Monsieur Cohen

Une semaine déjà que j’écoute en boucle le dernier Leonard Cohen – au Canada, c’est obligatoire – et je ne suis toujours pas en mesure d’affirmer, en des termes définitifs et bien tranchés, que le dernier opus du chéri de ces dames s’apparente à une pure merveille, un joyau de délicatesse chatoyante déclinant les thèmes favoris du chanteur, mort, sexe, sexe, mort, mort du sexe, sexe de la mort, ou bien alors, si c’est un disque si ennuyeux et mortifère qu’il rendrait même mélancolique un suicidaire récidiviste cheminant le long du pont Mirabeau, une ode funèbre adressée à un monde qui s’en va et ne reviendra pas. Ou les deux à la fois.

Il est vrai que non seulement je suis lent mais de surcroît je n’ai pas l’oreille musicale. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Cependant à lire le concert de louanges célébrant le retour du fils prodigue dans son royaume où le soleil ne semble jamais s’être levé, ni hier, ni aujourd’hui, ni demain, il faut croire que  Monsieur Cohen qui ressemble de plus en plus à un berger de l’ancien testament, a fait du bon boulot.

Sauf qu’une chanson de Leonard Cohen c’est un peu comme un verset biblique. De prime abord, on se laisse séduire par la magie du Verbe, on se persuade d’avoir saisi le sens de la parole divine, on se sent comme le fils adoptif et chéri de Dieu-le-Père alors qu’on nage dans la plus grande des confusions, propice à tous les malentendus. Si bien qu’il faut se farcir l’intégralité de la totalité des œuvres complètes du Zohar revisitées par la science d’un rabbi hassidique carburant au pastis pour tenter de comprendre le début du commencent du sens dudit verset.

Ainsi des chansons de Leonard Cohen qui comme le soulignait fort à propos Robert Zimmerman résonnent toujours comme des prières. Des élégies suaves saluant un élan vers l’ascétisme et la pureté, contrebalancées par un attrait quasi mystique pour les plaisirs de la chair magnifiée par la femme, cette sainte en talon aiguilles ou cette prostituée en tenue de cardinal, c’est selon, qui s’amuse à donner le tournis à l’homme, ce pauvre mécréant tiraillé entre une aspiration vers une spiritualité toujours remise en question et une fascination pour tout ce qui s’apparente au monde d’après la chute.

Les chansons de Leonard Cohen, les anciennes comme les nouvelles, déclinent toujours des odes mélancoliques et désespérées révérant l’éternel féminin tout en s’incarnant dans une tradition littéraire qui puise ses origines du côté de Garcia Lorca et de Sholem Aleikhem… et bon dieu, affolant comment je rame, tiens Messi vient de rater un pénalty, c’est étonnant, ah oui, le corniaud, il a tiré à mi-hauteur, quelle erreur, du pain béni pour le gardien adverse, donc oui, je vous avais prévenu, je suis lent, musicalement parlant j’entends, parce que sinon, malgré mon grand âge, je galope comme un étalon détalant dans la dernière ligne droite de Longchamps, enfin non pas comme un étalon, c’est sexuellement connoté, alors mettons comme un canasson, oui voilà, comme un canasson détalant dans la dernière ligne droite de Vincennes, parce que si ça se trouve, Longchamps ça n’existe même plus, comme quoi tout fout le camp, alors soyez gentil, accordez-moi votre clémence et revenez-me voir dans un an, j’aurai peut-être un avis un peu plus pertinent sur le disque de monsieur Cohen, parce que là franchement, comme vous avez pu vous en rendre compte, puisqu’à force de me lire, vous avez acquis la perspicacité de la sagacité, je n’ai pas le début d’une opinion.

Si vous voulez juger par vous-même, c’est par ici. http://www.npr.org/player/v2/mediaPlayer.html?action=1&t=1&islist=false&id=145340430&m=145466815

Gratuit pour les juifs. Pour les goys, offrez une obole pour la reconstruction du troisième temple.

22 commentaires pour “Monsieur Cohen”

  1. Oui, je confirme que vous ramez grave dans celle-la. C’est dommage, c’ était pas mal parti, mais aurait fallu arreter à la fin du premier paragraphe. Vous devriez penser à faire des brèves de temps en temps, genre mini-chroniques ( y’ avait une émission de télé qui s’appelait comme ça je crois, vers la fin des années 70) En revanche, l’ irruption de Messi dans le programme est une réussite.
    Enfin pour finir sur iune cuistrerie dont je suis coutumier : C’ est pas pain ( Jean-Pierre ) béni, mais bel et bien pain bénit, avec un t. Je sais bien que c’ est chrétien comme concept, mais quand même…

  2. Un de vos meilleurs billets, LS, enfin pour moi. Soudain dans ma glaciale journée parisienne, vous me remettez en tête les notes un peu cassées de “Chelsea Hotel” et la tendresse Joyeuse de Sisters of Mercy. Bravo rien que pour ça.

    PS : pour votre projet immobilier, allez taper Mark Zückerberg, je ne vous file pas un rond !

  3. Aaaah, enfin un truc gratuit ! Parce que je vous le dis tout net : j’irai pas me ruiner avec Bêêlle et Sebastian ! 😉 Everybody knows.
    Vous faites dans le streaming sans images, ici ? C’est une annexe de l’Equipe ? Mais que fait le F.B.I. !
    Les penalties ratés par les plus grands, c’est toujours très beau à voir… Les autres on les oublie aussitôt ( excepté celui de Zidane en 2006 ). Je repense avec une certaine émotion à celui raté de Maradona contre le T.F.C., à ceux de Zico, Socrates, Platini, en quart de finale de la Coupe du Monde 86 ( le plus beau match de ma vie de téléspectateur : après ça, le football n’avait plus aucun intérêt à mes yeux, j’ai éteint le poste, circulez, il n’y a plus rien à voir ).

