfin, surveillez votre frigo puisque c’est bien souvent là que les tomates finissent par pourrir et vos yaourts par périmer :

  • Pensez tout d’abord à sortir les fruits et légumes de leurs sacs plastiques avant de les mettre dans le bac à légumes.
  • Mettez sur le devant de l’étagère les produits qui vont se périmer rapidement.
  • Ne couvrez pas vos restes d’un papier aluminium ou d’un couvercle de tupperware : le papier film vous permettra de voir à travers votre récipient, et ainsi de vous souvenir du reste de moussaka.
  • Cherchez à utiliser vos produits plutôt qu’à en utiliser de nouveaux. Il existe par exemple des sites internet qui vous permettent de trouver des recettes de cuisine adaptées aux restes de votre frigo.

 

Le gaspillage est un cercle vicieux dont les acteurs sont nombreux. Le côté positif de cela ? Des progrès sont possibles à tous les niveaux, et nous autres consommateurs en sommes un essentiel. Alors pensez y lors de vos prochaines courses, avant de repousser cette tomate à deux têtes, ou avant de vous ruer sur le filet de 1,5 kg de tomates en promotion. Parce que non, les tomates, « ça [ne] se mange [pas] toujours ».

 

Eve-Anaelle Blandin

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Pour la promotion de l’économie circulaire

Le 6 février, dans la salle Victoire Hugo de l’Assemblée Nationale, à 10 heures GMT+1, l’Institut de l’économie circulaire a été officiellement lancé. Cet Institut composé de responsables politiques nationaux et locaux, d’entrepreneurs, d’universitaires issus de différents horizons et de responsables associatifs ambitionne de promouvoir une vision alternative de l’économie.

« Faire des déchets des uns les ressources des autres »

François Michel Lambert, Président de l’Institut de l’économie circulaire et Député des Bouches du Rhône, part du constat quasi-unanime que le système économique linéaire consistant à « extraire, fabriquer, consommer puis jeter est à bout de souffle ». Notre modèle économique basé sur la dépendance accrue à des matières première se raréfiant et caractérisé par le développement d’une consommation de biens non durables souvent gâchés impacte fortement l’environnement et la société dans son ensemble.

L’économie circulaire se veut une manière pragmatique et fédératrice permettant un déplacement vers un nouveau modèle de développement économique, social et écologique. Faisant écho à la célèbre formule de Lavoisier, « rien ne se crée, tout se transforme », l’économie circulaire voit dans les déchets une matière première réutilisable pour la conception de produits ou d’autres utilisations. Ainsi, pour « boucler la boucle », l’économie circulaire soutient une vision des activités où aucun résidu ne peut être créé sans qu’il puisse être intégralement absorbé par le système industriel ou la nature. Il s’agit dès lors d’une révolution concernant les modes de production, de consommation ainsi que de décision qui ne répond pas uniquement aux défis du développement durable mais permet également de porter une réponse à la question de la ré-industrialisation de la France en développant des emplois non dé-localisables.

Fédérer et éduquer autour de l’économie circulaire

C’est à partir de ces visions des activités économiques que l’Institut de l’économie circulaire a été lancé fin 2012. L’institut de l’économie circulaire ambitionne de créer une impulsion pour « fédérer et impliquer tous les acteurs et experts concernés dans une démarche collaborative en mutualisant les ressources de manière à mener des réflexions collectives ». L’Institut insiste fortement sur l’impératif de mettre en place des actions concrètes, pragmatiques.

Pour que « l’économie tourne enfin rond », l’Institut s’engage à promouvoir l’économie circulaire afin d’améliorer sa compréhension à destination des décideurs et du public. Cela passe par la création de synergies entre les divers acteurs concernés, le développement de projets multipartistes, la mise en place de plans de communications et une action spécifique permettant de faire évoluer la législation et la réglementation y inférant.

L’ « économie circulaire » est un concept large qui, comme son nom ne l’indique pas, ne se limite pas uniquement à repenser les idées et pratiques économiques. La dynamique de l’économie circulaire répond à l’impérieuse nécessité écologique, sociale et économique (notamment au regard des évolutions sectorielles au premier plan desquelles la situation de l’industrie) de transformation du système actuel vers un système vertueux marqué par la transversalité des enjeux et des solutions.

L’économie circulaire copie le principe de fonctionnement du cycle naturel dont le système économique actuel semble faire fi : les déchets de l’un font les ressources de l’autre. Actuellement, notre système économique est linéaire, en opposition à circulaire. Les déchets des uns se cumulent à ceux des autres et les ressources sont exploitées sans vision stratégique sur le long terme tenant compte des externalités (positives ou négatives) et de leur raréfaction alors que les demandes mondiales augmentent constamment.

Une alter-économie pragmatique

Les concepts de recyclage (le terme de « régénération » y étant préféré) et d’alter-croissance sont au fondement de l’économie circulaire. L’alter-croissance se distingue de la décroissance en ce sens qu’elle ne prône pas une abolition de la notion de « croissance économique » ou « d’accroissement de production de richesses » mais plutôt une autre croissance, mesurée différemment et disposant d’un cadre idéologique rénové.

Au centre du renouveau du cadre idéologique, l’économie circulaire insiste pour la définition des besoins et de la satisfaction. La consommation extensive, la réduction des cycles de vie des produits et la relocalisation de la production sont au centre de ce débat intellectuel.

Il s’agit également de repenser les usages et les consommations. Cet élément est central dans l’économie circulaire, notamment en ce qui concerne la propriété. Il ne s’agit pas de mutualiser ou de collectiviser les propriétés mais de réfléchir en termes d’usages différenciés d’un bien. À titre indicatif, l’intérêt d’être propriétaire d’une machine à laver est nul ; a contrario son utilité est élevée. Une fois dépassée, l’utilité de la machine décroit alors que ses composantd et sa composition en minerais représentent une utilité forte.

Identifier les freins et proposer des moyens d’action

Pour créer un réel mouvement en faveur de l’économie circulaire, l’Institut doit agir sur les freins qui limitent son développement, notamment les freins réglementaires, fiscaux, culturels et comportementaux. Il s’agit de les identifier précisément et de proposer des leviers pour une application concrète. Cela passe par une démarche collaborative de mutualisation des connaissances et compétences, un échange de savoir et d’expérience, la dynamisation de la recherche et de la réalisation concrète, la création de synergies entre les acteurs parties d’un projet, une action pour impacter les législations et, in fine, une communication éducative à destination du grand public.

