Pour la promotion de l’économie circulaire

Le 6 février, dans la salle Victoire Hugo de l’Assemblée Nationale, à 10 heures GMT+1, l’Institut de l’économie circulaire a été officiellement lancé. Cet Institut composé de responsables politiques nationaux et locaux, d’entrepreneurs, d’universitaires issus de différents horizons et de responsables associatifs ambitionne de promouvoir une vision alternative de l’économie.

« Faire des déchets des uns les ressources des autres »

François Michel Lambert, Président de l’Institut de l’économie circulaire et Député des Bouches du Rhône, part du constat quasi-unanime que le système économique linéaire consistant à « extraire, fabriquer, consommer puis jeter est à bout de souffle ». Notre modèle économique basé sur la dépendance accrue à des matières première se raréfiant et caractérisé par le développement d’une consommation de biens non durables souvent gâchés impacte fortement l’environnement et la société dans son ensemble.

L’économie circulaire se veut une manière pragmatique et fédératrice permettant un déplacement vers un nouveau modèle de développement économique, social et écologique. Faisant écho à la célèbre formule de Lavoisier, « rien ne se crée, tout se transforme », l’économie circulaire voit dans les déchets une matière première réutilisable pour la conception de produits ou d’autres utilisations. Ainsi, pour « boucler la boucle », l’économie circulaire soutient une vision des activités où aucun résidu ne peut être créé sans qu’il puisse être intégralement absorbé par le système industriel ou la nature. Il s’agit dès lors d’une révolution concernant les modes de production, de consommation ainsi que de décision qui ne répond pas uniquement aux défis du développement durable mais permet également de porter une réponse à la question de la ré-industrialisation de la France en développant des emplois non dé-localisables.

Fédérer et éduquer autour de l’économie circulaire

C’est à partir de ces visions des activités économiques que l’Institut de l’économie circulaire a été lancé fin 2012. L’institut de l’économie circulaire ambitionne de créer une impulsion pour « fédérer et impliquer tous les acteurs et experts concernés dans une démarche collaborative en mutualisant les ressources de manière à mener des réflexions collectives ». L’Institut insiste fortement sur l’impératif de mettre en place des actions concrètes, pragmatiques.

Pour que « l’économie tourne enfin rond », l’Institut s’engage à promouvoir l’économie circulaire afin d’améliorer sa compréhension à destination des décideurs et du public. Cela passe par la création de synergies entre les divers acteurs concernés, le développement de projets multipartistes, la mise en place de plans de communications et une action spécifique permettant de faire évoluer la législation et la réglementation y inférant.

L’ « économie circulaire » est un concept large qui, comme son nom ne l’indique pas, ne se limite pas uniquement à repenser les idées et pratiques économiques. La dynamique de l’économie circulaire répond à l’impérieuse nécessité écologique, sociale et économique (notamment au regard des évolutions sectorielles au premier plan desquelles la situation de l’industrie) de transformation du système actuel vers un système vertueux marqué par la transversalité des enjeux et des solutions.

L’économie circulaire copie le principe de fonctionnement du cycle naturel dont le système économique actuel semble faire fi : les déchets de l’un font les ressources de l’autre. Actuellement, notre système économique est linéaire, en opposition à circulaire. Les déchets des uns se cumulent à ceux des autres et les ressources sont exploitées sans vision stratégique sur le long terme tenant compte des externalités (positives ou négatives) et de leur raréfaction alors que les demandes mondiales augmentent constamment.

Une alter-économie pragmatique

Les concepts de recyclage (le terme de « régénération » y étant préféré) et d’alter-croissance sont au fondement de l’économie circulaire. L’alter-croissance se distingue de la décroissance en ce sens qu’elle ne prône pas une abolition de la notion de « croissance économique » ou « d’accroissement de production de richesses » mais plutôt une autre croissance, mesurée différemment et disposant d’un cadre idéologique rénové.

Au centre du renouveau du cadre idéologique, l’économie circulaire insiste pour la définition des besoins et de la satisfaction. La consommation extensive, la réduction des cycles de vie des produits et la relocalisation de la production sont au centre de ce débat intellectuel.

Il s’agit également de repenser les usages et les consommations. Cet élément est central dans l’économie circulaire, notamment en ce qui concerne la propriété. Il ne s’agit pas de mutualiser ou de collectiviser les propriétés mais de réfléchir en termes d’usages différenciés d’un bien. À titre indicatif, l’intérêt d’être propriétaire d’une machine à laver est nul ; a contrario son utilité est élevée. Une fois dépassée, l’utilité de la machine décroit alors que ses composantd et sa composition en minerais représentent une utilité forte.

Identifier les freins et proposer des moyens d’action

Pour créer un réel mouvement en faveur de l’économie circulaire, l’Institut doit agir sur les freins qui limitent son développement, notamment les freins réglementaires, fiscaux, culturels et comportementaux. Il s’agit de les identifier précisément et de proposer des leviers pour une application concrète. Cela passe par une démarche collaborative de mutualisation des connaissances et compétences, un échange de savoir et d’expérience, la dynamisation de la recherche et de la réalisation concrète, la création de synergies entre les acteurs parties d’un projet, une action pour impacter les législations et, in fine, une communication éducative à destination du grand public.

L’économie circulaire répond à des défis impérieux. L’accroissement mondial de la population, souvent occulté des pensées macro-économiques, est central dans l’économie circulaire car, d’ici 2020 la population mondiale devrait avoisiner les 9 milliards d’individus. La consommation des ressources, le gaspillage des ressources (estimée à 90 millions de tonnes par an et projetée à 126 millions en 2020), l’évolution des demandes, l’accroissement de l’exploitation des ressources (estimé à 400% d’ici 2050) et le coût des matières premières nécessitent d’adopter une vision socio-économico-environnementale cohérente et optimale pour le plus grand nombre qui puisse trouver un ancrage et un développement territoriale.

Face à ces défis existent de réelles opportunités dont la réduction de types de consommation, la réutilisation, le recyclage, la substitution, la valorisation adéquate des ressources dans la décision d’action en prenant en compte les aspects économiques et environnementaux, et la sauvegarde des ressources, des écosystèmes et de la biodiversité.

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Au Japon les anti-nucléaires sont “in” et ils sont des millions

Les militants anti-nucléaires français ont souvent l’image de « roots », « ringards » ou autre énergumènes fan de kermesses. Au Japon, être anti-nucléaire, c’est « in ». Normal, remarquez, quand on sait ce qu’ils vivent depuis la catastrophe de Fukushima. Une catastrophe « provoquée par l’homme », selon le dernier rapport officiel, et non par le tremblement de terre à l’origine du tsunami géant survenu le 11 mars 2011. C’est d’ailleurs ce qui motive des manifestations anti-nucléaires, chaque semaine dans ce pays, mais en Inde également.

Ce week-end, « des milliers de personnes ont répondu présent à l’appel du compositeur japonais Ryuichi Sakamoto en faveur de l’abandon de l’énergie atomique » au Japon. Ils se sont mobilisés pour « soutenir et applaudir le concert de soutien « No Nukes » organisé en « proche banlieue de Tokyo ». Qu’ils soient rigoureusement militants anti-nucléaires ou simple amateurs de musique au départ, le message en faveur de la construction d’un « après-nucléaire » est passé auprès d’un large public.

Mise en ligne le 7 juillet sur Youtube, cette vidéo du concert a été vue plus de 15 000 fois déjà.

 

 

Il s’agit du Yellow Magic Orchestra, réuni à l’initiative de son ex-acolyte Sakamoto, pianiste et pionnier de la musique électro-acoustique au Japon. Ils ont manifesté en musique, donc, avec une dizaine de groupes, parmi lesquels le groupe allemand Kraftwerk (« centrale électrique », en français), également hostile à l’énergie nucléaire.

Les fonds récoltés lors de ce concert seront reversés au mouvement « Adieu l’énergie nucléaire », également soutenu par le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe et par le journaliste « dénonciateur de scandales » Satoshi Kamata.

Pour voir l’ensemble des concerts du week-end, c’est par : un visionnage en streaming déjà « liké » par plus de 18 000 personnes sur Facebook.

Les organisateurs de l’évènement expliquent que « plus d’un an s’est écoulé depuis l’accident de la centrale de Fukushima. La compagnie d’électricité Tokyo Electric Power (Tepco) et le Premier ministre japonais ont déclaré la crise aigüe terminée, mais la réalité est que le danger n’est pas écarté et que la vraie résolution de l’accident demeure incertaine ». Ils ajoutent que « l’avenir est une totale inconnue pour les personnes forcées d’évacuer leur région à cause du désastre atomique consécutif au séisme et au tsunami du 11 mars 2011. Et il est fort probable que les conséquences sanitaires de ce drame ne soient découvertes que plus tard. Nous avons donc organisé ces concerts pour pousser à l’abandon de l’énergie nucléaire au Japon, afin qu’une telle catastrophe ne se reproduise pas ».

