T’as voulu voir du foot, t’as vu le trophée des champions.

C’est toujours la même litanie avec les années impaires. Au moment où s’achève la finale de la Ligue des Champions, on sait d’avance que l’été sera long, très long, horriblement long, avec son cortège de jours morts-nés, de réveils sans joies, de soirées passées à scruter l’air hagard un écran de télévision qui apparait encore plus ahuri que d’habitude, cruel dans son apparence figée, qui nous renvoie l’image d’un homme seul, défait, désemparé, buvant seul, la mine patibulaire et l’air affecté, une cannette de bière tiède et fade, le cerveau ramolli, le cœur éteint, le regard exsangue.

On a beau s’y préparer, se dire que cette année sera différente, s’organiser en tentant de se passionner vaille que vaille pour ces demeurés de coureurs qui, année après année, gravissent des cols pour mieux les redescendre, s’intéresser à des sports exotiques, s’exalter pour le championnat inter régional de la ligue féminine de curling de la région Midi Pyrénées, il arrive un moment, comme cette semaine, où l’on craque, où l’on pleurniche de longs sanglots en réclamant sa dose quotidienne de foot, où la seule vue d’un rectangle vert, même si ce n’est que celui de son crétin de voisin qui passe ses journées à bichonner son parterre de légumes bio assaisonné à la pisse de son idiot de clébard, fait naitre en nous des envies sauvages de défénestration, de plongée radicale dans les eaux saumâtres d’un fleuve sombre comme la mort, de pendaison définitive, accroché à la poutre du salon, entouré de sa collection chérie de France Football, étalée à même le parquet, comme un ultime hommage rendu à nos passions défuntes.

Cette année c’est encore bien pire. Il a fallu se taper un simulacre de mondial avec des simulacres de suffragettes de nymphettes de femmelettes même pas mignonettes, cheveux longs, idées courtes, pieds carrés( avant de mordre mes pauvres mollets, mesdemoiselles, prière de regarder sur votre droite, merci), évoluant sur un terrain trois fois trop grand pour leurs malheureuses gambettes, impuissantes à tirer un corner digne de ce nom, avec des gardiennes mêmes pas foutues d’effectuer un six mètres dépassant leur surface de réparation tandis que La Copa America a ressemblé à un long suicide assisté, avec des rencontres si ternes et si cadenassées, si pauvres et si approximatives, qu’on avait la pénible impression d’assister à une interminable procession pour un enterrement de soldats de la Grande Guerre.

D’habitude, au moins, on pouvait se consoler en suivant le mercato. Il existait toujours un feuilleton de l’été.

Ribery, t’as voulu voir Madrid, t’as vu Munich. Gourcuff, t’as voulu voir Milan, t’as vu Bordeaux. Ben Arfa, t’as voulu voir Manchester, t’as vu Newcastle.

 Mais cette année, rien. Le néant absolu. Madame Lagarde, fraichement débarquée au FMI, a sifflé la fin de la récréation et a dit, cette année, silence dans les rangs, pas une tête qui dépasse, le premier que j’entends, je le transfère au Panathinaikos. Ah si, dans la moiteur de l’été, on a appris que Laurent Bonnart, décu par le mariage de Charlène et d’Albert, quittait la principauté de Monaco pour aller se les geler dans le couloir droit lillois, que Toulalan avait échangé son trente-huit pièces place Bellecour contre une résidence sous le soleil de Malaga, que Jeremy Menez, lassé de la dolce vita, venait à Paris voir si les saints du Qatar valaient ceux d’Anita Ekberg.

Triste à pleurer. Ce soir, il parait que la saison redébute avec le trophée des champions, entre Lille et Marseille. La rencontre aura lieu à Tanger. Sans commentaire. Si ce n’est qu’on ne savait pas que Fréderic Thiriez aimait à ce point-là Paul Morand, Paul Bowles et Williams Burroughs.

5 commentaires pour “T’as voulu voir du foot, t’as vu le trophée des champions.”

  1. Ceux d’Anita sont sans équivalents, tout comme l’ennui d’une L1 où un collosse marseillais tentera d’assomer (dans les 2 sens du terme : vaincre et endormir vu l’absence de jeu marseillais et un recours à la puissance athlétique) un (trop?) joyeux ch’ti qui va devoir désaouler très vite (Gervinho, Cabaye, Rami ça fait très mal)
    bien sûr je vais regarder ce “trophée des couillons” puisque je suis en manque mais bon dieu vivement le retour de la Liga et du Barça!

  2. Pedretti/Payet ca peut être pas mal…

  3. Bon au final c’était une belle comédie à l’italienne (ou un bon sketch des Monty Pythons) : “n’importe quoi” !
    Les 2 défenses ont été sympas et ont appliqué à la lettre les consignes du réalisateur.
    Par contre merci de prévenir à l’avance pour éloigner les cardiaques de la télé, ça peut faire plus de dégats qu’un visionnage de Transformers 3…

  4. tanger, son port, son stade, ses parfums, son encens…. Trés inspirant tout ca…

  5. On peut désormais se réjouir d’être dans une année impaire, celle de l’Euro 2012 ! Même si pas mal de choses de votre article sont toujours vraies !

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