La France n’est plus le nombril du monde mais ce n’est pas grave


Si jamais le Président de la République venait à me convoquer dans son palais pour me demander, ” Ô toi, esprit en exil, vieil homme errant mais plein d’allant, fort de ta sagacité et de ta perspicacité qu’on me dit être grandes, dis-moi donc pourquoi mon peuple est-il si malheureux, pourquoi se plaint-il toujours, pourquoi n’est-il jamais content de son sort, pourquoi ce pessimisme qui le ronge, pourquoi cette désespérance qui lui colle à la peau ? Mon pays ne serait-il donc qu’une vaste prison hantée par des corbeaux où jamais la lumière du soleil ne parvient à réchauffer le cœur de ses habitants ? ”.

Alors, moi, sensible à ses lamentations, ému par son discours, triste de son affliction, je me pencherais vers lui et lui dirais : ” Ô Sire, si votre pays est tel que vous le dites, c’est que son passé encombre son avenir, que l’ombre de ce qu’il fut l’empêche d’être ce qu’il est – Que veux-tu dire par là, espèce de vil fripon ? Que sont-ce ces considérations auxquelles je ne comprends goutte ? Parle, parle donc ou sinon je te fais passer par les fers. ”

Bon dit autrement, j’affirme que tout le malheur de ce beau pays nommé France, vient de ce qu’il continue à se penser comme le centre de l’univers, le phare de toute civilisation, le mètre-étalon de l’humanité, assertion qui si elle fut vraie lors des siècles passés, n’a plus cours aujourd’hui.

Et le jour où la France acceptera de se considérer comme une puissance moyenne, se pensera comme telle, laissera cette nouvelle réalité se diffuser sans ses villes et campagnes, ce jour-là elle en aura fini avec son chagrin existentiel et elle retrouvera sa joie de vivre dans sa plénitude retrouvée.

Tant qu’elle perpétuera ce mythe d’une nation que la terre entière regarderait avec envie, admiration et dévotion, tant qu’elle se figurera être le nombril du monde sans qui rien ne peut se décider, tant qu’elle persistera à se conduire comme si elle était encore cette immense puissance coloniale régnant sur mer comme sur terre, tant qu’elle ne changera pas ces paradigmes-là, elle restera à jamais engluée dans son désespoir moisi, elle ressassera encore et toujours son éternelle amertume, elle se morfondra dans son sentiment de déclassement. 

Elle essuiera des revers à répétitions, elle ira de désillusions en désillusions, elle subira défaites sur défaites, non point parce que son entité aura perdu de sa valeur, mais bien plus parce que d’autres nations, plus fortes, plus peuplées, plus riches, seront venues la supplanter dans cette lutte pour conduire et régenter les affaires du monde.

Il faut entendre les verdicts rendus par l’Histoire aussi douloureux soient-ils à accepter.

Il faut se résigner à rentrer dans le rang quand son étoile se met à pâlir et que d’autres apparaissent.

Il faut aller dans le sens de l’Histoire au lieu d’essayer de lui résister ou d’engager avec elle une bataille perdue d’avance.

Il n’y a rien de honteux ou de déshonorant à être une puissance moyenne.

Tout au contraire.

Les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne… ont tous été, à un moment ou un autre de l’Histoire, à échelle plus ou moins variable, cette puissance dominante que rien ne semblait pouvoir ébranler, qui régnait sans partage sur les affaires du monde, que le monde entier respectait et craignait.

Tous ces pays-là ont fini par comprendre, bon gré mal gré, que ces temps-là étaient révolus.

Qu’il fallait mieux se concentrer sur ses propres forces, compter sur ses propres atouts, que de s’épuiser à courir après des chimères qui n’avaient plus cours que dans les livres d’Histoire.

Tous sauf la France.

Et toute sa rance désespérance vient de là : cet écart entre ce qu’elle a été et ce qu’elle représente aujourd’hui.

Évoluer et se considérer comme une puissance moyenne n’est nullement signe de rabaissement, de déclassement ou de perte totale d’influence.

C’est juste une autre façon d’être au monde.

D’être un dans la multitude. Un parmi d’autres. Un différent des autres mais à égalité ou en retrait des autres.

Un avec toute sa richesse, son génie, son art de vivre, dont le monde a toujours soif d’entendre la voix si particulière comme il a autant besoin d’entendre d’autres voix venues du Brésil, de Chine, d’Inde ou d’ailleurs.


La France d’aujourd’hui ressemble à un boxeur autrefois terreur des rings, champion poids-

lourd craint et révéré par tous ses camarades de lutte, qui continue à vouloir défendre mordicus son titre dans la catégorie reine alors que les limites de son corps et l’apparition de nouveaux combattants lui imposent de concourir chez les poids-moyens où elle pourrait prétendre à de nouveaux trophées.


