La CAN au pas des Eléphants ?

Ce supporter ghanéen vient d’apprendre que Luis Suarez courait toujours

Tout le monde le dit: la CAN 2012 qui commence samedi soir, c’est open bar pour la Côte d’Ivoire. Reste à savoir à quel moment Drogba et les siens vont se planter, et qui du Ghana, du Sénégal ou du Maroc en profitera.

La Coupe d’Afrique des Nations est de retour, deux ans après l’édition angolaise marquée par l’attaque du bus du Togo. Coorganisée par une bonne vieille dictature pétrolière (la Guinée équatoriale) et une autocratie népotique bénie de la Françafrique (le Gabon), la compet’ la plus festive du monde débute vendredi soir. La tendance devrait être à un jeu restrictif, calqué de plus en plus sur le foot européen et ses tactiques de cadenassage et de défi physique. Heureusement les gardiens, souvent au niveau bien plus faible que les attaquants, devraient encore nous gratifier de quelques bourdes pour nous remonter le moral.

En l’absence de l’Egypte, du Cameroun ou encore du Nigeria, qui ont lamentablement foiré en qualif’, la Côte d’Ivoire fait figure de grande favorite, juste devant le Ghana. Au rayon des outsiders, le Sénégal et le Maroc sont en tête de gondole. Ce sera aussi l’occasion de découvrir à quoi ressemble des footballeurs du Niger, du Botswana, du Soudan ou de Libye.

Groupe A (à Bata): Guinée équatoriale, Libye, Sénégal, Zambie

Samedi soir, Bata sera bien le palais africain de la chaussure (à crampons). Guinée équatoriale-Libye, voilà un match d’ouverture qui vend du rêve, dans un stade de 40.000 places tout neuf. S’il y a un vaincu, il sera quasiment éliminé. Le Sénégal fait en effet figure de favori dans ce groupe abordable. Après une solide campagne éliminatoire qui les a vus éjecter le Cameroun et la RD Congo, les hommes de l’ancien goleador gueugnonnais (non, ce n’est pas un oxymore) Amara Traoré avancent en outsiders du tournoi. Il faut dire que depuis le Mondial 2002, les Lions de la Teranga ont rarement eu plus fière allure: Mangane-Souleymane Diawara en défense centrale, plus Faty, le Toulousain M’Bengué ou encore Omar Daf. Le milieu est bourrin, avec N’Daw ou Lamine Sané, mais après tout, il leur suffira de donner la balle aux attaquants. Entre Niang, Sow, Demba Ba, Papiss Cissé, Issar Dia et Souleymane Camara, les Sénégalais devraient bien arriver à mettre quelques caramels au fond, et pourquoi pas à déflorer le palmarès de la sélection.

Pour le reste, la Guinée équatoriale, qui joue la CAN pour la première fois, aura l’avantage d’évoluer à domicile avec une escouade de joueurs formés en Espagne ayant pour mission d’élever un niveau pour le reste calamiteux, dixit l’ancien sélectionneur Henri Michel qui a jeté l’éponge il y a quelques semaines, blasé des ingérences politiques quotidiennes. (NB pour le lecteur non averti, ce petit pays est une ancienne colonie ibère formée d’une île principale où se trouve la capitale Malabo, de plusieurs autres petites îles, et d’une bande de terre enclavée entre le Gabon et le Cameroun, il est dirigé par Teodoro Obiang, putschiste en 1979 et depuis “réélu” avec au minimum 97% des suffrages). En tout cas, les joueurs du Nzalang national auront une certaine motivation financière à faire briller leurs couleurs.

Avec la CAN en vue, Obiang s’est fait moins saignant qu’à l’accoutumée

La Libye participe à sa troisième CAN après 1982 (finale) et 2006. Entre guerre civile et matchs à l’extérieur, la sélection libyenne est parvenue à se qualifier, c’est dire les ressources morales de ses joueurs, dont la moitié évolue à l’étranger (en Tunisie principalement). Avec un mental de fer, les Libyens viseront la deuxième place du groupe que convoite aussi la Zambie. Quart de finaliste il y a deux ans, les Chipolopolos (boulets de cuivre) ne présentent pas de noms ronflants, mais une certaine expérience. Reste à connaître l’impact d’Hervé Renard, de retour à la tête de la sélection pour le tournoi.

