Ne nous quitte pas, Monsieur Arnault

Alors voilà il suffit qu’un éminent homme d’affaires français songe à acquérir la nationalité belge et toute la cavalcade médiatique lui tombe dessus comme un vulgaire chenapan pris la main dans un sac Hermès. Comme si choisir d’immigrer en Belgique relevait du crime d’état ou de l’abandon d’enfant.

Quoi les impôts ?

On ne se souvient pas d’avoir entendu un tel barouf quand Monsieur Brel a déposé ses valises en Gare du Nord.

Ou lorsque que Monsieur Simenon a trimballé sa machine à écrire jusque dans les bordels de la capitale.

Eus-je été à la place de ce Monsieur Arnault que j’aurais agi pareil. Ah mais je vous le demande comment peut-on résister au charme du plat pays une fois qu’on y a goûté ? Comment résister à l’appel de ces bières de moines trappistes qui vous tourneboulent l’esprit et vous ensorcellent l’âme avec leurs noms à vous donner le frisson, de la Mort Subite à la Gueuze Bécasse ?

Qu’est ce qu’il y a les impôts ?

Ce n’est pas la Suisse la Belgique. Ce n’est pas un mouroir pour personnes avariées au bord de tirer leur révérence sur les rives molles du lac Léman. La Belgique, c’est l’exubérance à l’état brut. C’est la générosité incarnée. C’est la drôlerie revendiquée. C’est l’art de ne jamais se prendre vraiment au sérieux. C’est la flamboyance d’un chagrin intemporel qui s’en va enguirlander la mort pour mieux l’étreindre et lui demander de passer son chemin.

C’est Knock le Zoute et le charme fou d’une station balnéaire où l’on ne se baigne jamais.

C’est la mer du nord qui vous dégrise à jamais avec ses longs rouleaux de vagues grises s’en allant vous mordre les chevilles de votre mélancolie toute automnale.

Mais quels impôts ?

On ne peut tout de même pas reprocher à Monsieur Arnault d’aimer arpenter la Grand-Place, de se perdre dans ses galeries au charme discret, de s’asseoir à la terrasse d’un troquet déguster une tasse fumante de chocolat chaud accompagnée d’un ballotin de chocolats aussi moelleux qu’une poitrine de soprano roumaine avant de monter dans un tram direction la place Sainte Catherine où Madeleine doit sûrement être en train de l’attendre.

Comme si on ne pouvait pas être riche à en crever et apprécier en même temps la poésie de Michaux, la peinture de Bruegel l’ancien ou le cinéma d’Agnès Varda ?

Monsieur Arnault est tombé amoureux de la Belgique comme Stendhal s’est amouraché de l’Italie ou Brel des Iles Marquises. Ce n’est pas un crime tout de même. Et ce n’est jamais rationnel l’amour. Ça vous tombe dessus un bon matin sans crier gare en promenant son chien le long d’un canal qui s’en va se suicider quelques kilomètres plus tard à hauteur d’Ostende ou de Charleroi. Ca ne prévient pas.

Mais quels impôts ?

A ce que je sache personne n’a jamais reproché à Monsieur Jean-Philipe Smet, né de père belge, d’avoir choisi de payer ses impôts en France.

Comment ça il les paye en Suisse ses impôts ?

C’est bien ce que je disais : on ne peut tout de même pas reprocher à Monsieur Hallyday d’aimer flâner du côté du lac de Zurich avec ses montagnes…

17 commentaires pour “Ne nous quitte pas, Monsieur Arnault”

  1. Hahahaha !
    Vous avez raison, Laurent. C’est une question d’amour.

  2. L’impôt fait de vous un “bon” patriote. C’est mignon. Et frais.
    Moi, le premier qui essaie de m’interdire d’aller m’installer où bon me semble sous prétexte que je n’ai pas choisi mes parents, a droit à son point Godwin.
    Si l’Etat souhaite nous ponctionner en toute tranquillité, que la France adopte le système Américain.
    Au moins, on n’aura plus à subir les tirades outragées des nouveaux convertis au culte de la mère patrie.

  3. Et si c’était vrai …. (pardon)

    Sinon, pour ceux qu’auraient envie de se poiler, je recommande la vidéo du “film à l’origine des attaques en Egypte et en Libye” comme dit LeMonde. http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=qmodVun16Q4#!
    C’est sensé avoir couté 5 millions !!??

  4. Du bon, du solide Saga, rien à dire. En revanche, la vanne sur Johnny c’ est limite. On ne se moque pas des personnes décédées

  5. @ Vinnie : Mais non, je suis encore un peu rouillé. Ca ira mieux bientôt. Le jour où Johnny s’en ira… J’ose même pas imaginer. Et Drucker ? Mais la France ne s’en remettra jamais!

  6. Sa démarche serait simplement motivée par l’idée de vouloir “investir dans un domaine potentiellement sensible” qui requerrait la nationalité belge. ah bon?

  7. les joies du tourisme fiscale :)

  8. et puis c’ est bien beau de parler de Mr Arnault, mais faudrait pas oublier Nelly…
    @ Saga : Drucker ? 70 balais, une crinière intacte, toujours la brosse à la main, peut faire encore 20 ans à ce rythme. Faut juste changer le chien de temps en temps..

  9. @ Vinnie : mouhahahahaha ! Le chien, et les invités (ce sont déjà des momies, pour la plupart).

  10. Bah avec Dutroux et Plastic Bertrand, ça fera un troisième belge connu ! (même s’il restera quand même moins connu que les deux autres)
    Plus sérieusement, je le comprends, MOI, Bernard. Et pour ça, il faut déjà imaginer tout le gros paquet de pognon que doit lui taxer sa femme…

  11. le belge le plus plus connu c’est Tintin

  12. http://www.youtube.com/watch?v=zP1vAzaWVEk&feature=related
    Bruxelles ma belle
    Je te rejoins bientôt
    Aussitôt que Paris me trahit
    Et je sens que son amour aigrit et puis
    Elle me soupçonne d’être avec toi le soir
    Bruxelles attends moi j’arrive
    Paris Paris je te laisse mon lit

  13. @ Hannah

    J’avais jamais entendu parler de ce chanteur (c’est grave, docteur ?).
    Le gars est atteint de mucoviscidose ou de sclérose en plaques, kek’ chose comme ça ?

  14. laurent, un petit article sur la taxe “féminine”?
    en attendant celui sur les motocyclistes :)

  15. @ Saga : vous savez que les Motards sont le seul moyen de faire revenir Nanar sur ce blog. Qu’est ce que vous attendez ? Qu’il ait le Goncourt ? Il ne nous parlera plus..

  16. @ Saga : Vous êtes comme le prix des allumettes, vous ne changez pas :-) Toujours rien sur les motards !

    Bon, sur ce barouf de Bernard le riche, qu’en pense Yannick Noah, le grand sage ?

  17. Bernard, sérieusement, ça fait du bien de vous lire. On vous pensait parti vous aussi en Suisse ou au Luxembourg. (Vous avez fini votre roman ?)

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