La vie de râteau

Décidément on n’en sort pas. Après s’être ingurgité des kilomètres de bavardages pré-présidentiels aussi intéressants et instructifs à parcourir que la notice d’utilisation d’une bibliothèque suédoise à démonter à l’envers, voilà venu le temps tout aussi exaltant des joutes du jour d’après.

Où l’on apprend que le nouveau président devra penser à se reloger, à acquérir une nouvelle berline, à renoncer à voyager en train, à changer de crémerie, à se commander une paire de costumes seyants à souhait, à embaucher un cireur de pompes plus efficient que l’ancien tandis que l’autre encore sur le départ se verra attribuer des avantages sonnants et trébuchants afin de repartir dans la vie réelle du bon pied.

La comédie de la passation du pouvoir, extravagante dans sa démesure protocolaire, permet de s’apercevoir que notre beau pays de France adore se comporter comme une midinette écervelée, désireuse de s’amouracher d’une monarchie à jamais recommencée où le bon peuple, cerclé de toutes part par des chinois sanguinaires et des indiens aux dents longues, réclame plus que jamais la protection d’un céleste monarque qui les console et les réconforte.

Notre nouveau régent nous avait promis une présidence normale.

Pourquoi ne pas commencer à songer à déménager de l’Élysée, vendre les bijoux de famille de la rue de Grenelle, et regrouper tous les ministères dans un immeuble sans charme d’une quelconque banlieue parisienne, avec l’ascenseur marchant en mode alternatif, la concierge jamais contente, le courrier confisqué par des petites frappes désœuvrées, l’odeur de shit dans les cages d’escalier et les parterres de fleurs moribondes postés au balcon ?

Quel besoin de s’abriter derrière les ors d’un palais présidentiel vieillissant dont le coût de fonctionnement doit avoisiner celui de la dette grecque, avec sa cohorte d’huissiers laqués dont la seul mission consiste à ouvrir la porte en temps voulu au passage de son éminence ou à lustrer la cantine des cardinaux en visite ; avec toute sa cour de conseillers courtisans se branlant le cerveau pour trouver des solutions introuvables, sans parler des gardes républicains plantés comme des étendards ahuris devant le château d’Elseneur.

Qu’on se débarrasse pour de bon de tout ce faste vulgaire et outrancier.

Que diable, on n’a pas élu Sissi l’impératrice comme chef de famille.

Alors que le pays se meure, que dans les campagnes étranglées par la famine, le peuple se désespère ne pas trouver un écran plat à se mettre sous la dent, que la jeunesse déprime à l’idée que sa retraite sera rognée et qu’il faudra trimer comme jamais pour s’acheter un pavillon à l’abandon, il serait grand temps que ces grands qui prétendent nous gouverner se mettent au diapason de nos quotidiens grisâtres où jamais le parfum de l’espérance ne nous parvient.

Après cinq années de Sarkozie, le pays n’en peut plus. Épuisé par le rythme infernal imposé par ce suppôt de Satan qui a ruiné le pays, a désespéré nos villes et nos cantons, a contribué à rendre le suicide populaire, a permis aux bandits et maraudeurs de se démultiplier et aux criminels de tout bord de s’en prendre à la masse laborieuse des travailleurs exsangues.

L’antisarkozisme primaire constituait une maladie des plus graves. De celle qu’on s’invente et qu’on alimente afin de ne pas se confronter avec la dureté insupportable de l’existence. Un point de fixation psychotique teinté d’irrationnel s’expliquant par la crainte que cette boule de nerfs, incapable de se contrôler, avait comme ambition suprême de chambouler les habitudes tranquilles d’un peuple ronronnant une existence douillette à l’ombre d’avantages dûment gagnés durant toute sa douloureuse histoire.

Il fallait la voir cette jeunesse meurtrie et bafouée paradant du côté de Solferino ou de la Bastille, hurler, la voix ensanglantée, leur soulagement de voir le Monstre enfin terrassé.

