La possibilité d’un tremblement de terre


Je vis dans une zone sismique, hautement sismique.

Au risque si avéré que je serais fort heureux d’achever ma vie sans avoir eu à connaître les délices d’un tremblement de terre assez dévastateur pour que je figure des jours durant sur la liste de victimes dont on est toujours sans nouvelles trois jours après la catastrophe.

Je le sais.

Les chances que je connaisse pareille mésaventure de mon vivant seraient selon les experts de l’ordre d’une chance sur quatre ou cinq.

C’est beaucoup.

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Une histoire de plaques tectoniques qui en viendraient à se chamailler, l’une qui se frotterait de trop près à l’autre et finirait par l’enjamber, une sorte de viol géologique se disputant à vingt mille lieues sous les mers qui provoquerait un tsunami et un tremblement de terre d’une ampleur se situant au-delà de neuf sur l’échelle de Richter.

The big big one.

Même si j’y pense toujours, je n’y pense vraiment jamais.

En toute logique, je devrais posséder un kit de secours planqué en un endroit accessible de la maison dans lequel j’aurais emmagasiné eau, fruits secs, rations de survie, pansements, médicaments, godemichets, lampes torche, piles, radio, grâce auxquels je pourrais attendre les secours le temps nécessaire.

Mouais.

Sauf que personne, à la mairie, n’a jamais été foutu de me dire où ce fichu kit de survie je devrais l’entreposer.

Mettons que la terre se mette à trembler alors que je roupille, si je l’ai entreposé à la cuisine, sous l’évier, à côté du Destop, mettons, c’est mort : j’aurai reçu comme cadeau de bienvenue le plafond en pleine poire, je serai probablement étourdi comme un buveur de Pastis à l’heure de prendre son bain de minuit, je pisserai le sang, j’aurai une jambe coincée entre le matelas et le radio-réveil, je ne vois pas comment je m’y prendrai pour me transporter jusqu’à la cuisine.

Je devrais donc garder le kit tout près de mon lit. Sous mon oreiller par exemple.

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Sauf que travaillant à la maison, je passe une grande partie de ma journée dans mon bureau qui se trouve être à l’opposé de la chambre à coucher si bien que si le tremblement de terre intervient en plein jour, il me surprendra à ma table de travail comme maintenant, loin, très loin de mon lit.

Dès lors, le plus raisonnable serait d’avoir non pas un mais deux, trois, quatre kits de survie que j’installerais dans chaque pièce de mon appartement.

Je pourrais aussi en greffer un directement à ma jambe gauche ou l’entreposer dans un caddie que je baladerais toute la journée, de la salle de bains à la cuisine, du salon à l’entrée, du bureau au lit, sans jamais m’en départir.

Ou m’acheter un casque en béton armé, capable d’attendrir la chute du plafond, que je porterais du matin au matin.

Je dois aussi veiller à ne rien laisser de lourd au haut de mes bibliothèques, ni pléiades ni pots de fleurs, fixer miroirs et tableaux, sermonner le lustre de se tenir tranquille en cas d’intempérie, et, surtout, priorité des priorités, ranger mon couscoussier dans un placard cadenassé à double tour, au lieu qu’il ne trône, comme en ce moment, au-dessus du frigidaire, prêt à basculer cul par-dessus tête à la première secousse.

Je ne sais pourquoi mais je trouve un charme fou à l’idée de mourir terrassé par un couscoussier.

Il y a aussi le problème du chat lequel serait censé me prévenir à l’avance en cas de pépins au large. Je n’en crois pas un mot. Sournois comme il peut l’être, il est tout a fait capable de garder l’information pour lui, de filer doux se planquer en un endroit déterminé à l’avance et connu de lui seul, d’attendre que le séisme se passe avant de se décider à sortir de sa planque.

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Si nous avons à déguerpir au plus vite au risque que l’immeuble se suiciderait dans les minutes suivant le tremblement de terre, je devrais aussi avoir songé à entreposer dans une boîte en acier inoxydable ma réserve de Valium, la bouffe du chat, les médicaments du chat, les antidépresseurs du chat, le numéro de téléphone de ma mère, mon vélo d’appartement, ma bible, ma kippa, afin, au cas où la ville, rayée de la carte, mes voisins disparus, l’ensemble des supermarchés du quartier enfouis six pieds sous terre, il me faudrait poireauter quelques années à attendre l’arrivée d’hypothétiques secours.


Si bien que je ne suis pas prêt. Pas prêt du tout.


Je ne serais prêt que lorsque j’aurais déjà survécu à un premier tremblement de terre.


Avant je n’y suis pour personne.

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Un commentaire pour “La possibilité d’un tremblement de terre”

  1. Je crois qu’à delà de l’écriture. Vous devez songer. À aller voir. Un psy. Sérieusement.

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