Bientôt cinquante ans et je ne possède toujours rien


Je ne sais comment je me suis débrouillé, mais voilà, arrivant bientôt sur les rives de la cinquantaine, je me rends compte que je ne possède rien, absolument rien, tragiquement rien.

Et si je continue de la sorte, je mourrai aussi pauvre que Job.

La liste de ce que je ne possède pas est infinie : maison, voiture, plan d’épargne logement, assurance vie, actions en bourse, crédits à rembourser, yacht, points pour la retraite, maîtresse, argent planqué sous le matelas, compte off-shore, lingots, écran plat, bijoux, montres, téléphones portables, enfants, chiens, bons du trésor, drone, argent caché au congélateur dans un faux paquet de haricots verts, champ de patates à cultiver, dettes.

Bref, je n’ai rien à déclarer ou presque.

J’ai bien une femme mais je crois bien que c’est elle qui me possède plus que le contraire.

Quant à mon chat, je suis de toute éternité son esclave.

Il faut dire que je n’ai pas l’esprit de propriété.

Avoir mon propre appartement par exemple, enfin par appartement j’entends une surface habitable constituée de quelques mètres carrés, ne m’est jamais apparu comme une nécessité absolue ou comme représentant le Graal des Graals.

A la différence de nombres de mes contemporains, je n’ai jamais partagé cette obsession d’avoir un chez moi bien à moi.

De pouvoir rentrer dans ses pénates et de se dire, le cul engoncé dans son canapé comme une caricature d’emplâtre de bourgeois ahuri, voilà tout ceci m’appartient, c’est à moi et à personne d’autre, je suis le seul à pouvoir en jouir, je suis roi en mon domaine, ces murs sont les miens, ce plafond aussi, ce parquet idem, tout ceci est à moi, rien qu’à moi, juste pour moi, me voilà tranquille jusqu’à ma mort.

Des gens bien attentionnés, des amis même parfois, m’ont expliqué un bon millier de fois, avec ce ton mi-doucereux mi-vertueux qu’emprunte le médecin pour conjurer son patient d’arrêter de fumer, que de continuer à louer comme je m’obstine à le faire depuis ma naissance représentait une pure folie.

De l’argent dépensé en pure perte.

“Depuis le temps, avec tout l’oseille que tu refiles chaque mois à ton propriétaire, tu aurais pu largement t’offrir un studio avec vue sur le périphérique.”

C’est fort possible.

Et après ?

Rien que l’idée d’aller quémander à un banquier anonyme de quoi assurer une mise de départ, remplir des formulaires en pagaille, parapher des contrats illisibles, m’engager à rembourser jusqu’à ce que mort s’ensuive mon crédit à la con, payer des taxes à tire larigot, m’occuper de changer la cuvette des chiottes avec mon propre argent, assister à des réunions de syndic avec d’autres propriétaires dont par principe je me méfierais comme de la peste, s’engueuler avec eux pour savoir s’il faut repeindre la cage d’escalier en bleu azur ou en vert pomme, suffit à me décourager.

J’aime cette idée de vivre en un lieu que je pourrais quitter demain si d’aventure il me prenait l’envie d’aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.

D’être sans attaches aucune.

C’est sûrement une hérésie d’un point de vue économique mais c’est ainsi.

Ne rien posséder représente après tout une forme de liberté absolue.

C’est la garantie de rester maître de son destin.

En toutes circonstances.

De ne pas se ronger jusqu’au sang si d’aventure les cours de la bourse venaient à chuter, si votre niveau de vie se détériorait, si un événement imprévu vous couchait à terre.

Si je n’ai rien à rembourser, si je ne dois rien à personne, si je ne croule pas sous les emprunts, alors je puis continuer à tracer ma route sans me soucier de trop des aléas de l’existence.

Il me suffit d’ajuster mon train de vie à mes revenus du moment pour survivre à n’importe quelle catastrophe.


Ainsi vais-je.


Amen.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

26 commentaires pour “Bientôt cinquante ans et je ne possède toujours rien”

  1. Louer un loft, aller au resto 5 fois par semaine et aux putes 3 fois par mois, ou posséder son cagibi, bouffer des pâtes au beurre tous les jours et se branler devant youporn… that’s the question.

  2. Tout pareil !
    N’est-ce pas Bob Dylan qui chantait :
    ” If you have nothing, you have nothing to loose ” ?
    Bonne journée M. Sagalovitch !

  3. Ah! grand-frère, vous êtes de quelles bornes au juste? Tantôt avec le croque mort tantôt le faussoyeur?
    Vous faites de belles vérités avec une armature de mensonges.
    Je vous déclare ma flamme. Ich liebe dich…

  4. Pas bien !

    Si TOUT LE MONDE était comme toi, il n’y aurait pas eu la crise des subprimes, et les banquiers seraient TOUS nos amis.

