Rien à cirer des séries

 

Oh ce que j’aimerais écrire un méchant et tonitruant papier pour dire tout le mal que je pense de toutes ces affreuses séries et sitcoms qui viennent vitrifier nos imaginaires et nous contraignent à passer des soirées entières à les visionner.

Etre le premier à m’élever contre ce nouveau diktat qui considère les séries comme un art majeur capable de rivaliser avec les joyaux hélas perdus du septième art.

Dire mon agacement infini quand j’entends autour de moi les gens se palucher sur la dernière série en vogue, confier leur extatique enthousiasme devant les ultimes rebondissements du dernier épisode visionné, s’enflammer devant l’ingéniosité d’un récit qui n’en finit pas de surprendre, s’échanger des réflexions métaphysiques sur les évolutions survenues dans la vie trépidante de leur héroïne préférée.

 

M’insurger contre ce nouvel ordre moral qui nous contraint à nous définir par le genre de série qu’on affectionne de regarder comme si nos vies en dépendaient, entichés de ces personnages qui sont devenus aussi essentiel à notre équilibre personnel que la présence de nos animaux domestiques.

Appeler à un sursaut collectif et salvateur pour dénoncer toute l’inanité de ces séries qui au final se ressemblent toutes, leurs parfaites invraisemblances, leurs totales vacuités, leurs extravagantes prétentions, leur accumulation de clichés, leurs mesquineries narratives, leurs personnages stéréotypés, leurs intrigues poussives, leurs connivences rustiques (???), leurs répétitives saisons, leurs irrémédiables insignifiances.

Agissant de la sorte, je deviendrais l’homme le plus haï de la planète.

Celui qui, d’entre tous, aura osé s’insurger contre la mainmise de ces séries ayant envahi nos quotidiens avec un taux de dangerosité équivalent à celui de la peste porcine.

Bien vite je recevrais des colis piégés, des menaces de morts, des lettres haineuses débordant d’un fiel rageur, me désignant à la vindicte populaire, me traitant de petit snobinard à la noix, d’intello de mes deux tout juste bon à se branlotter le cerveau sur des livres périmés, incapables de comprendre que désormais le vrai art se trouve ailleurs.

Je serais honni de tous.

Ce serait mon heure de gloire.

Sauf que tôt ou tard, je serais confondu.

Mon téléviseur appellera l’AFP pour dire qu’il a été obligé, année après année, d’ingurgiter l’intégralité de 24 heures chrono, de Six Feet Under, de Twin Peaks, de Curb Your Enthousiam, de Mon oncle Charlie, oui parfaitement de Mon oncle Charlie, de In Treatment.

Une ribambelle de séries regardées avec une avidité non feinte, avachi sur son canapé, aussi concentré qu’une otarie de zoo à l’heure de la distribution de poisson.

Ma bibliothèque témoignera qu’elle doit supporter la présence encombrante de coffrets de séries entières, déclinées à toutes les sauces, coincées entre la correspondance de Flaubert et les manuscrits ronéotypés de Rimbaud.

Mon ordinateur dira qu’il m’a surpris à télécharger le pilote de la dernière série diffusée par HBO, visionnée en douce alors que j’avais prétendu être affairé à écrire un chapitre importantissime de mon dernier roman à la con tout en avertissant mon chat qu’il ne devait me déranger sous aucun prétexte faute de quoi il serait privé de croquettes jusqu’à Pessah.

Ces sales traîtres auront en partie raison.

Oui, j’en conviens bien malgré moi, il m’est arrivé, dans un moment d’égarement, d’éprouver quelque tendresse pour une série particulière, voire même de m’être cloisonné un week-end entier pour m’offrir une remise à niveau d’une série qui ne me déplaisait pas trop ou d’avoir demandé à Amazon de me livrer en toute urgence l’ultime saison d’une d’entre elles que je bouillais d’impatience de visionner.

Mais cela m’est passé.

J’ai seulement été bêtement conditionné.

Je me suis montré faible.

J’ai perdu tout sens moral.

Je n’ai pas été à la hauteur de ma réputation.

J’ai péché.

Je suis averti désormais. J’ai compris mes fautes. Je ne les réitèrerai pas.

Je sais que plus jamais je ne retomberai dans ces travers si néfastes à ma santé mentale.

 

Sinon, Jack Bauer, le retour, vous y croyez-vous ?

 

8 commentaires pour “Rien à cirer des séries”

  1. “Mon oncle Charlie”, je sais pas comment tu fais, honnêtement… 😀
    Ici, c’est dramatique, les meilleures séries passent tard le soir, et quand c’est plus tôt, c’est toujours dans le désordre, jusqu’à six épisodes de suite toutes saisons confondues. On est soit submergés, soit totalement sevrés (pas encore vu la saison 2 de “Game of Thrones”, par exemple, alors que tous les autres pays en sont à la saison 3). Il y a de la part des producteurs et des directeurs de chaînes françaises une méconnaissance totale des séries. Pour eux on en est encore à “La croisière s’amuse” ou à “Mannix”, et on t’envoie tout ça en vrac dans la trombine pour boucher les trous, en sectionnant chaque épisode avec deux plages de pubs atrocement loooooongues, chiantes et répétitives. Pensum, donc. C’est à se momifier sur place. (Du coup, tout le monde regarde sa série préférée sur ordi, en replay ou en streaming.)

    Pour Sutherland, m’est avis que “Touch” est un flop, donc…

  2. He he. Qui a besoin d’amis ou d’une vie sociale quand on a les séries télé?
    Les séries télé ce sont des histoires (depuis quand on voudrait de la vraisemblance?) avec des hommes, des femmes plus intéressants et/ou intelligents, idiots, drôles, beaux, moches que nous.
    On y voit des psys sexys, des monstres, des loups-garou, des pompiers canons, des psychopathes sympas, des extra terrestres, des espions, des voitures qui parlesnt, des croques-mort, des vampires, des tatoués, des polygames, des endroits où on n’ira jamais, etc. Et Tim Roth en repeat.
    Qui a besoin d’une vie quand on a les séries télé?

  3. Cher Monsieur Sagalovitsch,

    Je vous suis depuis un moment, m’est avis que vous avez un coup de mou… on espère que c’est au profit du brillant Goncourt que vous écrivez malgré vous, et que bientôt nous retrouverons votre verve hilarante (essayez au moins de vous décarcasser sur les accroches bon sang !)

    Bien à vous,

    J.

  4. Ah mais c’est là tout l’intérêt de ce blog! Si sur mes 254 posts déjà composés, je touchais à chaque fois l’excellence, il y aurait vraiment de quoi s’inquiéter. Je chéris donc mes coups de mou, mieux je les revendique.

  5. Moi j’ai pas la TV !!!

  6. @ closde : espèce de terroriste islamiste…

  7. Tiens le titre de cet article me rappelle quelque chose…..
    http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2011/08/04/rien-a-cirer-de-la-syrie/

    l’auteur écologiste recycle ses titres.

  8. @√ince : c’est pas du raccourci que vous faites, c’est d’la provoc mais bon, je ne vais peut être pas vous répondre sur le même ton des fois que vous ayez le doigt sur la zapette

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