Il est impossible de vivre sans Dieu ou sans l’idée de Dieu


Je ne suis pas bien intelligent, je n’entends rien à la philosophie ni aux grands concepts qui l’accompagnent, je ne possède ni la rigueur ni la profondeur nécessaire à l’élaboration d’une pensée capable d’analyser le rapport de l’homme à la morale, au désir, au travail ou à la mort mais malgré cette ignorance crasse ou à cause d’elle, je suis capable d’affirmer que l’homme ne peut pas vivre sans Dieu ou sans l’idée de Dieu.

Ou du moins sans la croyance en une perpétuation de sa propre essence au-delà de sa simple existence humaine.

Ce n’est pas possible.

C’est trop lui demander.

C’est exiger de lui une force mentale que seul un esprit détaché des contingences de la condition humaine peut supporter.

L’homme a besoin de croire en la possibilité d’une vie qui se prolongerait d’une manière ou d’une autre par-delà sa propre mort, un ailleurs où son âme, sa conscience et son esprit continueraient d’exister sous une forme que son intelligence ne saurait déterminer mais qui pourtant constitue une espérance à même de donner un sens à son existence terrestre.

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L’idée d’une vie qui commencerait avec soi et s’achèverait avec soi, dans une sorte de radicalité excluant toute trace de spiritualité ou de religiosité, toute possibilité de reconstituer un lien post mortem avec des êtres qui nous sont chers par-delà toute éternité, cette idée-là a quelque chose d’infiniment désespérant, de glaçant et de terrifiant qui constituerait une sorte de scandale métaphysique.

Je ne prétends pas qu’il existe forcément quelque chose, je dis simplement que vivre hors du champ de cette possibilité, dans la certitude d’une vie se résumant à elle-seule, en un splendide isolement où la mort signifierait l’arrêt brutal et définitif de toute existence, ne saurait être quelque chose d’admissible pour le commun des mortels.

Ce n’est pas tant une affaire de religion que de spiritualité, cette croyance que d’une manière ou d’une autre, sous une forme qu’il appartient à chacun d’appréhender, la mort ne serait qu’une étape, un passage, une ouverture vers un autre monde, qu’il fut minéral, spectral ou animal.

Cette aspiration à survivre à sa propre mort, à renaître en un au-delà par ailleurs impossible à déterminer, constitue le ressort même de notre humaine condition, le socle sur lequel asseoir notre présence sur cette terre aussi étrange qu’étrangère, le pacte que nous passons avec nous-même afin d’endurer le flot d’innommables tragédies qui surviendront tout au long de notre existence et tenter de leur apporter un sens.

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Il se peut qu’il n’y ait rien, que le néant soit notre seul avenir, que la mort triomphe de toute espérance, c’est même  l’hypothèse la plus probable, à laquelle pourtant il est bien difficile de se résoudre.

Ainsi je n’existerais plus.

Ainsi je ne reverrais plus jamais cette mère qui m’a donné la vie, cet ami que j’aimais tant, cette femme que je chérissais avec une telle ferveur.

Ainsi je ne serais plus rien qu’un corps sans âme réduit à servir d’apéritifs à des asticots.

Vivre hors de l’idée de Dieu, dans son acception la plus large, exige un courage et une intransigeance de géants.

Ou comme le dit plus prosaïquement Michel Houllebecq lorsqu’on l’interroge sur la mort de son ami Bernard Maris, assassiné lors de la tuerie de Charlie Hebdo : il est moins facile de rester athée quand on perd un être proche.


C’est comme de jouer au Loto en ayant la certitude de ne jamais rien gagner.


Atrocement désespérant.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

13 commentaires pour “Il est impossible de vivre sans Dieu ou sans l’idée de Dieu”

  1. Jouer au Loto, en substance : pour ne jamais gagner, ne garantit pas à 100 % de ne jamais gagner ! Qui donc pourrait obtenir des probabilités penchant toujours vers la pente de pertes certaines ? Aussi Pascal (Blaise) proposa-t-il un pari : faire « comme si » Dieu existait, et se comporter en conséquence. Dans la négative, on aurait au moins agi en évitant la malfaisance.