Groupe B (à Malabo): Côte d’Ivoire, Soudan, Burkina Faso, Angola

Avec une équipe qu’on qualifiera soit de “vieillissante”, soit d’”expérimentée”, la Côte d’Ivoire se présente en grandissime favorite d’une compétition qu’elle n’a gagné qu’une fois (en 1992), après un parcours sans faute pendant les qualifications (6 matchs, 6 victoires). La colonne vertébrale fait en effet frémir n’importe quel amateur de foot: Kolo et Yaya Touré, Tioté, Gervinho, Drogba… Plus une escouade de jeunes éléphanteaux prometteurs comme le Stéphanois Max-Alain Gradel ou l’attaquant d’Arnhem Wilfried Bony. Les Ivoiriens, qui ont tout de même largement foiré dans les compétitions précédentes, ont cette fois portes ouvertes. Avec une pression supplémentaire, celle de devoir jouer aux réconciliateurs de la Nation. La mission de Didier Drogba, totem national et par ailleurs membre de la commission vérité et réconciliation, est donc immense.

Derrière les Ivoiriens, les Etalons burkinabè ont une bonne carte à jouer. Paulo Duarte possède des joueurs majeurs estampillés Ligue 1: Bakary Koné en défense centrale, Kaboré, Pitroipa et Alain Traoré au milieu, et ce bon vieux Moumouni Dagano comme porte-flingue en attaque. A noter la présence de Bertrand Traoré, un attaquant de 16 ans qui pourrait devenir le plus jeune joueur de l’histoire de la CAN. Le Burkina Faso devra pour se qualifier se défaire du Soudan, une équipe qu’il connaît bien puisque constituée par des joueurs de deux clubs puissants sur la scène africaine: Al Hilal et El Merreikh. Dernier larron: l’Angola, expérimenté quart de finaliste des deux dernières éditions.

Groupe C (à Libreville): Gabon, Niger, Tunisie, Maroc

Là aussi, la partie ne s’annonce pas évidente pour le pays coorganisateur. Le Gabon devra en effet se défaire d’un des poids lourds du foot africain, Tunisie ou Maroc. Les Panthères pourront compter sur l’expérience et la sérénité de leur sélectionneur Gernot Rohr, et sur une génération de joueurs qui se sont imposés en Europe: Ovono dans les buts, Ecuele Manga et Brou Apanga en défense centrale, Aubameyang et Mouloungui en attaque. Preuve que cette CAN est prise très au sérieux par les Gabonnais (le président Ali Bongo a fait des pieds et des mains pour en obtenir l’organisation), plusieurs joueurs ont fait le choix de revenir au pays pour prouver leur valeur, plutôt que de cachetonner dans des clubs européens de quatrième zone. L’ancien attaquant de Rennes, Stéphane N’Guema, défend à 27 ans les couleurs de l’US Bitam, tandis que Daniel Cousin, à 35 piges bien sonnées, combat le climat local avec le paletot du FC Sapins. L’objectif est donc clair: passer le premier tour.

Bonne nouvelle pour le Gabon, la Tunisie n’est plus vraiment ce qu’elle était. Malgré tout, Adel Chedli sera encore là, tout comme Karim Haggui et Issam Jemâa (blessé pour le moment), têtes de gondole d’une équipe formée principalement de joueurs du cru, ce qui peut être un point fort dans une compétition qui ne ressemble à aucune autre (climat, terrains, public). L’Esperance Tunis a ainsi remporté la dernière Ligue des champions africainet, avec de nombreux internationaux sur le terrain.

Le Maroc se présente avec une équipe en pleine phase de revitalisation. Depuis qu’Eric Gerets traine ses guêtres et fume ses cigares du côté du royaume, les Lions de l’Atlas revivent. Benatia, Belhanda, Boussoufa, Taarabt, Carcela, Hadji, El-Harabi et Chamakh… Cette équipe a indéniablement du potentiel, et a la chance d’être cornaquée par un sélectionneur charismatique, ce qui peut faire une grosse difféerence dans un tournoi souvent serré comme la CAN.

Au rayon charisme, le Niger a été cherché le gros lot en la personne de Rolland Courbis. Le consultant star de RMC accompagne le Mena pour sa première grande compétition internationale. Tout ce qu’on connaît pour le moment du foot nigérien s’appelle Moussa Maazou, ballon de plomb 2011, dont l’ego surpasse sans forcer le talent. Courbis, “conseiller technique”, et le sélectionneur Harouna Doula, élu meilleur technicien africain 2011, ont donc du boulot, mais se veulent optimistes.

