Dans un siècle, la planète se réchauffera et moi je serai mort

 

Et dans cent ans le niveau des océans montera d’un mètre.

Et la banquise se mettra à fondre.

Et les températures augmenteront de 5 degrés.

Les experts sont tous formels : nous courons droit à la catastrophe écologique.

Si nous ne changeons pas radicalement nos comportements, si nous continuons à agir comme des malotrus, si nous ne révisons pas drastiquement nos modes de vies, le prix à payer sera terrible.

Perspectives qui devraient nous effrayer et qui pourtant ne nous épouvantent pas plus que cela.

Au grand dam des écologistes qui nous voyant foncer droit dans le mur ne cessent de nous interpeller et de nous mettre en garde, n’arrivant pas à réaliser que leur combat, aussi noble soit-il, est perdu d’avance.

 

C’est qu’on ne peut demander à l’être humain de penser une époque qu’il ne vivra pas.

On ne peut pas exiger de l’homme qu’il change ses habitudes pour que ses cadets puissent, dans les temps futurs, profiter de ses efforts.

On ne peut exiger de l’homme qu’il devienne altruiste par anticipation.

On aura beau multiplier les mises en gardes, nous expliquer avec moult détails les conséquences de notre consumérisme effréné, nous peindre avec précision ce à quoi nous nous exposons si nous continuons dans cette voie, nous ne changerons pas.

Non pas parce que nous ne le voulons pas mais tout simplement parce que nous ne le pouvons pas.

On ne peut pas être les otages préventifs d’une catastrophe qui ne nous concernerait pas directement.

L’homme ne vit que dans le présent de sa vie.

Dans un siècle, nous serons tous morts.

Enterrés, incinérés, revenus à l’état de poussière.

Nous reposerons dans nos tombes.

Au fond des océans.

Éparpillés au vent mauvais.

Nous ne serons plus de ce monde.

Et n’étant plus de ce monde, nous n’aurons plus à nous préoccuper du sort de ce dernier.

 

Que nous soyons réduits à bavarder avec le néant ou à converser avec des dieux imaginaires, nous serons hors de ce monde et, partant, indifférents à la probable montée des eaux ou au réchauffement de la planète.

La condition humaine se circonscrit au segment de temps qui nous voit naître, grandir, vivre, puis mourir.

Nous ne pouvons nous projeter dans un monde qui par simple principe métaphysique nous sera inaccessible.

C’est pourquoi les prédictions des experts ne provoquent en nous aucun sentiment de panique ou d’urgence.

D’autant plus qu’elles ont cet inconvénient de nous renvoyer sans cesse à notre condition de simple mortel.

Qu’en nous interpellant de la sorte sur le devenir d’un monde que nous ne connaîtrons pas, elles viennent nous rappeler que nous ne ne sommes pas éternels.

Et nous avons horreur de cela.

Nous n’aimons pas penser à notre mort.

 

Toute autre serait notre réaction si l’on nous avertissait que dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans, le monde alentour subirait de tels bouleversement qu’ils affecteraient de manière sensible et pérenne notre vie quotidienne, altèreraient en négatif nos conditions de vie, mettraient nos existences en danger.

Il y a fort à parier que confrontés à une telle éventualité, nous serions cette fois prompts à changer d’une manière radicale nos comportements.

Que nous adopterions les mesures adéquates pour ne pas à avoir à subir, de notre vivant, des conséquences si funestes qu’elles mettraient en danger nos vies personnelles.

De notre vivant.

 

Les écologistes nous parlent d’un temps que les plus de vingt ans ne verront pas.

Pas étonnant après cela que leurs incantations assurément légitimes continuent à demeurer lettres…mortes.

 

 

10 commentaires pour “Dans un siècle, la planète se réchauffera et moi je serai mort”

  1. Convaincant ! C’est décidé, j’enlève l’ampoule qui éclaire l’intérieur de mon frigo.

  2. ce qui nous inquiète un peu, quand même, c’est que si on a des enfants, on se dit qu’eux auront des soucis.

    Pas “nos enfants” avec des trémolos dans la voix. Nos enfants qui viennent de renverser un verre parce qu’ils ne faisaient pas attention.

    Mais sinon oui.

  3. Notre comportement insouciant est bien réel en raison de l’échéance lointaine. Et pourtant certains des pays, concernés par le débordement des eaux, entreprennent des chantiers colossaux pour y faire face et dont on ne nous parle pas assez. Pourquoi ? Parce d’autres pays, faute de moyens, de politique cohérente et équilibrée, vont subir ces inondations catastrophiques et leur population de plusieurs centaines de millions sera contrainte de se réfugier un peu partout. dans le monde. Avec tous les
    bouleversements et dangers parfaitement décrits ci-dessus.