    Convier vos lecteurs aux douloureuses affres du doute sur ne serait-ce qu’une possibilité de… suite (restons sage, partant, vague) post mortem – car vous êtes contraint à cette concession : « du moins […] la croyance en une perpétuation de sa propre essence au-delà de sa simple existence humaine » – constitue, en tout moment du jour ou de la nuit, un réveil très violent. Est-ce bien pertinent, si l’on veut être lu ? Cela dit, et sachant qu’une kyrielle de devanciers se posèrent le même problème et n’évitèrent pas de heurter leur front au mur du silence divin, sinon de celui d’un néant, lui, logiquement taiseux, l’on ne trouve rien d’anormal qu’à nouveaux frais vous interrogiez le mystère de l’après-mort. Des croyants convaincus souligneraient cependant l’illogisme consistant à tenter par la raison de résoudre une question de foi. Ils ne seraient guère charitables, mais pas sots.

    Parmi d’autres hypothèses, il reste ce que l’on nommera la solution Mitterrand : il croyait aux « forces de l’esprit », sorte d’ersatz d’un Dieu n’existant pas. Lesdites forces ne sont pas assimilables à l’ « Esprit es-tu là ? », qui frappe de rares coups sur une table ou la fait tourner, pour toute réponse. Peut-être (la solution Mitterrand restant une conjecture) pourrait-on voir là l’éventualité d’une communication avec l’esprit de nos proches survivants. Ce ne serait pourtant qu’un quasi-avatar de la survivance que nous assurent, en pensant à ce que nous fûmes, ceux qui vivent après nous. Survivance d’une durée toute relative, s’entend, car après leur mort…

    Enfin, autre possibilité : l’athéisme, ou pour édulcorer : l’agnosticisme des philosophes de l’Antiquité grecque et de leurs épigones ; le silence des dieux, ou de Dieu, n’interdit pas de se livrer non aux affres, mais aux authentiques jouissances des questions métaphysiques – à renouveler toujours, non à l’identique, mais en multipliant les angles et points de vue issus des interrogations précédentes. Nonagénaire toujours pensant, le philosophe Marcel Conche (né en 1922) en est, par exemple, un lointain mais acéré successeur.

  2. Ça me fait penser à Cioran et son blabla sur la mémoire. En gros la mémoire est insupportable et donc pour vivre il faut savoir oublier. Un peu comme si le souvenir d’un être cher ne peut que rappeler le manque, le souvenir, ce machin insupportable. C’est une façon d’appréhender la mémoire sous le joug d’une angoisse qui n’est pas la mienne. Pour moi l’athéisme est un soulagement. Ce qui est difficile c’est de supporter les blablas des agnostiques et autres prosélytes culbénis, merci de me laisser en dehors de tout ça.

  3. Pour moi, la vie est comme un club de vacances, je sais que j’ai réservé pour une ou deux semaines, sans me soucier de savoir qui occupait mon bungalow avant et qui l’occupera après moi. Le but est de m’amuser tant que je l’occupe – et si je veux absolument laisser ma trace, je grave mes initiales en haut de la glace de la salle de bain. Mon seul souci, en fait, c’est de savoir comment va se passer la fin du séjour (oui, là, Dieu peut avoir son utilité).

  4. Pour un homme qui ‘n’entends’ rien à la philosophie, votre théorie n’a rien à pâlir devant les grimoirs religieux. À moins d’avoir une intelligence hors norme, on vous comprend aisément. Si vous créez un nouveau courant, faites-moi signe! Je serai votre adeptologue le plus sérieux.

  5. Votre texte est intéressant, surtout pour moi qui n’ai jamais cru en l’existence de quoi que ce soit post-mortem.
    J’ai perdu des proches, jeunes et moins jeunes, malades ou d’accident…et non, je ne suis pas désespérée.
    J’accepte pleinement le fait que ma vie n’est qu’un bref instant entre deux néants sans stress, sans angoisse, sans doute (la vie est trop courte pour la passer à s’angoisser!)
    Mais votre point de vue, bien écrit en plus, me permet de mieux comprendre (je crois) mon père, cet athée rationnel qui aimerait tellement croire car la mort le terrifie…
    Moi que la mort n’effraie pas (j’ai pas de mérite : je m’en fous – de la mienne de mort-), je pense comprendre un peu mieux son angoisse.