L’économie circulaire répond à des défis impérieux. L’accroissement mondial de la population, souvent occulté des pensées macro-économiques, est central dans l’économie circulaire car, d’ici 2020 la population mondiale devrait avoisiner les 9 milliards d’individus. La consommation des ressources, le gaspillage des ressources (estimée à 90 millions de tonnes par an et projetée à 126 millions en 2020), l’évolution des demandes, l’accroissement de l’exploitation des ressources (estimé à 400% d’ici 2050) et le coût des matières premières nécessitent d’adopter une vision socio-économico-environnementale cohérente et optimale pour le plus grand nombre qui puisse trouver un ancrage et un développement territoriale.

Face à ces défis existent de réelles opportunités dont la réduction de types de consommation, la réutilisation, le recyclage, la substitution, la valorisation adéquate des ressources dans la décision d’action en prenant en compte les aspects économiques et environnementaux, et la sauvegarde des ressources, des écosystèmes et de la biodiversité.

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Buzz de la consommation coopérative : du “social washing”?

crédits : getty images

 

Louer, partager, troquer son vélo, échanger son appartement, son espace de travail… la consommation collaborative a le vent en poupe. Inventé il y a une dizaine d’années au Etats-Unis, ce concept basé sur le partage a connu un réel essor grâce au développement des réseaux sociaux et plus généralement des communautés sur Internet, cette consommation d’un nouveau genre a même été citée par le Times Magazine comme l’une des dix idées qui vont changer le monde ! Vaste programme…

 

« Un jour, nous regarderons le XXème siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses » Bryan Walsh

Il est vrai que le concept a tout pour séduire, et encore plus particulièrement en cette période de disette. Parce que oui, si vous n’étiez pas encore au courant c’est la crise, la récession, le déploiement des politiques d’austérité et même la fin du monde planifiée en décembre 2012. Trêve de digression, revenons-en aux faits…

La consommation collaborative n’est peut-être pas encore une révolution, mais c’est déjà un phénomène. Dans l’ensemble, ce concept révèle une prise de conscience dans la façon de consommer et même une certaine suspicion à l’égard du système marchand classique. Bien loin de l’avènement de notre société de consommation « post Trente Glorieuses », l’heure est désormais au partage, à l’entraide, à la création de lien social. Les motivations hédoniques propres à l’individualisme croissant entrainé par le consumérisme laisse doucement place à une logique coopérative où l’ont fait désormais attention à « l’autre ». La nécessité de protéger l’environnement en utilisant moins de ressources naturelles et en diminuant les quantités de déchets produites expliquent également le succès rencontré par cette nouvelle forme de consommation, qui pourrait même être qualifiée de nouveau modèle économique : l’économie du partage.

Cette économie du partage a d’ailleurs été théorisée il y a un peu plus d’un an par Rachel Botsman, la fondatrice de ce mouvement, dans son livre «What’s mine is you’s : the rise of collaborative consumption ».

TEDtalks : Rachel Botsman, the case for collaborative consumption

 

Selon Antonin Léonard, le spécialiste français en la matière, le secteur du prêt entre particuliers a atteint la somme de 500 millions de $ en mai dernier aux Etats-Unis. Les startups du partage enchaînent les levées de fonds : 7 millions pour Thredup, site Internet de troc de vêtements et jouets pour enfants ou encore 1,2 million pour Gobble, société qui se rapproche de notre Super-Marmite qui permet de réserver et d’acheter des plats faits maison près de chez soi. D’après Neal Grenflo, fondateur et rédacteur en chef du magazine shareable, ce mouvement serait même bien plus qu’une simple tendance passagère : « les publications se multiplient, les consultants commencent à s’intéresser au phénomène, les politiques envisagent de nouvelles lois pour favoriser cette économie du partage, les startups font des levées de fonds impressionnante : tout converge pour nous faire dire qu’une nouvelle économie est vraiment en train d’émerger ».

Certes, les fondements de la consommation collaborative reposent sur des valeurs tout à fait honorables, orbitant autour du don et du partage mais en analysant plus en profondeur ce nouveau modèle économique, tout laisse croire qu’il pourrait bien se laisser pervertir par l’appât du gain et qu’il ne repose peut être pas uniquement sur une vision altruiste de notre consomm’acteur.

 

La désillusion ?

Un article particulièrement pertinent rédigé par Hubert Guillaud sur le site internetactu.net a été publié hier. Le rédacteur en chef met en avant le fait que la consommation collaborative est encore et avant tout de la consommation.

Soyons réalistes, la première motivation d’un consommateur collaborateur n’est pas de sauver la planète mais d’amoindrir l’impact de la crise sur ses finances personnelles ou de bénéficier d’un revenu complémentaire. La majorité des startups surfant sur la vague de cette nouvelle économie ont pour principal moteur la réalisation de bénéfices. Comme stipulé précédemment, le marché du partage représente désormais des millions d’euros, génère des résultats de plus en plus importants et semble en phase de devenir identique à tout autre marché. Il est même fort probable que d’ici quelques temps, une des nombreuses startups créées autour de la consommation collaborative fasse son entrée en Bourse. Inutile de préciser que nous nous éloignons grandement de la dimension sociale et écologique. Vu sous cet angle, ce modèle se rapproche dangereusement d’un « consumérisme collaboratif »…

Quand une société comme Super-marmite propose de vendre une part de repas supplémentaire, on vend la part du pauvre, celle qui a disparue avec l’urbanisation de nos sociétés et qui était gracieusement offerte à la soupe populaire.

Il convient alors de faire la distinction entre les services de consommation collaborative « gratuits » et ceux destinés à réaliser du bénéfice. « Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d’une nouvelle forme de marchandisation de la société, s’insérant toujours un peu plus profondément au cœur des rapports humains. Offrir sa place de parking ou son garage n’est pas la même chose que le louer. Le risque est bien celui d’un blanchiment social, d’un social washing, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout » explique Hubert Guillaud.

 

Mais, tout de même

Il n’en reste pas moins que la majorité des startups de la consommation collaborative semblent faire preuve d’une certaine dimension contestataire à l’égard du consumérisme ambiant et de notre société capitaliste. Un grand nombre de projets collaboratifs gravitent autour d’une dimension sociale et solidaire.