Les survivants des camps n’affichaient pas un tel soulagement.

On va pouvoir commencer à revivre, le cauchemar se termine, le soleil peut à nouveau briller.

Une page se tourne, un autre roman commence. Nous n’en sommes qu’à la préface mais on se doute déjà qu’au détour de la page 32, les choses vont commencer à se gâter. En attendant, profitez-en. Le vent mauvais va bientôt se lever.

39 commentaires pour “La vie de râteau”

  1. @ Saga : Bien écrit, bien tourné. Dans la moyenne haute. ( a part le “se meure” au début, mais on sait que vous ne vous relisez pas, alors..)
    Sinon, il était bien l’ article de Moix, et je m’ en suis souvenu en le relisant, en effet.
    Et ça booste les ventes, un papier comme ça ?

  2. ça c’est du pamphlet !
    Merci de nous rappeler que nous ne vivons que dans un ersatz de démocratie.

  3. mais non! faut avoir la foi, tout ira pour le mieux maintenant, ce sera l’obama à la vanille de la france !

  4. La presse, ça ne booste plus grand chose, ou alors il faut le vrai tir de barrage associé à un tapis de bombes de la télé. Vaut mieux passer à Secret Story.

  5. @ LaurentS : Solitaire à tendance misanthrope, je crains que la lecture de vos excellents papiers ne nuisent gravement à ma vie en société.

    @ Bernard : Et vous choisirez quoi comme Secret si vous participez à la prochaine émission? Je suis fort en orthographe? Promis, avec ça vous avez plus de chances de gagner qu’en avouant que vous enfermez vos gosses en plein soleil dans votre voiture pour assister à…un match de foot?

    @ Vinnie : “Booster les ventes” fait dorénavant partie du vocabulaire prohibé, sous peine d’exclusion de la blogosphère “modestie et profil bas” inspirée par FHVT.

  6. @ Sandra B : Vous avez raison, je m’ en rendais d’ ailleurs compte en l’ écrivant, mais bon, la flemme..
    On a beau resister le langage pseudo technocrate/media/jeunes finit par nous envahir à certains moments. Et dans la Finance, cette industrie sub-claquante, ce mort-vivant en sursis, c’est un combat de chaque instant.
    Quand à VT, je suis d’ accord, on n’ a pas fini de “rire”..

  7. @ Vinnie Vous croyez que je serais ici si un bon papier faisait booster quoi que ce soit ? Bah j’ai eu le fig et le monde dans la même journée et je suis toujours aussi pauvre que zob.
    @ Sandra: Il est encore temps! Je suis contagieux.

  8. rien de nouveau à l’ouest sur ce thème
    mais je le dis un peu honteusement, je ne saurais pas écrire mieux. plus d’un million de râteaux en un seul jour, c’est dur à digérer…

  9. Bon c’ est calme sur le Blog.
    C’ est l’ Internet apaisé, surement…

  10. La vie de badaud. :-)

  11. overdose présidentielle!

  12. Quand à l’ état de gràce il aura duré jusqu’ a une heure du matin le 6 Mai. Comme quoi la théorie de l’ Accélération joue bel et bien.

  13. @ Vinnie, vous êtes dans la finance? Je comprends mieux votre affection pour François H.
    Quant à VT, elle est vraiment chaleureuse et simple. Et pas bêcheuse avec ça. J’adore ses interviews au Time, à Elle.
    Une vraie femme moderne. Elle doit bien s’entendre avec Audrey Pulvar.

    @ Laurent, vous, évitez le post sur la première dame. Votre blog est vraiment chouette, ce serait dommage de vous perdre.

    @ Bernard, vous avez disparu ? Au fait, ils ont retrouvé le cinquième noyé. C’est vraiment l’alcool ou un serial killer?
    J’ai un fils qui part vivre à Bordeaux, alors je m’inquiète un peu…

  14. mais vous avez combien de moutards? Un au Canada, l’autre à Bordeaux…! Rassurez-vous j’arrête la politique, je redeviens un blogger normal.