    Ne pas croire, s’arrêter à “penser” ou “savoir”, c’est en fait très confortable apparemment.
    Merci de m’en avoir fait prendre conscience.

  6. Permettez moi de vous renvoyer sur un autre de mes billets. Je réponds partiellement à vos remarques :
    http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2015/01/17/de-larrogance-de-lathee-en-ces-temps-troubles/

  7. Mais oui monsieur ! Il est tellement confortable de croire, alors pourquoi s’en priver.

  8. Le plus probable c’est quand même que la vie est absurde et n’a aucun sens, et que même si notre conscience nous épate elle n’est que le résultat de processus chimiques et électriques.

    Les Épicuriens avait résolu le problème de manière assez simple : le plaisir est le bien souverain, et la mort n’est pas à craindre puisque de toute façon on ne la vit pas (ou quelque chose du genre). Bon c’est vrai que si on a une vie de merde miséreuse et accablée par le malheur ça doit être plus compliqué à tenir comme philosophie, et il vaut mieux tabler sur la perception d’un solde de tout compte.

  9. Il n’y a pas que la mort qui pousse à croire en Dieu ou aux dieux, c’est même secondaire à mon avis. Le premier problème c’est l’existence : pourquoi il y a quelque chose et pas le néant ? Dans l’Antiquité les mythes servaient à expliquer ce qui échappait à l’intelligence de l’homme et à la science. Aujourd’hui la science a résolu pas mal de problème et ce qui reste à résoudre n’intéresse que quelques savants et dépasse de loin la curiosité du commun des mortels. Mais le problème de l’existence, même si on trouve la raison de la raison de la raison du Big Bang, celui-là on ne le résoudra jamais, et même si on nous apportait la solution sur un plateau on ne pourra pas la comprendre car elle dépasse nécessairement nos capacités d’abstractions.

    Peut-être qu’il y a un principe immanent qui transcende la matière, mais on ne voit pas pour quelle raison, sinon notre orgueil, la conscience (ou l’âme) humaine y aurait jamais accès.

  10. Un peu de Schopenhauer pour finir bande d’incultes :

    Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence c’est pour tous une chose si naturelle, qu’ils ne la remarquent même pas. La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l’animal; car, chez lui, l’intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu’à leur rencontre, ils soient l’un à l’autre un sujet d’étonnement. Ici, le phénomène tout entier, est encore étroitement uni, comme la branche au tronc, à la Nature, d’où il sort; il participe, sans le savoir plus qu’elle-même, à l’omniscience de la Mère Universelle. — C’est seulement après que l’essence intime de la nature (le vouloir vivre dans son objectivation) c’est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l’existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux; c’est alors enfin, avec l’apparition de la raison, c’est-à-dire chez l’homme, qu’elle s’éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s’étonne de ses propres œuvres et se demande à elle-même ce qu’elle est. Son étonnement est d’autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s’approche de la mort avec une pleine conscience, et qu’avec la limitation de toute existence, l’inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l’homme seul.

    L’homme est un animal métaphysique.

  11. Je me permettrais, – si tant est que cela pût faire avancer le schmilblick -, de citer Frère Antoine, un ermite-anar, ancien novice cistercien :

    “Je ne crois pas en un Dieu bon, à celui qui nous distribue les bonnes choses de la vie, qui empêche les enfants de mourir. Celui-là est un faux dieu. C’est une idole, un fétiche que les hommes ont fabriqué. J’adhère, une fois n’est pas coutume, à la parole d’un évêque qui a dit : “Le Dieu que nient les athées, nous le nions aussi.”

