” Rarement lu un article aussi con. Je me désabonne de Slate ”


Alors que j’arrive doucement au cinq centième billet écrit dans ce blog, je continue à être fasciné par les réactions qu’il ne manque pas de susciter.

Peu importe le sujet abordé dans la chronique du jour, chat, foot, identité nationale, juiverie en tout genre, Proust, l’histoire de ma vie, la vie de mes cheveux, les cheveux de ma tante, à chaque fois, invariablement, j’ai le droit ici et là, sur ma page Facebook, sur celle de Slate, parmi les commentaires, à un savoureux chapelet d’injures, allant de la simple invective à des menaces à peine voilées, en passant par des apostrophes bien senties et des tutoiements rugueux :

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“Mais quelle grosse merde que cet article…Rarement lu quelque chose d’aussi con… Non mais dites-moi que c’est un fake… Slate c’est plus possible, je me désabonne… Connard… Pauvre type, ta vie doit être bien triste pour écrire de telles âneries… Tout à fait le genre de papier écrit par un gros con qui a jamais bougé son gros cul de sa chaise et qui prétend donner des leçons de morale… Une daube absolue… Putain quel ramassis de chiures et ça se prétend écrivain… Mais quelle merde infâme que ce pseudo article écrit par un tâcheron à la solde d’Israël… Le niveau de Slate, ça fait peur tout de même… Un vrai étron journalistique, même Marc Levy écrit mieux que toi pauvre tâche…”

Ce n’est pas tant les critiques qui me gênent, elle font partie de l’exercice, sont parfois méritées et ne déclenchent chez moi que des fous rires tonitruants, non c’est bien plus cette incapacité de certains lecteurs à saisir le deuxième degré ou l’humour sous-jacent présent dans une chronique,  à se sentir visés personnellement par mes dires et, de là, à éprouver ce besoin irrépressible de déverser sa bile, de jalouser ma position, de caqueter des insultes, de vomir des insanités.

Un condensé d’humanité.

De cette bêtise immémoriale ancrée dans le cœur des hommes qui amenait Flaubert à écrire que le suffrage universel était une honte de l’esprit humain.

De celle qui, au fond, et c’est bien là le malheur, vous font désespérer de la nature humaine tant elle vous laisse désemparé et sans voix.

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De ce constat magnifié par l’invention d’Internet : la totale insignifiance de l’être humain, sa parfaite et incurable mesquinerie, sa connerie intarissable, sa veulerie, sa soif d’être entendu et sa souffrance à ne pas l’être, son besoin presque animal de vociférer afin qu’on se rende compte de sa présence, sa réaction de haine vis-à-vis d’un journal ou d’un blog auquel il ne participe pas autrement que par son flot d’injures quotidiennes, comme s’il se les appropriait et ne supportait de voir paraître un article allant à l’encontre de ses convictions.

Toute cette sordide bêtise qu’autrefois l’observateur soupçonnait seulement, qu’il entrevoyait parfois à son travail ou au café du coin de la rue, dont il entendait les vagues échos lors d’une conversation dans le métro et qui désormais a trouvé avec Internet sa formidable caisse de résonance, permettant à tout un chacun de se prendre pour le roi du monde le temps d’un commentaire, de s’étourdir de sa propre connerie au point de vouloir la partager avec le monde entier.

Fascinante, rebutante et touchante humanité.

Je crois que de toutes ces critiques et autres mises en garde, ma préférée demeure, ”cette fois c’est décidé, je me désabonne ”

Grand dieux !!!!

Se désabonner d’un journal absolument gratuit, voilà bien là une assertion qui laisse tout à la fois rêveur, désarçonné, pantois face à cette manifestation d’une pensée qui de toute évidence attend encore le jour de son éclosion.

