Moi aussi je veux être canonisé

 

J’ai bien essayé de décrocher deux tickets pour la canonisation des deux superpapes mais c’était complet, archi-complet, plus une seule place à squatter sur la place Saint-Pierre, même les balcons des immeubles alentour affichaient complets, le monde entier s’était donné rendez-vous à Rome et moi comme un grand corniaud de bâtard de juif j’ai manqué ce mondial de la Sainteté.

Cette grande partouze interplanétaire des âmes en manque de réconfort cherchant dans des figures paternelles la force nécessaire pour aimer son crétin de prochain, le rassemblement de millions de pèlerins venus chanter les louanges d’un pape polonais assez ravagé pour pratiquer l’auto-flagellation afin de mieux rentrer en résonnance avec les souffrances du Christ.

J’avoue j’ai toujours eu du mal avec les catholiques. Avec les Polonais aussi d’ailleurs.

Ils me sont aussi difficiles à comprendre que la géométrie dans l’espace, la poésie de Mallarmé, la recette de la sauce béchamel, la pornographie japonaise, la musique sérielle, la peinture abstraite, la règle du hors-jeu au rugby, les dialogues dans un film québécois, la mise d’un préservatif dans l’obscurité, l’attirance pour les popotins des jeunes garçons, le port de sandalettes dorées par temps de pluie.

Ce culte équivoque de la souffrance.

Leur grand écart perpétuel entre un idéal d’amour compassionnel et leurs manquements à répétition tout au long des siècles, cette évangélisation à marche forcée auprès de populations rendues serviles, l’abominable et imprescriptible silence de leurs autorités religieuses durant l’Holocauste, leur foi un brin chichiteuse, leur Dieu par trop émollient, leur liturgie versant dans une grandiloquence obscène à grands coups de timbales dorées.

Et cette palanquée de miracles diafoirusiens qu’ils nous servent comme des piqûres de rappel pour mieux nous convaincre qu’ils entretiennent avec les instances supérieures des connivences étroites.

Ceci dit, moi aussi j’aimerais bien être canonisé.

De mon vivant si possible.

Ne sachant ce qu’il adviendra après mon éventuelle disparition, n’étant pas absolument certain que je puisse être présent lors de ma glorification posthume, à tout prendre je préfère que cette consécration mille fois méritée s’opère tant qu’il me reste un souffle de vie.

Que je puisse voir sous mes yeux la foule de mes admirateurs, éberlués de reconnaissance, accourir des quatre coins de la Rue des Rosiers afin de venir célébrer mon culte, révérer mon génie intemporel, se flageller le torse afin de mieux attendrir mes souffrances, hululer des psaumes à ma gloire éternelle, louer ma sagacité, m’embrasser les orteils, bénir mes testicules, m’offrir quelques pâtisseries mielleuses comme dernier réconfort à une vie que j’aurais passé à les éclairer de mon auguste présence.

Du coup, je suis allé consulter le rabbin du coin pour connaître mes chances.

Faut voir il m’a dit. T’as quoi comme référence ?

J’ai eu mon bac B avec mention assez bien.

C’est tout ?

Non j’ai aussi réussi ma Bar Mitzvah du premier coup sans même comprendre ce que je lisais. Et j’ai tellement bien chanté que j’ai fait pleurer ma mère. Et Madame Boutboul aussi.

Pas mal. Quoi d’autre ?

J’ai convaincu un journal que j’avais assez de talent pour tenir un blog alors que je n’ai rien à dire, que j’écris comme une oie sauvage, que j’ai le cerveau circoncis, que je ne sais que me plaindre, que je n’ai aucune capacité d’analyse, que je suis sourd à l’économie, que je ne sais pas me servir de twitter et que je suis d’une connerie irrécupérable.

 

Il m’a dit de repasser dans deux semaines.

Et en attendant le verdict de la commission, de prendre le premier train direction Varsovie pour visiter ses remparts.

 

Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true )

 

21 commentaires pour “Moi aussi je veux être canonisé”

  1. Pour les personnes, encore sceptiques et niaises, qui en douterait encore, je puis leur dire tout haut et fort: l’église de Pierre, premier évêque de Rome, tient en ses mains, les clés du paradis imaginaire qui alimente l’imagerie d’une félicité sans borne et sans limites pour le parfait abruti croyant encore au salut de l’homme. Remplissant d’espoirs, l’imbécile croyant de voleur, qui entend sa canonisation de la bouche d’un Jésus martyrisé aux piloris. Désormais, elle-l’église- est le fils par lequel, il faut passer afin d’obtenir son ticket pour l’autre rive: le paradis; la promesse improbable d’un Dieu qui depuis longtemps nous dissimule sa face, sous prétexte que nos yeux de pêcheur ne pourront pas la soutenir humainement.

