La cuisine c’est meilleur que le sexe


Au fond, le sexe est très largement surcoté.

Beaucoup de sueur, d’ahanements, de déhanchements, de renversements de position, de tâtonnements, d’erreurs de jugement, de feulements, de travestissement, pour un résultat somme toute plus que mitigé : quelques secondes d’éternité avant la débandade, le retour à la case départ, le rappel des troupes, la sonnerie aux morts.

Tandis que la cuisine, la cuisine, voilà un exercice qui satisfait à part égale le corps et l’esprit.

Qui demande tout autant de délicatesse, de tendresse, de rudesse qu’une partie de jambes en l’air mais avec un résultat autrement satisfaisant que ces râles porcins de deux corps en train d’agoniser de plaisirs plus ou moins partagés.

Moi en ce moment, ce doit être l’hiver, ou la nouvelle année, ou le réchauffement climatique, ou la montée en puissance d’Alain Juppé, mais je suis en pleine période brioche.

Je vis brioche, je pense brioche, je baise même brioche.

Eh bien, je le dis tout net : vous aurez beau me mettre d’office Scarlett Johanson dans mon lit, rejointe par n’importe quelle nymphette à la mode, pour rien au monde je n’échangerai ma brioche confectionnée par mes petites mains contre une relecture de mon kamasoutra personnel orchestré par ces deux ravissantes demoiselles aussi affriolantes soient-elles.

Ah vous raconterais-je le pétrissage de la pâte, l’érection du levain, le saupoudrage de sucre, l’ajout progressif de ces morceaux de beurre que délicatement j’introduis et laisse pénétrer dans le cœur de ma préparation, le travail progressif de mes mains qui n’ont cesse de malaxer cette mixture en un approfondissement toujours plus lointain, la pâte qui me répond, se rebelle, se dérobe, elle en veut plus, toujours plus, quelle garce, ma poigne qui ne lâche rien, continue son labeur, redouble d’ardeur et de vigueur mêlées, finit par dompter la texture rebelle.

La première phase de gonfle où je récupère pendant que Madame, bien au chaud au-dessus d’un radiateur, se refait une beauté, devient autre, gonfle de plaisir, gonfle de désir, gonfle d’envie, s’épanouit dans son vaste récipient, soupire d’aise, se laisse aller, s’abandonne, se sent pousser des ailes au point de tripler de volume.

Je la saisis, elle est chaude, elle brûle la petite, elle se consume, elle vibrionne, elle n’est plus que râles et feulements, je l’étale, je la fraise, je l’allonge, je m’enfonce en elle, elle gémit, elle frémit, elle ronronne, elle ne se contrôle plus, elle devient toute languide, elle ne répond plus de rien, elle se laisse travailler, elle est à moi, toute à moi, je suis son maître, je la câline, je l’étire, je la retourne, je l’entreprends de milles et une manières, je la tourneboule, la roule en boule.

C’est l’extase.

C’est le triomphe de la chair.

L’empire des sens.

Plus tard, je la reprendrai une dernière fois, juste pour le plaisir de la posséder encore, de lui tresser des lauriers, de l’accommoder comme je le l’entends, de badigeonner son corps repu du jus d’un jaune d’œuf gouleyant à souhait, de la façonner pour qu’elle resplendisse de mille feux quand sous le feu de la chaleur d’un four tournant, elle s’en ira brunir de plaisir.

Pendant quelques heures, elle trônera impériale sur la table de la cuisine.

A chaque fois que je passerai devant elle, je me souviendrai de notre étreinte, de ce plaisir que nous nous sommes procuré, de notre complicité, de nos corps qui se sont donnés sans vergogne, de notre lente montée du désir, de l’apothéose de nos sens chavirés.

A un point tel que ma compagne, jalouse de notre entente, s’empressera de la dévorer pour ne point avoir à souffrir de sa présence.

                                                                                                                                                                                                                                                         Ah la jalousie des femmes !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

4 commentaires pour “La cuisine c’est meilleur que le sexe”

  1. Et surtout c’est moins cher !

  2. Ah, c’t’ homme-là, faudra penser à y donner la r’cette de la brioche pas gonflée au radiateur. Nous aut’, on met la pâte à monter dans l’étuve, sous l’four ; l’étuve, on la fait tiédir gentiment, j’dirais même mieux : très gentiment, vu que s’ul’ radiateur, elle cuirait ben mal, trop précocement, la pâte à brioche de c’gars ! Puis encore, vu qu’on cause tour de main avec un voluptueux, autant qu’y sache qu’y f’rait mieux d’la couvrir avec un torchon propre, sa pâte, c’te pâte qu’y nous vante avec tant d’gerbes d’adjectifs et d’verbes qu’on n’sait pas où qu’il les a dégotés. Comme il en pince pour sa brioche, faudrait aussi qu’y fasse gaffe aux Casanova du coin : y pourraient y faire le coup de la femme du boulanger, à sa pétrie avec volupté.

    C’qu’on en dit… Le dingue d’sa femme, ce zinzin d’la brioche, ça triture, ça pétrit, ça met en boule, ça en rajoute, mais c’est point sûr qu’elles soient pas loupées, ses chéries. Les femmes, les pâtes, faut qu’ça respire : tranquilles, au douillet tiède. Tout le tintouin d’ce pâteux-là (« J’vas t’cajoler. Tu vas voir, ma p’tite Brioche ! »), son tintamarre de culs-de-poule, son radiateur offusqué, c’est du progrès façon Internet : poudre aux yeux ! Apprenti pâteux, nous aut’, on bossait chez un patron qui vous flanquait une baffe à la moindre rouspétance, à la plus p’tite bourde. On filait droit, mais fallait voir la brioche, les gars !

    Et puis, il en invite beaucoup, des experts, à renifler, à goûter sa Brioche d’amour ? Que nenni, on parierait. Mais, comme on dit : les gens, y sont lib’ de pas faire appel aux professionnels de la viennoiserie, enfin quoi, lib’ de ruiner le p’tit commerce, pas vrai ?

  3. Vous entretenez une ‘liaison dangereuse’ avec Mme La Brioche sous le regard de votre femme en plus. Méfiez-vous surtout de la jalousie des femmes!

  4. Bon, tout ça c’est le coup classic de la baisse de la libido chez l’homme de 40 ans, rien a voir avec la cuisine en fait :)
    http://limpuissance-masculine.fr/la-baisse-de-libido-chez-lhomme-40-ans/

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