Certes, le rédacteur de cette fameuse apostrophe sous-entend que c’est du fil Facebook de Slate ou du mien qu’il s’en va se désabonner, tu parles d’une perte, mais sa promesse est proclamée avec un tel aplomb, une telle hargne, que ce commentateur aigri de rage semble être convaincu ou s’être convaincu lui-même que sa décision, son ”désabonnement” va engendrer de funestes conséquences, que de New York à Tel Aviv en passant par Paris et Tombouctou, les murs vont trembler, une reprise en main sera promptement décidée, des sanctions adoptées et le chroniqueur châtié.


Sans les cons, ma vie serait triste.

Sans moi, la vie de mes cons le serait tout autant.


Maigre consolation.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

23 commentaires pour “” Rarement lu un article aussi con. Je me désabonne de Slate ””

  1. il fait pas encore jour mais vous éclairez ma journée avec ces magnifiques citations !

  2. Bonjour Laurent
    Einstein disait qu’il n’y a que la bêtise humaine pour donner une idée de l’infini.
    Ce qui me fascine personnellement, quand quelquefois j’ai le malheur d’émettre une idée sur des sujets brûlants, comme la peine de mort par exemple, c’est l’obsession de mes “correspondants” pour la sodomie. Obsession qui se manifeste par des flots d’insultes à base de pénétrations anales diverses et variées et qui en disent long sur les fantasmes refoulés de leurs émetteurs. Avez vous remarqué vous aussi cet étrange phénomène ?

  3. Ahhhhhh! Enfin !

  4. Eh bien moi, je ne me “désabonne” pas, ah non alors, vos billets me manqueraient trop, même si je ne suis pas toujours d’accord avec vous (rarement)! Votre humour et votre écriture sont un vrai régal.

  5. Ne changez surtout pas votre ligne de conduite. Vos billets sont une pure merveille même si on n’adhère pas toujours au fond. J’apprécie beaucoup votre manière de vous exprimer, vous lire est un plaisir. Bonne continuation

  6. Moi, je viens juste de m’abonner à votre page Facebook. Ce qui m’a permis de découvrir, pour la deuxième ou troisième fois en quelques mois, que j’y étais déjà abonné.
    Bref, tout ça pour dire, M. Sagalovitsch, que ni vous ni vos articles ne me font peur. Et pourtant je crois me souvenir que je suis un pleutre.

  7. J’ai découvert votre blog par hasard, c’est le titre qui m’a accroché sur Facebook : “…un juif en cavale…”, et j’ai tellement ri en vous lisant, que désormais je suis impatiente de lire vos billets d’humeurs. Par contre, je ne savais pas que partager ces derniers, me mettrais dans l’obligation morale de reconsidérer mes liens avec mon relationnel amical. Je pensais, à tord maintenant je le constate, que nous avions le même type d’humour….. et bien non, d’aucuns et d’aucunes m’ont menacé de couper les liens si je ne cessais pas immédiatement la diffusion de vos articles…… Pourquoi tant de haine, de bêtise, serions nous tous, définitivement dans un monde où la pensée est censurée, lobotomisée, malaxée, reconditionnée et certifiée conforme par le politiquement correct ??? Si c’est cela le 21ème siècle, des types comme Desproges, Coluche et Le Luron seraient aujourd’hui voués à l’excommunication des ondes. Je suis de l’autre siècle moi, monsieur, et ma grand-mère née en 1914, disait de ces trois hommes,” ils disent des choses biens mais ils ne sont pas très polis et pas respectueux “… Mais elle riait en les écoutants. N’est ce pas le plus important, rire et faire rire. Je ne sais plus qu’elle personne à dit un jour : “on peu rire de tout, mais pas avec n’importe qui”, je pense que je vais conclure sur cette phrase et je vous encourage à continuer régulièrement à produire de tels articles qui réveillent les consciences mais secouent aussi le panier de crabes de la pensée unique des haineux et des intolérants.

  8. J’ai du mal à comprendre votre logique. Vous avez adopté une ligne éditoriale ‘you will never hate alone” basée sur la haine et le mépris – avec un sens de l’humour et u style indéniable – et vous êtes choqué de vous retrouver face à la même chose (sans l’humour et le style, convenons-en).

