Mandela, tandis que j’agonise

Nelson, la plaisanterie a assez duré.

On s’est montré patient avec toi, tu as eu le temps de recevoir la visite de toute ta famille au complet, le prêtre est venu constater l’étendue des dégâts, les médecins ne peuvent plus rien pour toi, il est grand temps maintenant de te retirer du jeu.

Personne ne t’en voudra.

Bien au contraire.

Un peu de dignité bon sang.

Certes il n’est jamais facile de mourir mais bon tu as quand même eu le temps de te préparer, non ?

 

Que sont ces pathétiques atermoiements au moment de chavirer dans l’au-delà, ces ravisements de dernière minute, ces hésitations coupables ?

C’est quoi cette nouvelle mode de ces vieux qui n’en finissent pas de mourir ? Qui grappillent des secondes d’éternité au lieu de se laisser couler à pic afin que les vivants puissent enfin passer à autre chose ?

J’y vais, j’y vais pas, je me tâte, je réfléchis, j’hésite, je reprendrais bien un peu de dessert finalement, et puis non, j’en ai marre, je plie mes bagages, voilà ma valise est prête, convoquez le fossoyeur, cette fois c’est la bonne, encore que, il fait bon chez vous dites-moi, tiens je reprendrais bien un peu de ce cognac si ça ne vous dérange pas.

Nelson, c’est agaçant à la longue cette manie que tu as de jouer à la midinette de service au soir de ta vie, de jouer aux prolongations mortuaires, de t’agripper comme un forcené aux draps de ta chambre d’hôpital alors que dehors la planète entière se rassemble déjà en silence pour célébrer ce que fut ta vie magnifique.

Tes notices nécrologiques sont archi-cuites, les unes des journaux n’arrêtent pas de faire la navette entre l’imprimerie et la salle de rédaction, le corbillard attend déjà en bas de l’hôpital, moteur allumé, escorte présidentielle prête à démarrer, les communiqués des grandes chancelleries saluant ta mémoire croupissent sur les tables des attachés de presse, les faire-part de décès patientent dans les salles d’attente de la poste, et toi, comme une pathétique vedette de music-hall, tu joues tous les soirs au roi se meurt.

Franchement, venant de ta part, c’est décevant ce comportement de vieillard obstiné refusant de prendre place dans son cercueil.

Après une vie aussi intense que la tienne, aussi digne, aussi respectable, voilà que tu es entrain de tout gâcher.

Un parcours sans faute et là, dans la dernière ligne droite, l’erreur fatale, le refus d’obstacle, le renâclement ultime qui remet tout en question.

Je te préviens : encore une semaine à ce rythme-là et on s’en ira manifester pour réclamer et exiger de la mort qu’elle passe à la vitesse supérieure. Qu’elle mette les bouchées doubles. Qu’elle sorte de sa torpeur estivale.

Sinon on demandera à l’infirmière de service de te filer en douce une bonne dose de curare histoire de mettre un point final à ce récit qui s’éternise de trop.

Tu veux avoir un destin à la Ariel Sharon, c’est ça, l’homme qui meurt de ne point mourir ? Qui emmerde tout son monde en jouant à saute-mouton avec le néant ? Tu veux battre son record long de sept années désormais (record toujours en cours) ?

 

Nelson, je viens encore de rafraîchir le fil de ma page d’actualité et toujours rien.

J’abandonne.

Tu es désespérant d’obstination.

Tu sais, même Lazare a fini par mourir.

Enfin c’est ce qu’on raconte….

 

19 commentaires pour “Mandela, tandis que j’agonise”

  1. Il transpire beaucoup quand même Jacques Brel !

  2. Papier sympa ! :)

  3. Moi c’est l’agonie de Mitterrand qui me fatigue…

  4. du coup les notices nécrologiques et le communiqués de chanceleries ont intéret a etre béton.

  5. ou sapin :)

  6. Ah merci pour ce regal de Brel.
    Pour ce qui est de Mandela, ben le pôvre l’a plus son mot à dire ! Tant que le Zuma décide qu’il va bien et ben faut qu’il vive…et dieu sait qd ils décideront que c’est assez ! Il est sous assistance respiratoire, ce qui concrètement veut dire intubé sous machine, si son coeur est solide, ça peut durer des lustres et combien faudra t-il d’EEG plats pour qu’ils acceptent sa mort ? Pourtant tout est prêt, ils ont installé je ne sais combien de relais de téléphone près de Umtata sa région natale, son petit fils à déjà vendu les droits pour ses funérailles à une chaine TV depuis 3 ans…. ah la grandeur d’âme ça n’est pas héréditaire !!

  7. On n’peut même plus mourir tranquille, dans ce monde de gens pressés.
    Pfff.

  8. ce qui est pénible en effet c’est cette attention de tous les instants des médias pour cette agonie. Ne pourrait-on pas attendre tranquilement sans nous en parler tous les jours, sachant que les médias ne savent globalement rien ? Ce n’est plus de l’information, c’est de l’acharnement.

  9. ben y a plus qu’à attendre le 18 juillet….c’est son anniversaire ! Vous reprendrez bien un peu de gateau Madiba ?

  10. @ Sophie : C’est pas faux ce que tu dis.

  11. @ Laurent : J’ai pigé. Mandela ne quittera pas ce monde tant que vous n’aurez pas écrit cet article que-le-monde-attend- sur les motards.

    PS : Que signifie ce bandeau publicitaire pour Yves Saint Laurent sur votre blog ? Bergé a aussi racheté Slate avec l’argent des contreibuables ?

  12. @ Bernard : Ah, l’agonie de Mitterrand, pas faux non plus. :)

  13. bon, je ne voudrais pas dire mais ça manque d’un bon post polémique histoire de réveiller un peu les furieux et les trolls, non?

  14. un post sur les motards Hells Angels gays?

  15. on se calme, c’est la canicule ici, il fait 25 degrés!

  16. veinard…..

  17. 1 degré de plus et vous perdez tous vos vieux c’est ça?

  18. *tout

  19. pour les parisiens qui n’écrivent pas, le “on se calme, c’est la canicule ici, il fait 25 degrés!” n’est pas recevable!!

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