Ressources et Environnement a publié hier un article traitant de «The People’s Supermarket ». Certes, la principale motivation des adhérents est de réaliser des économies mais l’objectif de cette enseigne alimentaire est non lucratif, l’intégralité des bénéfices générés étant ensuite réinjectée dans le fonctionnement du magasin .

La consommation collaborative pourrait donc à long terme permettre une meilleure efficience dans la consommation des ressources et favoriser des circuits économiques courts, donc moins polluants.

Un des principaux bénéfices de ce type de consommation réside dans la création de lien social entre les individus. Dans notre société actuelle où la relation humaine est de plus en plus fragmentée, cette économie du partage pourrait tout de même réinjecter confiance et optimisme. En cette période de grisaille conjoncturelle, la société en a grandement besoin.

 

Pour aller plus loin :

Le blog d’Antonin Léonard,  consocollaborative.com

L’article d’Hubert Guillaud sur internetactu.net

Le magazine shareable

 

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Crise financière et crise écologique selon Michel Cicurel

Dans un entretien donné au Figaro le 11 août dernier, Michel Cicurel, Président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, livrait son analyse de la crise financière, particulièrement vive cet été, entre menace sur les dettes souveraines et faillite des banques (voir les rumeurs du 10 août concernant la Société Générale). Outre ses critiques des « spéculations absurdes » momentanées et fulgurantes, Michel Cicurel affirme que toutes ces turbulences boursières sont dues à une « triple métamorphose » des échanges internationaux : la poussée des économies émergentes, la crise des finances publiques et enfin, sujet qui nous intéresse ici, la crise écologique.

Poussée démographique des pays émergents

Pour Michel Cicurel, la « crise écologique » est liée à la rareté des ressources naturelles face à une augmentation très forte de la population mondiale et du niveau de vie des émergents.

Alors que la population mondiale est estimée entre 1,55 et 1,76 milliard en 1900, selon le Bureau de recensement des États-Unis, elle va bientôt atteindre 7 milliards dont plus de 60% habitent en Asie, continent qui abrite les deux pays émergents les plus peuplés : la Chine (1,3 milliard) et l’Inde (1,2 milliard). Selon les statistiques de la société indépendante de conseil et d’information dans le secteur de l’énergie Enerdata, en 2010, la consommation d’énergie mondiale a progressé de 5,5 %, après le déclin de 1 % observé en 2009. Les pays émergents ont contribué pour deux tiers à cette augmentation globale, la Chine représentant à elle seule un quart de la croissance de la consommation énergétique mondiale en 2010 ! La Chine, « l’atelier du monde », est à tout le moins le symptôme de l’équilibre fragile entre population mondiale, demande énergétique et matières premières disponibles.

Dans une tribune intitulée « Le sourire de la mondialisation » et publiée le 19 janvier 2011 dans Le Figaro, Michel Cicurel affirmait déjà : « le monde ne se rétablit pas. Il change. En un demi-siècle, la population mondiale progressera de 50 %, passant de 6 à 9 milliards. Brutalement, la finitude des ressources de la planète nous saute aux yeux. Tant le dérèglement climatique que les terres rares se rappellent à notre bon souvenir ». Il ajoute : « le temps du monde fini est commencé, et le souci de la durée s’installe ».

Pic pétrolier et ralentissement économique

Problème directement issu de cette poussée démographique : l’énergie. Comment soutenir l’activité humaine quand la population grandissante doit utiliser des matières premières en voie de disparition, comme le pétrole, l’argent, le zinc ou l’uranium ? Effectivement, « la finitude des ressources de la planète » nous saute maintenant aux yeux. Tant que les énergies propres comme le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse et la méthanisation ne seront pas suffisamment développées et trop coûteuses, tous les pays souffriront de ce manque de matières premières : et les pays riches et les pays émergents.

Michel Cicurel explique ainsi que « les pays riches, insuffisamment sobres, souffrent de la flambée du prix des énergies fossiles et des produits de base, dès que la croissance mondiale est soutenue. Au-delà de 80 dollars le baril, la consommation américaine subit une ponction de pouvoir d’achat qui affecte la croissance. C’est la principale cause du ralentissement du printemps, et le contre-choc pétrolier en cours produira ses effets positifs à l’automne ».

Malgré les polémiques sur le pic pétrolier (est-il passé ? est-il à venir ?), le fait est que même l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) admet que le pic des extractions de pétrole conventionnel – le pétrole liquide classique, qui constitue les 4/5 de la production de carburants liquides – a été franchi en 2006. Il reste bien sûr du pétrole mais à quel prix ? Forer en haute mer est une pratique périlleuse, comme nous l’ont montré les marées noires de BP dans le golfe du Mexique ou, cet été, de Shell en mer du Nord.

Si de nombreux analystes s’accordent sur cette sortie obligatoire du pétrole, force est de constater que ni les industriels ni les gouvernements ne font le nécessaire. Il suffit pour cela de voir le tango du Grenelle de l’Environnement en France (une loi en avant, deux décrets en arrière) pour conclure à l’absence de volonté réelle de transition énergétique – et donc de paradigme économique.

Vers un inversement des valeurs actuelles

Nouveau paradigme économique ? Au vu du constat établi par Michel Cicurel, c’est le moins que l’on puisse demander. Dès 1968, le Club de Rome, qui réunissait des économistes, des fonctionnaires et des scientifiques clamant « Halte à la croissance », prônait un changement de mentalité. Une remise en question qui a peu à peu forcé les économistes, comme le néo-keynésien Joseph Stiglitz, à intégrer les problématiques environnementales et humaines aux équations économiques. L’intégration des problématiques sociales et environnementales s’est effectuée par la neutralisation de l’aspect contestataire initial (voir l’essor des mouvements écologistes dans les années 1970-1980) pour en faire un moyen de pérenniser le modèle économique en vigueur en corrigeant ses lacunes.

Nouveau paradigme économique qui prend en compte les changements climatiques, l’augmentation de la population et la fin des matières fossiles. Au niveau financier, cela se traduit par la création de « fonds éthiques » (ou investissements socialement responsables) dont le but est soutenir des projets qui limitent les impacts sociaux et environnementaux. D’après les chiffres de Novethic, « les encours ISR détenus par les clients français s’établissent à 68,3 milliards d’euros et ont donc augmenté de +35% entre fin 2009 et fin 2010 ». Pour étudier le marché européen de l’ISR, on peut se reporter au rapport « Green, social and ethical funds in Europe. 2010 review », publié par l’agence de notation d’ISR, Vigeo. L’Europe constitue en effet la région du monde la plus active et dynamique en matière d’innovation et de création de fonds ISR, ce qui est à prendre en compte pour sa mutation économique.

