La guerre des Malouines s’incruste dans le foot argentin

Le croiseur General Belgrano en train de couler

Le championnat gaucho pourrait être renommé “Première division croiseur général Belgrano”. Le nom d’un bâtiment de la marine argentine envoyé par le fond lors de la guerre des Malouines, il y a trente ans.

A quand une “Ligue 1 Roncevaux” ? Une “Premier League bataille d’Hastings” ? Une “Bundesliga Stalingrad” ? Ou une “MLS Pearl Harbor” ? Le championnat argentin pourrait être renommé par la fédération gaucho “Première division croiseur général Belgrano”, du nom d’un bâtiment de la flotte argentine coulé lors de la guerre des Malouines, qui provoqua la mort de 323 marins. L’événement illustre la montée des tensions entre l’Argentine et le Royaume-Uni, à l’approche du trentième anniversaire de la campagne de 1982. A l’époque, les deux pays prennent les armes pour cet archipel de 200 îlots battu par les vents, planté dans l’Atlantique sud.

Les Argentins passent les premiers à l’offensive pour récupérer la souveraineté sur le territoire. La Couronne réplique en envoyant une flotte de guerre sur place. Pour elle, pas question d’abandonner les “Falklands”, qu’elle contrôle depuis 1823, majoritairement peuplées de descendants britanniques. Après dix semaines de campagne – 649 morts côté argentin et 258 côté britannique – le Royaume-Uni sort vainqueur.

Depuis, les tensions restent palpables. A l’approche du trentième anniversaire de la guerre, elles se font plus intenses. La présidente argentine Cristina Kirchner a annoncé le dépôt prochain d’une plainte formelle devant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale de l’ONU. Elle dénonce une nouvelle “militarisation” britannique autour des Malouines. L’arrivée sur place du Prince William, pilote de la Royal Air Force et héritier du trône, pour une mission de six semaines, n’arrange pas les choses.

C’est donc sur le terrain diplomatique et sportif que les autorités argentines ont décidé de réagir. Le projet de changement de nom du championnat – qui a débuté la semaine dernière – doit encore être entériné par le comité exécutif de la fédération. En attendant, sur le site de la fédé, on peut voir que l’opération a débuté, puisque la mention “Torneo Crucero General Belgrano” apparaît déjà.

L’affaire est loin d’être farfelue. L’an passé, le championnat de clôture (il y a deux compétitions annuelles en Argentine: l’Apertura et la Clausura) avait été rebaptisé “Tournoi Nestor Kirchner”, en hommage à l’ancien président, décédé le 27 octobre 2010. Un an plus tôt, sa femme Cristina, qui n’était pas encore veuve mais déjà présidente, avait fait acquérir par le gouvernement les droits télévisés du championnat, retransmettant les matchs sur une chaîne publique et gratuite. Le foot, un droit inaliénable en Argentine.

En tout cas, cette irruption politico-militaire dans le domaine sportif fait tiquer la Fifa. Les officiels de Zurich ont pris leur plume pour demander des comptes à la fédé argentine. “La Fifa a rappelé à l’AFA que l’article 3 de ses statuts interdit toute sorte de discrimination contre un pays, une personne privée, ou un groupe de gens sur la base des origines ethniques, de genre, de langue, de religion, de positions politiques. Tout changement potentiel du nom du championnat de première division entrerait clairement en infraction avec cet article et pourrait être sanctionné.”

Sydney Maréval

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Crédit photo AP

Un commentaire pour “La guerre des Malouines s’incruste dans le foot argentin”

  1. Oui, la FIFA est sourcilleuse sur l’intrusion du politique dans le foot…

    On va dire ça comme ça.

    Quand l’entraîneur Nord-Coréen se retrouve au goulag après les défaites à la dernière CM ou quand un Emir du Koweit descend sur la pelouse pour faire annuler un but, la FIFA est beaucoup moins chatouilleuse et chatouillée.

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