    Qui veut de la rédemption? Moi, je passe mon tour. Au suivant. Ce qui m’intéresse c’est ma canonisation, ma béatification, je veux devenir un saint comme 2 et 23, alors là, je prendrai le titre de dho 12. Un peu original pour un pape, mais chacun doit savoir marquer son époque, ne serait-ce que par son pseudonyme.

    Mais tout au fond de moi-même, je sais d’un savoir certain que je ne serait ni pape,ni évêque, ni cardinal. Je ne serai que ce que je suis en écrivant ce billet: un pauvre con qui ne sait quoi écrire d’accrocheur mais qui ne se lasse de raturer.

    Je n’ai jamais aimé les honorifies postmortels pardonnez posthumes. Dans une caisse minuscule, couchée dans le caveau d’un trou à ma taille, qui me sert d’univers, la canonisation sera le cadet de mes soucis, si je ne puis être porté plus haut par les mains et les voix disponibles pour me faire des oraisons inutiles.

  2. redondance

  3. Avant ta certaine canonisation mille fois méritée et justifiée, j’ai l’honneur de t’annoncer que dorénavant je t’éleve à la dignité suprême de l’association des juifs pas très catholiques dont je suis le fondateur et le président.

  4. en fait, c’est le “ballon d’or” du catholicisme la canonisation.
    ce n’est pas Messi qui me contredira :)

  5. Comme pour tout, pour comprendre les gens différents de soi, il ne suffit pas de les observer de loin, il faut les fréquenter, partager des choses avec eux.

    Je fréquente des cathos (notamment) et même si je ne partage pas forcément toutes leurs opinions (je ne suis pas l’opposé non plus), j’ai bcp appris à leur côté sur l’intérêt de la religion comme réseau de solidarité, d’entraide. Sur l’intérêt d’envoyer les enfants en camp scout (pas trop mon truc a la base), parceque ça enseigne l’indépendance, la débrouille, la prise de risque, l’autonomie. J’ai compris aussi qu’élever une famille nombreuse (fréquente chez les gens croyants, catho ou autres) requerrait quelques astuces, notamment laisser de l’autonomie à ses membres, et que la communauté religieuse permettait ça, ce qui est de plus en plus difficile à notre époque où on a peur de tout.
    Je suis pour le mariage homo mais pour en discuter avec des cathos, je comprends aussi qu’on soit contre, sans que cela fasse des participants à la manif pour tous de grands tarés fascistes. Il y a des valeurs passionnantes que la religion propose, et comme pour tout, si on arrête l’ironie non-stop et qu’on est sincèrement curieux de l’autre et de sa manière à lui de donner un sens à sa vie, on en sort enrichi et beaucoup moins con :-)

  6. Ça me gave un peu de taper sur la religion, j’ai l’impression de perdre mon temps, je les trouve tous aussi cons les uns que les autres http://pierrealain.blogs.nouvelobs.com/media/02/00/3099476215.jpg sauf certains avec qui on peut un peu discuter mais franchement c’est rarement très glorieux.

  7. Alors, comme ça, on aimerait entrer dans le canon des saints de l’Église catholique ? Outre que le verdict de la « commission » [œcuménique, suppose-t-on] saisie par « le rabbin du coin » risque d’être salé (« Quoi ! Être reconnu saint par ces menteurs qui n’attendent même pas le Messie, comme s’il les avait visités ?!), mieux vaudrait l’équivalent de la canonisation pour l’écrivain.

    Il en existe deux types. La petite canonisation : l’entrée de ses œuvres complètes dans la collection de La Pléiade, chez Gallimard. Selon l’importance desdites œuvres : un, deux ou trois volumes. Si plus, l’on est un écrivain prolixe et, sans doute, polygraphe. Bon, la petite canonisation se fait à Paris – qui n’est pas encore un musée, quoiqu’on menace la Ville lumière de le devenir : elle chicane sur les Watts. Il faut donc faire vite !

    Pour la grande canonisation, l’écrivain a plus de temps devant lui. Il peut créer sereinement, peaufiner, enfin, se constituer l’Œuvre du siècle. Et décrocher le Nobel. Aller à Stockholm ! Le rêve. Et puis accepter le prix, ou le refuser. Les deux se font, selon l’ego de l’Écrivain.