    Avec Lampedusa on insiste sur l’aide au développement
    dans les pays pauvres pour inciter leur population à y rester et affronter les dangers climatiques, les problèmes démographiques et combien d’autres.
    Il faudrait d’abord exercer un contrôle rigoureux sur l’utilisa
    tion de ces aides ( Haiti,le tsunami, le déferlement des boues en Italie sans parler des pays de lUE, etc…) mais
    surtout “fustiger” encore et encore les responsables
    corrompus, avides de pouvoir. Il ne devrait pas être
    difficile d’évaluer et de dénoncer toute fortune détournée à ceux qui en sont les victimes directes.
    J’avais entendu, il y a qq. années, le ministre d’un de ces
    pays affirmer que le tourisme venait en 2ème position en terme de rendement après les milliards provenant de l’aide de ces émigrés à leur faille. Devant l’indifférence de la
    3ème génération envers le pays d’origine des parents,
    ce responsable a révélé qu’il payait, chaque année, le voyage à 2 ou 3000 jeunes nés à l’étranger, dans le seul but de leur permettre de découvrir sur place les bienfaits pour le pays de cette manne financière et les inciter ainsi continuer de participer glorieusement au développement dudit pays. à l’instar de leurs ancêtres.
    La question serait donc de savoir à qui profite ce flux migratoire ? Qui paie les passeurs ?
    La question est de découvrir comment, des personnes vivant dans une pauvreté absolue, arrivent-ils à réunir le montant exigé pour ce voyage qui suffirait à lui seul, à faire vivre tout un village des mois durant ?
    Mais, cela n’a rien à voir avec une autre pratique intelligente et responsable qui consiste à sélectionner un jeune parmi les plus studieux et réunir les fonds nécessaires pour assurer son départ.
    Nul doute quant à son énergie et sa volonté de travailler quand bien même il se rendrait compte que ce n’est en définitive pas l’eldorado de ses rêves, de leurs rêves..

  4. Gouvernance mondiale et développement durable sont nécessaires (mais pas suffisants) pour que l’humanité puisse s’envisager sur 1000-2000 ans (voir beaucoup plus).

    Faudra-t-il 20 ans et un début de catastrophe écologique/économique/militaire pour s’en rendre compte, c’est la grande question.

    Comme c’est mal barré pour que ma voix change le monde, je regarde et je critique. Et j’essaie à mon niveau d’œuvrer vers le mieux, par des petits gestes et des choix de vie.

    Merci pour ce rappel de notre impact collectif, rapporté à notre insignifiance personnelle :)

  5. “gouvernance mondiale et développement durable”

    sans rire…. ca fait peur . LOL.

    ‘tain, les nouveaux curés et leur catechisme ridicule.

    on s’en torche et on reprend une tranche de thon rouge !

  6. Il n’empêche… J’aimerais bien, avant la fin de ma vie, voir et vivre le début d’une autre ère, plus créative, plus réfléchie, plus généreuse. Ça me permettrait, au moins, de mourir avec un peu d’espoir pour les autres.

  7. N’est-ce pas une illusion ? Impression donnée par des périodes que l’on juge “généreuses, créative et réfléchies” a posteriori. Nous en vivons sans doute une sans pour autant en avoir conscience, il y a plein de signes mais on les occulte (c’est pas vendeur).
    Je suis optimiste sans idéalisme. Tant que les gens ne souffriront pas un minimum ils ne changeront rien, certes, mais alors leur capacité à le faire pourrait être plus importante (qu’en 1914 par exemple).
    Ça me fait penser à cette soi-disant ‘insécurité ressentie’ dans un monde qui n’a jamais été aussi sûr et ce depuis des siècles quoiqu’on tente de nous faire croire.
    Enfin bref… On va quand même tous mourir, désolé.

  8. – T’as vu, y’a Chéreau qui est mort.
    – Chéreau qui ?

  9. Après moi le déluge…une évidence ! bravo pour ce texte sain et lucide.

  10. “C’est qu’on ne peut demander à l’être humain de penser une époque qu’il ne vivra pas.

    On ne peut pas exiger de l’homme qu’il change ses habitudes pour que ses cadets puissent, dans les temps futurs, profiter de ses efforts.

    On ne peut exiger de l’homme qu’il devienne altruiste par anticipation.”

    Les scientifiques ne sont donc pas humains?

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