  15. @ Laurent : Vous ne m’avez pas répondu pour le Deep Inside. Or, vous dites que vous répondrez toujours aux commentaires de vos billets dans la profession de foi sur la droite.

    @ Sandra : Il va faire quoi votre fils à Bordeaux ? Non, non, c’est l’alcool. C’est ce que je racontais l’autre jour. Des jolis quais avec pelouses et tout, qui sont devenus les lieux de rassemblements étudiants du jeudi soir façon Binge Drinking, et des types bourrés qui enjambent les rambardes et tombent à l’eau. Sauf que la Garonne (J’en parle vers le début du Théâtre des Rêves, pub gratuite !) c’est 5 fois la Seine en Largeur, ça coule 5 fois plus vite, c’est plein de tourbillons, et que même à jeun, tomber dans ce bouillon limoneux, c’est une bonne chance d’y rester. A leur âge, je sais pas, on buvait ailleurs, et pas de cette façon… Bon, si vous voulez des tuyaux, n’hésitez pas, Vinnie est un “native” aussi.

  16. C’est drôle, Laurent, on dirait que votre Blog ne drague que les pères et mères de famille… :-)

  17. Je songe à emigrer au Pélerin magazine

  18. ça m’étonnerait que Laurent arrête la politique, j’espère que non
    le scénario cohabitation encore possible

  19. @ Laurent, Trop. Mais sur le départ pour les plus grands. Soulagée pour la politique. Le poker ou les posts sur internet, ça c’est sympa.On pourrait revoir Polaroid.

    @ Bernard, Vinnie et vous êtes de la même famille ou c’est un hasard Bordeaux et la finance? Mon fils aîné part tenter sa médecine dans votre ville natale. Merci pour les infos et hâte de découvrir les quais. De jour et à jeun.
    Mes enfants ont une jeunesse très différente de la mienne, mais eux, ils mettent ça sur une certaine anormalité me concernant.

    @Laurent et Bernard, C’est un blog de vieux, c’est tout.
    Et maintenant que les gays veulent se marier et avoir des gosses eux aussi, vous allez pouvoir écrire dans Têtu. Le magazine des nouveaux réacs.

  20. on l’enterre quand le mariage ?! ça ce serait un vrai changement, les mêmes avantages pour toutes les formes de couples (y compris les gays)

  21. Un fils medecin ! Mon fantasme absolu!!!!!!!!!!!!!!!!

  22. @ Hannah, Je cherche toujours les avantages du mariage, alors… Pour le corbillard, c’est quand vous voulez.

    @ Laurent, Mon fantasme, c’est un fils médecin, un autre avocat.
    Hypocondriaque et lâche depuis toujours, mais lucide.

  23. Vous ne seriez pas une épouvantable mère juive castratrice vous ?

  24. @ Bernard : parlez pour vous ! Suis pas égoïste, moi. N’ai pas pondu de rejetons dévoreurs de Terre. Ai refusé un paquet de fois de me marier, aussi (ouf !).
    Eh ben même pas peur.

  25. @ Sophie: Bon allez je me dévoue, Sophie, je demande officiellement votre main.

  26. @ Laurent, C’est ce que pense aussi le pédiatre du plus petit. Le problème, c’est que je ne suis même pas juive.
    @ Sophie K. et Laurent, Félicitations. Et bonne chance.

  27. A propos de..Bordeaux.

    ” Donc ce groupe, les Fucking Bastards, on s’appelait. Oui les Fucking Bastards. On jouait dans ce bar paumé et c’était la dernière fois parce qu’un producteur voulait qu’on enregistre notre premier album. C’était sur les quais, les clients allaient pisser dehors contre des containers de bois précieux qui venaient d’Afrique, et parfois un des types tombait carrément à l’eau. Je vous ai déjà parlé de la Garonne? Ca a un petit air de Mississipi, la Garonne, exactement. Une masse limoneuse qui coule en enflant le dos, on dirait la queue d’un dinosaure, et cette chair jaunâtre, elle est pleine de tourbillons et d’yeux qui roulent comme des toupies démentes. Tu sais que si tu tombes, on ne te revoit plus, elle ne va pas te noyer , non, elle va t’absorber, la Garonne, te digérer et ce qu’elle n’a pas voulu de toi finira dans l’océan. (…)

    Voici ce que Bernard a écrit de la Garonne page 41. Pas de quoi s’inquiéter donc.

