Robin Williams ne s’est pas suicidé, il a juste devancé sa mort

 

Vivre ne va jamais de soi.

Le suicide de Robin Williams est encore là pour nous le rappeler.

Il nous faut à chaque matin recommencé nous convaincre de la nécessité de se lever, de trouver en soi les forces suffisantes pour affronter une nouvelle journée, de taire ces écœurements qui nous murmurent de leur refrain morbide la vanité des choses, la mesquinerie des hommes, la veulerie des femmes.

Jusqu’au jour où l’on décrète que le jeu n’en vaut plus la chandelle.

Que cette vie que nous avons patiemment construite nous apparaît sous un jour tellement blafard qu’il vaut mieux tirer sa révérence au lieu de continuer à mener une existence où chaque heure s’apparente à un chemin de croix, chaque minute à un calvaire ininterrompu, chaque seconde à une torture mentale que rien ne parvient à apaiser.

Ni l’alcool, ni les drogues, ni l’amour des siens, ni l’orchestration de notre vie domestique, ni le semblant de sécurité que nous apportait jusque-là notre travail routinier, ne pèsent face à ce sentiment de l’irrémédiable inanité de notre existence, de toute existence.

Je ne sais pas ce qui a conduit Robin Williams à mettre fin à ses jours.

Personne ne le saura jamais vraiment.

Il se peut que lui-même ne l’ait pas vraiment su.

Il avait juste acquis la certitude que cette fois la fête était vraiment finie, que l’avenir ne lui réservait plus qu’une litanie de jours désespérants de monotonie blême, si prévisibles dans leur implacable mastication qu’il fallait mieux achever là la comédie de sa propre vie.

Il était dépressif comme nous l’avons tous été un jour ou l’autre.

De cette dépression qui embastille l’âme dans une prison si cadenassée de partout qu’elle ne parvient même plus à entrevoir la possibilité de retrouver un jour le doux chemin de l’espoir et de la lumière.

La force tellurique du désespoir qui nous anéantit, nous broie, nous écrase, ne nous laisse aucun moment de répit, nous emmène au bord du précipice où miroite enfin la possibilité d’échapper à toute cette souffrance en se fiançant avec cette mort qui nous sourit de toutes ses dents et nous invite à la rejoindre.

Nous sommes tous des suicidés en puissance.

Qui n’a jamais songé, suite à un chagrin d’amour, à une contrariété de trop, à un deuil impromptu, à franchir cette mince et si fragile frontière qui sépare la vie de la mort, à enjamber cette passerelle et à s’enfoncer à tout jamais dans la grande nuit de l’infinie solitude ?

La pensée que plus jamais aucune joie ne viendra nous visiter, que nous sommes condamnés à vivre une vie si terne, si triste et si convenue que par avance elle nous dégoûte, que nous refusons d’être complices de ce simulacre où il nous faudra continuer à donner le change alors que hurle en nous l’envie d’en finir avec une existence qui ne nous concerne plus.

Naît alors dans les marécages de notre âme désolée l’idée que seule la mort saura redonner un sens à notre vie.

Et quand cette idée devient une obsession, qu’elle ne cesse de jour comme de nuit de ricaner de nos efforts entrepris pour lui échapper, qu’elle revient sans cesse à la charge et nous houspille sans relâche, il arrive parfois que les digues sautent et avec elles le fil ténu qui nous rattachait à la vie.

 

Le suicide n’est qu’une mort anticipée.

Une invitation qu’on devance et à laquelle on ne peut se soustraire.

Et un ultime bras d’honneur lancé à la face d’un monde qui a fini de ne nous intéresser.

 

Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

27 commentaires pour “Robin Williams ne s’est pas suicidé, il a juste devancé sa mort”

  1. “Les désespéréeééééssss” c’est mort de rire, sacré Brel. Je ne vous sens pas très inspiré en ce moment. À mon avis quand on en arrive à un tel stade de dépression la pensée n’a plus raison d’être et laisse place au néant, une sorte d’anti matière noire qui se propage du fond des entrailles du cœur jusqu’à la mécanique du mouvement automatique. Ça doit être chiant mais plus pour longtemps. Et puis Saga votre blabla c’est mal ça favorise le mimétisme http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/08/13/apres-la-mort-de-robin-williams-questions-sur-la-mediatisation-dun-suicide/ On écrit pas un livre avec des bons sentiments mais un blog?

  2. S’il avait pu lire Laurent Sagalovitsch, il serait peut-être reparti pour un an. Toujours penser à lire un peu avant d’ouvrir le tube.

  3. “Une invitation qu’on devance…” Belle et juste formule. Chapeau pour ce texte qui décrit avec acuité ce que doit être le total désespoir de vivre. Lorsque nous éprouvons cela, à ce point d’incandescence, à ce point de non-retour, alors, effectivement, l’envie de devancer l’appel doit devenir une urgence.