  5. Sagalovitsch, dans mes bras !

  6. Bonjour,
    Concentrer son énergie sur la liberté absolue et mouvence est la légèreté que ne trouvent pas beaucoup d’individus !

  7. Haha ! J’adore !! Comme je me retrouve !! J’ai été propriétaire d’un petit flat une fois dans ma vie, plus jamais !! Quand on n’a rien on ne peut rien nous prendre, on reste libre de tous se mouvements et notre richesse est le savoir, la connaissance, source de joies infinies !!

  8. De toute façon, les choses plus on en a plus c’est elles qui nous possèdent. Alors…

  9. Bah !

    Vous oubliez qu’il y a des gens qui ne vivent pas en ville (entre milles et unes autres choses). C’est bien malin de cracher uniquement sur une partie de la population très restreinte en oubliant le reste : o

    Tout ça pour crier plus haut et plus fort que VOUS, vous êtes libre ?

    La bonne affaire.

  10. Vu les prix des loyers par chez moi le fait d’avoir une maison me revient bien moins chère!

  11. Je n’ai jamais pardonné la rafle du Vel d’hiv et ne la pardonnerAI jamais.
    (futur simple)

  12. http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2014/11/27/nul-en-orthographe-et-fier-de-laitre/

  13. On s’en fout de ton nombril.
    Bravo cependant d’avoir trouvé des abrutis prêts à payer et publier les réflexions d’un rebelle parisien pour retarder le naufrage de leur journal.
    J’entends Sartre tousser…

  14. Il est évident qu’avec un emprunt substantiel, les intérêts à verser et le capital à rembourser jusqu’au sou ultime, votre point de vue se défend. Il est tout aussi évident que vos propriétaires passés, présent et futurs vous mettent à contribution, via le loyer et les charges, quand des réparations sont votées par l’assemblée des propriétaires et/ou que le vôtre doit changer par exemple, non la cuvette, mais le tout de l’appareil servant aux « commodités de la conversation », comme l’on disait au Grand Siècle, étant subodoré – vu l’endroit et l’activité (précision sans intention scatologique) – que vous n’utilisez pas de chaise percée, à la différence du Roi Soleil.

    Vous optez donc pour une solution analogue à celle de l’automobiliste pouvant se dispenser de voiture onze mois l’an et jugeant, à juste titre, qu’en louer occasionnellement une est moins coûteux que l’entretenir durant douze mois comme un « emplâtre de bourgeois ahuri » – et propriétaire !

    Si vous êtes, certes, un Job de luxe (quoique ne possédant pas un tas de fumier), sachez pourtant que passé la septantaine, devenir ou rester locataire met à la merci non seulement des caprices d’un propriétaire, mais peut encore exposer à un refus (évidemment tu) de location au motif de l’âge croissant. Ça se voit tous les jours.

    Continuez donc d’aller de-ci de-là, en locataire sans chaînes, mais pas devenant (trop) senior. À moins bien sûr, qu’humanité et philanthropie ne deviennent dans les décennies à venir les deux mamelles du monde.

  15. Tristesse de l’article…

    Il aurait fallu plutôt écrire :

    “à 50 ans j’ai raté ma vie, je ne possède rien et je n’ai pas les moyens de posséder (et de léguer, parce que posséder ça sert à ça aussi protéger ses enfants du besoin) et bien j’écris un article pour me persuader que c’est pas important.”

  16. Bien heureux !!!!
    et veinard.
    Moi qui possède mon chez-moi (à bientôt 50 balais aussi)….je cherche à m’en débarrasser car ce fil à la patte finit par m’angoisser…
    Pouvoir partir n’importe où, n’importe quand et répondre aux urgences sans trop de casse : c’est ça le luxe absolu.

  17. ayant travaillé de nombreuses années dans l’immobilier, j’en ai vu des locataires mis à la porte pour cause de vente de l’immeuble.
    Locataires qui paient un petit loyer car ils sont là depuis 10-15-20 ans voire plus. Locataires qui ont 50-60-70 ans et plus… ces derniers de 70 ans et plus vivent le drame de devoir déménager à un âge avancé, ne trouvent plus de logement pour un loyer similaire à celui qu’ils payaient, sont obligés de changer de quartier, de vivre dans une surface bien plus petite que ce à quoi ils étaient habitués. Certains se voient contraints de vivre en home où ils mourront bientôt…
    Vive la liberté, en effet… à 45 ans je n’ai pas hésité un instant à m’endetter pour 20 ans, aucun proprio ne me jètera à la rue lorsque je serai senior, alors qu’il se sera enrichi sur mon dos des années durant.
    Mi cigale, mi fourmi, je vis ma vie, libre malgré un emprunt hypothécaire.
    Mon appartement, je pense le vendre pour le remplacer par une maison dans le sud de la France, certes cela demande plus de réflexions et plus de paperasseries que si j’étais locataire, mais je reste libre de mes choix.

