La danse de la joie, explication finale.

Comme nombres de mes compatriotes, depuis que la vidéo du Sofitel a été mise en ligne, j’ai eu dû mal à trouver le sommeil. Je ne cessai de me retourner dans mon lit, d’houspiller ma compagne en lui demandant mais pourquoi diable les deux lascars de la sécurité s’étaient-ils livrés à cette danse de la joie, juste après avoir alerté la police de la possibilité d’un viol commis dans une suite du Sofitel ? Ne croyant pas un seul instant à l’éventualité d’un complot, surtout depuis que Claude Guéant avait clairement réfuté toute implication, de près ou de loin, des autorités de l’état français dans toute cette sombre affaire, j’ai réactivé mes réseaux mis en sommeil depuis l’affaire du Watergate : dans l’urgence, j’ai convoqué une cellule de crise avec Yves Calvi et Patrick Sabatier aux commandes, j’ai rappelé des vieilles connaissances de la branche québécoise du Mossad Canadien, j’ai interrogé des dizaines de diseuses de bonne aventure, j’ai dépecé mon chat pour lire dans ses entrailles, et je suis finalement arrivé à ces conclusions que je vous livre en exclusivité mondiale et qui, j’en suis persuadé, permettent d’éclairer d’une manière pertinente et probante le comportement pour le moins intriguant des deux officiers de sécurité.

  

La Piste du Régime

Il n’a échappé à personne que les deux membres du service de sécurité de l’hôtel présentaient un léger surpoids pondéral. Lors d’une soirée arrosée, devant les récriminations indignées de leurs épouses patentées, leur reprochant d’avoir du bide  et de manquer de constance dans leurs performances sexuelles, les deux lascars, au bout de leurs ivresses, s’étaient jurés de se débarrasser de leurs kilos superflus. Le lendemain, fidèles à leurs promesses éthyliques de la veille, ils s’étaient donc inscrits à un programme weightwatcher draconien qui, outre des recommandations émises au sujet de leur alimentation jugée trop riche en sucres et en graisses, leur avait sommé de sacrifier quelques minutes de leur temps de travail à des micro-séances d’exercice physique, consistant à esquisser quelques pas de danse afin de favoriser la fluidité de leur circulation sanguine tout en contribuant à renforcer leur ceinture abdominale. Ne voulant point être moqués par leurs collègues qui n’auraient pas manqué de les ridiculiser à tout-va en les taxant de noms d’oiseaux et autres épithètes discourtois, ils avaient trouvé refuge dans l’étroitesse de ce local afin de se livrer à cette danse de sioux qui, comme chacun sait, s’avère bien souvent être une arme fatale dans la lutte contre l’obésité. Pour preuve, on n’a jamais encore vu un indien dans la ville se balader avec un ventre proéminent.   

La Piste du Pari

Le 13 mai 2011 qui, je l’ai découvert après une enquête très poussée, s’avére être, sans conteste, la veille du 14 mai 2011, on fêtait un bien triste anniversaire. En effet, à cette date, cela faisait exactement 500 jours que les deux otages français, Stéphane Charbonnier et Hervé Ghesquiere, étaient retenus en Afghanistan par d’infâmes Talibans en culottes courtes. Or, selon des sources différentes mais toutes concordantes sur ce point, les deux gardiens du temple cultivaient, en toute discrétion, depuis leur tendre enfance, un jardin tenu jusqu’ici secret : ils se passionnaient pour les prises d’otages.

Pour eux, comme pour des millions d’américains de leur génération, tout avait commencé lors de la prise d’otage de l’ambassade d’Iran. Alors âgés de dix ans, ils avaient suivi, jour après jour, l’évolution de la situation et, sur le chemin de l’école, passaient leur temps à échafauder des hypothèses, et à discuter des avantages et des inconvénients de négocier avec les sbires de l’Ayatollah Khomeiny, ou de privilégier plutôt une attaque frontale de l’ambassade. L’échec cuisant de la tentative de la libération des captifs innocents par des Marines ensablés dans le désert iranien n’avait en rien refroidi leurs ardeurs.

Bien au contraire. Dans les années qui suivirent, ils continuèrent à alimenter leur passion en recensant toutes les prises d’otages de journalistes ou de diplomates étrangers à travers le globe. Tout naturellement, avec l’avènement d’Internet et l’émergence des paris en ligne, ils décidèrent de clore leurs abonnements à Playboy Magazine pour miser, fort de leurs expériences désormais bien rôdées, des sommes conséquentes sur la durée des prises d’otages.

Pour bien se replacer dans le contexte de ce fatal 14 mai 2011, il faut savoir que la remise en liberté précipitée d’Ingrid Betancourt les avait quasiment mis sur la paille.  Grâce à leur connaissance approfondie de la politique des Farc Colombiens en matière de règlement de libération des otages, dès l’annonce de la capture de la franco-colombienne, ils s’étaient empressés de miser la totalité de leurs fonds disponibles sur une captivité dépassant les sept années avec une côte appréciable de 32/1. Ce qui eût assuré leur fortune et leur auraient permis de prendre une retraite dorée dans un bayou de Floride. Patatras, le mercredi 2 juillet 2008, l’armée colombienne lançait un assaut décisif et, déjouant tous les pronostics, parvenait à libérer saine et sauve Ingrid Betancourt, clôturant le décompte de ses jours de captivité à six années et demie.