  4. Moi je trouve que l’on ne choisit pas sa vie : si on demandait à tous les spermatozoïdes s’ils voulaient sortir les rames pendant X années , pas sûr qu’il y ait une majorité qui veulent ! en tous cas , on me l’aurait demandé j’aurais fait hara kiri ! donc je comprends que quelqu’un choisisse d’en finir et je le respecte ! Il a fait ce qu’il a voulu , il a peut être été très heureux et maintenant la routine et l’hypocrisie humaine , il en a eu marre ! Robin ! T’es une étoile , une vraie ! tu brilleras dans nos cœurs pour un bon moment!

  5. Un très très beau texte sur la dépression, les moments sombres et le suicide… honnêtement un des texte les plus beaux et inspirés qu’il m’ait été donné de lire sur le sujet, loin de la dramaturgie éplorée de ceux qui restent avec leur peur de la mort et leur peine du vide émotionnel…

    Vraiment, merci et bravo.

  6. Face à la dépression, il n’y a pas de solution unique. Au plus, face au désespoir au sens large du terme, peut on engager une sorte de processus de recouvrement de l’ insouciance, fondamentalement indispensable pour pouvoir continuer à affronter la réalité de ce désespoir.
    Pourtant, la recherche de l’insouciance, et ses formes les plus accessibles comme l’alcool et la drogue ne suffit qu’un temps, relativement court.
    Substituer un désespoir par un autre, encore plus spectateur de sa propre déchéance, encore plus moteur de destruction physique et sociale constitue pourtant la première voie empruntée par les jeunes dépressifs. Notre société a le devoir de retrouver une certaine d’insouciance…

  7. Le plus bel hommage qu’on pouvait faire à cet acteur -que nous aimions- fatigué de la vie. Marre de voir des photos illustrer tous les moments de sa vie, de lire ses biographies plus insipides les unes que les autres, et même les interviews de ses enfants.
    Merci Saga.

  8. Mouais.
    C’est surtout lorsqu’on est persuadé de n’être qu’un poids pour ceux que l’on aime, et qu’ils s’en trouveraient bien mieux sans nous que l’on passe à l’acte.
    Le reste n’est qu’appel au secours déguisé.

  9. @Laurent Sagalovitsch i love you mother-fucker t’es l’homme habile de cette jungle virtuelle mouah kisses beijinhos

  10. C’est toujours gênant de lire des gens à propos de choses qu’ils n’ont jamais vécu. Par conséquent, comment peut-on exprimer ce qu’a pu ressentir un suicidé avant l’acte ?

    Oliiive > Comme si, quand on est dépressif suicidaire, on a envie de faire de la lecture. Pourquoi pas jouer aux échecs aussi ?

  11. Impossible de trouver sur ce putain d’internet un gars ou une fille qui ne jette pas des fleurs à Brel. Monde de merde.

  12. Quand on est déprimé, c’est d’abord pour soi qu’on se tue. Parce que la vie nous apporte plus de souffrance que de bonheur.
    Le fait de se sentir un poids pour les autres n’est qu’une forme de souffrance parmi d’autres.
    Les proches sont surtout une bonne raison pour rester, car le suicide est généralement dévastateur pour eux (sans parler de l’effet de contagion…).

  13. O5Live où l’art de nous ramener au niveau des pâquerettes.

  14. Au vu de certains commentaires dithyrambiques à propos de votre prose morbide j’ai relu votre papier. J’étais loin de la vérité, c’est vraiment très mauvais ou alors d’une mauvaise fois hilarante, j’hésite parce que “je ne sais pas ce qui a conduit Robin Williams à mettre fin à ses jours.” J’ai bien ri, merci! Mouarf mouarf mouarf

  15. Saga vous avez déjà croisé un truc comme ça ? http://canada.guillaumevoisin.fr/wp-content/uploads/2008/04/chicoutimi_saint_jean-105.jpg

  16. demander à qq un qui veut mettre fin a ses jours s’il veut arrêter de vivre ou simplement arrêter de souffrir , et il vous répondra la seconde
    votre article est hors de propos et peut être même une incitation au passage a l’acte

  17. “Il nous faut à chaque matin recommencé nous convaincre de la nécessité de se lever, de trouver en soi les forces suffisantes pour affronter une nouvelle journée,”…..quand on pense cela c’est qu’on est déjà dépressif….

  18. « Vivre ne va jamais de soi ». Bien sûr : ça vient des… autres. D’où ces enfants – furieux d’un reproche exprimé par leurs parents démunis devant un manquement, une frasque – qui leur lancent le torturant défi d’un « Je n’ai pas demandé à naître », ou : « Excusez-moi d’être né ». Certes, généralement, ces enfants-là n’ont pas soixante-trois ans.

    L’acteur adulé, ou moins – les éloges posthumes sont souvent excessifs –, un jour, « décrète que le jeu n’en vaut plus la chandelle ». Quelle qu’en soit la raison. Quel que soit son état au moment où il prononce la sentence : ivre, lucide, en proie à la drogue… N’importe : il avait déjà envisagé la question. [Qui ne l’envisage jamais ?]