    http://frere-antoine.blogspot.ca/

  12. Je suis preneur de ce qui est écrit ci-dessus mais en version
    low cost .
    Je veux dire par là que c’est seulement un peu avant la mort, quand son échéance devient certaine, qu’il devient vital de croire en une survie après le décès .
    Avant, on vit très bien au jour le jour, si l’on se sent suffisamment utile et aimé et qu’on ne souffre pas .
    Je crois possible que le cerveau sécrète spontanément cette croyance à l’au-delà au début de l’agonie et que cette croyance nous vient aussi à l’esprit à la mort d’un être aimé et inoubliable D’autre part, il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour croire en une survie après la mort, c’est même tout le contraire Car enfin, ne faut-il pas avoir une âme d’esclave pour souhaiter trouver un maître après la mort après en avoir eu tant avant, et pour le douteux plaisir de le mater à perpète ?
    Chiens, voulez-vous donc ramper éternellement ?
    Ce que je désire désirer au moment de ma mort, c’est de devenir une âme errante qui retrouvera les âmes de ceux que j’ai aimés, et même les autres pour me raccommoder avec eux si nécessaire et par curiosité. Je voudrais aussi voir ce qu’il advient de ceux que j’ai laissé dans l’en-deça et si les choses s’arrange pour la postérité, et qu’enfin je me détache lentement de cette survie jusqu’à m’éteindre pour de bon, ce qui doit se faire tout seul quand on n’ a plus de sensations mais seulement des pensées .
    Donc mettons notre confiance en notre esprit et gardons notre espérance au sec, pour en faire usage au bon moment et ne pas la gaspiller en pétarades .

  13. Bonjour,

    Votre beau texte est excellent, et il constitue assurément une forte incitation à approfondir la question.
    Mais Dieu est un être réel et non une simple idée (“pensée” qui n’existe que dans l’esprit). Contrairement à ce que le système éducatif officiel laisse entendre ou même affirme, l’existence et l’unicité de Dieu se démontrent bel et bien, non sans avoir défini ce que l’on entend par ce mot car il faut savoir de quoi on parle.
    En voici une démonstration heuristique :
    Les êtres qui nous entourent (ce chat, cette pierre, la lune, moi, etc.) existent, nous le constatons. Mais sont-ils maîtres de leur existence, de leur être ? Peuvent-ils par eux-mêmes cesser d’exister puis exister à nouveau, être ceci plutôt que cela, c’est-à-dire changer leur essence, ce qu’ils sont ? Certes non ! Si c’était le cas, soyez sûr que votre serviteur, qui oublie ses clés, tombe malade et finira par mourir se ferait parfait et immortel ! Ces êtres existent bel et bien mais ils sont dépendant dans l’être (« contingents »). Nécessairement, puisque, encore une fois ils existent, c’est qu’ils doivent leur être à un autre être, qui lui, n’est pas contingent, est maître de son être, existe par lui-même. Cet être est alors in-fini (= sans limitation d’aucune sorte), infiniment parfait, ce qui fait qu’il est unique (s’il en existait un autre différent de lui et également infiniment parfait, il devrait s’en distinguer par quelque qualité que l’un aurait et l’autre pas, ce qui serait contradictoire avec leur infinie perfection. Cet être unique, c’est lui qu’on appelle Dieu. Conséquence : le panthéisme, qui confond tout en “dieu” est faux puisque l’être (réel) est divisé en nécessaire et contingent sans aucun recouvrement possible.
    Saint Thomas d’Aquin (XIII°) a donné cinq preuves de Dieu différentes dans sa Somme Théologique.
    Attention ! Il existe des “preuves” qui sont erronées (Descartes, etc), les seules dont parle l’école pour les jeter en pâture à la scrurrilité estudiantine. Leur faille gît dans le fait qu’elles n’établissent pas que Dieu est un être réel, existant en dehors de la pensée du sujet. Pour prouver ceci, il convient nécessairement de partir d’un constat, du constat d’existence d’êtres réels (ici les être contingents qui nous entourent). A partir le là, l’intelligence humaine s’élève à l’existence d’un être réel nécessaire appelé “Dieu”.
    Naturellement, tout ce qui précède ne doit pas être confondu avec la Foi, qui elle, ne relève pas du raisonnement, mais est un acte personnel d’adhésion de l’intelligence et de la volonté aux choses que Dieu nous a révélé et qu’il nous transmet par son Eglise.
    On peut très bien avoir compris que Dieu existe et ne pas vouloir en tenir compte, être son propre dieu, faire ce que l’on veut. Cependant cette position est pour le moins imprudente !
    Je peux en dire plus si quelqu’un me le demande.

    En toute amitié

    E. S.

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