Lâchez-nous avec Philiph Roth

Chaque année, au moment de l’attribution du prix Nobel de littérature, c’est le même cirque qui recommence. Le politburo de la critique française réclame à cor et à cri que ce doit être Philip Roth l’heureux récipiendaire de cette honorifique distinction. Philip Roth et personne d’autre.

A dire vrai, on ne comprend pas trop cet engouement pour cet écrivain au demeurant plus bavard que percutant. Une sorte de pitre littéraire qui, depuis ses débuts, ne brille guère par la finesse de son style : redondant, relâché, paresseux, mis au service d’une narration convenue où bien souvent Roth se contente d’empiler des poncifs entremêlés de quelques épisodes croustillants relatant soit les exploits soit les déboires de sa vie sexuelle.

Roth c’est le grand masturbateur des lettres américaines. Un onaniste de premier plan qui éjacule à la pelle des romans bâclés et tronqués, faussement grandiloquents, très rarement inspirés et toujours mis au service de sa propre célébration.

En comparaison, Norman Mailer, aussi inégale soit son œuvre, avait vraiment par moment du génie. Une sorte de fulgurance qui lui permettait toutes les audaces. Il suffit de relire Les Armées de la nuit mieux pour s’en convaincre. Il comprenait comme personne le siècle américain et savait mieux que quiconque raconter les turbulences d’une époque agitée et trouble. Il était la voix d’une certaine Amérique. D’une Amérique vacillant sur son piédestal. D’une Amérique qu’il interrogeait à travers l’histoire de ses grands mythes fondateurs.

Bernard Malamud, lui, a souffert de ne pas être une grande gueule comme Philip Roth. Pourtant il suffit de lire n’importe lequel de ses romans, de s’immerger dans l’atmosphère douce-amère de ses nouvelles, pour s’apercevoir qu’on se retrouve en face d’un vrai écrivain. Un romancier placide, tranquille, suave, qui sans esbroufe mais toujours avec élégance, troussait des histoires merveilleuses de tendresse et d’humanité.

Et Saul Bellow avait pour lui une truculence sauvage.

Mais Roth ?

Soyons sérieux. Si un écrivain américain mérite de recevoir le Nobel, c’est bien Cormac McCarthy. Comment peut-on mettre sur le même plan un romancier capable sur 500 pages de conter avec un style halluciné et incandescent des épopées métaphysiques où l’humanité apparaît comme le théâtre d’une fête foraine funèbre, avec les exercices d’auto-satisfaction d’un écrivain nombriliste et répétitif ?

Ou alors qu’on l’attribue à Russel Banks, à Richard Ford, à Paul Auster. Ou au fantôme de Stanley Elkin ou de John Cheever.

Et si l’on veut vraiment décerner un prix Nobel à un écrivain américain de confession juive, qu’on choisisse donc Stephan Dixon. Cet homme-là, sans crier gare, a écrit les romans les plus déconcertants et les plus géniaux de ces dernières décennies.

38 commentaires pour “Lâchez-nous avec Philiph Roth”

  1. Le truc, c’est qu’en fait les Français qui réclament le Nobel pour Roth n’ont probablement lu que Roth. (Et encore, pas tout.)

  2. Sophie décidément vous êtes épatante!

  3. Je suis de mauvais poil. :)

  4. “redondant, relâché, paresseux, mis au service d’une narration convenue où bien souvent Roth se contente d’empiler des poncifs entremêlés de quelques épisodes croustillants relatant soit les exploits soit les déboires de sa vie sexuelle.”

    Philip Roth serait-il le Houellebecq ricain ?
    Sinon j’ai lu la Pastorale Américaine que j’avais bien aimé. En même temps à cette époque-là j’étais encore plus con qu’aujourd’hui, donc, bon.

  5. Arrêtez de vous dénigrer Vince!

  6. Moi j’ai lu Portnoy et son complexe, et le grand roman américain, mais bon, à l’époque, je croyais que si c’était écrit dans un livre, c’était forcément bien, sinon, ça n’aurait pas été dans un livre, alors… Et puis j’habitais en province, même, je devais être facile à impressionner. Mais c’est si important que ça que Pierre Paul ou Jacques aient un prix littéraire, forcément bidon, si j’en crois un de vos anciens billets ? (Celui ou vous promettiez enfin de réfléchir à un billet sur les motards, mais depuis… Une pirouette, comme d’hab’) )

  7. Vous avez raison mais je sais pas ca m’a pris d’un coup. Vlan! Ecrit d’un coup. Et Vlan.

  8. En littérature, quand un auteur commence à avoir des prix, c’est qu’il commence à devenir chiant.
    C’est pour ça qu’il ne faut jamais prendre le risque d’être publié.

