Comment ne pas être agnostique ?

 

Qu’il doit être doux et tranquille de croire vraiment en Dieu.

De ne pas s’encombrer l’esprit de tortueuses et inutiles questions sur le devenir de sa propre et misérable personne.

D’être assuré que la mort n’est qu’un aimable interlude, une porte d’entrée vers d’autres cieux qui nous attendraient quelque part dans l’éther de l’éternité sanctifiée.

De décider une bonne fois pour toutes qu’il ne sert à rien de se tourmenter au sujet de questions qui par principe nous dépassent et nous écrasent.

D’accepter l’indéchiffrable complexité du monde en se retranchant derrière la magnificence d’un Dieu omniscient qui l’heure venue apportera ses réponses à nos interrogations inquiètes.

Mais aussi qu’il doit être reposant de penser que le néant conclura en beauté nos vies devenues défuntes.

Qu’il ne sert à rien de jongler avec les tralalas d’une métaphysique de comptoir puisqu’il ne faut s’attendre à rien, puisque la vie n’est qu’une parenthèse qui se refermera en même temps que l’on clouera les planches de notre cercueil.

Que ces deux-là, l’athée et le croyant, font donc la paire !

Chacun intimement persuadé de la pertinence de ses convictions.

Chacun se vantant de connaître l’ultime vérité.

Chacun s’arc-boutant sur l’autel de ses pensées bien arrêtées.

Et ne voulant en rien en démordre.

Le néant contre l’éternité.

Et chacun ne pouvant apporter la preuve de ses certitudes.

Se heurtant à l’insondable mystère de la vie humaine, à l’inexplicable surgissement de la vie, à l’inextricable complexité de l’existence d’un monde qui ne peut dévoiler ni le pourquoi ni le comment de son origine.

Voilà pourquoi je ne pourrai jamais comprendre qu’on puisse prétendre être autre chose qu’un agnostique pur et dur.

Un être perpétuellement rongé par le doute, ne sachant rien de ce qu’il adviendra par-delà sa mort, ne voulant peut-être pas le savoir, tout à la fois fasciné et terrifié par cette vie qui semble parfois si étrange, si déroutante, si magnifiquement inquiétante qu’elle déclenche chez lui des vagues de mélancolie à l’idée de devoir la quitter un jour.

Mais réalisant que c’est cette même douloureuse incertitude qui donne à la vie toute sa saveur, ce charme indicible de l’existence qui égrène des jours parfois moroses, parfois joyeux, toujours teintés d’une réelle étrangeté comme si vivre n’allait pas de soi et exigeait de nous des trésors de patience et de volonté.

N’être jamais sûr de rien.

Ne croire en rien,  en un rien qui ne serait pas définitif mais se présenterait plutôt comme une porte entrouverte sur d’autres possibles somnolant dans une mer d’ignorance et attendant seulement d’être découverts.

Le croyant me fatigue avec sa présomption toujours un peu sotte à entendre de vouloir fraterniser coûte que coûte avec un Dieu qui se complaît dans un silence narcissique et le laisse se débrouiller avec une vie qui ne cesse de se dérober à son entendement.

L’athée m’ennuie avec son nihilisme sauvage qui, croit-il, le rend supérieur aux autres comme si, en se déclarant libre et sans attache, il incarnait une sorte de supériorité morale lui permettant de se moquer de nos atermoiements, de nos hésitations, de nos vertiges.

Au fond, ils se ressemblent tous les deux : ils semblent si terrifiés par l’âpreté de la vie qu’ils préfèrent se réfugier derrière une chapelle de croyances indécrottables afin que cessent une bonne fois pour toute leurs tourments intérieurs et qu’ils puissent continuer à vivre à l’abri de leurs certitudes inébranlables.

En même temps, chacun fait ce qu’il peut.

Avec ses moyens.

Les miens étant limités, vous excuserez d’avance ces niaiseries philosophiques.

 

Ceci dit, Dieu si tu m’entends, c’est quand tu veux que tu fais signer un vrai avant-centre à Saint-Etienne.

 

24 commentaires pour “Comment ne pas être agnostique ?”

  1. Ouaih, d’ailleurs, qui a créé D.ieu ? qui a coulé le Titanic ? Qui a pensé l’agnosticisme ? Et enfin, à quelles finalités ces trois propositions aspirent-elles ?

  2. Moi j’en ai marre des gens qui pensent que c’est tout blanc ou tout noir.

  3. Vous mettez sur le même plan croyance et science. Un croyant le fait sans preuve. Un athée refuse de croire, sans preuves, relevant en cela d’une démarche scientifique. Votre agnosticisme tiédasse n’est un fin de compte que croyance déguisée. Enfin, vous pourriez m’objecter que la démarche scientifique est une croyance d’un ordre différent. Mais une croyance qui accepte d’être invalidée par ses propres découvertes, le cas échéant, n’en est pas une.

  4. Perso, je ne sais pas comment on fait pour ne pas être agnostique, moi non plus.
    (Ce que je sais, en revanche, c’est comment certains humains ont créé Dieu à l’image de Zeus, quoi qu’ils en disent.)

  5. je suis athée mais je restecte ceux qui croient pas ceux qui en profitent.
    c’est vrai ça, c’est quand qu’il arrive cet attaquant, reste plus qu’une semaine non de Zeus!
    on ne va tout de même pas jouer sans attanquant comme Bordeaux!!

