En 2016, je me fous de tout

 

Au fond, si je réfléchis bien – ce qui m’arrive une fois l’an – j’en arrive à la conclusion que je me fous de tout.

Du fin fond de ma conscience délabrée, je me dis que rien n’a vraiment d’importance hormis les grandes questions métaphysiques qui continueront à nous hanter jusqu’à la nuit des temps, les seules au fond dignes d’intérêt, les seules qui méritent notre attention, les mêmes que nos ancêtres se posaient, les mêmes qui interrogeront la conscience de nos enfants, les mêmes sempiternelles questions sans réponses qui sont l’essence même de toute existence humaine, son sel, son moteur, son centre.

Les affaires politiques, le prix de la baguette, les cours de la bourse, la course aux Oscars, les peines de cœur de nos vedettes, la Coupe de France, l’élection présidentielle, les morts petites et grandes, les accidents de parcours, les sorties de route, tout ce qui constitue le pain quotidien de nos journaux, ce vacarme incessant de l’actualité, les gesticulations des grands de ce monde, les guerres et autres conflits territoriaux, ce ruminement de nos vies quotidiennes n’étant là que pour nous divertir, nous empêcher de penser, nous étourdir, nous endormir et permettre à notre cerveau de prendre des vacances.

D’échapper à la folie qui sans cesse nous guette, nous attend au coin de la rue, sommeille en nous et attend son moment pour passer à l’offensive et nous étrangler.

De cette folie de l’esprit qui s’extirpant des contingences de l’époque, de l’air du temps, de tout ce jeu de dupes, renvoie l’homme à sa vérité première et l’amène à se confronter à sa condition d’être vivant né du hasard ou de la nécessité, de ce vaste fatras de la cosmologie primitive d’où il est issu et où il retournera, de ce bourbier métaphysique qui, depuis toujours et à jamais, colle à ses semelles de vent soupirant un siècle après l’autre leur poids de mélancolie, de tristesse et de terreur.

Le reste ne demeurant qu’ornements, façade, trompe l’œil, us et usages, mœurs et coutumes, courbettes et politesse, savoir-vivre et vie en société, sourire de circonstances, amour du prochain, estime de soi, respect de l’autre, morale de l’ordre, travestissement, tourniquet des habitudes, carnaval des postures, je travaille donc je suis, fiche de paie, points pour la retraite, loyer à payer, factures à régler, l’été sera-t-il chaud, y-aura-t-il de la neige à Noël, Allo Charlie Papa Tango, la terre meurt mais ne se rend pas : le parfait ordonnancement de la société industrielle qui permet à l’homme de vivre comme un rat des champs, de feindre d’exister, de se prendre au sérieux et de participer à la comédie humaine dans tout ce qu’elle de plus abject et de plus sublime.

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Alors, va pour une nouvelle année, montons à bord de son train fantôme, les rafraîchissements seront servis dans la voiture balais, pour les blessures intimes et les pertes de confiance voyez avec le chef de gare, ne vous préoccupez de rien, la forme sans le fond n’est-ce pas là l’essentiel, la vie, la vie, ô la vie et rien d’autre, de l’amour si possible, de la tendresse sinon, un corps qui tourne rond, une âme qui ne perd pas le nord, le moins de pertes à déclarer, un chat pour garder le cap, des livres comme des bites d’amarrage, de la bravoure en toutes circonstances, un peu de reconnaissance si possible, des amis, de l’ivresse, de la poésie, du vin, des rires, des rires, des rires.

                                                                                                                                                                                                                                              Des rires.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

 

6 commentaires pour “En 2016, je me fous de tout”

  1. Même en pièces, c’est toujours avec une grande liesse que te lis. À chacun de tes égarements. Merci de nous laissé un peu de la marre de ta folie. Ô combien douce!

  2. Ah ! se moquer de tout, toutes, tous. Pénétrer en métaphysique comme l’on entrait jadis en religion ? Tutoyer la grande béance céleste nommée Dieu ? Qu’une fois – au moins une fois – quand on lui passe la rhubarbe, il nous passe le séné ; qu’il nous purge de cet immense doute sur son existence. Pour l’existence du grand silence céleste, on connaît de reste.

    On connaît aussi l’objection : qu’avez-vous besoin de preuves ? La foi fait sur elles l’impasse. De ces mesquineries la foi se passe. Cette gigantesque horloge qu’est l’Univers n’est-elle pas plus qu’un indice ? Même un Voltaire pensa que seul un horloger de génie avait créé ces rouages raffinés. Et cela ne serait pas une preuve ? Asseoir sa métaphysique sur la physique, tel serait le secret d’une existence moins tourmentée. La tragédie de la condition humaine ? Foutaise, Monseigneur ! Ronger son frein en attendant une révélation suprême ? Les millénaires passés ne nous enseignent-ils pas que notre parcours sur terre est bien trop court pour que nous puissions voir plus que quelques scènes du premier acte ? Est-il donc sage de se ronger les sangs ? Voltaire, sans parler des matérialistes de son temps, n’y voyait que souffrances inutiles.

    Sans imiter son rire, qu’on assimila souvent à une grimace, l’on peut sourire des aubes triomphales, se complaire à la lecture des sonnets de Baudelaire, jubiler en écoutant le discours des Comices agricoles ou en éclatant de rire à l’absurde scientisme de Homais qui conduit dans « Madame Bovary » un pied bot au carnage chirurgical. À chacun, à chacune ses rires, ses sourires, ses fous rires. Et ses angoisses. Le temps des drames, du corps qui lâche et qui souffre viendra bien assez tôt ! Alors, ce sera place aux jeunes, dont la mémoire nous donnera peut-être une petite vie post mortem.

    Le fond de l’affaire, face à l’insondable là-haut, n’est-il pas de vivre le mieux et le plus honnêtement possible cette curieuse et brève condition humaine ?

  3. TT

  4. Je viens juste de vous connaitre et j’ai adoré ! Je partage tous vos articles avec mes amis !

  5. Miam. :)

  6. Bah moi….pareil!

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