    .

  4. fou de penser que maradona a joué contre le TFC! Comment il s’appelait ce joueur que j’aimais beaucoup. Ils étaient deux freres. Il a fini peintre je crois.

  5. @Bernard : Ah oui ? Un de ses meilleurs ? J’ aurais vraiment pas dit. Comme quoi la nature est bien faite et le panel des adeptes de Saga l’ est encore mieux. Une précision : le fait que Léonard C soit le Strauss-Kahn du protest-song ne vous émeut-il tout de même pas ? Vous l’ homme de l’ ascese ( pas l’ autoroute) et de la rigueur sexuelle ?

  6. sur ce coup là, je serais plutôt de l’avis de vinnie. Comme quoi!

  7. @LS : je suis en train de lire la métaphysique du hors jeu, alors peut-être perd-je toute mesure, mais vous savez on aime toujours pour de mauvaises raisons. Quant au TFC, ce serait effectivement étonnant, vu que l’équipe B (Voire C) des Girondins a une armoire à trophée aussi riche que le frigo d’une anorexyque en fin de vie. Néanmoins, je me demande si nos sympathiques amis au sud de la Garonne n’ont pas connu une brève embellie dans les années 80 (Sans doute aiguillonnés par la jalousie vis à vis de l’équipe de la splendide capitale de l’Aquitaine) qui les conduisit donc à faire acte de figuration en coupe de l’UEFA, auquel cas ils auraient pu rencontrer Naples.

    Pour votre question, ne serait-ce le sympathique Gerald Passi ?

  8. yessssssssssssssss Gerald Passi! Trés beau joueur. Et oui je confirme toulouse a bien elilminé Naples avec un but d’anthologie de Passi. Si je me souviens bien, controle de la poitrine et reprise de volée dans la foulée

  9. Et bien, dites-moi, les vieux doivent encore en causer derrière le capitole, macquarelle ! (Exclamation de l’indigène haut garonnais en proie à une grande émotion, avec “Putaing”, “Cong”: doit correspondre au “Peuchère” des marseillais, vous aurez appris quelque chose !)

  10. Dans le 9-3 on dit “la putain de sa mère!” pour votre information.

  11. @ Nico : c’est tout de même moins joli que Macquarelle

  12. Ki ka l’ai ridicule maintenant ? :
    http://www.youtube.com/watch?v=eX5GvsroPQ0

    Pas moi !

  13. l’air* de rien, vous connaissez pas vos classiques…

  14. Je précise que je ne suis pas toulousain mais parisien. J’ai vécu cela dit à Toulouse à “la grande époque”… Na ! Bernard et Laurent vous déconnez à plein tube, si c’est pas malheureux de ne pas se souvenir de ce match-là !… Pffff…

  15. il était pas mauvais bergeroo
    http://www.dailymotion.com/video/xfdsbo_football-coupe-d-europe-resume-toulouse-naples_news

  16. Ouais mais Dropsy etait meilleur !

  17. quoi le type qui enfilait des buts contre son camp en équipe de France ? Arrive pas à la cheville de Curkovic!

  18. Il faut dire qu’à l’époque où il était international, il jouait à Strasbourg, le pauvre. Et pour une fois, Wikipédia rétablit la vérité sur le csc auquel vous faites méchante allusion :

    Porté par ses excellentes performances en club (Strasbourg emportera le titre national cette saison-là), Dropsy prend l’ascendant dès l’automne 1978 sur ses rivaux en équipe de France, Baratelli, Bertrand-Demanes, et Rey. Il dispute sept des huit rencontres des éliminatoires de l’Euro 80, où la France échoue face à la Tchécoslovaquie, et entame la campagne qualificative pour la Coupe du Monde 1982 comme titulaire dans le but tricolore. Mais la forme de Dropsy pâtit des résultats de Strasbourg, rentré dans le rang et absent des places européennes. Le match d’éliminatoires du Mundial perdu en mars 1981 aux Pays-Bas est un tournant. Ce soir-là, Dropsy réalise une performance moyenne et encaisse un but curieux (le seul du match) que l’opinion lui reproche unanimement. Sur un coup franc de 30 mètres tiré en force par Arnold Mühren, le ballon frappe le haut du poteau droit, revient en jeu, heurte la nuque du gardien français alors en pleine détente et ricoche dans le but.

  19. Bernard,
    qu’est ce que le beau?
    “la putain de sa mère” je trouve que ça sonne bien. Macquarelle ça fait un peu tarlouze.

  20. Le Putain de sa mère me semble hélas une pauvre francisation du mondialisé Mother fucker. Son emploi traduit bien le désarroi d’une jeunesse avachie et déboussolée, gavée de Coca et des invectives de rappeurs obèses en survêts de satin et Rolex Sarkozyennes.
    Mais vous avez le droit d’aimer ça, ainsi que le TFC, les Tarlouzes, les taxidermistes circoncis ou non, les enfarinés et les enfarineurs…. “Tout est permis”, comme le dit Ivan Karamazov.

  21. C’est d’la balle ce skeud!

  22. j’ai écouté 2 ou 3 extraits, de là à écouter en boucle… je ne sais pas si c’est sa voix revenue vieillie ou le besoin de guitare électrique qui étouffe plus efficacement le bruit du tapis roulant de la vie…

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