Au Canada, même les clodos et les toxicos sont polis


C’était l’autre jour.

Sur le chemin du retour, dans une contre-allée, au milieu des poubelles et des matelas éventrés, des postes de télévision abandonnés et des chaises défoncées, il y avait là une sorte de vague clodo, visage fatigué, vêtements élimés, allure patibulaire, affalé contre un parapet.

Quand je suis arrivé à sa hauteur, il m’a demandé (je traduis) vous auriez pas une cigarette Monsieur ? Ne fumant pas, j’ai répondu que non. Et là, de la manière la plus naturelle qu’il soit, comme s’il s’agissait de la baronne de Rothschild en personne, il m’a dit : désolé.

Il n’était pas désolé que je n’ai pas de cigarettes à lui offrir, il n’était pas désolé de mener une vie impossible et d’être obligé de quêter une misérable cigarette, il n’était pas désolé de n’avoir pas un centime pour s’offrir un paquet, non il était désolé de m’avoir importuné le temps d’un instant.

Ce n’était pas la première fois que pareille aventure m’arrivait.

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Vivant proche d’un centre de traitement pour les toxicomanes, je croise régulièrement ces naufragés de l’existence, ces hommes et femmes à la dérive, arrivés au bout du bout, fracassés de partout, aux gueules impossibles, parfois avinés, parfois même shootés, quelque fois en grande conversation avec eux-mêmes, ou bien alors allant d’une allure incertaine le long des avenues.

Jamais, que ce fût au parc ou dans les rues adjacentes, à midi ou à minuit, en semaine ou le week-end, je n’ai eu le moindre problème, jamais je n’ai été importuné outre mesure, jamais je n’ai été pris à partie, jamais je n’ai été assailli, jamais on ne m’a gueulé dessus, jamais on ne m’a insulté, jamais on ne m’a réclamé autre chose qu’une cigarette ou une pièce, et toujours, toujours de la plus courtoise des façons.

En prenant la peine de s’excuser, de me saluer et de me souhaiter une bonne journée.

Ce sont-là des vagabonds d’un autre monde, d’un autre temps, des vagabonds gentlemans qui, même s’ils se situent tout en bas de l’échelle sociale ou prétendue telle, même s’ils ont été maltraités par la vie, même s’ils sont fatigués de tout, n’oublient jamais que le respect de l’autre, en toutes circonstances, demeure le ciment de toute société civilisée.

Ce respect, comme tous les autres enfants de ce pays, c’est à l’école qu’ils l’ont appris.

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La bonhomie de la société canadienne, son extrême politesse, son ouverture d’esprit, sa tolérance vis-à-vis de l’étranger, son refus de tout ostracisme – ne sont pas des dons tombés du ciel, ce sont des valeurs inculquées dès leur plus jeune âge à ceux qui composeront le Canada de demain.


Des valeurs répétées et assenées tout au long de leurs années d’apprentissage.


Alors oui, bien sûr, il est probable que les écoliers canadiens, à la fin de leur cursus scolaire, en sachent moins que les lycéens de France, que leur cerveau soit moins saturé de connaissances inutiles, qu’ils soient moins académiquement parfaits, mais ils possèdent cette chose inestimable qui fait parfois tant défaut à la société française, cette chose toute bête, toute simple, et pourtant fondamentale à la vie en commun : la gentillesse.

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7 commentaires pour “Au Canada, même les clodos et les toxicos sont polis”

  1. J’aurais pu écrire mot pour mot la même chose du Japon où je vis comme expatrié. Comme on le dit parfois: la France donne des leçons là où d’autres plus modestes donnent l’exemple.

  2. Avec tout ça j’ai comparé pas mal de sujet entre la France et le Canada, d’après ce que j’en ai vu pour le moment bien qu’ils soient plus libéral que nous ils rencontrent les mêmes difficultés et problèmes à les résoudre, bref c’est kif kif. Trudeau a bien vendu 900 chars d’assaut à l’Arabie saoudite pour un exemple parmi tant d’autres. Ceci étant dit je rencontre dans le métro de plus en plus de gens jeunes, de femme seule et la dernière fois un jeune homme noir au bord des larmes qui comme ils le laissant entendre au bord des larmes était le pauvre du pauvre au bord du suicide du fait de sa couleur de peau mais a tout de même fini son discours comme la plupart par un “excusez moi de vous avoir importuné”. J’aimerais qu’ils aient des manières moins courtoises parce que ça serait peut être plus aux autres de s’excuser, non?

  3. Vous vous souvenez de cette déclaration de campagne de Jospin? “L’instauration d’une couverture logement universelle pour qu’il y ait “zéro SDF d’ici à 2007”. “Dans les 5 ans, mise en place d’une couverture logement universelle pour parvenir à ce qu’il n’y ait plus de SDF d’ici 2007. Ceci suppose une méthode nouvelle. Je proposerai aux ONG de piloter cette mission pour laquelle elles seront dotées des moyens nécessaires”

  4. Il suffit de franchir les Pyrénées ou les Alpes pour se rendre compte qu’il y a des gens qui ne sont pas par défaut hostiles.

  5. Le spectre du talent de Sagalovitsch est extrêmement large : de l’humour le plus lucide, le plus acide et le plus irritant… à la narration la plus lénifiante et bêtifiante qui soit ; telle cette anecdote ridicule.

    Mais peut-être était-il en surdose de sirop d’érable ?

  6. Pas ridicule , au contraire ,tout est dit .

  7. Manquait plus que ça, l’éloge de la gentillesse par you will never hate alone.

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