On les comprend. Depuis plus d’un an, une pétition contre l’énergie atomique a recueilli « plus de 7,5 millions de signatures » dans le pays. Tous les vendredis, des manifestations sont organisées « devant la résidence tokyoïte du Premier ministre » où se rassemblent « des dizaines de milliers d’opposants à la présence de réacteurs nucléaires sur le territoire japonais ».

La catastrophe de Fukushima n’est pas une catastrophe naturelle

Rappelons que, survenue dans un contexte de catastrophe naturelle (tremblement de terre +  tsunami), la catastrophe de Fukushima n’en est finalement pas une. Il s’agit d’une catastrophe imputable à l’homme.

Jeudi dernier, une commission d’enquête mandatée par le Parlement nippon, composée de  10 membres de la société civile (sismologue, avocats, médecins, journaliste, professeurs) désignés par les parlementaires, a conclu que l’accident nucléaire de Fukushima a été «  un désastre créé par l’homme » (collégialement, non individuellement) résultant d’ « une collusion entre le gouvernement, les agences de régulation et l’opérateur Tepco, et d’un manque de gouvernance de ces mêmes instances ».

Le document, argumenté sur 641 pages, affirme qu’« ils ont trahi le droit de la nation à être protégée des accidents nucléaires ». Les auteurs pensent que « les causes fondamentales sont les systèmes d’organisation et de régulation qui se sont basés sur des logiques erronées dans leurs décisions et leurs actions ». La commission pointe que « bien qu’ayant eu de nombreuses occasions de prendre des mesures, les agences de régulation et la direction de Tepco n’ont délibérément rien fait, ont reporté leurs décisions ou ont pris des mesures qui les arrangeaient ».

Dans un article paru en France sur Atlantico, Corinne Lepage, eurodéputée et présidente de CAP21, partage les conclusions de cette commission et parle d’« accident nucléaire d’origine industrielle ». Elle met en garde la France, afin que n’y soient pas reproduites les mêmes erreurs.

En France, elle fait partie des nombreuses voix à prendre position en faveur d’une sortie claire du nucléaire. Mais dans notre pays, les voix sont trop « éparses », du centre politique aux anarchistes, les opposants à l’atome s’éparpillent et le mouvement, contrairement au Japon ou à l’Allemagne, ne prend pas.

Manque-t-il un leader au mouvement anti-nucléaire français ?

Au Japon, le mouvement antinucléaire est conduit par un leader talentueux et reconnu comme tel. Il est mené par le charismatique Ruki Sakamoto.

 

© Kazuhiro Nogi / AFP

En France, plusieurs mouvements politiques (de CAP21 au NPA en passant par les Verts), anti-nucléaires (Sortir du Nucléaire et maintenant l’Observatoire du Nucléaire) ou des fédérations anarchistes (qui militent contre l’Etat nucléaire responsable du chantier EPR de Flamanville notamment) s’époumonent, dans leur coin ou en réseau online. Mais quelle figure charismatique pourrait porter la voix du discours anti-nucléaire ? Qui pourrait rassembler et conduire un mouvement unifié en faveur de l’ « après-nucléaire » ? On se le demande encore… à l’aune du débat énergétique prévu pour la rentrée de septembre.

L’heure sera aux prises de position. Que faire de l’énergie nucléaire ? A quelle vitesse en sortir ? Comment prévoir la transition énergétique ? Comment favoriser l’accès à l’énergie à tous (la précarité énergétique augmente) ? Quelle part donner aux économies d’énergie dans le futur mixe énergétique ?

Pendant que nous débattons de concert, des réacteurs nucléaires sont en projet ailleurs dans le monde. En Inde par exemple, où les communautés locales manifestent depuis des mois à Koodankulam, contre la construction de deux réacteurs russes.

L’Inde milite contre l’énergie nucléaire également

 

 

L’opposition à l’énergie nucléaire, quelle que soit sa forme et sa portée, semble ne pas s’essouffler. Mais comment la traduire en faits réels, tant que les acteurs politiques, institutionnels et industriels ne parviennent pas à dépasser leurs intérêts particuliers au profit de l’intérêt général ?

 

Sources : Ivan Villa (blog Mediapart), Francetv.frYahoo.com

 

 

 

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Quel avenir énergétique après Fukushima ?

Photo: Flickr.com

Suite à la catastrophe de Fukushima, le Japon a fermé, depuis le 5 mai dernier, ses 54 réacteurs nucléaires. Décision que la société civile salue, ainsi que l’ONG Greenpeace, malgré son caractère provisoire. En effet, en dépit de l’hostilité de la population qui s’organise pour vivre avec la radioactivité, le gouvernement japonais envisage de rouvrir certaines centrales. Les solutions énergétiques s’offrant au pays étant fortement coûteuses, quel sera son avenir ?

Conséquences de la fermeture des centrales

Placé en troisième position des pays les plus nucléarisés, après les Etats-Unis (104 réacteurs) et la France (58 réacteurs), la décision prise par le Japon représente un véritable tournant. Cependant, les 54 réacteurs nucléaires maintenant éteints produisaient environ 30% (chiffres de 2010) de l’électricité du pays, le reste étant produit par les énergies fossiles, et l’hydroélectricité. Les conséquences de cette décision sont donc multiples : le pays prévoit une hausse sensible des tarifs, des restrictions, l’importation d’énergies fossiles doublée d’une dépendance énergétique accrue, une hausse de la production de gaz à effets de serre, entre autre. Le Japon a déjà été obligé d’augmenter ses importations en gaz (37%), pétrole (20%) et charbon (16%), le conduisant à un déficit commercial, le premier depuis les années 80.

Dans l’esprit de création d’un nouveau mix énergétique, le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, n’exclut pas le nucléaire de la balance et propose « une réduction de la part du nucléaire », via la fermeture et le non remplacement des réacteurs en fin de vie. La population, qui a déjà fortement diminué sa consommation d’énergie, permet au gouvernement d’investir dans les énergies renouvelables (EnR) pour atteindre les 20% d’ici 2020.

Développement des énergies renouvelables

Malgré la confusion qui règne au Japon depuis les annonces du gouvernement à propos de la possible réouverture des centrales nucléaires, le gouvernement envisage dans l’avenir de revoir son mix énergétique et de se concentrer sur le développement des énergies renouvelables. A ce propos, Greenpeace encourage le pays à saisir cette opportunité pour aller de l’avant en matière de transition énergétique.  Suite au tsunami, le Japon, qui voulait jusque là renforcer la part du nucléaire à hauteur de 50% en 2030, s’est vu contraint de revoir ses objectifs à la baisse. Atteindre les 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 est un véritable défi pour le pays, d’autant que 8 des 9% d’énergies renouvelables dans la production totale proviennent de l’hydroélectricité.  C’est sur le 1% restant que l’effort doit donc se porter, puisque les EnR doivent « être multiplié par 12 en 8 ans » pour atteindre les objectifs 2020. Selon le ministre de l’environnement japonais, M. G. Hosono, cette croissance portera essentiellement sur le photovoltaïque et l’éolien, la géothermie et la biomasse restant en retrait, leur développement se heurtant à la préservation des sites naturels.

Photo: Fotopedia.com

Concernant le photovoltaïque, depuis le lancement du Japon dans l’aventure du solaire dans les années 70, le pays reste à la pointe en matière de recherche et de rendement. La production japonaise est une valeur sûre, malgré le monopole du marché du solaire pris en 2007 par la Chine, date à laquelle le gouvernement japonais a décidé de ne plus subventionner la technologie jugée « mature ». Des subventions continuent, toutefois, d’être accordées aux particuliers afin d’encourager les installations, les tarifs d’achat de « surplus d’électricité » restant également  attractifs. Du côté de l’éolien, l’espace libre au Japon est assez limité, les éoliennes terrestres générant de la « pollution sonores et visuelles ». Toutefois, deux projets sont en cours de réalisation, dont une ferme d’éoliennes flottantes, arrimées aux grands fonds marins, au large de Fukushima, devant atteindre une capacité de 1000 MW en 2020.