Groupe D (à Franceville): Ghana, Botswana, Guinée, Mali

L’autre groupe qui s’écharpera en terres gabonnaises présente lui aussi un belle densité. Le Ghana a bien maîtrisé les qualifs (cinq victoires et un nul), et devra montrer s’il peut évoluer au même niveau que lors de la Coupe du monde 2010 (on réclame toujours le scalp de Luis Suarez du côté d’Accra, belle récompense promise). Le groupe des Black Stars est resté quasiment le même: John Mensah et son corps en carton, John Pantsil, Anthony Annan et Asamoah Gyan sont toujours là (même si ce dernier est blessé). Les jeunes, dont beaucoup étaient déjà de l’escouade finaliste il y a deux ans, sont appelés à prendre leurs responsabilités dans le sillage des frères Ayew, avec le jeune milieu Abu, et les défensurs vus en France John Boye (Rennes) et Jonathan Mensah (Evian). Au niveau des caractériels, l’équipe a troqué Kevin-Prince Boateng, qui préfère s’amuser avec Zlatan à Milan, pour Suley Muntari, ex-bad boy revenu en grâce.

Essien absent, les Ghanéens peuvent au moins changer de danse

Face à l’étoile noire, les troupes rebelles seront emmenées par un chômeur, Pascal Feindouno. Actuellement sans club, Pascualito sera là avec le Syli national. La Guinée, qui a dépassé une grave crise interne, a tout de même éliminé le Nigeria en qualif’. De quoi se placer parmi les prétendants au podium ? Pas vraiment selon le sélectionneur Michel Dussuyer, qui serait bien content de passer le premier tour. Autre équipe ouest-africaine de cette poule D, le Mali d’Alain Giresse qui prétend lui aussi jouer les outsiders. Les Aigles présentent une formation au fort impact physique: Cédric Kanté et Mohamed Fofana (de Toulouse) en défense, Bakaye Traoré, Samba et Drissa Diakhité au milieu, Cheikh Diabaté en attaque, ça fait de la taille et du muscle. Privés de Momo Sissoko, ils se reposeront sur deux joueurs en particulier: Modibo Maïga, dont personne ne connaît le niveau actuel, et Seydou Keïta, revenu après bouderie. Dernière équipe de ce groupe D, le surprenant Botswana, dont on est bien en peine de parler… Les 23 Zèbres évoluent en effet soit dans leur pays, soit en Afrique du sud, ce qui ne les a pas empêchés de devancer la Tunisie et de se qualifier pour leur première CAN.

La finale aura lieu le 12 février. On espère se tromper, mais tout est prêt pour un Côte d’Ivoire-Ghana remake de l’assommante finale 92 (11-10 aux tirs au but). D’ici là, le programme est ici, et les matchs sur Orange sport.

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Ludovic Job

Photos: Reuters – Amr Abdallah Dalsh/Luc Gnago

5 commentaires pour “La CAN au pas des Eléphants ?”

  1. N’importe quoi, c’est le ghana qui est favoris.
    c’est la meilleur équipe en Afrique depuis 5 ans…

    En France, on nous vends la cote d’ivoire car Drogba a joué à l’OM et qu’il passe régulièrement sur Telefoot…

  2. […] …De Sports.frSports.frCoup d'envoi, samedi : seize équipes pour un titreAufait Marocla CAN au pas des Eléphants ?Slate.fr (Blog)S’informer en temps réel -FIFA.com -Le Soleil72 autres […]

  3. […] calmes"Eurosport.com FRGhana, Côte d'Ivoire et Sénégal à l'assaut de la coupeRFIla CAN au pas des Eléphants ?Slate.fr (Blog)1jour1pari.com -AP Sénégalaise -Chronofoot131 autres […]

  4. “sports.fr” tout est dit…

  5. […] et le Sénégal cités comme favoris, et pour le Maroc, grand outsider de cette CAN-2012. …la CAN au pas des Eléphants ?Slate.fr (Blog)De Sports.frSports.frCan 2012-J-2: Seize équipes et trois favoris sur la ligne de […]

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