Ce monde part en couilles


C’est dans l’air.

C’est impalpable et pourtant dramatiquement réel.

Quelque chose qui laisse à penser que la grande parenthèse qui s’est ouverte au lendemain de la seconde guerre mondiale, cette relative tranquillité, cette paix, cette concorde entre les nations, ces populations épargnées, ce bien-être, ces temps reposés, est en train de se refermer.

Sous nos yeux. Ici et maintenant. Inexorablement.

J’entends le bruit mat de la porte claquer au vent mauvais de l’Histoire, j’entends les vociférations des populistes de tout poil qui rencontrent l’approbation de pans entiers de la population éprise d’ordre, d’autorité, de rétablissement de valeurs cardinales, j’entends ces discours pleins de fiel et de haine qui montent les communautés les unes contre les autres, je vois les digues sauter, les unes après les autres, dans une sorte de cavalcade furieuse et incontrôlée qui menace de rompre à tout moment.

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Chaque pays est soumis à des forces contraires et se craquelle de l’intérieur, il plane dans l’air des relents de revanche, de reprise en main, de remise en cause d’acquis qu’on pensait éternels, on bâtit des murs ici et là pour se protéger de populations dont le seul malheur est d’avoir faim ou d’être différent, on érige des miradors, on a le doigt sur la gâchette et on attend juste le signal pour faire feu, on s’imagine voter des lois afin d’interrompre des flux migratoires  sans réaliser que l’ennemi est déjà à l’œuvre dans les limites même du pays et ne concerne qu’une poignée d’individus.

Une sorte d’embrasement généralisé devant lequel on reste démuni, assistant impuissant à la montée de ces extrémismes qui sont en train de devenir chose commune, on ne s’étonne plus de rien, on accepte des propos qui hier encore auraient provoqué des haut-le-cœur et des manifestations en masse, on s’habitue aux turpitudes langagières qui rivalisent d’obscénités, on se surprend à découvrir que son voisin qu’on pensait irréprochable jusqu’alors partage ces mêmes idées nauséabondes, et devant un tel spectacle, on se frotte les yeux et on se demande jusqu’à quand nos sociétés vont tenir de la sorte.

C’est un monde qui se délite.

Des massacres s’opèrent dans des boîtes de nuit et des salles de spectacle, des confusions s’installent, des raccourcis simplistes surgissent et un peu partout sourd une exaspération, une colère, un ressentiment vis-à-vis des corps constitués, des élites, du politique accusés de tous les maux de la terre, cette vieille rengaine que le peuple au fond a toujours raison, qu’il faut savoir l’écouter, le comprendre, l’attendrir afin de combler ses légitimes attentes.

Warning

Et pourtant dieu sait à quoi on peut s’attendre quand les hommes se retrouvent livrés à eux-mêmes, quand ils s’affranchissent de toutes règles, quand leur instinct primaire reprend le dessus sur l’esprit de raison, quand ils laissent parler leur cœur saturé d’ignorance et de peur, quand ils deviennent ivres de leur propre impuissance et cherchent à tout prix à trouver un coupable à leur indicible malheur.

Peut-être qu’un monde, celui de mon enfance, de mon adolescence, de mes années de formation, ces années où, sans le savoir, j’aurais vécu dans une sorte de félicité bienheureuse, est en train de s’éteindre, de mourir à petit feu, de disparaître remplacé par le bruit et la fureur d’un ordre nouveau où dans un ciel de ténèbres gravitera une lune rousse, ensanglantée de nouveau par la folie des hommes.

Nous sommes à un tournant.

Que l’Angleterre sorte de l’Europe et se donne à Boris Johnson, que l’Amérique se fiance avec Trump, que la France décide de les imiter et succombe aux sirènes de la Marine nationale…


Il est temps de se serrer les coudes. 

                                                                                                                                                                                                                  Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

15 commentaires pour “Ce monde part en couilles”

  1. Bravo !

  2. Une main glacée me presse le coeur; je vous lis et mes larmes coulent. Chacun de vos mots est un des miens…

  3. Faut voir, c’est inquiétant mais je n’ai pas envi de jouer à me faire peur. Le Brexit est il un problème insurmontable? Bof. Le Pen a peu de chance d’être notre futur Prez et on y est pas encore, c’est à peine si ca a commencé. Et puis les journaux nous balancent 25 articles à la minute sur Trump, mais si en gros celle qui dit la “vérité” fait que de la merde, si je puis me permettre, j’y peux rien, on verra bien le moment venu. Voilou voilou. Belle journée.

