Le nouveau pays Qatar

Il est bien loin le temps où le Qatar n’était qu’une sympathique maison de retraite pour footballeurs en fin de carrière. Le PSG est passé officiellement aujourd’hui sous le contrôle des émirs. Mais plusieurs autres secteurs du foot européens ont déjà été investis par ce petit Etat du golfe qui veut manger à la table des grands. Tour d’horizon.

D’ici à la Coupe du monde 2022, il faut bien s’occuper. Les décidément très sportifs dirigeants qataris continuent leurs emplettes sur le marché du foot européen. Lentement, mais sûrement. Une bien belle ode au  soft power théorisé par Joseph Nye et une stratégie claire: se servir du sport -et du foot en particulier- pour rayonner sur la scène internationale. Tous les vecteurs sont utilisés: rachats de clubs, acquisitions de droits télés et sponsoring maillots.

Le PSG

Nasser El-Khelaifi, ami et homme de confiance du prince héritier qatari Tamin bin Hamad al-Thani, est devenu aujourd’hui le nouveau propriétaire du Paris Saint-Germain. Un beau jouet acquis pour la bagatelle de 40 millions d’euros. Ne vous y trompez pas: le club de la capitale n’a pas vocation à être rentable. Il est surtout un formidable outil de relations publiques (la Tour Eiffel sur le logo du maillot, le Parc des Princes…) pour les Qataris. El-Khelaifi, directeur général d’Al-Jazeera Sport depuis 2006, investit par le biais de Qatar Sport Investment (QSI), un fonds d’investissement créé par la famille régnante et dont l’objectif de marketing politique est clairement affiché dans sa profession de foi.

 

Malaga

L’Espagne a été le premier terrain de jeu du Qatar. L’été dernier, le Cheikh Abdallah Ben Nasser Al-Thani, membre de la famille princière, s’est offert le Málaga Club de Fútbol pour 36 millions d’euros. Après une première saison délicate (la formation andalouse n’a terminé que 11ème de la Liga), de gros moyens ont été mis: le Lyonnais Jérémy Toulalan a rejoint le soleil espagnol contre 11 millions d’euros. Autres recrues: Van Nistelrooy, Mathijsen, en attendant peut-être le Marseillais Lucho Gonzalez… Du solide entre les mains de Manuel Pellegrini, ex-coach du Real Madrid.

 

La télé

On connaît surtout Al-Jazeera pour ses cassettes de feu Oussama Ben Laden, voire sa couverture des révolutions arabes. La chaîne qatarie a aussi largement investi le marché du sport. Cela “s’inscrit dans une stratégie de divertissement globale”, expliquait le journaliste Frédéric Martel dans une récente interview à So Foot. Al-Jazeera diffusait déjà toutes les compétitions européennes majeures, elle a cru bon de mettre un coup de collier pour offrir une bonne dose de Ligue 1 à ses abonnés. L’attrait de Dijon, Ajaccio et Evian-Thonon Gaillard, sûrement.

La chaîne a ainsi remporté le lot 5 du dernier appel d’offres pour les droits télés de la Ligue 1. 95 millions d’euros pour 2 matches par week-end (des affiches de deuxième choix cependant). Un canal dédié sera lancé prochainement, dirigé par Charles Biétry. Last but not least, Al-Jazeera a aussi acheté les droits de diffusion de la Ligue 1 à l’étranger à compter de la saison 2012-2013. Facture: 195 millions d’euros. Ce sont les protégés de David Douillet, nouveau secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger, qui vont être contents.

Les maillots

Difficile de faire plus symbolique. L’hiver dernier, la Fondation du Qatar a réussi à rafler le sponsoring du maillot blaugrana. Oui, l’immaculée tunique du FC Barcelone, qui s’était tout juste offerte à l’Unicef en 2006 (et encore, le club espagnol versait 2 millions d’euros par an au fonds des Nations unies pour l’enfance). Le tout pour la modique somme de 150 millions d’euros pour la période 2012-2016.

Moins sexy, mais tout aussi significatif de la poussée qatarie, l’arrivée sur le marché d’un nouvel équipementier venu du chaud: Burrda. La marque helvético-qatarie habillait déjà les loups de Wolverhampton (Premier League), le Watford FC ou Leicester City (Championship). Elle vêtira dès cette saison l’OGC Nice. Le soft power qatari passe donc aussi par François Clerc, Julien Sablé et Renato Civelli.

Sydney Maréval

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Photo: Villagio Mall, un centre commercial de Doha. REUTERS/Fadi Al-Assaad

Un commentaire pour “Le nouveau pays Qatar”

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