Perpétuelle perpétuité

Jean-Marc Rouillan, le dernier chenapan qui œuvrait au sein d’Action Directe, une bande d’affreux jojos des temps jadis rêvant à des révolutions sanglantes et à des lendemains de terreur, a donc été extradé de prison, après avoir passé vingt-cinq années à arpenter le seul mètre carré de sa cellule capitonnée. On est content pour lui. 25 années à papoter avec l’ombre de son ombre c’est sûrement très long.

Passé ce grand moment d’émotion, demeure l’impérieuse nécessité de savoir si ce passage par la case prison a été assez long. Et là, à ma grande surprise, lorsque j’ai commencé à sonder les tréfonds de mon âme, je me suis entendu m’interpeller que si cela ne tenait qu’à moi, le terroriste en culotte courte aurait continué à se morfondre dans sa cellule jusqu’à que son cachot finisse par devenir son tombeau.

 

En clair, que moi social-démocrate sans peur et sans reproche, vaillant et éternel combattant des droits de la femme et des baleines bleues, je plaidais pour une perpétuité perpétuelle, de celle mise en œuvre en Amérique où pour le simple vol d’une barquette de frites, vous êtes susceptible de vous retrouver confiné dans le baraquement d’une prison perdue au fin fond de l’Arizona jusqu’à ce que la mort daigne vous soulager de vivre une existence aussi palpitante à vivre que d’écouter en boucle Florent Pagny en tondant sa pelouse.

Effroyable découverte.

Je ne songe pas là aux pédophiles, aux violeurs d’enfants, aux psychopathes certifiés conformes, aux névropathes assermentés, à toute cette cohorte d’individus coupables d’atrocités les plus extrêmes, convaincu que chez ces personnes il existe toujours une circonstance atténuante à mettre en avant pour expliquer la monstruosité de leurs actes.

Qu’ils sont pour la plupart des êtres cabossés par l’existence, des hommes et des femmes en réelle souffrance, en proie à des démons intérieurs sur lesquels ils n’ont pas  prise, prisonniers de leurs propres pulsions, égarés dans le dédale de leurs sentiments contrariés.

Pas plus que je ne songe aux crimes passionnels où la perte symbolique de l’être aimé effare tellement qu’elle peut ouvrir la porte à la vengeance aveugle.

Non je veux parler de l’homme ou de la femme, parfaitement normal, totalement équilibré, rationnel, cultivé, à l’aise dans le confort d’une vie apaisée, qui un jour ou l’autre, en pleine maîtrise de ses moyens intellectuels, pour des raisons purement idéologiques ou parfaitement crapuleuses, décide de condamner à mort un individu, qu’il fût un grand capitaine d’industrie ou bien son propre conjoint dont il convoîte avec une avidité folle le prometteur testament.

J’insiste : pas une tête brûlée ou un voyou défroqué, mais un homme ou une femme, inséré dans la société, sachant très exactement à quoi il s’expose, aveuglé d’aucune sorte par une quelconque pulsion incontrôlable, lucide, posé,  calculateur, qui, au bout du compte, une fois pesé le pour et le contre, en toute conscience, décide de jouer à la roulette russe avec sa vie et celle des autres.

Et bien oui je prétends que cet individu qui prend sur lui d’écourter la vie d’un homme ne devrait jamais ressortir de prison.

Je n’ai pas dit peine de mort. Je n’ai pas dit camp de concentration. Je n’ai pas dit quartier de haute sécurité. Je n’ai pas dit châtiment corporel ou mise à l’écart. Non, rien de tout cela. Juste une vie déroulée, dans des conditions humaines, derrière des barreaux.

Ce n’est pas tant de savoir si cet homme est récupérable ou non, s’il s’est suffisamment amendé ou non, s’il regrette ou pas son acte, s’il s’est montré poli envers ses geôliers, aimable avec ses codétenus, avenant avec le directeur du pénitencier, s’il s’est appliqué à repeindre les murs de sa cellule ou à entreprendre des études de linguistique appliquée.

Je me place au seul nom d’une sorte de morale métaphysique qui exigerait que celui qui retire la vie dans les circonstances exclusives décrites ci-dessus doit lui aussi se retirer à tout jamais du champ de l’activité humaine.

C’est ainsi qu’on découvre avec effroi que l’âge venant on se permet d’émettre des pensées qui hier encore nous auraient valu de divorcer avec nous-mêmes.