Révolte et organisation de la société civile

La population reste, malgré tout, très mobilisée après les déclarations du gouvernement de rouvrir deux réacteurs en juillet, faisant prévaloir le risque de pénurie d’énergie. Des manifestations ont d’ailleurs eu lieu à Tokyo, le 11 mars dernier, jour anniversaire de la catastrophe de Fukushima et le 5 mai, contre la relance des réacteurs nucléaires. Kolin Kobayashi, correspondant à Paris du Days Japan, explique que « loin de prendre cette mobilisation en compte, le nouveau gouvernement a au contraire fait pression sur l’autorité japonaise de sûreté nucléaire pour procéder à un seul stress test au lieu de deux, comme elle l’avait pourtant recommandé ». Le journaliste précise que l’avenir énergétique du pays reste flou depuis Fukushima, mais que « le gouvernement persiste » à vouloir conserver une branche nucléaire, « malgré les coûts financiers démesurés qu’elle implique. La commission du nucléaire civil évalue cette politique de relance à 18 milliards d’euros, un investissement impossible dans le contexte économique actuel ».

Face à ces décisions, la société civile se mobilise et s’organise en associations de défense contre le nucléaire. Rappelons que 80% des Japonais se déclarent contre la poursuite du nucléaire dans le pays. On voit notamment que des associations de parents, avec l’aide des ONG anti-nucléaires comme « Fukurô no kai, Greenaction ou Friends of the Earth Japan et l’appui d’experts scientifiques », se sont mobilisées « pour demander la décontamination et le contrôle des aliments dans les cantines ». Dans un autre registre, la population s’est organisée pour « avoir accès aux mesures de radioactivité et obtenir des informations non manipulées ». David Boilley, physicien, membre de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO), déclare à ce propos que «  des dosimètres ont été distribués, 1 000 laboratoires citoyens ont été créés à travers le pays en un an, et même s’ils ne peuvent pas tout mesurer, faute d’avoir les outils nécessaires trop coûteux et les connaissances scientifiques pour déchiffrer les résultats, la population a repris en main les informations ». Au niveau  local, la population peut faire des mesures concernant les taux de radioactivité, tandis que l’ACRO opère au niveau international. Avec ses outils, l’association a pu découvrir des contaminations 250 km autour de Fukushima.

Controverse autour des professionnels de la santé

Photo: Flickr.com

Tandis que la population met en place des « solutions » pour vivre avec la radioactivité, les professionnels de la santé se divisent selon plusieurs opinions différentes. Certains jugent que la radioactivité est « sans danger pour la santé », une partie du personnel médical a préféré fuir la catastrophe de Fukushima et a quitté les hôpitaux, une troisième catégorie d’entre eux tentent d’apporter leurs services aux populations, notamment avec le « National Network of Parents to Protect Children from Radiation », ou en assurant des consultations gratuites aux victimes du drame. D’autres médecins encore, se sont regroupés pour « influencer le gouvernement  en matière de dose et répondre aux sollicitations, comme  l’association Citizen’s Science Initiative Japan ». David Boilley estime que beaucoup de membres du personnel médical n’a pas joué son rôle envers la population sinistrée, « sans doute parce qu’ils étaient trop déconnectés de la population ».

Concernant la défense des victimes des radiations consécutives à la catastrophe de Fukushima, des initiatives montrent que « les populations sont en train de s’organiser pour construire une autre société, alors que les autorités continuent sur un processus décisionnel centralisé qui ne tient pas compte de l’avis des personnes concernées ». L’ACRO explique que des avocats se battent pour que les populations puissent être dédommagés, « ils sont une cinquantaine et veulent maintenant bâtir une démarche collective de négociation avec TEP Co, pour donner plus de poids aux réclamations des personnes spoliées. Plus d’une centaine de victimes se sont déjà déclarées prêtes à les suivre dans cette démarche ».

La situation reste donc très complexe concernant le nucléaire et les solutions énergétiques au Japon, le combat entre les autorités et le gouvernement s’annonce difficile. Affaire à suivre.

Source : Novethic.fr

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François Hollande, Président : quelles perspectives pour l’écologie ?

Qui sera le ministre de l’écologie ? Quel rôle tiendront les Verts auprès du nouveau gouvernement ? Quelques questions qui titillent sérieusement les ONG environnementales, avides d’une démarche politique à la hauteur des enjeux. La conférence mondiale des Nations Unies sur le développement durable, Rio +20 a lieu dans un peu plus d’un mois, du 20 au 22 juin. Membres de gouvernement, secteur privé, ONG et autres se réunissent pour définir les moyens de réduire la pauvreté et assurer la protection environnementale de la planète. François Hollande, Président fraîchement élu saura-t-il dessiner une politique écologique ambitieuse et confier à la France un rôle substantiel dans ce domaine ?

Le programme socialiste à travers la loupe des ONG environnementales

Revenons d’abord sur le programme du Président avec l’ONG, Agir pour l’Environnement qui dénonce en premier lieu le manque d’ambition de ses propositions. Dans un communiqué de presse daté du 4 mai, l’organisation dénonce de la part de François Hollande « son soutien à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ainsi que sa volonté de ne fermer qu’un seul réacteur nucléaire, tout en construisant l’EPR et en maintenant la filière de « retraitement » des déchets nucléaires ». Il lui concède, en revanche, le fait de s’être déclaré « favorable à l’interdiction claire et nette de l’exploitation des gaz et huile de schistes, quitte à renforcer la loi du 13 juillet 2011 ». L’ONG se satisfait également du fait « qu’il soutient le développement des énergies renouvelables en créant un fonds vert de capital investissement au sein de la future banque publique d’investissement ».

L’ONG, France Nature Environnement, quant à elle, par la voix de son président Bruno Genty, déclare après l’élection: « Bien que le programme de François Hollande ne nous semble pas suffisamment ambitieux d’un point du vue environnemental, nous avons pris acte d’un certain nombre d’engagements importants, qui créent les bases d’avancées concrètes. Nous serons très attentifs à leur mise en œuvre et nous participerons à leur appropriation par les citoyens. En agissant dès aujourd’hui, l’environnement sera un levier. Attendre, ce serait le transformer en obstacle ».

Ces deux ONG s’accordent donc sur le manque d’ambition inhérent au programme écologique du nouveau Président de la République. Cependant le PS a signé un accord avec Europe Ecologie Les Verts (EELV) et milite pour la transition écologique. Alors qu’en pense Cécile Duflot, secrétaire du parti ?

« Une chance pour l’écologie »

Elle déclare que la victoire de François Hollande est « une chance pour l’écologie ». Cette dernière contribuera selon elle, à « relancer la mobilisation pour la transition écologique, la lutte contre le changement climatique, la réduction de la part du nucléaire, la préservation de la biodiversité et de nos espaces naturels, l’action contre les pollutions de l’air, du sol et des eaux, une agriculture paysanne et une alimentation de qualité ».

Cécile Duflot, qui a annoncé quitter son poste à la tête du parti le 22 juin, serait-elle pressentie pour le fauteuil de ministre de l’écologie ? A-t-elle été contactée par les équipes de François Hollande ? « Par principe, je ne fais pas de langue de bois, je dis la vérité, alors je ne vais pas vous le dire » assure-t-elle.
Toujours est-il que les écologistes se déclarent « disponibles » pour entrer dans le futur gouvernement.
Rio+20 approchant à grand pas, la volonté politique impulsée par le nouveau gouvernement devra penser l’économie et le développement durable comme indissociables.

L’économie verte

La conférence Rio +20 est structurée par deux thèmes : l’économie verte dans le cadre du développement durable et de l’éradication de la pauvreté ; et le cadre institutionnel du développement durable. Concernant le premier thème : « il s’agit surtout de transférer dans la sphère économique le débat sur le développement durable, qui s’est jusque-là essentiellement tenu dans la sphère environnementale » dixit le site du gouvernement consacré à la conférence. Dans un rapport diffusé en février 2011 par le programme des Nations Unis pour l’environnement (PNUE) intitulé « vers une économie verte », l’économie verte se définit comme « une économie qui entraine une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale, tout en réduisant significativement les risques environnementaux et la pénurie des ressources ».

Des réflexions à mener, un sommet pour se réunir, cinq ans pour agir.