  6. la misère!!
    je viens d’apprendre que la plus grande saga de fantasy jamais écrite et que j’ai commencé à lire depuis plus de 10 ans maintenant, vient de changer d’éditeur et cet éditeur a décidé de la retraduire….moi qui pensait lire la fin d’ici 2 ans, je pleure…
    http://www.pierre-de-tear.com/rdt-view_topic&topic_id=384

  7. Vous l’avez déjà écrit ce papier l’année dernière, cette guerre de picrocholine m’ennuie profondément. Alors, qui a la plus grosse?

  8. Quand je pense qu’il va falloir que l’on se frappe l’anniversaire de Camus. On va voir les petits camusiens pousser un peu partout chacun avec sa petite version. Ça aussi ça m’ennuie, je vais me faire ermite un temps.

  9. a st emillion?

  10. En fait, cette possibilité que cela soit mieux après, c’est angoissant. Ou pas.

  11. Oui je sais ce n’est pas original du tout de citer Allen mais ma vision de l’atheïsme (à laquelle j’adhère) est parfaitement résumée ainsi:
    “To you, I’m an atheist.
    To God, I’m the loyal opposition.”

  12. Rakam, alors bien ces vacances?

  13. Si votre vision de l’athée est pertinente, le croyant que vous décrivez ici est surtout celui des religions du livre.

    Ils existent de nombreuses autres façons de penser qu’un dieu existe ( déisme et autres interprétations personnelles ) sans avoir un lot de certitudes indigestes avec.

    @pouzzler, la croyance en générale évolue (qui croit encore aux divinités égyptiennes ou grecques ?). Cette évolution n’est pas rationnelle, et alors ?
    Penser en termes de rationalité, de preuve, c’est croire (tiens, on reparle de croyance) que notre perception de la réalité correspond à celle ci, chose remise en cause dès les années 20 par Planck et par de nombreux physiciens aujourd’hui.

  14. il faut savoir croire, c’est pas donné à tout le monde !

  15. @Nico, trop bien!, j’ai passé une journée à st emillion et ce village est tout simplement somptueux, j’ai fait 2 caves et effectivement on est tombé sur une passionnée qui a faillit nous faire rester 1 heure dans son magasin juste pour une caisse et 2 bouteilles :)
    passé une journée à Arcachon et c’est une très belle ville aussi, par contre pas allé à Bordeaux, j’avoue je me suis laissé convaincre par un ami avec qui j’étais et qui me disait que ce n’était pas génial, mais bon j’irai un jour promis :)

  16. il me revient une phrase entendu dans le 1er album d’IAM qui disait, en parlant de l’égypte antique, ‘l’homme vit en une de ces rare époque de certitude, parce qu’il croit” à chaque fois que je l’entends ça me fait quelque chose, à moi l’athée, je ne sais toujours pas pourquoi…

  17. Test

  18. Ça marche!!! Alléluia!!! Saga, votre blog n’aime pas mon nouveau pseudo, il aurait peut être aimé que je lui envoi un faire-part? Je disais donc à Rakam que c’était queoul si sa visite de St Emilion l’a enchanté et qu’une fois j’ai entendu Saga dire de mes propres oreilles (oui oui) “je suis athée” et que ça me foutais un peu les jetons.

  19. Je ne l’aime pas ce papier, je n’aime pas cette façon de fustiger un ordre supérieur (le présomptueux et le moraliste) par un ordre supérieur “un rien qui ne serait pas définitif”. On peut à mon humble avis exprimer la souffrance de l’indécision autrement, sans oublier la souffrance des autres. Comme le disait Valéry “Le grand désavantage de l’athéisme et agnosticisme vulgaire c’est sa facilité. Donc une forme de “dégradation”.” Et puis est exposée ici une vision d’un certain athéisme, d’une certaine croyance et d’un certain agnosticisme. Vision incomplète. “Il y a un scepticisme et il y a une foi qui sont frère et sœur. Ce sont ceux qui a priori rejettent ou absorbent. Ces septiques croient douter; et ces croyants croient croire. Il y a un autre scepticisme et une autre foi, confondus; qui loin de s’interdire de penser et de prendre pour acquis le premier réflexe de dégoût ou de désir – mettent toutes les forces en jeu. Ils ne s’inclinent pas devant ce qu’ils peuvent renverser. Ils ne se détournent pas de ce qui les pourrait renverser.” C’est mieux comme ça, moins réducteur, les agnostiques n’ont pas le monopole de l’incertitude, loin de là.

  20. Le grand désavantage de l’athéisme et agnosticisme vulgaire c’est sa facilité. Donc une forme de “dégradation”

    Quel bel argument d’autorité! L’inverse est tout aussi vrai…. ou pas.

    Après parler de l’usage de la foi (en une vie prochaine ou en toute autre chose), c’est justement autre chose. Un forme de capacité à aller au delà du doute, un processus créatif, ni plus, ni moins. Mais croire qu’il s’agit d’un don de dieu… c’est diabolique.

  21. http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/08/22/holy-shit-la-restauration-dune-peinture-du-christ-tourne-au-massacre/

  22. @nico, obligé elle a revendu l’original, il n’a même pas les yeux au même endroit!!

  23. Pire! Depuis quelque chose comme 50 000 pèlerins se sont précipités dans ce petit village pour admirer le chef d’œuvre ce qui a eu pour conséquence d’enrichir substantiellement les commerçants locaux et de faire tirer la moue à François. Dieu doit bien se marrer en fumant ses havanes. Sacré farceur!

  24. carrément!!

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