  9. VInce, vous avez raison. Depuis que j’ai eu le malheur d’avoir le prix d’une de nos riantes collectivités locales, on me dit que j’ai changé. Mais comme dans ce pays il y encore plus de prix littéraires que de niches fiscales, le risque est grand de finir par en avoir un sans même parfois le savoir. je parie que Sagalo en a bien eu deux ou trois, au moins. Voire cinq ! Son dédain à rédiger un billet sur les motards montre bien d’ailleurs la piètre estime en laquelle il tient son public depuis qu’il s’abreuve aux lèvres du succès et s’étourdit d’apparences…

  10. Le problème majeur, c’ est que non seulement Philippe Roth, mais pendant ce temps-là, Marcel Proust !

  11. Ah oui mais Proust a trop été dans les salons, aussi.

  12. Je m’incruste pour apporter mon soutien à cette noble cause que d’obtenir d’un écrivain fainéant et lointain un billet sur les timbrés de la pétarades et autres fous du deux-roues.
    J’en profite pour demander à Bernard s’il a essayé la menace, le chantage ou le kidnapping. Voire un contrôle fiscal (ces riches expatriés…).

  13. Ben bravo Vinnie, je ne vous félicite pas.

  14. @ Saga : ok, ok. Mais pour répondre plus sérieusement, c’ est surtout Jim Harrison, James Crumley et l’ immense Jamie Lee Burke qui manquent à votre palmarès. Mais bon, le Nobel, faut vraiment être un auteur chiant pour l’ avoir. Et surtout que personne n’ a jamais lu, alors, le Roth, y peut se brosser, l’ aura encore pas l’ année prochaine.

  15. Un nobel pour Robicheaux !

  16. @ Saga : vous aurez remarqué la cuistrerie éclatante de notre ami Bernard qui n’ hésite pas à comparer la prestigieuse récompense de l’ académie de Stockholm à l’ obscur prix du Conseil général de l’ Ariège qu’il aurait soit-disant reçu il y a peu…

  17. L’Ariege ? Mais c’est où ca ???? C’est comme la Creuse ?

  18. Faut vraiment lui faire son truc sur les motards avant qu’il ne postule au Quai Conti

  19. oui pour roth !

    ou jim harrison a la limite.

    jaloux.

    le petit singe.

  20. @ Vinnie : arrêtez de faire le gommeux. j’ai un bon souvenir de ce prix, car je l’ai reçu juste avant que le gouvernement ne s’amuse à taxer les prix : Jusque là ils étaient non imposables. Depuis 2008, faut passer à la caisse, impôt, csg, crds, et tout le toutim, alors que les droits d’auteurs sont déjà minables et taxés. Evidemment, au Canada, je ne sais pas.

  21. Vous oublier ces escros de l’Agessa! Le truc qu’ils vous prelevent d’office pour payer les soins de veto du chien de Ouelbecq.

  22. @ Vinnie : Ah !

    http://www.prix-litteraires.net/detail_prix_auteur.php?auteur=1178_Laurent_Sagalovitsch

  23. C’est le mal du siècle ; tout part à la débandade.

  24. Y’ avait un bon billet dans Libé hier ( eh oui, je sais) qui demandait pourquoi un pays devrait absolument alleger l’ impot sur la transmission des Entreprises -suite à la minable rebellion des “pigeons”-plutot que d’ alleger la ponction fiscale que subissent les Ecrivains, qui sont sur-taxés, à chaque oeuvre et qui pourtant contribuent largement autant à l’ emploi et au rayonnement de la France dans le monde qu’une poignée de nerds tendance medef-cocaîne.
    Je vous le conseille.