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Buzz de la consommation coopérative : du “social washing”?

crédits : getty images

 

Louer, partager, troquer son vélo, échanger son appartement, son espace de travail… la consommation collaborative a le vent en poupe. Inventé il y a une dizaine d’années au Etats-Unis, ce concept basé sur le partage a connu un réel essor grâce au développement des réseaux sociaux et plus généralement des communautés sur Internet, cette consommation d’un nouveau genre a même été citée par le Times Magazine comme l’une des dix idées qui vont changer le monde ! Vaste programme…

 

« Un jour, nous regarderons le XXème siècle et nous nous demanderons pourquoi nous possédions autant de choses » Bryan Walsh

Il est vrai que le concept a tout pour séduire, et encore plus particulièrement en cette période de disette. Parce que oui, si vous n’étiez pas encore au courant c’est la crise, la récession, le déploiement des politiques d’austérité et même la fin du monde planifiée en décembre 2012. Trêve de digression, revenons-en aux faits…

La consommation collaborative n’est peut-être pas encore une révolution, mais c’est déjà un phénomène. Dans l’ensemble, ce concept révèle une prise de conscience dans la façon de consommer et même une certaine suspicion à l’égard du système marchand classique. Bien loin de l’avènement de notre société de consommation « post Trente Glorieuses », l’heure est désormais au partage, à l’entraide, à la création de lien social. Les motivations hédoniques propres à l’individualisme croissant entrainé par le consumérisme laisse doucement place à une logique coopérative où l’ont fait désormais attention à « l’autre ». La nécessité de protéger l’environnement en utilisant moins de ressources naturelles et en diminuant les quantités de déchets produites expliquent également le succès rencontré par cette nouvelle forme de consommation, qui pourrait même être qualifiée de nouveau modèle économique : l’économie du partage.

Cette économie du partage a d’ailleurs été théorisée il y a un peu plus d’un an par Rachel Botsman, la fondatrice de ce mouvement, dans son livre «What’s mine is you’s : the rise of collaborative consumption ».

TEDtalks : Rachel Botsman, the case for collaborative consumption

 

Selon Antonin Léonard, le spécialiste français en la matière, le secteur du prêt entre particuliers a atteint la somme de 500 millions de $ en mai dernier aux Etats-Unis. Les startups du partage enchaînent les levées de fonds : 7 millions pour Thredup, site Internet de troc de vêtements et jouets pour enfants ou encore 1,2 million pour Gobble, société qui se rapproche de notre Super-Marmite qui permet de réserver et d’acheter des plats faits maison près de chez soi. D’après Neal Grenflo, fondateur et rédacteur en chef du magazine shareable, ce mouvement serait même bien plus qu’une simple tendance passagère : « les publications se multiplient, les consultants commencent à s’intéresser au phénomène, les politiques envisagent de nouvelles lois pour favoriser cette économie du partage, les startups font des levées de fonds impressionnante : tout converge pour nous faire dire qu’une nouvelle économie est vraiment en train d’émerger ».

Certes, les fondements de la consommation collaborative reposent sur des valeurs tout à fait honorables, orbitant autour du don et du partage mais en analysant plus en profondeur ce nouveau modèle économique, tout laisse croire qu’il pourrait bien se laisser pervertir par l’appât du gain et qu’il ne repose peut être pas uniquement sur une vision altruiste de notre consomm’acteur.

 

La désillusion ?

Un article particulièrement pertinent rédigé par Hubert Guillaud sur le site internetactu.net a été publié hier. Le rédacteur en chef met en avant le fait que la consommation collaborative est encore et avant tout de la consommation.

Soyons réalistes, la première motivation d’un consommateur collaborateur n’est pas de sauver la planète mais d’amoindrir l’impact de la crise sur ses finances personnelles ou de bénéficier d’un revenu complémentaire. La majorité des startups surfant sur la vague de cette nouvelle économie ont pour principal moteur la réalisation de bénéfices. Comme stipulé précédemment, le marché du partage représente désormais des millions d’euros, génère des résultats de plus en plus importants et semble en phase de devenir identique à tout autre marché. Il est même fort probable que d’ici quelques temps, une des nombreuses startups créées autour de la consommation collaborative fasse son entrée en Bourse. Inutile de préciser que nous nous éloignons grandement de la dimension sociale et écologique. Vu sous cet angle, ce modèle se rapproche dangereusement d’un « consumérisme collaboratif »…

Quand une société comme Super-marmite propose de vendre une part de repas supplémentaire, on vend la part du pauvre, celle qui a disparue avec l’urbanisation de nos sociétés et qui était gracieusement offerte à la soupe populaire.

Il convient alors de faire la distinction entre les services de consommation collaborative « gratuits » et ceux destinés à réaliser du bénéfice. « Il faut distinguer ce qui relève du don et ce qui relève d’une nouvelle forme de marchandisation de la société, s’insérant toujours un peu plus profondément au cœur des rapports humains. Offrir sa place de parking ou son garage n’est pas la même chose que le louer. Le risque est bien celui d’un blanchiment social, d’un social washing, tendant à faire passer pour social des choses qui ne le sont pas du tout » explique Hubert Guillaud.

 

Mais, tout de même

Il n’en reste pas moins que la majorité des startups de la consommation collaborative semblent faire preuve d’une certaine dimension contestataire à l’égard du consumérisme ambiant et de notre société capitaliste. Un grand nombre de projets collaboratifs gravitent autour d’une dimension sociale et solidaire.

Ressources et Environnement a publié hier un article traitant de «The People’s Supermarket ». Certes, la principale motivation des adhérents est de réaliser des économies mais l’objectif de cette enseigne alimentaire est non lucratif, l’intégralité des bénéfices générés étant ensuite réinjectée dans le fonctionnement du magasin .

La consommation collaborative pourrait donc à long terme permettre une meilleure efficience dans la consommation des ressources et favoriser des circuits économiques courts, donc moins polluants.

Un des principaux bénéfices de ce type de consommation réside dans la création de lien social entre les individus. Dans notre société actuelle où la relation humaine est de plus en plus fragmentée, cette économie du partage pourrait tout de même réinjecter confiance et optimisme. En cette période de grisaille conjoncturelle, la société en a grandement besoin.

 

Pour aller plus loin :

Le blog d’Antonin Léonard,  consocollaborative.com

L’article d’Hubert Guillaud sur internetactu.net

Le magazine shareable

 

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SLN et Eramet inventent le premier bateau anti-carène liquide au monde pour transporter du nickel

Le groupe minier et métallurgique Eramet a contribué, avec sa filiale calédonienne SLN, à développer un projet depuis 2009 visant à créer un bateau de transport de nickel spécifiquement conçu pour lutter contre l’effet carène liquide. Certifié par la NK Class [le bureau de certification maritime internationale] fin octobre 2011, le nouveau bateau devrait être opérationnel courant 2012.

La carène liquide est un phénomène potentiellement dangereux bien connu des transporteurs maritimes pouvant conduire, dans les cas les plus extrêmes, au naufrage des navires et à la perte de vies humaines.

 

Le phénomène de carène liquide

 

 

 

 

 

 

 

L’effet carène liquide est un phénomène physique touchant les navires transportant une cargaison liquéfiable. Lorsque les cales ne sont ni vides, ni entièrement remplies, le chargement se déplace suivant les oscillations du bateau. Il suffit de se figurer une bouteille d’eau à moitié remplie que l’on fait bouger horizontalement : l’eau se déplace horizontalement en suivant les mouvements de la bouteille. C’est ce que l’on appelle le parallélisme des liquides. Dans un bateau, les volumes transportés étant important, le déplacement latéral du centre de gravité de la cargaison liquide peut déstabiliser le navire, entrainant une perte de flottabilité et pouvant engendrer son chavirement.

Le transport du nickel, métal non ferreux solide, ne déroge pas à ce phénomène. Lors de son transport maritime, le nickel peut se liquéfier par l’action des intempéries et des vagues déferlant dans les soutes, augmentant ainsi le taux d’humidité de la cargaison. Cinq grands naufrages ont ainsi été causés par ce phénomène depuis 2009 : le Hong Wei (3 décembre 2010), le Nasco Diamond (4 novembre 2010), le Julian Fu Star (24 octobre 2010), le Black Rose (9 septembre 2009) et le Asian Forest (18 juillet 2009). Ces accidents rapprochés ont soulevé des préoccupations sur la fiabilité de ce type de transport et ont engendré des évolutions normatives.

La conception d’un bateau anti-carène liquide par Eramet et sa filiale SLN permet donc de lutter contre ce phénomène et de sécuriser le transport du nickel par voie maritime. Cette innovation fait écho aux nouvelles dispositions édictées par l’Organisation Maritime Internationale qui, pour lutter contre le renversement des supertankers, a imposé deux mesures préventives. Les industriels concernés par le transport maritime doivent, soit, garantir des chargements en minerais à faible risque de liquéfaction, soit, utiliser un bateau conçu spécialement pour le transport des minerais de nickel. Ce code, d’application facultative en 2009 et 2010, est devenu obligatoire depuis le 1er janvier 2011. C’est la 2ème alternative, exposée au paragraphe 7.3.2.2 du Code de l’International maritime Solid Buck Cargo Code), qu’Eramet et la SLN ont choisie.