  4. Il est vrai que la deuxième moitié du 20° siècle aura été historiquement un très exceptionnel moment de relative tranquillité… et puis les choses reviennent à la normale : le tragique et les convulsions meurtrières.

  5. Il y a pourtant des signes positifs qui montrent que ça va mieux : c’est François Hollande qui l’a dit et moi je le crois.

  6. La concorde entre les nations? Depuis 1945? Sérieux?

    On a pas du vivre la même époque (ni lire les mêmes livres d’histoire)

  7. Magnanville, le cauchemar continue.

  8. Oui , d’accord hélas ! ! !

    Dieu que les cons sont fascinants
    Presqu’autant que les poissons rouges
    Dans leur bocal ou rien ne bouge
    Tournant sempiternellement.

    Dieu que les cons sont fascinants
    Le con méchant c’est la cerise
    Sur le gateau de la bétise
    Le voir agir est con …..;sternant

    Que chacun soit con quelquefois
    C’est une loi de la nature
    Je dirai même c’est un droit
    Mais certains passent la mesure

    J’ai écris ça il y a un an , Oui , décidément, dur dur de garder le moral

  9. Marine fait de la récup (Tome 2016)

  10. Il faut arrêter de regarder l’Histoire avec un point de vue nombriliste…

    la nostagie d’une parenthèse enchantée c’est un joli mythe qui a la dent dure et est instrumentalisé par les réacs : Le discours du “c’était mieux avant” ne berne que ceux qui regrettent leur enfance et leur adolescence, c’est à dire des âges où effectivement on a l’impression que tout va bien, simplement parce qu’on ne sait pas que le monde va mal (et/ou qu’on s’en fiche)…

    La “parenthèse” soit disant enchantée des 30 glorieuses pour le monde occidental (moins d’1/8e de la population mondiale) c’étaient certes la croissance chez nous mais surtout la guerre au vietnam, en indochine et en algérie et en corée. Nos “politiques d’alors” c’étaient les indépendances sanglantes mais peu médiatisées (censure légale en france en ce temps là) de pays comme le Cameroun, l’angola, le sierra leone… La crise du pétrole de 74, celle des mmissiles à Cuba… Le face à face terrible entre Nasser et le jeune état d’Israël…

    La société civile n’était pas plus “tolérante”, il suffit de garder en mémoire les fameuses années 68 et les manifestations monstres de la jeunesse partout dans le monde (Gréves générales dans énormément de pays développés)

    Effectivement Trump, Johnson et Le Pen sont effrayant et les succès rencontrés par leurs discours populistes sont terrifiants. Mais Tatcher et Reagan eux aussi ont été élus et avant de devenir les archétypes du libéralisme sauvage ils ont même été populaire, malgré les grèves de la faim mortelles des mineurs et des prisonniers politiques. La France a ingnoré le vote démocratique des Comores pour garder Mayotte sous drapeau français, a réprimé dans le sang nombre de manifestations (1961 à Paris…).

    Le père Le Pen était déjà un élu… Et Papon n’a pas été jugé pendant ces années là.

    Avant les années 80 la peine de mort était encore en vigueur. etc etc.

    Certes il faut lutter et ne pas céder un pouce aux extrémistes et aux cons d’aujourd’hui. Mais pas au nom d’un regretté âge d’or… ce serait fonder nos actions sur la même logique que l’extrême droite nostagique de “temps plus simples”.