 

37 commentaires pour “Perpétuelle perpétuité”

  1. Sais pas quoi dire, sur ce sujet. Tendance à penser que les serial killers et les sociopathes, bref, les machines à tuer, sont irrécupérables. Pour ceux qui tuent par cupidité, là, la perpet’ me semble juste. Pas certaine que les cons qui tuent par idéalisme puissent être tous mis dans le même sac.
    Mieux vaut faire du cas par cas, de toute façon, en matière de jugement.
    (Sinon, pour l’âge, c’est aussi parce qu’on perd ses illusions sur la capacité de rédemption du genre humain.)

  2. @ C’est intéressant comme théorie, mais pratiquement inapplicable. Qu’est ce qui vous dit qu’au fond Rouillan n’est pas lui aussi profondément dézingué, mais que sa maladie mentale l’ a conduit à un terrorisme politique froid plutôt qu’a tourner des snuff movies avec des enfants philippins ?
    En revanche, la condamnation à écouter du Florent Pagny en boucle ( à laquelle on pourrait rajouter l’ obligation de tapisser les murs de sa cellule avec des posters de lui dans ses tenues préférées, Catogan, barbiche de mousquetaire, gilet en daim effrangé sur un poncho multicolore, bottes à la Lalanne, ) va m’ obliger à vous dénoncer à la Halde, au HCR, voire même à l’ ONU ou à la cellule PS de la rue Montorgueil, pour cruauté absolue.

  3. @ Vinnie : écouter du Pagny en boucle me paraît aussi d’une cruauté excessive. 😀

  4. pas d’accord avec vos catégories de criminels, perpète réelle pour les crimes “passionnels” non mais ho… j’espère ne jamais être juré d’assises dans un tel procès, je ne serai pas impartiale (je crois qu’on ne peut pas demander à être récusé)

  5. tuer par amour c’est beau quand même

  6. Tuer par amour de soi, c’est pas dégeu non plus

  7. Oui, c’est plutôt par amour d’eux-mêmes que certains tuent, effectivement. Je suis comme Hannah, horreur des crimes passionnels.

  8. @ Saga : J’ ai l’ impression qu’on a perdu Nanard. Vous l’ avez snobé sur les motards en colère et voila…

  9. Je pense que Monsieur écrit. Vous savez les écrivains, hein, quelle bande de charlots

  10. Pas du tout, j’ ai été sur son Blog, il est encore invité à un Salon de type commices agricoles dans le Larzac. A l’ heure ou je vous écrit, il est dans l’ omnibus au niveau de Vierzon, dans un wagon sans clim et aux vitres bloquées, assis entre un permissionnaire du 2ème REP qui porte les mêmes rangers depuis Kaboul, et le cousin de Mathieu Ricard, vêtu uniquement d’un pagne orange, et faisant le poirier depuis le départ en gare de Palaiseau.

  11. Mouhahahaha ! (Merci Vinnie. Sans vous et Laurent et Nanard (même quand il n’est pas là), le monde serait gris.)

  12. ouais enfin surtout moi. Parce que les autres, ils en foutent pas une

  13. Meuouisurtout vous Laurent, évidemment, vous êtes notre île et notre refuge, vous l’savez bien.

  14. merci mémé. Il est bon de le rappeler parfois.

  15. Pasd’koi mon nounours. Allez, va travailler, hop.

  16. @ Saga : “Ils en foutent pas une”, non mais je rêve. Says who ? comme on dit chez vous.
    Le mec a écrit 4 bouquins de 85 pages en 45 ans et nous donne des lecçons de productivité…
    Tendez un peu que la droite revienne, tiens..
    @ Sophie : Vous êtes bien trop aimable, et le rouge nous monte au front(de gauche). C’est vous la plus marrante, en fait, et Hannah et Sandra sont pas mal non plus dans le genre.
    Et puis celui qui appelé Nanard “Bernard Poujade” l’ autre jour, lui il est vraiment drôle !!!!
    :-)

  17. permettez 44 ans, Monsieur le trader Bordelais tendance rouge avec résidence secondaire au cap-ferret.

  18. Tiens Vinnie vous qui buvez comme un polonais, je ne comprends pas le probleme.
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/05/25/97001-20120525FILWWW00591-cannes-controle-des-douanes-dans-une-fete.php

    Le Mescal est interdit en France ???

  19. Ils devaient chercher autre chose, m’est avis. Z’ont pas trouvé, donc, tac, le Mescal a servi de paravent. :)

    @ Vinnie : En fait, tous les intervenants sont drôles, sur ce blog. C’est assez rare, sur la blogosphère, finalement.