  18. Bonjour,

    Effectivement, cette liberté peut faire envie. Tant que vous pouvez travailler pour payer votre loyer. Quand vous n’en aurez plus la possibilité (âge, maladie, accident…), que ferez-vous ? A moins d’avoir un compte épargne, de l’argent de côté (et que, donc, vous posséderez), comment vivrez-vous ? Comment paierez-vous votre loyer ? Peut-être votre compagne aura-t-elle été plus prévoyante, et alors vous n’êtes pas si libres, puisque vous dépendez de ses choix. Ou alors vous comptez sur un héritage quelconque ? Dans ce cas, ça n’est pas non plus à vous que vous le devrez…

    J’aime l’idée qu’on puisse être aussi insouciant que vous, et quelque part je vous envie. Pourtant, tout le monde ne peut pas se permettre de penser ainsi. Je reconnais que vous écrivez bien, et l’idée est intéressante.
    Néanmoins, un de vos contradicteurs l’a indiqué, vous réduisez la propriété aux réunions de copro, qui n’existent pas en campagne.
    De plus, vous pouvez posséder un bien immobilier ET changer d’air quand ça vous chante, si vous êtes nanti, certes, en achetant autant de résidences secondaires qu’il vous plaira…
    Et puis, l’accession à la propriété ne passe pas forcément par un “banquier anonyme” (qu’avez-vous contre les banquiers?) : vous pouvez toujours emprunter à des proches.

    En outre, si je crois saisir l’esprit volontairement critique de votre papier, j’en trouve le ton quelque peu dur, voire méprisant, envers tous ceux qui n’ont pas votre chance, ceux qui aspirent à la propriété pour être certains d’avoir toujours un toit sur la tête…Accessoirement sur celle de leurs enfants. En vérité, votre liberté semble découler de votre absence d’engagements : ne pas s’engager à rembourser un prêt, faire d’enfants, assumer l’entretien d’un logement… Certes, ce sont des choix personnels à chacun, nous choisissons nos chaînes, mais ça n’en est pas moins méprisable. Quoi que vous en disiez, vous semblez travailler, et donc ce sont les enfants des autres, de ceux qui sa vautrent dans un canapé, qui paieront votre retraite…

    Chacun ses choix, et les hippopotames seront bien gardés.

    PS: à tous ceux qui remarqueraient que ce n’est pas LA citation exacte, c’est une déformation volontaire.

  19. Il y a environ 40% de Français qui ne sont pas propriétaires.
    Vous pensez quoi ?
    Qu’ils vont errer comme des fantômes affamés dans les rues de nos villes ?
    Tout le monde n’est pas fonctionnaire, ni salarié.
    Et le but de l’existence n’est pas de vivre le plus longtemps dans le cadre de son environnement rassurant.
    Il faut mettre de la métaphysique dans votre quotidien sinon vous êtes morts. Littéralement.

  20. C’est trés certainement la page la plus subversive que j”ai lu sur le net depuis bien longtemps…. et tellement vrai…. Hihi… Et j’ai adoré lire les commentaires…. Vos crédits sont vos chaines….
    Dominique 48 ans- Sans crédit…. Je n’achete jamais ce que je ne peux pas payer…

  21. Etre esclave du banquier ou de son propriétaire? J’ai choisi d’être propriétaire, mais selon la Bible, la terre n’appartient pas à l’homme mais à Dieu!
    Je ne suis pas moins libre que vous: Si je dois partir demain je partirai en ne laissant rien derrière moi ou en laissant tout comme nos parents et nos ancètres à maintes reprises!
    La liberté c’est dans nos têtes, et nous n’avons pas la culture de la propriété foncière, voilà tout!

  22. Bravo, mille fois Bravo, enfin des paroles intelligentes qui me rassurent .
    Je croyais etre la seule à penser ça….

  23. Corto mal thése?

  24. Il fout quoi de sa tune ? Espérons qu’il n’a pas d’héritier.
    Il a rien car il ne veut rien, il se contente de son plaisir personnel, un plaisir égoïste en traitant les autres d’égoïstes.

  25. Tout a fait d’accord. Sur toute la ligne. On est libre de ce qu’on ne possede pas.

  26. Laurent Sagalovitsch
    Quand ouvres-tu ta Yeshiva?
    Je suis sérieux

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