    Etrange.

  9. Au fond, l’insulte – qui plus est, grossière – n’est que la lie de la pensée, et l’hallali des chasseurs chaussés de lourds écrase-merde (et vous n’êtes pas leur gibier !). Pareils étrons, s’ils agacent, n’ont jamais tué. Laissez donc courir les beaufs.
    “Abstine et sustine”, selon le conseil des stoïciens. L’essentiel, dans cette époque hystérique, est de s’en tenir à des principes sûrs et qui ne soulèvent pas de dégoût votre conscience. Le reste est écume, qui se volatilise si vite que l’on croit avoir rêvé.
    Courage, donc, et persévérance.

  10. Haha ! Rarement lu un article aussi con. Je m’abonne à Slate pour pouvoir m’en désabonner illico !

  11. A force de vouloir chercher ce qu’est, au fond, l’identité, on constate, en fin de compte, qu’il ne s’agit que d’une somme de haines communes.

  12. A force de vouloir chercher ce qu’est, au fond, l’identité, le ministre constate, en fin de compte, qu’il ne s’agit que de la somme de haines communes. Trop tard, bien trop tard…

    Être et ne pas être, telle est la réponse.

  13. Tiens, je vois mon pote Sergeant Pepper te dire qu’il t’aime ! Cool, il y a décidément une logique dans ce monde : ceux que j’aime t’aiment et ceux que je déteste te détestent. (C’est toujours une joie de te lire, Laurent. Et une régalade de lire les superbes cornichons qui tentent de te foudroyer.)

  14. avouez, ça vous/ nous manquerait ces commentaires de dingues :)
    là ou je ne suis pas complétement d’accord c’est que vous avez l’air de penser que ces ayatollha de la pensée existent seulement depuis l’avenement du web, la différence c’est que maintenant ils peuvent s’adresser au monde entier mais, à mon avis, ils ont toujours éxisté.

  15. Oui, en ce moment Slate donne de cours de drôlerie, enfin si je puis me permettre l’humour de troll qui consiste parfois à cracher sur les gens parce qu’ils l’ont bien mérité (comprendre rendre la monnaie de la pièce ) ne participe pas à mon élévation spirituelle. La question est aussi de savoir si à Slate ils peuvent comprendre cela, que tout simplement on puisse ne pas les trouver drôle?

  16. Le pire c’est pas que les cons se désabonnent, non, le pire c’est d’être aimé par des cons…

  17. Du même acabit que celui ou celle qui crie “remboursé!” à un spectacle gratuit…
    On est beaucoup plus nombreux à aimer vous lire que le contraire, maigre consolation?

  18. Conclusion? “Le peuple pense mal” comme dirait Onfray mais vous avez aussi tout un tas de lectrices et de lecteur très charmant(e)s qui écrivent divinement bien, petit chanceux que vous êtes !

  19. “Alors que j’arrive doucement au cinq centième billet écrit dans ce blog, je continue à être fasciné par les réactions qu’il ne manque pas de susciter.”

    Ce billet ne commencerait-il pas par une faute de grammaire ?

  20. Archi nul !!!!!! J’aime l’humour, ce qui me permet de le reconnaître au premier coup d’œil, et ce n’en est pas! Merci d’être drôle plutôt que d’être sous-jacent, c’est agaçant !

  21. Et bien moi, j’adore vos écrits.

  22. J’ai commencé cet article avec le sourire aux lèvres et je l’ai terminé le visage fermé et pensif. Le constat de l abetise et de l’impuissance humaine est au delà de l’humour bien présent da Etre aimé par des cons quelle souffrance….

  23. J’ai commencé cet article avec le sourire aux lèvres et je l’ai terminé le visage fermé et pensif. Le constat de la bêtise et de l’impuissance humaine est au delà de l’humour bien présent dans l article, simplement effrayant

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