 

Le bateau anti-carène : une révolution dans l’acheminement maritime du nickel

 

 

 

 

 

 

 

Conçu par la chantier naval Naikai pour le compte de l’armateur Nissho Shipping, le nouveau bateau d’Eramet-SLN, qui viendra remplacer le navire le Jules Garnier fin 2012, a reçu, en première mondiale, la certification de navire construit spécialement pour le chargement et le transport sécurisé des cargaison pouvant se liquéfier, dont le nickel, même si la cargaison excède le taux limite d’humidité transportable.

Unique navire ayant ces capacités, le bateau anti-carène est un atout central dans la production de nickel. La réalisation technique est gardée secrète car Eramet et SLN seront, une fois le bateau affrété, les seuls à pouvoir transporter du nickel en conformité avec les normes internationales.

Cette innovation est une révolution dans le domaine du transport du nickel car elle sécurise l’acheminement de la ressource en garantissant son approvisionnement quelques soient les conditions maritimes, météorologiques et le volume de nickel transporté. En outre, les équipages des bateaux bénéficient d’une meilleure protection contre d’éventuels chavirements.

Dans un contexte international où le cours des ressources minières est soumis à de nombreux aléas, la collaboration entre Eramet, la SLN et Nissho Shipping, permet à ces derniers de se démarquer des concurrents. La sécurisation du transport du nickel, et par extension des autres ressources soumises au phénomène de carène liquide, est appelé à se développer pour des considérations économiques, législatives et environnementales.

 

 

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Bâtir la ville de demain ? Les doigts dans le nez !

Face au phénomène de l’urbanisation galopante, confirmé en France par une récente étude de l’INSEE – Institut national de la statistique et des études économiques – publiée au mois d’août 2011, la nécessaire transition de nos villes vers un modèle de développement plus durable et respectueux de toutes les composantes de l’environnement est plus que jamais à l’ordre du jour.

Ainsi, à la lumière des données du recensement effectué en 2007, près de quarante-huit millions de métropolitains vivent dans l’espace urbain, soit 77,5 % de la population. Alors que la croissance de leur part était constante entre les années 1975 et 1990, elle s’est accélérée depuis le début des années 2000, bien qu’elle reste sans commune mesure avec la période de forte croissance économique des trente glorieuses :

–          1954 : la part de la population urbaine représente 57,3 % de la population métropolitaine.

–          1962 : … 63,2 % …

–          1968 : … 70,1 % …

–          1975 : … 72,9 % …

–          1982 : … 73,5 % …

–          1990 : … 74,0 % …

–          1999 : … 75,5 % …

–          2007 : … 77,5 % …

Que représente concrètement la notion d’espace urbain ? Deux critères permettent de le distinguer de l’espace rural, celui de la « continuité du bâti » et celui du nombre d’habitants. L’espace urbain est alors « un espace au sein duquel il n’y a pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions et dans lequel résident au moins 2 000 habitants ».

Paradoxalement, la densité de ces espaces urbains diminue, et ce depuis les années 1960. La croissance démographique de nos villes s’est donc réalisée au détriment des espaces périphériques naturels et agricoles. C’est le phénomène de l’étalement urbain : cumulée, la superficie des villes françaises représente près de 119.000 km2 en 2007, contre 100.000 en 1999 et 49.000 en 1962, sur une superficie métropolitaine totale de près de 550.000 km2.

La maitrise de cet étalement urbain constitue l’une des clefs de la réussite du développement durable de la ville. « L’objectif de développement durable » défini par l’article L 110-1 du Code de l’Environnement modifié par la loi Grenelle II du 12 juillet 2010, vise en effet à répondre « de façon concomitante et cohérente, à cinq finalités » :

–          « La lutte contre le réchauffement climatique ».

–          « La préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources ».

–          « La cohésion sociale et la solidarité entre les territoires et les générations ».

–          « L’épanouissement de tous les êtres humains ».

–          « Une dynamique de développement suivant des modes de production et de consommation responsables ».

ecoconception.blogspot.com

La détérioration de la biodiversité et des milieux naturels et agricoles est l’une des conséquences directes et visible de l’urbanisation galopante, qui conduit dans le meilleur des cas à la fragmentation de ces milieux, et dans le pire à leur disparition. Pour lutter contre cette dégradation, la loi SRU – solidarité et renouvellement urbains – adoptée le 13 décembre 2000, a institué le principe du développement durable dans les documents d’urbanisme. Le dispositif, modifié en 2011 et codifié à l’article L 121-1 du Code de l’Urbanisme impose la recherche d’un équilibre entre « le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux » et « l’utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières, et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ». Parmi les solutions permettant de tendre vers cet équilibre figure celle du recyclage des structures urbaines existantes, au sein desquelles vont venir s’intégrer de nouveaux ensembles de logements. Mais à terme, seule une densification des agglomérations est en mesure de permettre la sauvegarde des espaces naturels et agricoles périphériques. Nos villes seraient alors amenées à croitre de manière non plus horizontale, mais verticale.

Quels avantages les villes trouveraient-elles à préserver voire à reconstituer la biodiversité et les milieux naturels et agricoles alentours ? Cette préservation permettrait notamment de réintroduire le concept historique de circuit court au profit des citadins. Il recouvre aujourd’hui l’idée d’une vente directe du producteur au consommateur, ou du moins celle d’une réduction du nombre d’intermédiaires. Mais à l’origine, et ce jusqu’au début du XXème siècle, il était matérialisé par l’agriculture périurbaine, qui approvisionnait les villes. Outre un gain financier pour le citadin, le circuit court permet de retisser le lien entre le producteur et le consommateur. Il entraine également une réduction de l’impact du transport des marchandises produites presque directement sur le lieu de consommation. En somme, il s’agit d’un mode de production et de consommation responsable.

La biodiversité ne serait pas la seule bénéficiaire d’une densification de nos agglomérations. Cette dernière permettrait ainsi de favoriser l’essor des transports en commun, dont l’efficacité serait décuplée par le jumelage des stations de métro, tramways et autres moyens de transport, aux îlots mixtes de logements et de commerces créés. La densité permet en effet de rapprocher l’habitant de ses moyens de transport en commun, et l’incite dès lors à les employer régulièrement. Elle favoriserait ensuite une mise en réseau efficiente des bâtiments tant dans les domaines de l’eau, des déchets que de l’énergie. Une partie de cette dernière pourrait dès lors être produite directement sur place, faisant fi des problèmes de stockage inhérents à l’électricité, puisque le surplus produit pourrait être consommé par d’autres citadins. Les eaux usées pourrait de leur côté être directement réutilisées à des fins industrielles. Alors que la collecte des déchets serait mieux localisée, et moins dispersée.

greenbelt.posterous.com

Le modèle danois est l’un des exemples de réussite d’une politique de maitrise de l’étalement urbain et de développement durable de la ville. Avec une superficie de 43.000 m2 seulement, préserver ses espaces naturels était pourtant une tâche difficile. Mais le pays a choisi de se doter d’une « culture planificatrice très forte » en termes d’urbanisme, au travers du « Finger Plan ». Ce plan d’urbanisme vise ainsi « à concentrer l’urbanisation autour des corridors ferrés pour former des doigts d’urbanisation dans le but de conserver entre chacun de ces doigts des intervalles verts », où tout développement urbain est prohibé, favorisant le maintien de la biodiversité et de terres agricoles. Ce plan régit notamment l’implantation des logements, bureaux et locaux commerciaux. Ainsi, les habitations ne peuvent être implantées au-delà d’une limite fixée à 1 kilomètre de part et d’autre des voies ferrées. Les bureaux quant à eux, se doivent d’être situés à moins de 600 mètres d’une gare. Enfin, les centres commerciaux sont invités à s’implanter dans les centres villes, et non en périphérie.

Qu’en sera-t-il demain du Grand Paris ? La municipalité a récemment adopté « un plan biodiversité » prometteur qui doit notamment entrainer d’ici 2020 « la création de 7 hectares de toitures végétalisées ». Elle sera l’une des pionnières des grandes métropoles mondiales dans ce domaine.

