Ma visite dans un café à chats


L’époque est aux chats.

Impossible d’y échapper.

C’est ainsi que l’autre dimanche, au lieu de batifoler avec madame ou de jouer au curling avec le curé de la paroisse ou de poser nu pour le catalogue de la concierge de l’immeuble, je me suis retrouvé à déguster un chocolat chaud dans un café à chats.

Oui un café à chats.

C’est tellement tendance qu’il faut réserver à l’avance pour être sûr de ne pas être éconduit comme un vulgaire vendeur d’encyclopédies essayant de refourguer sa cargaison à des chômeurs désabusés.

L’endroit situé au centre-ville est hyper sécurisé.

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Il faut passer par des tas de sas, jurer sur l’honneur de ne pas déranger Sa Majesté le chat si ce dernier venait à roupiller, éviter de lui grattouiller le ventre, ne pas lui refiler en douce des bonbons et autres confiseries, ne point lui tordre la queue ni s’amuser à lui allonger les moustaches, se montrer le moins brusque possible dans ses déplacements, ne pas courir après lui ni essayer de lui donner une douche, ne pas élever la voix, ne pas se moquer de sa couleur de poil, respecter son humeur du moment et s’engager à ne pas porter plainte si d’aventure il vous éborgnait d’un coup de griffe.

Après avoir dit “je le jure”, j’ai été autorisé avec une quinzaine d’autres convives à rentrer dans le chat des chats.

Éparpillés un peu partout à travers le café, les félins ont fait mine de ne pas m’apercevoir.

Certains dormaient dans leurs corbeilles, d’autres glissaient sur le parquet et se faufilaient silencieux et gracieux entre les tables, une paire de chats tigrés disputait une partie d’échecs endiablée, un autre dansait avec son ombre, deux trônaient en-haut d’une bibliothèque et dissertaient des avantages d’un régime de croquettes sans gluten, la plupart somnolaient comme des fumeurs de haschich en rêvant à des adoptions prochaines.

Un encore essayait les griffoirs les uns après les autres comme s’il se livrait à une enquête comparative pour Soixante millions de consommateurs.

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Les clients ont voulu jouer avec eux – des baguettes avec des plumes à leur bout étaient gracieusement mises à disposition par la patronne de l’établissement – mais les chats épuisés par une semaine de dur labeur réagissaient à peine  à leurs sollicitations ou alors ils se contentaient de suivre du regard la trajectoire du bâton sans même daigner lever une patte.

J’ai essayé d’entamer la conversation avec l’un d’eux, je voulais juste savoir s’il se plaisait en ce lieu improbable, mais il m’a commandé de la fermer : il était debout depuis midi, il n’avait pas arrêté d’être emmerdé par des consommateurs voulant absolument le prendre en photo, il n’en pouvait plus de prendre la pose, il avait besoin d’une pause.

Je l’ai laissé tranquille.

A un moment, j’ai eu envie de pisser, je me suis rendu aux toilettes mais à la place des cuvettes habituelles, il n’y avait que des bacs à litière : assurément je m’étais trompé de porte, j’ai vite quitté les lieux avant de prendre un avertissement pour conduite déplacée et violation de domicile.

Visiblement les chats avaient l’air heureux d’être là, en ce lieu qui tenait tout autant du zoo que du boudoir : ils se laissaient dorloter par les clients sans moufeter, ils devaient savoir qu’avec un peu de chance, l’un d’entre eux le ramènerait chez lui et qu’il pourrait bientôt disposer d’un appartement à lui tout seul.

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A force de les regarder se pavaner de la sorte, par une association d’idée qui n’a pas manqué de me surprendre, je me suis dit que je devrais ouvrir un café à Juifs.

Je m’en ferais livrer quelques specimens d’Israël, j’en disposerais un à chaque table, on pourrait converser avec lui, jouer avec ses papillotes, lui demander d’enlever sa Kippa, de la remettre, de l’enlever à nouveau ; à chaque question posée il répondrait par une question, ce serait, ai-je songé, le meilleur moyen de lutter contre l’antisémitisme quand on finirait par s’apercevoir qu’ils ne sont pas si différents qu’on le prétend.

Au bout d’une heure, je suis rentré chez moi, mon chat m’attendait, il m’a demandé où j’étais encore passé, je n’ai pas osé lui avouer mon expédition en terre féline, il aurait pu se méprendre, s’imaginer des choses, penser que je voulais l’échanger contre un chat du café ou que j’étais las de lui ou pire encore que je le trompais en cachette.


Pour me faire pardonner, je lui ai servi une double portion de croquettes, je l’ai laissé à ses agapes, je me suis enfermé dans mon bureau et j’ai commencé à recruter sur internet des chats d’ascendance juive.

                                                                                                                                                                                           Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

A lire aussi : http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2014/09/22/le-chat-est-un-juif-comme-les-autres/

3 commentaires pour “Ma visite dans un café à chats”

  1. Quand mon chat croise Momo le chat de la voisine, ils se sentent le derche et puis chacun va pioncer dans son coin, c’est bien les chats, reposant.

  2. Vous êtes un vrai Sa(ga)lo Mr Laurent! 😀 :D. Menacer ainsi les juifs de devoir jouer à chat! :D. Intelligemment fou!

  3. cha(lo)

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