    J’en suis au chapitre 11, le héros vient de vomir au pied d’un lampadaire et je viens de découvrir le “Théâtre des rêves” , Désolé Laurent, je me permets de refaire un peu de pub gratuite à l’auteur qui le mérite bien (et malgré le fait que j’ai eu un peu peur au début)…mais ça vaut le coup, ça titille, il y a de bons moments…il faut insister je crois, et hier j’ai même ri page 71 (… j’ai cru lire du…Sagadovitsch !!!)…

    Bernard…vous risquez d’avoir une belle chronique… !

    A propos de Reims.

    1-0 à la mi-temps, ça sent la ligue 1 assurément.

  28. @Sandra: un fils médecin, un autre avocat? Vous devez ignorer ce qu’est l’enfer… alors croyez-moi sur parole: c’est moi le carabin, mon frère étant le maître tandis que la benjamine tente à son tour d’attraper le barreau..

  29. @ Laurent : Haha ! Ah c’est très gentil merci mais non merci.
    Aparté : Qu’est-ce que vous voulez vous encombrer d’une vioque à parapluie comme moi, voyons ? Pour me supporter, vous devriez doubler votre conso de temesta. (En refusant, je vous sauve donc la vie, je vous le signale.)
    Ah ces jeunes ! Prennent de ces risques !

  30. Sophie, les enfants, quel doux supplice pourtant, pour les pondre déjà… je parierais plutôt que les miens finiront intermittents du spectacle^^

  31. Hannah : ah, pondre en intermittence des intermittents, why not ? 😀
    Enfin, heu, non, j’ai passé l’âge. Non, je vais r’garder les vôtres faire des merveilles, c’est très bien comme ça. :-)

  32. Je ne sais pas si c’est un blog de vieux mais en tous cas il attire les supporters bordelais, je viens de voir un commentaire d’un certain vinnie jones sur un article de sud ouest consacré à ces merveilleux girondins.

    Et sinon à quand le retour des choses sérieuses sur ce blog ? (l’OL, le poker, les salons du livre, the smiths – merci de m’avoir fait redécouvrir rank au passage, …)

  33. @Job, et surtout les motards qui n’ont pas encore eu leur heure de gloire

  34. JLM dans le Nord sur fond de corruption au PS, ça a du sens
    avec MLP : effet de répulsion-attraction ?

  35. Après Les Misérables, Germinal. Je ne suis pas certains que ce soit beaucoup plus efficace. S’il gagne je lui écris une chanson.

  36. Dites, désigner les gens par leurs initiales, c’est un signe de reconnaissance ?
    De qui ? Les bobos, les quinquas, les footeux, les blogueux ?

    Comme dirait SK, on me dit jamais rien.
    Et LS,lui il ne le fait pas !

  37. You : Je ne peux pas répondre, vu qu’on ne me dit rien, donc (vous non plus alors ? Décidément, c’est un complot). Mais je gagerais cependant, sans m’avancer trop, que c’est un signe de flemme.

  38. Sophie, c’est vous SK donc… bobo, quinqua et blogueuse, allez je vous colle au moins trois étiquettes-toutes-prêtes (je plaisante, hein…) vous m’avez grillée, oui je suis du club-de-la-flemme-d-ecrire-les-noms-en-entier;)

  39. Hannah : 😀
    Oui mais pas bobo.
    (d’ailleurs même pas mal.)
    (Sinon, je suis du club de la flemme tout court dans TOUS les domaines, j’avoue avec humilité.)

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