Pour vous informer, Tendances Institut organise un débat sur le thème du Grand Paris le 22 novembre,  gratuit et ouvert au public ! Plus d’info ici

 

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WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre vieillissent

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Les grandes associations environnementales vieillissent. Une occasion pour le militantisme écologiste de faire la fête en cette année 2011. Trois de ses pionniers célèbrent en effet leurs anniversaires. Alors que WWF atteint la cinquantaine, Greenpeace et les Amis de la Terre soufflent quant à elles leurs quarantièmes bougies. L’occasion rêvée de revenir sur leurs histoires, leurs combats et leurs plus belles victoires, mais aussi de s’interroger sur la voix à prendre pour promouvoir au mieux la défense de l’environnement. Bien que leurs chemins se soient croisés, ces ONG ont usé de modes d’actions bien distincts quoi qu’en réalité complémentaires. La plus âgée d’entre elles, WWF a ainsi choisi le dialogue « institutionnalisé », quand ses consœurs plus jeunes ont opté pour la dénonciation, par le biais de coups médiatiques pour Greenpeace, et au travers de publications documentées pour les Amis de la Terre. Ces modes opératoires, qui les caractérisent fortement, ne sont pas exclusifs, bien entendu. WWF met fréquemment en scène des milliers de pandas – son logo – en papier mâché (recyclé, on l’espère), pour attirer l’attention du passant sur tel ou tel sujet. Par ailleurs, les Amis de la Terre organisent des remises de prix symboliques pour dénoncer tel ou tel comportement de telle grande entreprise (Prix Pinocchio). Greenpeace parfois, se calme, et interpelle le gouvernement via ses campagnes sans forcément entrer par effraction à l’assemblée nationale…

 

zeblogdelatribu.com

 

WWF – l’influence par le dialogue :

WWF a été officiellement fondé le 11 septembre 1961. L’organisation a alors affiché comme objectifs prioritaires la protection de toutes ressources naturelles, ainsi que la préservation de la faune et de la flore sauvage. L’une des voies qu’elle a choisies pour les atteindre a consisté à conclure des accords en faveur de la protection de l’environnement en partenariat avec les gouvernements. Mais en réalité, elle s’est investie plus loin sur le terrain, en s’érigeant comme un véritable acteur de la gouvernance environnementale, voire en s’imposant parfois comme le « conseiller et le prestataire de services des Etats », notamment en Afrique.

Le choix d’un tel mode d’action peut s’expliquer par la personnalité de ses membres fondateurs, et l’importance de leurs réseaux respectifs. Sir Julian Sorell Huxley, est ainsi premier secrétaire général de l’UNESCO et co-fondateur de l’UICN (Union mondiale pour la nature) lorsqu’il impulse le processus de création du WWF. Il a été rejoint par l’homme d’affaire britannique Victor Stolan et les ornithologues Max Nicholson et Peter Scott. Ces quatre personnalités ont alors permis à l’organisation, dès sa création, d’être particulièrement bien insérée dans les hautes sphères décisionnelles comme au sein du monde scientifique.

L’ONG a confirmé par la suite ce choix au sortir du Sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro en 1992. A partir de ce moment, elle a cherché en effet à se rapprocher du monde des affaires, afin de pousser les entreprises à s’engager, grâce à des politiques de développement durable, en faveur de la protection de l’environnement.

 

© Jiri Rezac / Greenpeace

Greenpeace – une volonté farouche de mobiliser l’opinion par des coups d’éclat médiatiques :

L’histoire de Greenpeace débute sur la côte Ouest du Canada, à Vancouver, en 1971. Sa naissance est due à l’indignation provoquée par l’impact sur la faune présente au large de l’Alaska des essais nucléaires américains sur l’île d’Amchitka. Barbara Stowe racontait ainsi à l’AFP combien son père, Irving Stowe, l’un des artisans de la fondation de l’ONG, avait été marqué par l’image des loutres de mer « rejetées par les vagues sur le rivage, mortes, les tympans crevés par les explosions ».

Irving Stowe a alors fondé avec deux autres militants pacifistes, Paul Cote et Jim Bohlen, le mouvement « don’t make a wave », dont le nom fait référence à la crainte d’un tsunami engendré par les essais nucléaires. Ce comité a envoyé en septembre 1971 un navire baptisé du nom de Greenpeace au plus près de la zone des essais. Bien que stoppée par les gardes côtes américain, il a gagné là son premier combat grâce à la médiatisation de l’évènement, qui conduit les Etats-Unis à abandonner les essais nucléaires dès 1972 sous la pression d’une opinion publique sensibilisée… l’ONG fût née.

Lors de cette première campagne, plusieurs journalistes militants étaient présents à bord de l’embarcation, afin de retranscrire les évènements. Cette volonté d’agir pour la préservation de l’environnement en frappant par de véritables coups médiatiques est devenue la véritable signature de l’ONG. Elle lui permet de cultiver l’image d’une association d’ « écowarriors », au service de la planète.

 

foei.org

 

Les Amis de la Terre – un objectif, alerter l’opinion par des publications :

Cette ONG qui se décrit elle-même comme un « réseau écologiste mondial », fédère près de cinq mille associations locales de protection de l’environnement, réparties dans soixante-seize pays. Elle a été fondée en 1971 à Roslagen en Suède, par un groupe d’activistes français, suédois, britanniques et américains. Ses principaux chevaux de bataille restent aujourd’hui encore la protection des forêts et de la biodiversité, la sécurité alimentaire, et la mise en cause de la responsabilité des acteurs financiers publics et privés dans le soutien à des projets néfastes pour l’environnement.

Comme le rappellent ses militants, sa « première mission […] fut d’informer et d’alerter sur les questions d’environnemen». Pour se faire, elle a régulièrement produit dossiers, enquêtes et rapports documentés à destination de deux types de publics. Au profit des institutions, d’autres ONG ou associations, afin d’alimenter le débat sur un enjeu précis ou de faire part de son expertise sur un sujet tout d’abord. A l’attention du grand public ensuite, dans l’optique de sensibiliser le plus grand nombre, grâce à leur diffusion dans les médias.

 

En France – une opinion publique favorable au dialogue :

C’est le Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’IFOP qui l’a révèlé au terme d’une étude menée en 2009. Celle-ci nous apprend que 78% des personnes interrogées jugent efficace la création de partenariats entre les ONG et les entreprises, sur le long terme, sur des projets communs de protection de l’environnement. Ces mêmes personnes sont moins nombreuses à se prononcer en faveur de l’efficacité de la dénonciation publique des mauvaises pratiques des entreprises – 68% – ou encore de celle de l’influence des consommateurs en vue de les amener au boycott d’une marque peu respectueuse de l’environnement – 55%.

L’un des exemples de partenariat ONG – entreprise les plus parlants à ce jour en France est celui conclu par WWF et l’enseigne Castorama. Engagé en 2006, il poursuit deux objectifs principaux : élargir son offre de produits plus respectueux de l’environnement et réduire ses impacts directs. Appuyée par l’expertise de l’organisation, l’enseigne acquiert désormais pour 71% de ses stocks, du bois tropical labélisé FSC, c’est-à-dire auprès d’exploitations forestières gérées durablement, selon les chiffres de l’année 2010. Dans le même temps, elle a réduit la surface de son linéaire herbicide de 50%.

Ce dialogue ainsi instauré permet un changement de fond dans la gouvernance des entreprises, qui sont alors progressivement sensibilisées aux impératifs de protection de l’environnement, et guidées pour les atteindre. Mais il peut être la source d’effets indésirables. Ces partenariats peuvent en effet se révéler n’être pour les entreprises, qu’un moyen de rendre leur image plus responsable et plus verte qu’elle ne l’est en réalité. Elles risquent alors d’être accusées de « Greenwashing », jugement plutôt néfaste pour leur image.

Ce dernier point permet de prendre conscience de la complémentarité des modes d’actions de ces trois ONG, puisque ceux-ci peuvent avoir un caractère supplétif. En effet, face à leurs pressions, les entreprises et gouvernements adoptent différentes postures auxquelles il convient de s’adapter. Alors que certains se révèlent réceptif au dialogue, ne demandant qu’à être éclairés pour améliorer leurs pratiques, d’autres ne décident d’agir qu’une fois leur image ou leur responsabilité mise en cause. Cela a été successivement le cas d’Unilever, Kraft et Nestlé, groupes mis en cause par Greenpeace en mars 2010 pour leurs liens avec Sinar Mas, compagnie Indonésienne impliqué dans une déforestation et pratiques illégales pour la production d’huile de palme…

Fondée sur des modes d’actions différents, ces ONG travaillent en réseau, ensemble parfois, dans des contextes similaires, que ce soit lors de conférences internationales ou d’évènements nationaux. Les campagnes de nos candidats à l’élection présidentielle de 2012 sont d’ores et déjà assorties de campagnes d’ONG qui espèrent contraindre ces derniers à prendre position sur des problématiques énergétiques et environnementales. Greenpeace a lancé son “Stress Test des candidats à la présidentielle“…

Toutefois, elle vieillissent donc, ces ONG, mais restent alertes, chacune ayant un rôle dans les rouages du système de gouvernance environnementale actuel…doivent-elles continuer ainsi où doivent-elles laisser place à une nouvelle génération d’associations qui redonnerait une impulsion favorable à l’environnement, au sens large? Mettre les (ONG) seniors sur la touche reviendrait à se priver de leur expérience, ce serait sans doute une erreur…Mais les seniors doivent composer avec la jeunesse. A quand de nouvelles associations dont les activités changeraient la donne, permettraient un nouvel éclairage, des progrès plus rapides ?