C’est aux banques et aux gouvernements de promouvoir une croissance à long-terme, notamment dans des infrastructures respectueuses de l’environnement et faiblement consommatrices d’énergie, qui correspondent aux Mécanismes de développement propre prévus par les accords de Kyoto. Cette nouvelle donne énergétique et environnementale ne pourra être réglée qu’à un niveau planétaire, avec des relations saines entre les États. Ce qui n’est pas vraiment rassurant non plus.

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Les politiques environnementales rendent-elles service à l’environnement ?

L’écologie n’est pas seulement une affaire d’environnement. L’environnement, au sens de la planète, souffre de quelques lacunes de la langue française, de la rhétorique politique. Aussi il est difficile de définir une telle notion. L’écologie peut être décrite comme la défense de la vie terrestre : minérale, végétale, animale et humaine. C’est cependant oublier le sens large de la notion, c’est-à-dire le domaine de réflexion qui prend pour objet « l’étude des interactions, et de leurs conséquences, entre les individus et les milieux qui les entourent et dont ils font eux-mêmes partie ».

La notion d’écosystème vient surplomber le tout car elle désigne l’ensemble formé par une association ou communauté d’êtres vivants et son environnement biologique, géologique, hydrologique, climatique, etc. Ainsi, lorsque l’on parle de déséquilibre des écosystèmes, on révèle  aussi un déséquilibre au sein de l’humanité et l’on ne peut corriger une partie de l’écosystème sans en régler une autre.

L’écologiste étudie les interactions entre individus et sur les différents écosystèmes. Seulement, le terme écologiste s’est vu attaché à des sens proprement politiques. Sens qu’un contributeur du Post.fr décrit ici avec cynisme :

« celle de militant – ou sympathisant – de parti politique utilisant des arguments environnementaux pour se faire élire, que celle d’adepte-pratiquant d’un mode de vie campagnard à tendance autarcique, que celle de zélateur purement verbal de ce même mode de vie roulant en SUV, que celle de bobo résolument urbain s’alimentant dans les magasins bio, que celle de nostalgique illuminé la civilisation préindustrielle, que celle d’amoureux transi des espaces verts, que celle de respectueux acharné du tri sélectif, et bien entendu que celle de spécialiste scientifique de l’écologie, sans qu’il soit objectivement établi que ces diverses catégories partagent la même vision fondamentale des rapports entre l’espèce humaine et sa mère nourricière. »

La préservation de l’environnement nécessite une connaissance des interactions et des impacts des activités humaines sur la planète. Le lancement du Grenelle de l’Environnement en France dès septembre 2007 a d’abord reçu toutes les approbations, avant de se voir critiqué pour son manque d’ambition concrète. Les politiques environnementales du Grenelle comme celles menées ailleurs qu’en France sont-elles une réponse à la protection de la nature ou ne sont-elles que séduction de l’électorat voire de solutions au renflouement de l’Etat ?

 

L’écologie politique : une réponse à la question de l’environnement ?

Le lien qui associe la politique à l’environnement est ténu. L’environnement nécessite pour sa protection d’obtenir une mise sur agenda politique afin d’obtenir acception populaire, financement, mise en œuvre et contrôle.

La mise sur l’agenda  est finalement un comble car elle lui nuit par la suite. On reproche souvent  aux politiques de l’environnement leur inadaptation à la situation, la prise de position au sein d’un conflit d’intérêt  sur l’exploitation d’une terre. L’Ouganda l’illustre. Son marais de Lutembe Bay est au cœur d’une confrontation entre écologistes d’une part, de promoteurs immobiliers et horticulteurs de l’autre. Les politiques de défense de cette zone humide perdent toute crédibilité en percevant les fonds de ceux qui agissent par ailleurs en détracteurs de la biodiversité. La Crane Bank finance les fermes horticoles qui assèchent le marais, mais elle est aussi un soutien du programme international Ramsar relatif aux zones humides. La politique de l’environnement induit des conflits éthiques.

A qui donner raison ? Répondre à cette question induit une notion de fond : la légitimité de défendre des intérêts. En matière d’environnement et de sa préservation, y a-t-il des acteurs plus légitimes que d’autres à la défense de l’environnement ?

L’intégration de l’écologiste François Tanguay au comité d’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste au Québec démontre que l’écologie nécessite sa part de représentativité dans les processus de réflexion. M. Tanguay justifie sa présence « pour une raison: il y a de l’ouvrage à faire, il y a un besoin d’information sur le gaz de schiste ». Les branches politiques de l’Ecologie gagnent leur légitimité par leur extrême spécialisation dans le domaine. Elles ont les informations et ont conscience des impacts. Seulement, toute politique, aussi sectorisée qu’elle puisse être, exige une vue transversale de tous les intérêts existants sur un milieu ou une activité. La polémique de la représentativité de tous les acteurs sur la question du gaz de schiste en est l’illustration. La politique nuit à la poursuite de la protection de l’environnement car elle impose des compromis, justifiés par les interactions entre acteurs.  Or, le débat se joue très souvent aux dépens de la planète qui n’a pas les moyens suffisants pour se défendre…

 

L’environnement : enjeux d’influence ou nouvelle voie politique ?

La scène démocratique permet la multiplicité des acteurs. Le parti en est un des plus présents, visibles, potentiellement le plus à même de placer l’environnement au centre des décisions politiques. Or, le parti s’appréhende difficilement, il apparait moins comme une médiation entre le peuple et l’exercice du gouvernement que la déperdition du lien entre le peuple et le pouvoir. La problématique du parti est la condensation de ses rênes dans les mains de quelques-uns. Le pouvoir s’échange et circule dans une sphère restreinte. L’environnement est-il alors prétexte ou objectif de la politique ?

Le paysage politique laisse entrevoir une nouvelle voie, entre la droite et la gauche, l’écologisme. Le parti écologiste gagne en légitimité en s’émancipant de ces pendants socialistes, en dressant un projet de société, un projet économique. Quelle différence alors avec les programmes de préservation de l’environnement proposés par les autres voies politiques ?