    À ce moment-là, Camus et « L’Homme révolté » (lu ou non : d’autres ont pensé comme lui, et vice versa) sont absents, qui concluraient : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » de remonter sa pierre au sommet – d’où elle roulera encore et encore. De vivre malgré tout. Car on a alors « acquis la certitude que cette fois la fête est finie » et cette autre : que « le suicide n’est qu’une mort anticipée ». Splendide truisme, évidence qui servirait pour n’importe quelle mort. Le cancer, la chute de l’alpiniste, la noyade du naufragé, toutes causes qui ne sont « qu’une mort anticipée ».

    Au fait, anticipée par rapport à quoi ? À la mort… statistique ? À celle inscrite sur « le grand rouleau » de là-haut que Diderot fait imaginer à son Jacques le fataliste ? À celle qu’un supposé, ou réel, ou du moins cru, destin réserve à chaque être humain ? Mais, voyons, « suicide » dit mort qu’on se donne ! Parbleu, vous avez raison : une façon de rattraper notre naissance subie, notre naissance qui nous a échappé ?

    Qui sommes-nous pour juger semblable manière de « devancer » la mort ? Et qui serions-nous de n’en penser pas moins ?

  19. Ce qui est fort c’est que Saga arrive à faire passer des simplistes éhontés pour des vérités immuables et évidentes comme quand il dit “nous sommes tous des suicidés en puissance” et d’enchaîner sur le suicide romantique du cœur brisé. C’était une façon de créer de l’émotion, le héros aime mais n’est pas aimé il ne lui reste qu’à se suicider, acte de raison, volontaire, provenant du dedans, du moi et donc héroïque, pur sophisme. Les romantiques naturalistes qui s’attachaient à décrire la réalité se sont vite rendu compte que dans la vrai vie les gens ne se suicidaient pas des qu’ils avaient un chagrin d’amour mais que les causes en étaient bien souvent extérieur, pauvreté, niveau social, dépression…le ça. Et donc Saga de réconcilier des façons de présenter le suicide totalement antagonistes comme si de rien n’était. Quand on dit que le suicide n’est ni un choix de liberté ni héroïque ce n’est pas dénigrer le suicidé mais s’inquiéter pour lui en contrant cette façon dangereuse de le présenter. Et de conclure que de provoquer la fatalité, de se l’approprier nous rendrait libre. Et donc se serait formidable. J’en suis bouche bée.

  20. En fait ce qui est gênant dans le suicide de Williams, c’est qu’il s’est suicidé comme un grand, la volonté est une condition sine qua none au suicide mais étant un grand dépressif on peut supposer que cette volonté à été faussée et d’une certaine manière remettre en cause le libre arbitre, sa capacité à raisonner juste. Ou allrs on peut pérorer que c’est un choix délibéré et fait en toute connaissance de cause donc la quintessence du libre arbitre. Que les branquignoles qui pensent cela nous fassent grasse de leurs commentaires, si la vie est trop dur et que de toute façon la mort est au bout du chemin qu’ils passent à l’acte de libération tout de suite ça nous fera des vacances. Mais bon c’est toujours ceux qui en parlent le plus qui en font le moins…

  21. Nico Pédia : je suis tout à fait d’accord avec votre dernier commentaire et en particulier avec ceci : “on peut supposer que cette volonté à été faussée et d’une certaine manière remettre en cause le libre arbitre, sa capacité à raisonner juste.”

  22. si tous les dépressifs pouvaient se tirer une balle dans le cul…

    brel le plus chanteur francophone : je me marre !
    un comique troupier depressif, oui.

  23. Quel article pourri.. Mais oui! Tuons nous tous la vie c’estd e la merde, devançons la mort! Non ce qui est triste c’est que quelqu’un qui fasse sourire n’avait plus assez d’emerveillement, et un coeur d’enfant pour avancer.
    Moi je suivais ses reportages sur le monde des dauphins avec lui. Et lui il avait qui autour de lui? Regardez le film “the angriest man in Brooklyn” son dernier film, et reposez vous la question avant d’ecrire cet article. Robin WIlliams avait besoin d’aide, et il a eu personne. Si vous travailliez avec des depressifs vous comprendriez un peu mieux plutot que de banaliser un acte avec un ” la vie n’en valait plus la peine il a été maitre de son existence” Le négativisme n’est pas signe de génie, ou de celui qui a tout compris, il est synonyme de quelqu’un qui jette l’éponge, quelqu’un qui est triste et qui ne samuse plus de rien. Bref : un adulte.

  24. Moi, le matin, c’est sûr que j’ai du mal devant mon bol de thé. tout prêt devant moi. 20 bonnes minutes avant d’atterrir encore un coup sur ma vie. Mais une fois dehors, comme je suis contente, d’une joie primaire et simpliste je vous l’accorde, de faire encore partie du jeu et de respirer l’air du jour !!

  25. Je reviens de week-end : putain, c’est violent !

  26. clair, c’est la faute à Nico, il s’est fait naturaliser Canadien :)

  27. Joli texte, lucide

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