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Crise financière et crise écologique selon Michel Cicurel

Dans un entretien donné au Figaro le 11 août dernier, Michel Cicurel, Président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, livrait son analyse de la crise financière, particulièrement vive cet été, entre menace sur les dettes souveraines et faillite des banques (voir les rumeurs du 10 août concernant la Société Générale). Outre ses critiques des « spéculations absurdes » momentanées et fulgurantes, Michel Cicurel affirme que toutes ces turbulences boursières sont dues à une « triple métamorphose » des échanges internationaux : la poussée des économies émergentes, la crise des finances publiques et enfin, sujet qui nous intéresse ici, la crise écologique.

Poussée démographique des pays émergents

Pour Michel Cicurel, la « crise écologique » est liée à la rareté des ressources naturelles face à une augmentation très forte de la population mondiale et du niveau de vie des émergents.

Alors que la population mondiale est estimée entre 1,55 et 1,76 milliard en 1900, selon le Bureau de recensement des États-Unis, elle va bientôt atteindre 7 milliards dont plus de 60% habitent en Asie, continent qui abrite les deux pays émergents les plus peuplés : la Chine (1,3 milliard) et l’Inde (1,2 milliard). Selon les statistiques de la société indépendante de conseil et d’information dans le secteur de l’énergie Enerdata, en 2010, la consommation d’énergie mondiale a progressé de 5,5 %, après le déclin de 1 % observé en 2009. Les pays émergents ont contribué pour deux tiers à cette augmentation globale, la Chine représentant à elle seule un quart de la croissance de la consommation énergétique mondiale en 2010 ! La Chine, « l’atelier du monde », est à tout le moins le symptôme de l’équilibre fragile entre population mondiale, demande énergétique et matières premières disponibles.

Dans une tribune intitulée « Le sourire de la mondialisation » et publiée le 19 janvier 2011 dans Le Figaro, Michel Cicurel affirmait déjà : « le monde ne se rétablit pas. Il change. En un demi-siècle, la population mondiale progressera de 50 %, passant de 6 à 9 milliards. Brutalement, la finitude des ressources de la planète nous saute aux yeux. Tant le dérèglement climatique que les terres rares se rappellent à notre bon souvenir ». Il ajoute : « le temps du monde fini est commencé, et le souci de la durée s’installe ».

Pic pétrolier et ralentissement économique

Problème directement issu de cette poussée démographique : l’énergie. Comment soutenir l’activité humaine quand la population grandissante doit utiliser des matières premières en voie de disparition, comme le pétrole, l’argent, le zinc ou l’uranium ? Effectivement, « la finitude des ressources de la planète » nous saute maintenant aux yeux. Tant que les énergies propres comme le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse et la méthanisation ne seront pas suffisamment développées et trop coûteuses, tous les pays souffriront de ce manque de matières premières : et les pays riches et les pays émergents.

Michel Cicurel explique ainsi que « les pays riches, insuffisamment sobres, souffrent de la flambée du prix des énergies fossiles et des produits de base, dès que la croissance mondiale est soutenue. Au-delà de 80 dollars le baril, la consommation américaine subit une ponction de pouvoir d’achat qui affecte la croissance. C’est la principale cause du ralentissement du printemps, et le contre-choc pétrolier en cours produira ses effets positifs à l’automne ».

Malgré les polémiques sur le pic pétrolier (est-il passé ? est-il à venir ?), le fait est que même l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) admet que le pic des extractions de pétrole conventionnel – le pétrole liquide classique, qui constitue les 4/5 de la production de carburants liquides – a été franchi en 2006. Il reste bien sûr du pétrole mais à quel prix ? Forer en haute mer est une pratique périlleuse, comme nous l’ont montré les marées noires de BP dans le golfe du Mexique ou, cet été, de Shell en mer du Nord.

Si de nombreux analystes s’accordent sur cette sortie obligatoire du pétrole, force est de constater que ni les industriels ni les gouvernements ne font le nécessaire. Il suffit pour cela de voir le tango du Grenelle de l’Environnement en France (une loi en avant, deux décrets en arrière) pour conclure à l’absence de volonté réelle de transition énergétique – et donc de paradigme économique.

Vers un inversement des valeurs actuelles

Nouveau paradigme économique ? Au vu du constat établi par Michel Cicurel, c’est le moins que l’on puisse demander. Dès 1968, le Club de Rome, qui réunissait des économistes, des fonctionnaires et des scientifiques clamant « Halte à la croissance », prônait un changement de mentalité. Une remise en question qui a peu à peu forcé les économistes, comme le néo-keynésien Joseph Stiglitz, à intégrer les problématiques environnementales et humaines aux équations économiques. L’intégration des problématiques sociales et environnementales s’est effectuée par la neutralisation de l’aspect contestataire initial (voir l’essor des mouvements écologistes dans les années 1970-1980) pour en faire un moyen de pérenniser le modèle économique en vigueur en corrigeant ses lacunes.

Nouveau paradigme économique qui prend en compte les changements climatiques, l’augmentation de la population et la fin des matières fossiles. Au niveau financier, cela se traduit par la création de « fonds éthiques » (ou investissements socialement responsables) dont le but est soutenir des projets qui limitent les impacts sociaux et environnementaux. D’après les chiffres de Novethic, « les encours ISR détenus par les clients français s’établissent à 68,3 milliards d’euros et ont donc augmenté de +35% entre fin 2009 et fin 2010 ». Pour étudier le marché européen de l’ISR, on peut se reporter au rapport « Green, social and ethical funds in Europe. 2010 review », publié par l’agence de notation d’ISR, Vigeo. L’Europe constitue en effet la région du monde la plus active et dynamique en matière d’innovation et de création de fonds ISR, ce qui est à prendre en compte pour sa mutation économique.

C’est aux banques et aux gouvernements de promouvoir une croissance à long-terme, notamment dans des infrastructures respectueuses de l’environnement et faiblement consommatrices d’énergie, qui correspondent aux Mécanismes de développement propre prévus par les accords de Kyoto. Cette nouvelle donne énergétique et environnementale ne pourra être réglée qu’à un niveau planétaire, avec des relations saines entre les États. Ce qui n’est pas vraiment rassurant non plus.

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Les politiques environnementales rendent-elles service à l’environnement ?

L’écologie n’est pas seulement une affaire d’environnement. L’environnement, au sens de la planète, souffre de quelques lacunes de la langue française, de la rhétorique politique. Aussi il est difficile de définir une telle notion. L’écologie peut être décrite comme la défense de la vie terrestre : minérale, végétale, animale et humaine. C’est cependant oublier le sens large de la notion, c’est-à-dire le domaine de réflexion qui prend pour objet « l’étude des interactions, et de leurs conséquences, entre les individus et les milieux qui les entourent et dont ils font eux-mêmes partie ».

La notion d’écosystème vient surplomber le tout car elle désigne l’ensemble formé par une association ou communauté d’êtres vivants et son environnement biologique, géologique, hydrologique, climatique, etc. Ainsi, lorsque l’on parle de déséquilibre des écosystèmes, on révèle  aussi un déséquilibre au sein de l’humanité et l’on ne peut corriger une partie de l’écosystème sans en régler une autre.

L’écologiste étudie les interactions entre individus et sur les différents écosystèmes. Seulement, le terme écologiste s’est vu attaché à des sens proprement politiques. Sens qu’un contributeur du Post.fr décrit ici avec cynisme :

« celle de militant – ou sympathisant – de parti politique utilisant des arguments environnementaux pour se faire élire, que celle d’adepte-pratiquant d’un mode de vie campagnard à tendance autarcique, que celle de zélateur purement verbal de ce même mode de vie roulant en SUV, que celle de bobo résolument urbain s’alimentant dans les magasins bio, que celle de nostalgique illuminé la civilisation préindustrielle, que celle d’amoureux transi des espaces verts, que celle de respectueux acharné du tri sélectif, et bien entendu que celle de spécialiste scientifique de l’écologie, sans qu’il soit objectivement établi que ces diverses catégories partagent la même vision fondamentale des rapports entre l’espèce humaine et sa mère nourricière. »

La préservation de l’environnement nécessite une connaissance des interactions et des impacts des activités humaines sur la planète. Le lancement du Grenelle de l’Environnement en France dès septembre 2007 a d’abord reçu toutes les approbations, avant de se voir critiqué pour son manque d’ambition concrète. Les politiques environnementales du Grenelle comme celles menées ailleurs qu’en France sont-elles une réponse à la protection de la nature ou ne sont-elles que séduction de l’électorat voire de solutions au renflouement de l’Etat ?