On estime que les premiers mouvements écolo sont les cercles informels hippies post soixanthuitards, qui se formaliseront à leur entrée dans l’arène politique en 1974 avec la candidature de René Dumont, agronome proche des trotskistes, aux élections présidentielles. C’est le début de l’écologie politique dont les fondements sont, dès lors, doctrinaires : pour une agriculture non productiviste, anti-nucléaire, anti-mondialisation, antimilitariste et, globalement, anticapitaliste.

L’intégration de l’écologie à la sphère politique ne s’est pas faite sans sacrifice : l’écologie politique a ainsi créé ses propres forces de division et d’incohérence internes. Le départ de Nicolas Hulot du parti Europe Ecologie-Les Verts interroge : l’écologie est-elle devenue un tremplin politique ? M. Hulot est-il militant pour l’environnement ou tacticien politique ?

Déjà en 1974, la candidature de René Dumont a jeté le trouble dans les esprits des écolos pratiquants : le passage d’une démarche individuelle, que l’on pourrait voir comme la poursuite d’éco-gestes, à une action collective impliquant des engagements formels ; une allégeance à un parti politique.

 

Politique de l’environnement : une solution pour la planète ou solution électorale ?

Les politiques de l’environnement revendiquent leurs effets bénéfiques sur l’environnement. Elles agissent pour le bien mais témoignent souvent que « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Elles se voient souvent critiquées leurs inadaptations à la situation environnementale véritable. Par exemple, les mesures prises par le gouvernement afin de répondre à la crise des algues vertes reçoivent le mécontentement du Nouveau Parti Anticapitaliste des Côtes d’Armor, qui y voit une « politique hypocrite qui pille l’environnement, fait disparaître des emplois dans l’agriculture et tue des êtres vivants ! ». L’inadaptation va même jusqu’à nuire aux recherches en énergie verte, le cas de la Grande Bretagne avait illustré cette situation au début de juin dernier, où la taxe carbone qui ponctionnait la recherche environnementale avait mis en difficulté les instituts de recherche incapables de la payer, et ce, menaçant la recherche et les emplois.

Aucune ligne sur l’environnement n’était rédigée dans l’autobiographie de Nicolas Sarkozy publiée en 2001, «  Libre ». L’UMP ne prenait pas compte de l’environnement pour charmer les électeurs. Mais à la suite de la pression de Nicolas Hulot, tous les candidats à la présidentielle ont signé le Pacte écologique en 2007. La ratification révèle une prise de conscience des candidats que l’électorat est sensible aux questions environnementales. Amour naissant pour la planète, les partis politiques en font un nouveau levier de campagne. Dans les suffrages, l’écologie politique restait encore loin de la victoire. Le parti Les Verts ne remporte que 1,57% des suffrages lors des présidentielles 2007, tandis que les autres défenseurs de la planète s’étaient associés à d’autres couleurs politiques : ainsi Cap 21 et le Mouvement écologiste indépendant soutenaient l’Union pour la démocratie française, tandis que José Bové concourait sans étiquette…

L’une des mesures phares du pacte écologique ainsi signé était la taxe carbone comme réponse au changement climatique. L’échec de la taxe réside dans l’idée même du Premier ministre François Fillon de fixer le prix de cette taxe autour de 14 euros la tonne. Ce prix dérisoire n’aurait cependant incité en rien tous industriels rationnels à réduire leurs émissions de CO2 et permettrait même à certains pollueurs de gagner de l’argent – chose que l’on avait pu observer à l’échelle européenne avec le European Union Emissions Trading Scheme au début des années 2000. En France, la taxe carbone a finalement été balayée en 2010, devant les critiques qu’elle suscitait.

La séduction de l’électorat passe par la prise en compte de l’environnement dans les analyses politiques car il est au cœur des préoccupations collectives. Et ce, tout en ménageant les préférences individuelles. Or l’agence de conseil en communication et en développement durable Comonlight a récemment révélé les résultats d’une enquête menée en avril et mai 2011 sur l’évolution des rapports des Français au « développement  durable » et dévoilé qu’ils « ne sont, en majorité, pas prêts à adopter des gestes éco citoyens. » L’échec des stratégies anti-carbone pourrait alors s’expliquer par le fait que le carbone « ne se voit pas », que les discours qui entourent le sujet sont trop scientifiques. Par conséquent, les arguments de lutte contre l’insaisissable problème – qu’ils proviennent du gouvernement ou des militants anti-carbone – ont été perçus comme pur dogmatisme.

D’autre part, les taxes environnementales souffrent d’une vision court-termiste entretenue par les différentes échéances électorales. Ces dernières poussent les politiques à agir en début de mandat et à passer à l’immobilisme pendant les campagnes afin de ne pas irriter de potentiels électeurs ni de donner de points d’avance à un adversaire vainqueur.

L’interaction des acteurs économiques, écologistes et politiques mène souvent à des compromis qui nuisent à la qualité de la politique initiée et témoignent d’un certain manque de volonté politique en faveur de l’environnement. Il semble impossible de trancher si oui ou non, les politiques de l’environnement sont efficaces, car comme dans tout domaine politique, elles sont soumises aux difficultés de mise en œuvre, de financement, d’application, de contrôle… à la différence près qu’elles sont bien plus importantes…

Tous les candidats aux élections présidentielles de 2012 auront de fermes positions en matière d’énergie et environnement, nous ne manquerons pas de publier une analyse comparée de leurs programmes à ce sujet !

 

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La consommation verte dépasse-t-elle les discours ?

La majorité des Français est consciente de l’impact de la consommation sur l’environnement. C’est ce qu’a révélé le baromètre annuel d’Ethicity et de l’ADEME « Les Français et la consommation durable », présenté à l’occasion de la semaine du développement durable 2011. Sept Français sur dix jugent que la consommation de produits respectueux de l’environnement est devenue une « nécessité » (contre deux sur dix en 2009). 60% des personnes interrogées se disent mêmes prêtes à payer un peu plus cher pour des produits respectueux de l’environnement. Mais les comportements des Français reflètent-ils les discours ?

