Je suis sur le cul, la pornographie rend con

 

Je suis inquiet.

Je viens de découvrir en lisant le journal que la pornographie rend con.

Je me disais aussi.

J’avais bien noté depuis quelque temps qu’intellectuellement je baissais.

J’étais à la ramasse.

Mon cerveau tricotait des raisonnements abscons, mon esprit fricotait avec le néant, je me perdais dans des élucubrations sans queue ni tête, je branlotais des idées vierges de tout sens, j’étais devenu un puceau de la pensée.

Moi qui, avant de me perdre dans la contemplation de vidéos résolument dégoûtantes, brillait par ma sagacité éclairée, voilà que j’étais devenu aussi alerte qu’une otarie mélancolique, aussi vif qu’une girafe circoncise, aussi véloce qu’un hippopotame atteint de coliques néphrétiques.

Mon entourage se désolait.

Je ne lisais plus.

Je trouvais assommant ces romans qui hier encore illuminaient ma vie.

La poésie de mon adolescence me dégoûtait.

Sans cesse, je cherchais la raison de cette décrépitude aussi soudaine qu’abrupte.

Comment un être aussi percutant que moi, à l’intelligence si fine, à l’esprit si agile, à l’éloquence si grande, en l’espace de quelques années avait pu devenir cette personne aussi inconsistante, d’une insignifiance si rare que je jalousais les palpitations cérébrales d’une mouette, capable de discerner un croûton de pain dans une mer de déchets ?

Je m’interrogeais.

Etait-ce cette mortifère association Valium/Coca Zéro qui peu à peu avait grignoté mon cerveau, l’amenant à stagner dans un océan de médiocrité ?

Avais-je trop passé de temps à regarder des matchs de foot, si bien qu’à la longue ma capacité à raisonner s’était comme contractée, que peu à peu mes facultés intellectuelles soulées de hors-jeu de position et de coups du sombrero s’étaient figées, réduites seulement à envisager les avantages et désavantages de l’arbitrage à cinq comparés à l’utilisation de la vidéo ?

Etait-ce la tenue même de ce blog qui, à force d’aligner des billets d’une ineptie absolument constante, d’une niaiserie de plus en plus féconde, d’une vacuité jamais démentie, avait achevé de congeler le reste de lucidité qui me restait ?

Je ne savais.

Je constatais seulement que plus le temps allait et plus je sombrais dans une indécrottable bêtise.

C’est qu’entretemps j’avais découvert un monde que jusqu’ici je n’avais entrevu que lors de mes années de formation quand, la nuit venue, me faufilant en douce dans le salon familial, je restais des heures à contempler sur un écran de télévision les images scandaleusement brouillées de corps effectuant de drôles d’arabesques zézayant des scènes de copulations dont j’avais toujours eu quelque difficulté à saisir l’ordonnancement.

Je découvrais enfin, grâce au biais d’internet, la magnificence de la pornographie rendue enfin accessible à mes cinq sens.

Je goûtais jusqu’à l’écœurement ces scènes parfaitement cadencées où des jeunes suffragettes en tenues d’écolières s’offraient sans vergogne à des tripotées de mâles capables de les entreprendre des heures durant en jouant de leurs membres aux dimensions si extravagantes que je m’entraînais des heures durant à allonger ma propre surface de pénétration.

Je m’émerveillais d’avoir accès à des séquences où des nains fraternisaient avec des dames à la date de péremption plus que dépassée, lesquelles reliques jouaient de leurs rides pour ravir des messieurs encagoulés offerts en sacrifice à des diablesses capables de recevoir en des endroits que je pensais réservés à usage unique des offrandes démultipliées à l’infini.

Je me familiarisais avec la fausse pudeur d’égéries nipponnes bien assez friponnes pour gourmander des friandises restées cachées à mes yeux, je m’accoquinais avec de grandes Frida capables d’engloutir à la suite des choucroutes garnies, je redécouvrais les splendeurs de l’Empire austro-hongrois, je me passionnais pour des cabrioles dispensées dans des préfabriqués somptuaires.

Ou bien accomplies au détour de canapés renversés, dans la lumière crue d’appartements envahis par la foule des grands soirs venue assister au parcours du combattant d’une coiffeuse transformée le temps d’une séquence en Reine de la Nuit.

Et voilà que j’apprends aujourd’hui que c’est précisément le visionnage de ces vignettes pornographiques qui s’avère être la cause de l’encrassement de mon cerveau.

De son engourdissement et de son délitement.

Je me sens floué.

Comment aurais-je pu penser un seul instant que la contemplation béate de ces Caprices de Madame et autres Rodéo sur Juliette puissent un jour assécher la rivière séminale de mes pensées qu’autrefois je recensais dans des annales que je voulais par-dessus tout littéraires ?

 

Je suis sur le cul.

 

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7 commentaires pour “Je suis sur le cul, la pornographie rend con”

  1. C’est un test pour voir si on sait déceler la misogynie dans le porno? Vous savez je connais des gens à qui je dis non et ils croient que ça veut dire oui. Pourtant il ne me semble pas qu’ils sont misogynes et franchement les tenues de soubrette très peu pour moi. Comme quoi.

  2. et depuis quand on fait confiance aux études scientifiques
    allemandes ?

  3. J’aime beaucoup ce billet, le charme fluvial de sa lecture et tous ces mots choisis pour décrire le “pornland” et ses conséquences, mais je vous rassure, en lisant ce texte, je me disais, que peu importe votre assèchement cérébral, les idées développées et le style rédactionnel sont toujours au RDV :)

  4. moi je trouvais saga beaucoup plus drôle quand il était obsédé sexuel

  5. « Sur le cul », dites-vous être. Que vous conseiller ? D’y rester : c’est encore la meilleure posture pour aligner lettre, puis mot, puis phrase, devant l’autre. Les moines du Moyen Âge lutinaient l’alphabet debout face au lutrin, où feuilles et livres reposaient. Ils ne manquaient pas de tenue. Du moins ne mêlaient-ils pas les divers objets et les multiples positions de leurs lutineries.

    Surtout, rassurez-vous. Pour vous fréquenter, via ce blog, depuis quelques mois, l’on n’a rien soupçonné qui pût indiquer une détérioration de votre striatum. Toutefois, en cas d’inquiétude et/ou d’hébétude patentes, recourez au scanner, cela vous rassurera certainement.

    Tout de même, vu votre puissante imagination, on s’étonne que vous contempliez « jusqu’à l’écœurement » des « scènes », durant lesquelles de curieux contorsionnistes se livrent à des emmêlements relevant d’un esthétisme de pacotille.

    Quoi qu’il en soit, si l’addiction persistait, avant que le gâtisme ne s’empare de vous, songez au traitement que Stanley Kubrick fait subir à Alex DeLage dans « Orange mécanique ». Gageons que ce souvenir vous secouerait, tel bon coup de fouet ou un électrochoc salvateur. Que l’addiction tape – encore ! – l’incruste, il ne vous resterait alors plus que le démenti historique infligé aux hygiénistes du dix-neuvième siècle. Ils vouaient au crétinisme les gamins se livrant, parfois jusqu’à l’onanisme, Mesdames et Messieurs, à la dévoration de gravures lestes.

    Le nombre d’idiots crut-il de façon exponentielle ? Nenni. Vous voyez bien.

  6. Mouais, enfin grâce à moi les fans sortent du bois, ne me remerciez pas c’est gratuit.

  7. Quelle prose, quelle prose mes amis :-)

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