Il est temps d’en prendre conscience. Et de le dire à la population afin qu’elle s’en imprègne. De le dire sans relâche.


Faute de quoi, le pire est bel et bien à venir.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

7 commentaires pour “La France n’est plus le nombril du monde mais ce n’est pas grave”

  1. Cher grand frère vous devaluez amèrement la politique française qui est incessamment ovationnée tous les requins de la politique mondiale. Vraiment je ne vous suis plus très cher aîné.

  2. Et puis dans le second paragraphe vous parlez comme un vieux grimoir dépassé par son siècle. Notre belle France porte en elle les couleurs de l’arc-en-ciel du monde. Ne vous en déplaise monsieur le mage.

  3. Ainsi, la méthode Coué progresse : « […] le jour où la France acceptera de se considérer comme une puissance moyenne […], elle en aura fini avec son chagrin existentiel et elle retrouvera sa joie de vivre dans sa plénitude retrouvée ». Une nation accepte-t-elle si aisément de n’être pas ce qu’elle a cru être, quand on lui rabâcha du haut des pupitres de plusieurs Républiques qu’elle l’était ? Et l’on ne rappellera pas que ce fut, dans l’Ancien Régime, « par la grâce de Dieu » : n’a-t-elle pas raccourci son divin monarque, enclenchant ainsi la « mort de Dieu » qui chemina jusqu’à sa proclamation par Nietzsche… ?

    La psychanalyse individuelle a fréquemment des lenteurs très onéreuses. L’on imagine (et l’on vit !) ce qu’il peut en être pour la cure analytique d’une nation. Mais foin des considérations des cabinets à divan.

    De plus, l’on remarquera que des propos similaires à ceux que vous tenez dans ce billet ont tant – depuis maintes décennies – été servis à la nation française que vous n’évitez le grief de plagiat que grâce à votre sincérité. C’est à croire ou que le peuple est sourd, ou qu’il est obtus – à moins que d’exaltantes envolées en périodes électorales ne soient venues l’aveugler. Et puis, l’on n’aime jamais écouter des discours vexants qui vous ravalent, n’est-ce pas ? On leur préfère les stratosphériques ascensions oratoires qui réchauffent le cœur et font descendre de si agréables larmes sur les joues qu’on hésite à user du Kleenex. Les hommes sont ainsi ! Si ce n’était le cas, la démagogie – qui ne se paie tout de même pas que d’exaltation… – disparaîtrait.

    Vous jugez ainsi combien l’on approuve le fond de votre propos. Mais voilà, la France a toujours attendu d’être au pied du mur, au bord du précipice, ras du gouffre (liste non exhaustive) pour s’aviser que, lorsque les conseils se mettent à ressembler aux menaçantes vaticinations des Cassandre, il convient de réagir. Et vite.

    En sommes-nous là ? Où attendra-t-on d’être au bord de quelque… trou noir, et appellera-t-on à la rescousse, une troisième fois, les États-Unis d’Amérique ?

  4. Bonjour,
    Bravo pour ce texte brillant et si bien écrit ! J’adore ” Ô Sire, si votre pays est tel que vous le dites, c’est que son passé encombre son avenir, que l’ombre de ce qu’il fut l’empêche d’être ce qu’il est”

    Mais je ne suis pas d’accord avec l’hypothèse de départ. Je ne pense pas que la morosité actuelle ait sa source dans le regret de la gloire perdue. Je pense qu’elle est essentiellement alimentée par le chômage, la disparition progressive des services publics, les difficultés recontrées pour se loger, les salaires qui stagnent, etc.

    Bien cordialement

  5. Merci pour la plume, j’adore ! :)
    Cependant, si vos allégations sont peut-être vraies pour certains français, je pense que la majorité aime juste râler. Nous sommes des râleurs, des manifestants, des grévistes, des frondeurs,… le peuple français a toujours eu du caractère et ça fait parti de son charme. Généralement ça nous mène quelque part, la morosité actuelle vient peut-être du fait que la destination n’est pas encore clairement visible ?

    Bonne soirée !

  6. Il n’y a pas de morosité, il y a des attentats et des gens qui disent qu’on l’a pas volé.

  7. Eh bien moi je pense que le fond est tout à fait vrai. Je le resent pour moi, je le sent chez les autres et, bien que ce ne soit évidement la seul raison, cela participe de la morosité française. Je le savais sans en avoir conscience, j’en ai conscience maintenant.
    Merci

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