 

Un passage à l’acte encore limité

La préoccupation à l’égard de l’environnement est une sensibilité montante chez les citoyens, qui sont désormais conscients de leur responsabilité mais aussi de leur marge d’action. Dans un contexte de défiance vis-à-vis des politiques et des grandes entreprises, l’individu s’en remet à lui-même pour agir concrètement en faveur de l’environnement. Selon l’édition 2011 de l’Observatoire Ifop du Développement Durable, 77% pensent que les actes individuels peuvent contribuer à protéger l’environnement. Une opinion mise en œuvre au quotidien à travers les éco-gestes – tels que trier ses déchets, ne pas laisser couler l’eau ou éteindre les appareils électriques au lieu de les laisser en veille -, répandus chez plus de ¾ des Français. En revanche, la consommation verte (aussi appelée consommation durable ou responsable) est loin d’être autant intégrée dans nos habitudes de consommation.

Selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), la ‘consommation durable’ est “l’utilisation de biens et de services qui répondent aux besoins essentiels et améliorent la qualité de vie, tout en minimisant l’utilisation des ressources naturelles, les matières toxiques et les déchets et émissions de polluants, de manière à ne pas compromettre les besoins des générations futures”.

Le baromètre de consommation et de perception des produits biologiques en France de l’Agence Bio révèle qu’en 2010, seuls 43 % des Français ont consommé des produits biologiques au moins une fois par mois (contre 46 % en 2009). Selon Jean-Marie Boucher, fondateur du site ConsoGlobe (le premier portail Internet français dédié au développement durable et à la consommation responsable sous toutes ses formes), l’achat de ce type de produits ne pèse que 4% de la consommation de détail.

Si le marché du commerce équitable a progressé de 15% en 2009, il reste un marché de niche, avec un chiffre d’affaires environ dix fois inférieur à celui des produits «bio» (2,6 milliards d’euros en 2008) (source : étude «Marché du commerce équitable en France à l’horizon 2015», publiée en 2010 par le cabinet d’études sectorielles Xerfi). Une enquête réalisée par l’Observatoire Cetelem en décembre 2009 montre que seulement 10% des ménages français disent acheter «fréquemment» des produits équitables.

Malgré la forte médiatisation du succès des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), ce système ne représente 50 000 familles et près de 200 000 consommateurs (soit un chiffre d’affaire annuel estimé à 36 millions d’euros) (source : MIRAMAP, janvier 2011).

Ces quelques résultats d’études nuancent l’idée selon laquelle les consommateurs adopteraient des comportements d’achats de plus en plus responsables et que le nombre de ces consommateurs « verts » augmenteraient. Des affirmations qui ne se reflètent pas dans les achats au détail. Mais ces décalages entre les discours et la réalité mettent surtout en lumière les contradictions des consommateurs, pris entre leurs préoccupations individuelles et les considérations du collectif social et environnemental parfois difficilement conciliables.

 

Consommer mieux… avant tout pour soi

La protection de l’environnement n’est pas la seule motivation ni même la priorité du consommateur responsable. L’individu est préoccupé avant tout par sa santé et le bien-être de ses proches.

« Consommer mieux » signifie pour lui d’abord d’augmenter sa qualité de vie, notamment en s’orientant vers une consommation plus qualitative. Cela se traduit par l’achat de produits plus durables et plus bénéfiques pour la santé. La santé devient ainsi le principal levier d’achat de produits « verts » pour 36% des Français, avant même le critère de préservation de l’environnement (27%) (source : Baromètre Ethicity).

Ce résultat est encore plus élevé pour les produits biologiques, puisque les effets positifs sur la santé sont la principale raison d’acheter bio pour 91% des Français, suivis de la qualité et du goût des produits (source : baromètre de l’Agence Bio).

La pollution, qui impacte la santé, est d’ailleurs la première inquiétude des Français, devant la pénurie d’eau dans le monde ou le réchauffement climatique.

Le local et la proximité sont les autres motivations d’achat de produits respectueux de l’environnement. Pour 52% des Français, un produit permettant de consommer responsable doit être fabriqué localement, afin de favoriser l’emploi pour 55% d’entre eux. L’origine des matières premières est ainsi la première information attendue sur l’étiquette.

On peut donc dire que l’écologie qui concerne le plus le consommateur est celle dont les problématiques le touchent directement au quotidien, avant même les grands enjeux planétaires. Mais c’est aussi celle dont la mise en œuvre cohabite le mieux avec ses préoccupations quotidiennes, comme la santé, son bien-être mais aussi son pouvoir d’achat. Le consommateur n’a pas nécessairement la volonté d’en payer le prix au quotidien.

 

Le vert toujours trop cher

En effet, le prix jugé plus élevé de ces produits « verts » est considéré comme le principal frein à l’achat pour 78% des Français. Ils sont encore nombreux (36 %) à se raviser pour l’achat de certains produits responsables pour cause de prix excessif, selon l’édition 2011 de l’étude Image Power Global Green Brands réalisée par l’institut PSB pour Cohn & Wolfe et Landor associates.

Dans un contexte de crise (perçue ou réelle) du pouvoir d’achat, tous les Français ne sont pas prêts à mettre  30 990 euros pour une voiture électrique (Nissan Leaf), 3,17 euros pour un café issu de l’agriculture biologique et du commerce équitable (Alter Eco 250g) ou 2,99 euros pour 500g de tomates bio.

Les pratiques qui n’ont pas d’incidences financières et qui plus est, permettent de faire des économies trouvent au contraire l’adhésion des consommateurs. C’est le cas des éco-gestes pour faire des économies d’eau ou d’énergie qui sont de plus en plus ancrés dans les habitudes. Mais c’est ce qui explique aussi le succès de l’autopartage, de la vente ou de la location entre particuliers, mais nous y reviendrons plus tard. Ces activités à la fois rentables économiquement et soucieuses de l’environnement sont regroupées sous l’appellation d’ « éconologie » (économie écologique).

 

Une communication nuisible

Le prix n’est pas le seul frein à l’achat des produits « verts ». La communication verte est également préjudiciable à la promotion de ces modes de vie responsables.

Tout d’abord, la communication des marques sème le doute chez le consommateur. L’excès de communication verte génère une confusion dans l’esprit du consommateur, qui se retrouve noyé face à une multitude de « démarches engagées » (développement durable, agriculture bio, responsabilité sociale des marques, commerce éthique), une surenchère de labels entre ceux officiels et les propres programmes crées par les marques et grands distributeurs.

Une confusion renforcée par le manque de précision et de preuves souvent volontaires des marques, à travers des pratiques de greenwashing (utilisation abusive d’un argument écologique dans une publicité sans engagement derrière). Selon la 3ème édition du baromètre sur le Développement Durable réalisé par Mondadori Publicité, les français attendent plus de preuves dans la publicité car 47% d’entre eux estiment qu’il y a trop de slogans “verts” sans preuves ou informations précises. Toutefois si les consommateurs restent méfiants et exigeants, pour la première fois depuis 2004 leur vision de l’engagement DD des entreprises s’améliore (Observatoire Ifop 2011).