    Le clou (le must), c’est la petite canonisation plus la grande. On est alors un pape de la littérature.

    Et l’Agence France Presse d’envoyer une dépêche citant quelques mots du lauréat du prix Nobel : « L’Écrivain put alors “voir sous [ses] yeux la foule de [ses] admirateurs, éberlués de reconnaissance, accourir des quatre coins de la rue [Sébastien-Bottin] afin de venir célébrer [son] culte, révérer [son] génie intemporel…” »

    Les grandes orgues ! Ce sont les grandes orgues !

  8. “leurs manquements à répétition tout au long des siècles”

    Merdoum, j’ai beau aimer l’histoire, et particulièrement celle de l’Europe centrale et orientale, où vivent habituellement les Polonais, quelque chose m’échappe…

    Sinon, j’adore lire les critiques sur l’antisémitisme polonais et tout ce que les polonais ont raté envers les juifs. Elles me rappellent immanquablement les propos antisémites des mêmes polonais. Ça me fait penser à ces couples qui divorcent et s’envoient par la gueule toutes les merdes qu’ils ont dues supporter en vivant ensemble. On sent l’amour déçu. :)

    En même temps, si tout ceci est sur le même degré que le reste du billet, qui m’a beaucoup fait rire, je m’interroge pour rien. 😉

    Bonne suite !

  9. Canonnade sur la canonisation = mythe raillé (ou mitre raillée)… :)

  10. Dans toutes les religions ce sont les intégristes qui foutent la merde. Bon revenons à nos moutons, moi j’aime bien le Père François, il est apparemment plus proche de ses brebis qu’aucun autre n’a eu l’humilité pour le faire, enfin on verra au fil du temps. Jean Paul 2 détestable, rétrograde, intolérant et Jean 23 : je lui dois beaucoup ! et en particulier mon écriture (manuelle, s’entend) ça tient presque du miracle ! :)) L’apprentissage de l’écriture à la plume était une vraie torture, plus je m’appliquais à en avoir des crampes dans la main plus je faisais des pattes de mouches, des ratures, des pâtés. Un jour qq’un m’a montré une photo de la main dudit pape qui écrivait avec une plume, qu’elle élégance, les doigts allongés sur le corps, ce fut un vraie révélation on ne doit pas souffrir en écrivant, et bien sûr la personne à ajouté que l’on pouvait voir beaucoup de la personnalité de qq’un à travers son écriture….Ce n’est plus guère d’actualité, à part pour les lettres de motivation….

  11. Stained glass windows keeping cold outside, while hypocrites pray inside…they take the money, you keep the lies…

  12. le gars se répend à longueur de posts qu’il est mauvais français, mauvais juif, qu’il n’a jamais bossé de sa vie, qu’il est asocial et il postule à la canonisation !

    On aura tout entendu !

  13. Laurent, tenir un compte Twitter m’apparaît comme moins difficile que pondre un billet de blog. Voilà deux ans que de l’autre côté de l’atlantique je m’évertue à mettre tes écrits sur le fil du petit oiseau bleu. Pierre-Louis Basse, moi et tant d’autres te le demandons solennellement, ouvre un putain de compte…

  14. Jamais :) On m’a déjà forcé à avoir une page Facebook, c’est ma seule concession à ce monde à la con!

  15. je plussoie concernant Facebook, mais pas Twitter…

  16. En plus, Johan Hufnagel ne m’a jamais versé une thune pour faire ta promo….

  17. https://blog.slate.fr/sagalovitsch/2013/03/01/mais-bon-sang-a-quoi-ca-sert-twitter/

  18. C’est normal, je lui pompe tout son fric

  19. Mettez une djellaba et une kippa et vous aurez une chance de l’être! :)

  20. Vous ne comprenez rien à rien. Le pape est le gardien de la Révélation qui nous dit : l’électron domine le champ quantique obscur, maître de la matière noire.

    Les Anciens se sont trompés.

    Hello Kitty s’impose désormais dans le coeur des hommes-roses. C’est la post-post-modernité pour tous.

  21. Les temps anciens sont morts, et les temps nouveaux sont là, ils ont attendu l’Homme Nouveau et l’Homme Nouveau est arrivé, imprimant sa vie en 3D et libérant ses nanosphères génétiquement modifiées pour ensemencer le monde. Hello Kitty est là, avec nous, avec Lui/Elle car ils ne font qu’Un, Hello Kitty et Hello World, fusion froide et fusion chaude, éternelle lumière au milieu du Chaos Primordial…

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