Le Brésilien qui jouait à Montpellier et qui n’existait pas

Les faux profils Facebook de footballeurs professionnels ont désormais remplacé les forums. De toute façon, la plupart des amateurs de football sont déjà habitués à ces illusions de réalité.

Jolie histoire racontée sur le blog de Dimitri Moulins, journaliste à RTL et Infosport +, selon son profil. L’autre jour, il reçoit un email en français manifestement écrit grâce à Google translate, qui lui demande combien de joueurs brésiliens évoluent à Montpellier et si notamment un certain Gabriel Hinkel y porte le numéro 90.

Comme le raconte Dimitri Moulins, «né à Valinhos, il y a 22 ans, il mesure 1m85 et pèse 83kg. Il a joué à Guarani, Juventude et Gremio, et été sélectionné en équipe du Brésil des U17», et il a 19 fans sur sa page Facebook. Sur son profil, il indique d’ailleurs qu’il est attaquant au MHSC. Sauf, que, ce joueur ne joue pas du tout là-bas, il n’y a d’ailleurs aucun Brésilien [grossière erreur du rédacteur, Hilton est en effet Brésilien, ndlr. Réponse du rédacteur: Hilton existe-t-il vraiment?]. Pour Montpellier, interrogé par Dimitri Moulins, c’est un faux CV. C’est assez courant, tout le monde triche sur ses CV, et il n’y a pas de raison que le football échappe à la règle. Pour se vendre à un club étranger, genre au Qatar ou en Chine, quoi de plus facile que de faire croire qu’on est passé par Montpellier, tout le monde n’a pas les moyens d’aller vérifier. Sur un malentendu, ça peut passer.

Cette anecdote m’en rappelle une autre, datant de janvier 2009, celle de Masal Bugduv, un petit génie moldave. Le Times avait alors publié une liste des 50 joueurs européens qui montent et, au 30e rang, se trouvait un petit gars inconnu de Chisinau qui devait signer incessamment sous peu à Arsenal (bien qu’il soit déjà un peu vieux selon les standards d’Arsène Wenger). Sauf qu’un blogueur anglais a trouvé ça louche. Il a contacté un magazine russe (qui, on le sait tous, surveille forcément l’ensemble de l’ex-URSS) et a découvert que non seulement Masal Bugduv n’existait pas, mais que le nom n’était même pas moldave. Comme le raconte un papier de Slate de l’époque, ce joueur était de fait né d’une série de fausses dépêches AP publiées sur des forums avec des phrases comme «Bugduv : “Je vais détruire le Luxembourg et rejoindre Arsenal”». Ce qui paraît peu crédible, sauf quand on sait que certains joueurs se plaignent parfois d’être des esclaves.

Pour un Källström bien réel, combien de Nikiforenko ?

Bref, le canular a été découvert et les journaux qui en avaient parlé se sont excusés. Pour Gabriel Hinkel, peut-être est-ce un faux CV, peut-être n’existe-t-il tout simplement pas. Les faux profils Facebook ont désormais remplacé les forums. De toute façon, la plupart des amateurs de football sont déjà habitués à ces illusions de réalité. Pour nous-même en tout premier lieu: gamins, nous nous sommes tous imaginés marquant pour le Milan AC ou pour le club de notre cœur, Nantes par exemple. Et lorsque l’on floque à son nom un maillot d’une grande équipe, on participe, inconsciemment d’ailleurs, à cette même création d’illusions permanentes.

Notre rapport au jeu vidéo altère également notre perception de la réalité. Depuis deux semaines, j’enchaîne les buts et les passes décisives sur New Star Soccer avec mon joueur dénommé Harry Truman. N’est-il pas devenu pour moi plus réel et attachant que le remplaçant de Montpellier que je n’ai jamais vu jouer ? Sur Football Manager et équivalent, pour un Källström acheté à 14 ans et bien vivant, combien de Nikiforenko biélorusse n’ayant jamais existé mais ayant marqué pour nous en finale de Ligue des Champions ?

Masal Bugduv, sûrement plus réel que vous et moi

Dans l’affaire Masal Bugduv, les internautes avaient cherché qui était à l’origine du canular, c’était finalement un journaliste irlandais, le nom du joueur étant un jeu de mot gaélique, se prononçant quasi comme «m’asal beag dubh», qui signifie «mon petit âne noir». Le nom d’une nouvelle d’un écrivain du début du 20e siècle, Padraic O’Conaire. Comme le racontait Brian Phillips sur Slate à l’époque, «elle raconte l’histoire d’un homme qui se fait avoir en achetant trop cher un âne paresseux, sur fond de potins de village pittoresques. On peut la lire, de façon anachronique, comme une parodie de la culture des transferts de football».

Aujourd’hui, Masal Bugduv a une page Wikipédia, qui est sans doute la meilleure garantie actuelle pour être immortel aussi longtemps que possible. Son empreinte numérique l’a rendu réel, peut-être même plus que vous et moi.

Clément Noël

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5 commentaires pour “Le Brésilien qui jouait à Montpellier et qui n’existait pas”

  1. Il y a eu aussi l’affaire Borision Ferrara du coté de St-Etienne il y a plusieurs années… Plusieurs “grands” titres de la presse sportive étaient tombées dans le panneau.

  2. Bonjour,
    Sauf erreur, Hilton est brésilien!
    Cordialement

  3. @MRET Tout à fait, c’est corrigé.

  4. Oui, je confirme, Hilton existe.
    A Marseille, il n’existait pas… Mais à Montpellier, il existe vraiment.
    En revanche, il n’y a pas d’attaquant Brésilien à Montpellier.

  5. Ah oui je me rappel de l’affaire Borision Ferrara, ça avait fait débat.

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