Mais plus généralement, c’est l’ensemble des discours émis sur le sujet du développement durable, par les grandes entreprises mais aussi par les politiques, les ONG, les écologistes ou les médias, qui en entrainant une certaine banalisation des messages et une saturation, a eu un effet de rejet.

Cela a été très visible en 2009, qui a été une année marquée par une sur-médiatisation du sujet avec la multiplication des alertes sur le préjudice écologique et le changement climatique (les films Home d’Arths Bertrand et Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, le mouvement Tcktcktck pour le sommet de Copenhague, les élections européennes, le débat autour de la taxe carbone…), créant un sentiment de sur-information qui s’est traduit par une baisse significative de la crédibilité à l’égard des publicités vertes et de l’intérêt sur le développement durable.

 

La montée du scepticisme

Un certain scepticisme s’installe même. En réponse à des discours parfois culpabilisant sur la responsabilité humaine dans les préjudices environnementaux, des interrogations et contestations émergent. Certains scientifiques, appelés ‘climato-sceptiques’ contestent la thèse d’un réchauffement climatique dû à l’homme. Une thèse qui rencontre un écho grandissant. Ces mêmes experts mettent en gardent sur les solutions du  ‘Business Vert’ comme seule réponse pour remédier au réchauffement planétaire, qui serait une illusion et aurait même des effets pervers pour l’environnement. Parmi les fausses bonnes idées de croissance verte, sont pointés du doigt, entre autres : les agro-carburants qui s’avéraient plus néfastes pour l’environnement en se substituant aux cultures vivrières, la voiture électrique pas forcément écologique avec ses émissions de CO2 lors du chargement de la batterie, les lampes basse consommation qui seraient dangereuses pour la santé ou encore les importations de produits alimentaires bio qui détruiraient l’emploi dans les productions françaises et augmenteraient l’empreinte carbone.

 

Une consommation durable … mais avant tout économique

Pour autant, un mouvement durable et assez générale pour une nouvelle consommation  est en train de se mettre en œuvre. Un mouvement que la récente crise économique a révélé et amplifié et qui prend pour nom la consommation collaborative. Il s’agit également d’un mode de consommation alternatif à celui actuellement à l’œuvre dans nos sociétés (quête de possessions individuelles et matérielles, renouvellement rapide des biens), qui à la différence de la consommation verte, va vraiment se développer car non seulement il permet d’entrer dans un mode de consommation plus durable, grâce à l’optimisation des ressources, mais surtout il permet aussi de répondre à la recherche de prix bas, qui reste une des préoccupations principales des consommateurs.

La consommation collaborative fait prévaloir l’usage sur la propriété, en s’appuyant sur l’optimisation des ressources grâce au partage, à l’échange de biens et ressources entre particuliers. Elle s’étend à de nombreux biens : de la voiture (autopartage, covoiturage, location de voitures entre particuliers) à l’habitat (colocation, location de logement entre particulier, partage temporaire et gratuit de logement), en passant par l’espace de travail (coworking), les objets dont on se sert ponctuellement ou dont on ne se sert plus, les productions individuelles jusqu’aux compétences.

La crise économique, en entrainant une dégradation (réelle ou perçue) du pouvoir d’achat, suscite une recherche d’optimisation des budgets et une vigilance quant au prix. Cela favorise (et valorise) le développement d’une culture de l’achat malin et de la bonne affaire, ainsi que la mise en place de système d’entraide, de solidarité. Ces pratiques sont également l’occasion de générer un revenu supplémentaire, en transformant une possession ou une compétence en cash.

« Tout ce qui touche au troc, à l’échange, au don, à l’entraide, à l’occasion… connaît une croissance importante » explique Jean-Marie Boucher. Il s’agit « de solutions qui touchent à la proximité, au commerce alternatif, à une consommation douce non marchande, aux bonnes affaires… qui parlent très fortement aux individus à la recherche de sens plus que d’acte politique. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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Les éco-quartiers : mode de vie ou idéologie ?

Le classement récent des villes les plus vertes de France publié par Zegreenweb a mis en valeur Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Grenoble …et Paris car ces métropoles françaises font de la préservation de l’environnement l’un de « leurs chevaux de bataille ». Les éco-quartiers fleurissent petit à petit dans tout l’hexagone mais aussi en Europe et dans le reste du monde.

Le terme « éco-quartier » est un néologisme associant le substantif « quartier » au préfixe « éco », en tant qu’abréviation de l’adjectif « écologique », décrit l’article toponyme de Wikipédia. Le ministère français de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer a promu ce néologisme pour désigner un projet d’aménagement urbain visant à intégrer des objectifs dits « de développement durable » et à réduire l’empreinte écologique du projet.

Ces projets sont essentiels dans un contexte où le logement est devenu une question sociétale clé. Dans son rapport, « L’accès au logement : une exigence citoyenne, un choix politique » du 6 juillet 2011, le club de réflexion Terra Nova dresse un portrait très négatif de l’accession au logement au début du XXIème siècle. A la fois, enjeux d’intégration, enjeux environnementaux et économiques, les autorités s’interrogent sur la possibilité d’obtenir un cadre d’urbanisme véritablement écologique. Si le Grenelle de l’environnement se contente d’intervenir sur la qualité thermique des logements, notamment des logements existants, il existe d’autres solutions plus complètes mêlant politiques d’aménagement territorial et planification urbaine, qui organisent la qualité urbaine et l’extension des villes sous forme d’« éco-quartiers » ou de « villes neuves ». De l’idéologie à l’idéolog-isme, peut-on vivre au vert en société ?

Eco-quartier : une réponse au développement durable

L’éco-quartier est une opération d’aménagement durable exemplaire. Il répond à la question du développement durable et aux problématiques sociales et économiques par la réduction maximale de l’impact sur l’environnement tout en favorisant le développement économique, la qualité de vie, la mixité et l’intégration sociale.