  25. Faudrait dépecher Bernard à Bercy !

  26. @ Bernard : vous avez lu “Hell’s Angels” d’ Hunter Thompson ? je l’ ai relu recemment, ça a vieilli (67 quand même) mais ca devrait vous plaire, y’ a plein de motards

  27. Ah oui, l’Agessa, un truc formidable… Ils piquent des cotisations, mais ne sont éligibles à la retraite que les auteurs qui font plus de 7500 Euros de droits par an, si j’ai bien compris. Bref, la masse cotise pour le chien de Welbecq et l’arthrite vaginale de la mère Angot.

  28. C’est une Escroquerie gigantesque l’Agessa! Le monde à l’envers. L’écrivain qui tire le diable par la queue est obligé de cotiser pour payer les soins capilaires d’Amelie Nothomb.

  29. @ Vinnie Jones

    Oui, Thompson, c’est pas mal ça Sagalo, non ? J’ai lu pas mal de trucs de lui, Rhum Express, Hell’s Angels, Las Vegas, aussi son truc sur le combat Foreman-Mohammed Ali, très bon aussi. Je crois que ce type s’est explosé la tête un nombre incalculable de fois avec plein de trucs genre qu’on utilise pour faire décoller les navettes spatiales.

  30. Le plus drôle dans cette histoire, c’est que c’est seulement quelques minutes après avoir écrit mon précédent commentaire que wikipedia m’a rappelé comment le Thompson a brillamment quitté notre monde. Evidemment personne n’a relevé, tout le monde a déjà oublié ce pauvre Hunter, tout le monde attend Koh-Lanta et Espagne-France…

  31. Ah l’Agessa, c’est les rapetou, j’me fais cambrioler tous les trimestres. Jamais vu un truc pareil.

    (Sinon, parmi les Thomson, j’adore toujours Jim, grand écrivain alcoolo claqué lui aussi.)

  32. Tiens j’ai oublié le p de Thompson. Scusi.

  33. Ah oui, Jim Thompson, je ne savais pas que c’ était lui qui avait écrit “killer inside me”J’ avais lu Pop 1280, excellent, que Tavernier a adapté de manière absurde dans “coup de torchon”
    En revanche l’ adaptation de “Dans la brume électrique” de JL Burke est excellente
    Autre ecrivain de polars que j’ aimais bien : Day Keene pour les amateurs, en particulier “to kiss or kill” deuil immediat, en français
    Sinon, pour ceux qui aiment Harry Bosch, y’ a quasiment aussi bien, c’ est Matt Scudder, le flic de Lawrence Block ( eight millions way to die)

  34. A propos de cotisation pour payer des soins, Amélie Nothomb aurait beaucoup plus besoins de soins psychiatriques que de soins capillaires. Vous me direz que c’est toujours au niveau de la tête que ça se passe.

  35. @ Vinnie : Ah formidable, “Le démon dans ma peau”. C’est le premier que j’ai lu. Faut lire aussi “1275 âmes”, chef d’œuvre…
    J’ai vraiment aimé “Dans la brume électrique”, très bon Tavernier. “Vengeance froide” (Joanou) n’était pas mal aussi, avec Alec Baldwin dans le rôle de Robicheaux.
    Les autres, je vais chercher, tiens, merci pour les pistes.

  36. PS : Ah mais “pop 1280”, c’est “1275 âmes”, que chuis nouille. Mes excuses. 😀

  37. (Qu’est-ce qu’ils ont fait des cinq mecs en plus (ou en moins), les traducteurs français ? …Tout ceci est bien mystérieux…)

  38. Je viens de vous découvrir, à travers 2 de vos billets. D abord celui sur houellebeck (j etais en phase, l homme me touche, pas trop l ecrivain qui me laisse “neutre” comme son style, quelle sagacité que la vôtre). Puis celui-ci, qui a failli me faire sortir de mes gonds (j aime tant philippe roth tout “entier”). Et puis finalement je me suis dit que ca se tenait “votre these”. Les 2 ont en commun d etre de geniaux contemporains, sans doute pas des eternels (contrairement à FLaubert, Dostoievski et quelques autres?).
    A leur décharge, c est dejà une prouesse la geniale contemporaneité. L éternité, c est encore mieux, mais qui aujourd hui peut la presumer ? Vous ?
    Avec tout mon respect et mon admiration pour vos billets, genialement sagaces 😉 (;) sigle contemporain n ayant aucune prétention d éternité)

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