 

L’écologie politique : une réponse à la question de l’environnement ?

Le lien qui associe la politique à l’environnement est ténu. L’environnement nécessite pour sa protection d’obtenir une mise sur agenda politique afin d’obtenir acception populaire, financement, mise en œuvre et contrôle.

La mise sur l’agenda  est finalement un comble car elle lui nuit par la suite. On reproche souvent  aux politiques de l’environnement leur inadaptation à la situation, la prise de position au sein d’un conflit d’intérêt  sur l’exploitation d’une terre. L’Ouganda l’illustre. Son marais de Lutembe Bay est au cœur d’une confrontation entre écologistes d’une part, de promoteurs immobiliers et horticulteurs de l’autre. Les politiques de défense de cette zone humide perdent toute crédibilité en percevant les fonds de ceux qui agissent par ailleurs en détracteurs de la biodiversité. La Crane Bank finance les fermes horticoles qui assèchent le marais, mais elle est aussi un soutien du programme international Ramsar relatif aux zones humides. La politique de l’environnement induit des conflits éthiques.

A qui donner raison ? Répondre à cette question induit une notion de fond : la légitimité de défendre des intérêts. En matière d’environnement et de sa préservation, y a-t-il des acteurs plus légitimes que d’autres à la défense de l’environnement ?

L’intégration de l’écologiste François Tanguay au comité d’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste au Québec démontre que l’écologie nécessite sa part de représentativité dans les processus de réflexion. M. Tanguay justifie sa présence « pour une raison: il y a de l’ouvrage à faire, il y a un besoin d’information sur le gaz de schiste ». Les branches politiques de l’Ecologie gagnent leur légitimité par leur extrême spécialisation dans le domaine. Elles ont les informations et ont conscience des impacts. Seulement, toute politique, aussi sectorisée qu’elle puisse être, exige une vue transversale de tous les intérêts existants sur un milieu ou une activité. La polémique de la représentativité de tous les acteurs sur la question du gaz de schiste en est l’illustration. La politique nuit à la poursuite de la protection de l’environnement car elle impose des compromis, justifiés par les interactions entre acteurs.  Or, le débat se joue très souvent aux dépens de la planète qui n’a pas les moyens suffisants pour se défendre…

 

L’environnement : enjeux d’influence ou nouvelle voie politique ?

La scène démocratique permet la multiplicité des acteurs. Le parti en est un des plus présents, visibles, potentiellement le plus à même de placer l’environnement au centre des décisions politiques. Or, le parti s’appréhende difficilement, il apparait moins comme une médiation entre le peuple et l’exercice du gouvernement que la déperdition du lien entre le peuple et le pouvoir. La problématique du parti est la condensation de ses rênes dans les mains de quelques-uns. Le pouvoir s’échange et circule dans une sphère restreinte. L’environnement est-il alors prétexte ou objectif de la politique ?

Le paysage politique laisse entrevoir une nouvelle voie, entre la droite et la gauche, l’écologisme. Le parti écologiste gagne en légitimité en s’émancipant de ces pendants socialistes, en dressant un projet de société, un projet économique. Quelle différence alors avec les programmes de préservation de l’environnement proposés par les autres voies politiques ?

On estime que les premiers mouvements écolo sont les cercles informels hippies post soixanthuitards, qui se formaliseront à leur entrée dans l’arène politique en 1974 avec la candidature de René Dumont, agronome proche des trotskistes, aux élections présidentielles. C’est le début de l’écologie politique dont les fondements sont, dès lors, doctrinaires : pour une agriculture non productiviste, anti-nucléaire, anti-mondialisation, antimilitariste et, globalement, anticapitaliste.

L’intégration de l’écologie à la sphère politique ne s’est pas faite sans sacrifice : l’écologie politique a ainsi créé ses propres forces de division et d’incohérence internes. Le départ de Nicolas Hulot du parti Europe Ecologie-Les Verts interroge : l’écologie est-elle devenue un tremplin politique ? M. Hulot est-il militant pour l’environnement ou tacticien politique ?

Déjà en 1974, la candidature de René Dumont a jeté le trouble dans les esprits des écolos pratiquants : le passage d’une démarche individuelle, que l’on pourrait voir comme la poursuite d’éco-gestes, à une action collective impliquant des engagements formels ; une allégeance à un parti politique.

 

Politique de l’environnement : une solution pour la planète ou solution électorale ?

Les politiques de l’environnement revendiquent leurs effets bénéfiques sur l’environnement. Elles agissent pour le bien mais témoignent souvent que « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Elles se voient souvent critiquées leurs inadaptations à la situation environnementale véritable. Par exemple, les mesures prises par le gouvernement afin de répondre à la crise des algues vertes reçoivent le mécontentement du Nouveau Parti Anticapitaliste des Côtes d’Armor, qui y voit une « politique hypocrite qui pille l’environnement, fait disparaître des emplois dans l’agriculture et tue des êtres vivants ! ». L’inadaptation va même jusqu’à nuire aux recherches en énergie verte, le cas de la Grande Bretagne avait illustré cette situation au début de juin dernier, où la taxe carbone qui ponctionnait la recherche environnementale avait mis en difficulté les instituts de recherche incapables de la payer, et ce, menaçant la recherche et les emplois.

Aucune ligne sur l’environnement n’était rédigée dans l’autobiographie de Nicolas Sarkozy publiée en 2001, «  Libre ». L’UMP ne prenait pas compte de l’environnement pour charmer les électeurs. Mais à la suite de la pression de Nicolas Hulot, tous les candidats à la présidentielle ont signé le Pacte écologique en 2007. La ratification révèle une prise de conscience des candidats que l’électorat est sensible aux questions environnementales. Amour naissant pour la planète, les partis politiques en font un nouveau levier de campagne. Dans les suffrages, l’écologie politique restait encore loin de la victoire. Le parti Les Verts ne remporte que 1,57% des suffrages lors des présidentielles 2007, tandis que les autres défenseurs de la planète s’étaient associés à d’autres couleurs politiques : ainsi Cap 21 et le Mouvement écologiste indépendant soutenaient l’Union pour la démocratie française, tandis que José Bové concourait sans étiquette…

L’une des mesures phares du pacte écologique ainsi signé était la taxe carbone comme réponse au changement climatique. L’échec de la taxe réside dans l’idée même du Premier ministre François Fillon de fixer le prix de cette taxe autour de 14 euros la tonne. Ce prix dérisoire n’aurait cependant incité en rien tous industriels rationnels à réduire leurs émissions de CO2 et permettrait même à certains pollueurs de gagner de l’argent – chose que l’on avait pu observer à l’échelle européenne avec le European Union Emissions Trading Scheme au début des années 2000. En France, la taxe carbone a finalement été balayée en 2010, devant les critiques qu’elle suscitait.

La séduction de l’électorat passe par la prise en compte de l’environnement dans les analyses politiques car il est au cœur des préoccupations collectives. Et ce, tout en ménageant les préférences individuelles. Or l’agence de conseil en communication et en développement durable Comonlight a récemment révélé les résultats d’une enquête menée en avril et mai 2011 sur l’évolution des rapports des Français au « développement  durable » et dévoilé qu’ils « ne sont, en majorité, pas prêts à adopter des gestes éco citoyens. » L’échec des stratégies anti-carbone pourrait alors s’expliquer par le fait que le carbone « ne se voit pas », que les discours qui entourent le sujet sont trop scientifiques. Par conséquent, les arguments de lutte contre l’insaisissable problème – qu’ils proviennent du gouvernement ou des militants anti-carbone – ont été perçus comme pur dogmatisme.

D’autre part, les taxes environnementales souffrent d’une vision court-termiste entretenue par les différentes échéances électorales. Ces dernières poussent les politiques à agir en début de mandat et à passer à l’immobilisme pendant les campagnes afin de ne pas irriter de potentiels électeurs ni de donner de points d’avance à un adversaire vainqueur.

L’interaction des acteurs économiques, écologistes et politiques mène souvent à des compromis qui nuisent à la qualité de la politique initiée et témoignent d’un certain manque de volonté politique en faveur de l’environnement. Il semble impossible de trancher si oui ou non, les politiques de l’environnement sont efficaces, car comme dans tout domaine politique, elles sont soumises aux difficultés de mise en œuvre, de financement, d’application, de contrôle… à la différence près qu’elles sont bien plus importantes…

Tous les candidats aux élections présidentielles de 2012 auront de fermes positions en matière d’énergie et environnement, nous ne manquerons pas de publier une analyse comparée de leurs programmes à ce sujet !

 

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