C’est de prime abord l’architecture qui manifeste le développement durable. Christian Plisson, président de la Maison européenne de l’architecture, explique que « le durable est maintenant une mode, cela n’empêche pas qu’il y ait des architectes vraiment engagés » en étant « plus vigilants dans le choix du matériel ». Le professionnel de l’habitat durable prend la ville de Strasbourg comme exemple modèle de l’architecture soucieuse de l’environnement. Afin de vérifier le principe d’efficacité énergétique, un éco-quartier se doit de proposer des solutions économes et une diversification des modes de production (bois, éolien, géothermie, solaire, biomasse…).

L’idéal pour l’éco-quartier est de produire une partie de ses besoins en énergie, notamment grâce à la construction des bâtiments à énergie positive, pour atteindre un bilan énergétique nul. La tour Elithis, à Dijon, qui présente un bilan énergétique « exceptionnellement neutre » en témoigne.  L’immeuble de 5 000m2 fêtait ses deux ans en juin dernier. La tour est un centre d’expérimentation renouvelable qui invite savants, étudiants et financeurs à initier de nouveaux projets. Dans le cadre d’une recherche sur les éco-comportements proposés au sein du bâtiment, le groupe Elithis constate que l’efficacité énergétique et environnementale d’un bâtiment ne dépend pas uniquement de solutions technologiques mais pour beaucoup du comportement des usagers.

Les éco-quartiers ne sont pas seulement une réponse architecturale. C’est un mode de vie. Le poète et philosophe des sciences et de la technique, Gaston Bachelard conceptualise dans ses derniers écrits, en 1958, « la poétique de l’espace » : il ne regarde pas l’architecture en tant que telle mais comme la manifestation humaine qui affecte et façonne les espaces.

Ecologie ou écologisme ?

Les éco-quartiers sont souvent des prolongations à la ville et à son architecture existante car les équipements publics et infrastructures des transports s’y étendent. Ils sont souvent considérés comme des « villages dans la ville » car leur fonctionnement y est identique mais à échelle réduite, à l’image de l’éco-quartier Vauban de Frisbourg-en-Brisgau, en Allemagne.

Le qualificatif écologique peut s’appliquer à l’écologie – une science – ou  à l’écologisme qui est une idéologie. Pour autant, les gadgets verts – gazon sur le toit, convoyeurs souterrains à déchets, supports à vélo – ne donnent pas sens à l’éco-quartier en tant que tel et témoignent plutôt d’une façade verte pour les maisons de « bobo ».

Aussi le récent épinglage de Volkswagen par Greenpeace témoigne de l’usage excessif par les constructeurs – ici automobile – de l’image verte pour obtenir le financement et l’acceptation des consommateurs. De même, le « greenwashing » qui prévaut à la construction de certains quartiers ne doit omettre que l’écologisme suppose qu’il y ait un ensemble complexe de relations – économiques, sociales, culturelles, physiques, etc entre un quartier et le milieu urbain dans lequel il est plongé.

L’éco-quartier facilite le geste vert. Tout y est fait pour inciter, si l’usager ne pratique pas le vivre-ensemble, l’usage modéré de l’eau, le tri des déchets … L’esprit de l’éco-quartier réside chez ceux qui habitent.

Quand l’idéologie pousse au ghetto

L’éco-quartier est une variante à l’éco-village qui se définit comme une « agglomération (rurale ou urbaine) ayant une perspective d’autosuffisance variable d’un projet à l’autre et où la priorité est de redonner une place plus équilibrée à l’Homme en harmonie avec son environnement dans le respect des écosystèmes présents. » Ceux sont des alternatives au chemin tracé par les urbanistes classiques. Une possibilité pour certains hommes de refuser la disposition des trottoirs et du bitume sur lesquels on veut les faire marcher, et d’adapter leur chemin ainsi à leur propre mode de vie. Le mouvement « desire paths » symbolise ce désir en photographiant les chemins verts qui rompent avec les routes bétonnées.

L’éco-quartier développe les mêmes idées tout en respectant les idéologies et l’intimité de chacun. La bonne gouvernance et le bon pilotage du projet sont primordiaux pour réussir la mise en œuvre des principes du développement durable. L’idéologie passe par la démarche participative impliquant l’ensemble des acteurs concernés – services municipaux, habitants, promoteurs, maîtres d’œuvre – et la mise en place au travers d’ateliers d’urbanisme, de réunions publiques ou de conférences citoyennes. La pratique d’échange des compétences y est courante.

Nombre de structures se ferment cependant sur elles-mêmes. Le vivre-ensemble exige aussi une adéquation des modes vie, peut-on tous être « green » ?

Avons-nous pour autant affaire à un renouveau des communautés hippies ?

La construction d’un éco-quartier implique de revoir l’organisation traditionnelle de la construction des bâtiments en amont, afin de développer des partenariats financiers et de pouvoir proposer des prix de vente des logements accessibles à tous. Les politiques d’aménagement du territoire proposées par le Grenelle tendent à diffuser ce mode de logements verts dans toutes les classes sociales. Les « bobo » n’ont pas le monopole du « green » et toute personne est poussée à adapter son mode de vie à la gestion responsable de son environnement.

A long terme, il est envisageable de poursuivre le projet vers « la ville durable ». Le terme est difficile à définir car c’est davantage un projet qu’une théorie. Cyria Emelianoff, maître de conférences en géographie, aménagement et urbanisme à l’Université du Maine, en définissait les principes dès 2005 : une « ville capable de se maintenir dans le temps », une ville qui offre une qualité de vie en tous lieux, une ville qui se réapproprie un projet politique collectif…

Utopie ou réalité, il faut souligner l’existence du mouvement des « villes en transition », issu de l’enseignement de Rob Hopkins, en Irlande. La Transition en question est le passage « de la dépendance au pétrole à la résilience locale ». L’action est locale afin de s’adapter aux ressources et aux enjeux de la ville. Cette optique s’appuie sur le présupposé qu’un objectif est atteignable seulement s’il est visible ; elle défend donc une vision positive. Peu de critiques sont parvenues à se lever face aux idées d’Hopkins, mais les villes en transition restent difficilement à concrétiser.

L’important réside peut-être dans la prise de conscience du geste. L’urbanisation devrait ainsi minimiser son impact sur l’environnement tout en offrant la possibilité au plus grand nombre d’accéder à un logement. Garder les projets visibles et adaptables aux logements déjà existants permet de sensibiliser une population toujours plus importante. Modèle de vie ou bulle d’expérimentation, la multiplication des éco-quartiers illustre les possibles d’une vie urbaine éco-responsable.

 

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