    Non il faut se réjouir de ce monde qui se complexifie. Car les radicalisations que l’on constate aujourd’hui ne sont à mon avis que des flambées de résistance des pouvoirs autoritaires (politiques, religieux, sociaux) qui veulent s’accrocher à leurs prérogatives et à leurs anciens systèmes de domination. Le XXIe siècle condamne les anciens pouvoir et modèles (ceux de l’état nation, des courants religieux rigoristes). Il les condamne inéluctablement car il s’agit du siècle des individus interconnectés et mobiles (que l’on parle de touristes, de travailleurs “flexibles” ou de migrants…) Les printemps arabes ont mis à bas quelques dictateurs. Ce sont les sociétés civiles qui se débarrasseront des terroristes et des mouvements politiques ont religieux qui prônent le violence. Les réponses sont déjà visible, que ce soit dans les zones en 1ere ligne (moyen orient, lybie, nigéria) ou dans le reste du monde : ONG, réseaux sociaux, états, simples particuliers, petits et grands médias : aujourd’hui pas un évènement qui ne fasse l’objet de débats, de questionnements et de pressions de toute sorte.

    Alors certes une bonne partie des réactions à l’actualité se compose de commentaires d’une grande stupidité, et d’appel à la violence.

    Mais il ne faut pas oublier les milliers d’individus (lambas, artistes, blogueurs, journalistes, militants politisés ou anar) qui luttent et risquent parfois leur vie en manifestations et prises de positions diverses pour dire non aux mouvements criminels, aux dictateurs et aux sociétés néo libérales qui empoisonnent la planète.

    non seulement on est dans une société en train de prendre conscience collectivement que ça ne v pas et qu’il faut que ça change. Mais en plus on a encore un peu le temps de s’émerveiller et de s’amuser de la beauté de ce “Tout-monde” qui se métissent et s’interconnecte ; n’en déplaise à ceux qui veulent bâtir des murs

  11. Il faut quand meme relativiser: Trump n a quasiment aucune chance d etre elu (malgre une candidate democrate elle meme tres controversee (disimulatrice, menteuse, lie a Wall street). De meme, Marine n a aucune chance d etre elue en 2017

    Par contre il faut quand meme bien se demander pourquoi tout ses gens ont du succes electoralement ! C est bien beau de dire que ca nous prepare des lendemains funestes mais si les gens votent trump/le pen ou brexit c est quand meme qu il y a une raison
    l UE est devenu un système bureaucratique sans ame et inefficace (cf crise des refugies ou simplement la pantalonade sur le diesel ou le round up) qui a oublie sa vocation initiale (les etats unis d europe)
    Le FN surfe sur le déclin de la France (que ca soit economique mais aussi moral (qui est encore fier d etre francais ?)) ainsi que sur la négation des effets délétères d une certaine immigration (une petite racaille magrébine fait plus pour le FN qu un passage de Marine a la TV en prime time)

  12. Si Marine n a aucune chance pour 2017, l échec prévisible de Juppé va lui ouvrir les portes de l elysee pour 2022 !
    Qui croit sérieusement que supprimer les 35 h et l ISF va redresser la France ?
    Le programme de Juppe (né en 1945) c est la politique des années 70 :-(
    ca va surement pas aider la France a entrer dans le XXI sciecle)

  13. Merci monsieur Sagalovitsch pour vos textes . La question est comme les “patriotes” sommes nous prêt à prendre les armes pour nous défendre contre tous les obscurantismes ? Sommes nous prêt au nom de la tolérance de nous battre contre l’intolérance ?

  14. Now the bricks lay on Grand Street
    Where the neon madmen climb.
    They all fall there so perfectly,
    It all seems so well timed.
    An’ here I sit so patiently
    Waiting to find out what price
    You have to pay to get out of
    Going through all these things twice.

    without the blonde highlights again…

  15. Oui et Non..
    On sent comme un malaise, c’est vrai… On croyait la guerre froide finie et elle reprend. On pensait les pays d’islam sur la voie du progrès et de la démocratie, et ils repartent vers l’obscurantisme religieux. On imaginait l’Europe installée dans les têtes et dans les moeurs, et elle semble se déliter. On voyait l’Amérique impeccable dans son rôle de gendarme du Monde et on s’aperçoit qu’elle est manipulée par des intérêts pétroliers, politiques et financiers. Et puis on pressent que l’Asie monte, monte…et que nos futurs contremaîtres auront les yeux bridés. C’est simple : nous sommes en période de transition.. Les équilibres se rompent.. Les idéologies du passé ne sont plus à même de donner un éclairage et des certitudes. Capitalisme contre Marxisme, c’est fini. Reste quoi ? La Nation ? L’Argent ? La Religion ?

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