Requiem pour le livre

Le livre se meurt. Nos chères bibliothèques Billy achetées par dizaine auprès de notre concessionaire Ikea vont bientôt pointer au chômage technique. En effet, pour la première fois depuis Gutenberg, le livre électronique a dégagé, en Amérique, plus de profits que le livre classique. La vieille Europe résiste encore mais ce n’est qu’une question d’années avant que le même phénomène se ne reproduise et s’amplifie.

Nul besoin d’être un économiste averti ou un idéologue visionnaire pour comprendre que d’ici une ou deux générations, quand le siècle sera cinquantenaire, le livre traditionnel, avec ses pages brochées, ses élégantes reliures, ses couvertures plus ou moins alléchantes, ne sera plus bon qu’à alimenter un feu de cheminée à moins que cette dernière, rattrappée par le sacro-saint progrès, ne se mette à carburer également au wifi.

Les bibliothèques, elles, ne serviront plus qu’à entreposer la collection de godemichets de Madame et les maquettes automobiles de Monsieur. Il ne sera plus possible de mater le cul de la bonne, affairée à  passer son plumeau pour dépoussiérer les rayonnages de livres décrépits. En visite chez un inconnu, le pouvoir de juger de la puissance intellectuelle ou de la niaiserie absolue de votre hôte en vous perdant dans la contemplation sotte de ses ouvrages, n’existera plus. Mieux vaudra consulter sa boîte à pharmacie. La présence réconfortante de Valium ou de Temesta attestera qu’il est encore un être humain en proie à des angoisses qu’on espérera être existentielles.

Certes il y aura toujours quelques hurluberlus qui s’entêteront à acheter des livres devenus par la force des choses des objets en voie d’extinction mais ils coûteront les yeux de la tête et ne seront plus tirés qu’à une centaine d’exemplaires réservés à l’usage de quelques notables argentés. Ce qui évitera au romancier de s’emmerder à enquiller des dédicaces ou à parcourir l’hexagone pour se moisir d’ennui dans des salons du livre situés au fin fond du Perche.

Les gens continueront à lire. Enfin disons que les gens continueront à consommer des livres. La littérature, elle, a depuis longtemps perdu la mère des batailles. Avec l’apparition de la télévision puis d’internet, le temps consacré à lire des œuvres littéraires s’est réduit comme peau de chagrin. Et comme le cerveau s’est lui aussi rétréci et contracté, ou disons pudiquement qu’il a évolué et navigue désormais dans d’autres sphères, lire un vrai roman exigera des efforts de concentration que l’esprit, trop habitué à produire des efforts éparpillés sur une échelle de temps des plus réduites, ne sera plus en mesure de fournir.

Ce n’est pas très grave.

Sûrement a-t-il existé au siècle dernier, quand la technologie se réduisait à balbutier des ondes en langage morse, un temps où lire était une activité pratiquée à haute dose. Ce temps-là n’existe plus. C’est peut être une bonne chose. Ou pas.

Certes on continuera toujours à publier des romans. Peut-être tout autant que maintenant. Le lecteur les téléchargera sur sa liseuse pour les lire dans le confort douillet de son salon désincarné en écoutant de la musique crachotée par son IPod.

Ce sera d’un romantisme fol.

A la terrasse des cafés, il ne sera plus possible de courtiser une jeune demoiselle occupée à lire le dernier roman posthume de Stabilovitsch, Je vous ai tant haï.

C’est dommage. La demoiselle avait l’air charmante.

En attendant vous pouvez d’ores et déjà télécharger un roman de cette même andouille de Stakhanovitsch.

C’est par ici.

http://librairie.immateriel.fr/en/ebook/9782742753000/loin-de-quoi

20 commentaires pour “Requiem pour le livre”

  1. Ah, la religion de… la liseuse

  2. Joli Christian!

  3. Ce Bibliovitsch, vais le lire, bonne idée.
    (En même temps, à l’heure actuelle, on revient aux vinyles tellement on en a marre du son pourri des CD, et plus que pourri des mp3. Je ne crois pas que le bouquin disparaîtra comme ça.)

  4. j’attends avec impatience que les gogos se débarrassent de leurs ouvrages au profit de ce triste objet,ça me permettra enfin d’avoir une collection décente de livres à un prix raisonnable

    Le roman m’intrigue,serait il
    possible d’avoir accès à quelques extraits histoire de se faire une idée?

  5. Rentrer dans une librairie sans idée précise, respirer l’odeur des bouquins, flâner entre les rayons, choisir un titre, une couverture, ouvrir au hasard, lire une phrase, avoir envie de continuer…
    Le livre est plus qu’un support, non? Et ce n’est pas une tablette, aussi futée soit-elle, qui va le remplacer. Enfin j’espère…

  6. @ Sandra : Les librirairies disparaitront peu à peu. C’est ce qui se passe en Amérique. Amazon plus Ebook, cocktail mortel.