  20. enfin ils sont pas trés spirituels non plus. Sauf vous bien sûr

  21. @ Saga : Nous les bordelais, le mescal, on calcule même pas. C’ est le truc ou y’ a des vers géants au fond de la boutanche, c’ est ça ? Pfff c’ est des trucs de bobos du Marais. En revanche l’ Izzara jaune ! Magnifique. Quand je jouais au rugby a sciences po, on se prenait des caisses magnifiques avec ça. Chanson ( avec l’ accent de Luis Mariano): “Et si tu m’ abannndoooones, je m’emmmmpoisooones, avec une bomboooonne de liqueueueueur jauauauauaune ”
    @ Sophie : Peut-être mais nous, on est haineux ( surtout Bernard) alors que vous, vous êtes marrante et gentille.

  22. Vinnie a fait son coming out. Il a fait science po. Même promotion que Bernard ?

  23. @ Saga : Promotion 81, Monsieur, j’ ai passé l’ écrit de Culture Gé le 11 Mai. Ce minable de Bernard est de la promo 82.

  24. Non mais arrêtez science po Bordeaux ca compte pas!

  25. Mais j’ ai jamais dit que ça comptait, c’ est vous qui demandez, je réponds c’ est tout.

  26. En revanche, la prép ENA, je l’ ai faite à Paris (d’ou ma présence ici, hélas) j’ ai même eu Mosco comme chargé de TD

  27. C’est aprés que vous êtes rentré au cabinet ministériel d’Yvette Roudy ?

  28. Ah, Yvette !! auteur(e)immortelle de la phrase : “Je suis pour l’ égalité entre les hommes et les femmes et je prendrai moi-même les mesures”
    Surnommée Yvette Rouduc à Matignon..
    Pardon les filles….

  29. @ Vinnie, Promo 81 ? Mais ça vous fait dans les 70 ans alors… Déçue.

    @ Laurent, Vous allez finir censuré avec vos sujets qui fâchent.
    Malheureusement, un vieux fond “humaniste” m’interdit la peine de mort. Et l’emprisonnement perpétuel. Mort lente cruelle encore plus moche.

    @ Les femmes, Les crimes passionnels, c’est quand ton mari, mec, pacsé, veut te tuer pour pas que tu te tires? Avec massacre des gosses en option si nécessaire? Le terme “passionnel” a dû être euphémisé par un barbu encore.

  30. Ça y est, je m’en doutais, Vinnie a été ministre, un truc du genre… Non, sans rire, Mosco comme chargé de TD, c’est dur. (Pas sûre d’être si gentille, sinon. Enfin, je m’entraîne à ne pas l’être. Pas fastoche.)

    @ Sandra : Ouip. Un gros beauf qui ne veut pas qu’on vive sans lui. Mais il ne tue pas les gosses, lui. Celui qui tue les gosses, c’est le timbré qui ment tout le temps et qui ne veut pas que sa famille découvre qu’il n’est pas trader ou chirurgien.

  31. @ Sandra PS : mais non, Vinnie et Bernard et moi, on a le même âge, quelques toutes petites petites années de plus que ce bon Saga (qui frime avec ses 44 ans).

  32. Vinnie, c’est le fils caché de Pierre Mauroy je crois.

  33. @ Sandra : pas tout à fait non, mais qu’est ce que vous croyiez ? Y’ a que des vieux ici. Et puis, j’ étais très en avance
    @ Tous : j’ ai eu un mail de Bernard , son voyage en train était bien pire que ce que je décrivais plus haut…
    @ Saga : mais c’ est quoi cette fixation sur les vieux socialos, Roudy, Mauroy, ils vous manquent ? Ben depêchez vous d’ en profiter, parceque le Pierrot, il est pas au top

  34. @ Sophie, Vinnie : Bien sûr que j’exagère. C’est notre marque de fabrique ici…
    Vinnie a été ministre ? Donnez-nous la première lettre de votre vrai nom Vinnie, on va se faire un pendu pour découvrir quelle homme célèbre se cache sur le pépé’s blog de Laurent.

  35. @ Sandra : Mais ne l’ écoutez pas, il dit n’importe quoi ! Franchement, vous croyez vraiment que si j’ avais été ministre, ou même simplement haut fonctionnaire, je serais en train de me faire braire à écrire à un askénazo-séfarade quasi autiste et supporter des Verts ?

  36. On va jouer au Vinschblik! Alors est-ce que le Vinnie est compatible avec l’UDF ?

  37. M’est avis que le Vinnie est incompatible avec beaucoup de choses, incorruptible, insubmersible – et relativement complexe à assembler sans tournevis et sans notice (correctement traduite) avec schéma. :)

Laissez un commentaire

« »