 

Le coup fut rude pour nos deux amis. Ils furent à deux doigts de commettre l’irréparable en se capturant l’un l’autre dans une cabane désolée située dans la vallée de la mort, au fin fond du désert du Nevada. Tout était prêt, les modalités de la prise d’otage, comment ils devaient se comporter l’un vis à de l’autre en alternant le rôle de ravisseur puis d’otage toutes les deux heures, lorsque la nouvelle de la capture des deux otages français tomba sur les téléscripteurs. 

Leur vie bascula à nouveau.

Voyant là une intervention divine qui condamnait leur entreprise de ” s’auto-kidnapper “, ils se ravisèrent et décidèrent d’hypothéquer leur maison afin d’engager la totalité des fonds récoltés sur la longévité de la prise d’otage. Tirant les leçons du fiasco colombien, ils adoptèrent une tactique plus prudente en misant sur une capture dépassant les 500 jours, pari côté à 3.5/1. Le 13 mai, le cap des 500 jours était enfin atteint. La confirmation de la réussite de leur pari par le site betotage.com, tomba en plein milieu du pataquès de la suite 2086. Ils dûrent attendre que Nafitassou Diallo se décidât enfin à porter plainte pour se congratuler en se livrant à cette danse de joie, synonyme que la chance avait enfin tourné et que désormais un avenir radieux s’offrait à eux.

Hélas pour eux, en misant cette semaine, sur une élimination quasi certaine de l’Olympique Lyonnais en Ligue des Champions, ils se retrouvent à nouveaux déplumés et songent à présent à mettre à exécution leur plan de capture réciproque, en misant sur une détention dépassant les 2222 jours. Les paris sont ouverts.

14 commentaires pour “La danse de la joie, explication finale.”

  1. Franchement, une telle affaire valait-elle le coup d’éventrer votre chat pour lui piquer ses instestins ?

  2. avant ou après son régime “otage”, la photo d’ingrid ?
    ah pardon, la danse de la joie? aucune idée, je n’ai pas encore vu la vidéo

  3. je m’en doutais. A force de passer son temps à regarder des matchs de foot, vous passez à côté de l’essentiel.

  4. Ah ça déclenche moins les commentaires passionnés que lorsque vous parlez de l’AU L (as) Exceptés Hannah, votre chère et fidèle groupie ( que nous rêverions tous de rencontrer un jour) et ce cher Bernard, que je salue amicalement, les commentateurs avisés ne se bousculent pas au portillon. Terrible constat qui, je l’ espère, ne va pas vous pousser à transformer votre Blog en réplique de celui de Pierre Menes; Sinon, on tombe encore sur Sainté en Coupe de France, fait ch…ça fait 3 fois en deux ans…

  5. @Vinnie : Il est clair que l’homme de Vancouver, malgré la distance et de longues promenades relaxantes en raquettes au milieu de la faune sauvage, n’a pas supporté le renversement miraculeux de Zagreb. Ca le rend humain, finalement… :-)

  6. Bernard, pour la derniere fois, je vous rapelle que vancouver jouit d’un climat continental et qu’à ce titre, il neige pas ou peu. Il pleut. Ceci dit hier, un ours se promenait au centre ville.

  7. @Vinnie, comme c’est gentil, mais vous allez vous faire disputer par l’ogre qui vit ici. ce blog n’est pas un site de rencontres! (psssst, je prends des risques mais.. juste pour vous, il paraît que je ressemble à une actrice, réalisatrice et metteur en scène française -je viens de lire sa bio- passionnée par les abeilles -comme moi, parente de DSK -pas comme moi)
    sinon c’est bien vous le fan de paul McCartney?

  8. vous ressemblez à zabou ? chouette, une brune!

  9. ah mince! j’ai oublié mes 2 “H” du corps…

  10. haha encore une fois très bonne article !
    moi j’étais persuadé que les joyeux compère s’été fait attaquer par une guêpe …

  11. @Hannah ( ou Anna ? nous sommes perdus..) Je reconnais que mon post faisait un peu “Adult Finder” et vous prie de m’ en excuser. Il nous aura néanmoins permis de vous entrevoir, ce qui n’ est pas rien. Sinon c’ est bel et bien moi le fan de Macca, toujours sous le choc, une semaine après un immense concert à Bercy ( 2h50 de concert, sans interruption aucune, sans même boire un verre d’ eau ou s’éponger le front, le tout à 69 ans…) Etes vous également un adepte de Sir Paul ?

  12. @Vinnie : Mc Cartney fait encore des concerts ? Je suppose que Bercy devait ressembler à une immense maison de retraite, un vrai “festival de cannes”, ouaff.

    @Laurent S : je veux bien vous croire concernant le climat continental. je viens de me pencher sur une carte, et je peux admettre que la terrifiante étendue qui va de chez vous au pôle doit induire des contrastes thermiques assez violents. J’en déduis que vous devez aussi transpirer pendant votre court été. je ne vous plains pas particulièrement, je devine votre sens de l’adaptation, et après tout, vous l’avez voulu, mais je pense aux ours.

  13. “un léger surpoids pondéral”
    Ah Ah

  14. Une côte à 32/1, c’est une cote d’or?

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