  7. @Laurent, un monde peuplé de fast food, mall, parcs de loisirs est un cauchemar.
    Certains mouvements, comme le slow food, me laisse un espoir.

    @Jourdan si vous passez par là. Oui, je sais que j’ai vécu à l’ère préhistorique. Mais qu’est ce que c’était bien…

  8. Même l’Equipe de France, c’était mieux avant.
    Platini aurait pu leur filer son Fruité…

  9. :) et ils vont toucher quand même leur 100 000 euros. Moi je trouve ça renversant!

  10. Olé !

  11. @Laurent, Benzema était vraiment content de lui à la sortie du match. Quart de finale, c’est bien déjà. Assez pour toucher 100000€ sans trop bouger son gros c.., je le comprends.
    La preuve que le pognon comme motivation ne remplace pas une pincée de nationalisme, un soupçon de fierté et un peu d’esprit collectif.

    @ Stéphane, Extrait : “Elle partage sa couche avec un goy. Ta mère n’en sait rien. J’ai pris une bière avec lui. Il a préféré un Perrier. Intellectuellement je le situerais entre Toubon et Bayrou.”

    À consommer sans modération.

  12. @ Sandra : Personne ne le dit, ça ne se fait pas, mais la moindre interview des Bleus prouve surtout qu’ils n’ont pas grand chose dans la citrouille. J’imagine très bien Laurent Blanc en King Arthur, à la Alexandre Astier, de tout ce Kaamelott du foot. Je le vois se taper la tête contre les murs des vestiaires pour ne pas pleurer, une fois seul.

  13. Aujourd’hui la seule utilité connue de la culture est d’être, pour les classes moyennes en pleine déconfiture sociale et économique, un divertissement à bon marché, peu impliquant et surtout “distinguant” (au sens bourdieusien)…
    Ça sert également à caser les gosses ratés de la bourgeoisie et les marginaux (surtout ceux qui risquent de devenir chiant) ; à donner une occupation aux universitaires…
    Cela étant dit, on s’en fout tant qu’on a des bières, des pizzas et des K7 porno.

  14. P’tin, le Philippe il a calmé tout le monde avec ses bières et ses K7 de cul (des K7 !).
    Bon, je pronostique Portugal-Allemagne pour la finale (et donc ça devrait être Espagne-Italie).

  15. Les membres fauchées des classes moyennes qui croient ne pas être des prolos parce que “leur bonne volonté culturelle” les conduit à suivre, millimètre à millimètre, tous les événements pseudo-artistiques et à gober n’importe quelle connerie, y m’énervent.

    Les intellos, sanglés dans le politiquement correct et le moralisme, y m’énervent.

    Dernièrement, pour fuir toutes leurs imbécilités, je me suis rabattu sur Titi et Gros Minet… Mais je me suis aperçu que dans l’univers de ces derniers, il n’y a ni mort ni douleur, et que donc ils évoluent dans une sorte de paradis (aux couleurs de la petite bourgeoisie américaine)…

    Or, ils se foutent sévèrement sur la gueule : Gros Minet lance des assaut de dévoration contre Titi qui réplique par la ruse, la manipulation, et en faisant de la lèche à la maîtresse de la maisonnée (une ménagère OMNIPOTENTE qui se conduit comme une sorte de déesse-mère SANS VISAGE en punissant et en caressant).
    Or, dans Titi, il n’y a strictement rien à becqueter, tellement ce piaf est maigre. Donc le désir de Gros Minet est d’une autre nature que le besoin alimentaire : surement il voudrait se taper Titi, mais c’est impossible pour des questions de calibres, et sa libido contrariée le rend très agressif.

    Ce qui fait chier, c’est que ce schéma paradisiaque est plus compliqué que celui des Edens judéo-chrétiens et arabo-musulmans dans lesquels tout est apaisé et où il n’y a plus rien à faire qu’à chanter des cantiques et à se taper tranquillement des vierges.
    En fait, Titi et Gros Minet relèvent d’une métaphysique qui a honte d’elle-même.

    Y m’énervent, bien que leurs problématiques soient tout de même plus complexes et plus intéressantes que toutes les tartes à la crème de la scène artistique officielle.

  16. occupée ailleurs j’étais passée à côté de ce sujet alors je viens pour le remontage du moral de Laurent dire que j’ai fait mon marché aux livres avec mes enfants. ma fille est entrée, a joint les mains et s’est écriée “c’est merveilleux!” elle a choisi Dom Juan (lecture spontanée) mon fils un Templesmith (BD) et un TolKien et moi un certain Sagalovitsch:)

  17. Don Juan ??? Elle va bien votre fille ?!!

  18. j’ai trouvé ça très osé. même pour ma fille. mais si les filles ne lisent plus de livres…
    “Je vous ai tant haï” : c’est le titre du prochain ?

  19. Mon avis est qu’elle est tombée amoureuse d’un théatreux! C’est foutu

  20. vous n’êtes pas loin, on a des théâtreux dans la famille

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