Anelka, l’idole ratée

SOCCER-CHAMPIONS/GazzaAvatarDommage. Les foules aiment conspuer les personnes honnies. Mais Chelsea a décidé de protéger Nicolas Anelka et de ne pas l’aligner au Vélodrome contre Marseille mercredi soir. L’homme est trop détesté dans l’Hexagone. La faute à une attitude bling-bling et à un épisode sud-af’ calamiteux. Pourtant, l’attaquant avait tout pour devenir une nouvelle idole.

C’est raté, autant en raison d’une mauvaise gestion de son image que d’une communication trop orientée sur ses origines. Dernier exemple en date, son interview croisée avec Booba. Un entretien à lire dans Les Inrocks ou sur leur site Internet. Le cri de la cité. Écouter ou lire Anelka revient à entendre un cri de la cité. Tous les propos tournent constamment autour des cités et des clichés qu’elles véhiculent. Islam, immigration et anti-nationalisme. Comme s’il s’agissait du seul prisme pertinent pour comprendre ce garçon.

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Question du journaliste des Inrocks: «Le fait d’être de la cité et de le revendiquer a joué contre toi?»

Réponse: «C’est surtout le fait d’être le premier joueur à venir de la cité et à avoir une Ferrari qui donne mal à la tête aux gens.»

OOoooohhhh. Pauvre petit Nicolas, il découvre qu’avoir de l’argent attise la jalousie et la moquerie des autres… C’est vrai qu’il doit bien être la première personne moquée parce qu’elle étale un luxe ostentatoire avant même d’avoir réellement fait ses preuves. Nicolas Sarkozy, blanc et catholique de Neuilly, n’a pas subi l

e même traitement médiatique lors de son accession au pouvoir en 2007? Les arrivistes nonchalants ont du mal à se faire aimer, quelles que soient leurs origines.

Bien conseillé, Nico aurait pu se faire filmer dans sa cité natale de Trappes, traînant avec ses potes d’avant son ascension sociale. Téléfoot ou Stade 2 auraient «obtenu» une interview de sa mère. Plan serré sur un visage au bord des larmes lorsqu’elle raconte les galères de la famille Anelka. Puis le champ s’élargit pour montrer le bonheur familial dans le nouveau logis payé par le fiston.

On lui reproche de ne pas passer par des agents du milieu et de trop se reposer sur ses frères. La réponse aurait pu être simple. Pourquoi engraisser des agents inconnus qui ne penseront certainement pas à son bien être alors que ses frangins peuvent faire le taf? Son choix lui a plutôt réussi au regard de son palmarès. Il ne s’est pas perdu comme tant d’autres jeunes vraiment mal conseillés par des agents professionnels. Mais là encore, Nico est avare en explication.

Toute sa carrière, il la joue enfant des cités –«Je donne mon opinion, déclare-t-il à France Soir avant le Marseille-Chelsea. L’opinion d’un simple banlieusard» – secret et clinquant. De quoi attiser les rumeurs.

A la décharge du footballeur, plusieurs personnes l’enferment volontiers dans ce prisme-là. Quand il déclare «On disait «Ribéry a frappé Gourcuff. Gourcuff, le bon Français, Ribéry, le musulman». C’est parti trop loin. Quand on ne gagne pas, en France, on parle tout de suite des religions, des couleurs… », il fait bien sûr référence aux propos du présenté comme philosophe Alain Finkielkraut sur Europe 1.


Sur ce coup, le vieil Alain est à la philo ce que les frères Bogdanov sont à la science… il parle de ce qu’il ne connaît pas («Jacques-Alain Boumsong»!). Pour le paraphraser, il est temps de ne plus confier les commentaires à des généralistes arrogants, et de sélectionner plutôt des spécialistes éclairés. Dire que des «divisions ethniques et religieuses» minent le groupe quant on n’a jamais mis les pieds à un entraînement de l’EDF, cela relève de l’irresponsabilité. Car certaines personnes ont cru le bon Finki, d’autant plus que ses thèses fantasmées ont été reprises par le troll préféré du PAF, Eric Zemmour

A partir de ces deux exemples, Nico généralise allègrement. «On a vu le vrai visage de la France.» Oulà, rassure-toi! Zemmour et Finkielkraut ne représentent pas la France, loin de là. Leurs jugements à l’emporte-pièce sur tous les sujets qui leur passent sous le nez, amusent ou agacent une partie de leur auditoire. Mais non, Anelka généralise et s’en prend à la France entière. Quand Cantona avait des problèmes à régler avec certaines personnes, il «pissait au cul de CERTAINS journalistes», mais il n’enfonçait pas le monde entier pour autant.

Le numéro 39 de Chelsea mélange tout et tout le monde. La France est coupable, selon lui , de penser comme deux-trois bouffeurs de micros avides d’exprimer leur opinion sur tout et n’importe quoi. Ce faisant, il insulte l’intelligence de chacun et perd ainsi ses défenseurs. Une posture qu’analyse bien Jean-louis Valentin, ancien DG adjoint de la FFF, au micro de RMC. «J’ai pris ses propos avec une certaine indifférence parce que Nicolas Anelka joue un rôle qui est celui de l’éternel incompris. Cet entretien au fond c’est ça: «je ne suis pas compris», « on ne m’aime pas en France », « on jalouse ma réussite » etc… Je connais ce raisonnement. Je pense qu’il n’est pas conforme à la réalité des choses. Mais chacun est libre de ses positions, donc Anelka a le droit de dire ce qu’il pense ».

Non,  la «mentalité française» ne rejette pas Anelka. C’est lui qui fait tout pour s’en détacher. Même l’épisode en Afrique du Sud aurait pu lui permettre d’être l’enfant chéri du foot français. Il aurait pu être celui qui a dit «non», celui qui ose dire ce que tout le monde pense tout bas. Nico aurait pu faire une conf’ de presse, dire que Ray-la-malice ne comprenait rien, que les barons de la FFF ne connaissaient pas les joueurs et que L’Equipe titrait sur des propos inexacts. Bien sûr une bonne partie des observateurs l’aurait tout autant conspué. Mais il aurait aussi été applaudi, la France aime les rebelles.

Encore un rendez-vous manqué. Nico la joue solitaire et crache même sur ses anciens équipiers qu’il avait mis dans une situation impossible. «Moi, si Evra ou Abidal avaient été virés, je serais parti avec eux. Chacun sa façon de fonctionner.» Et pour s’assurer de bien se mettre tout le monde à dos, l’attaquant de pointe décroche: «En équipe de France, je n’ai jamais voulu chanter La Marseillaise, ça ne m’est jamais venu à l’idée. Et si on m’avait demandé de le faire, j’aurais refusé, j’aurais quitté l’équipe.»

Tant pis, Anelka est une éternelle victime et s’est lui même construit dans la peau du cowboy solitaire. Une posture bien de chez nous.


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Olivier Monod

Crédit photo: Nicolas Anelka le 3 novembre 2010. REUTERS/Eddie Keogh

et couverture des Inrocks du 1er décembre


15 commentaires pour “Anelka, l’idole ratée”

  1. Cet article change un peu du reste. Mais sinon ça fait un article négatif de plus sur Anelka.
    S’il n’a pas envie d’être une star c’est son affaire, pourquoi lui reprocher ? S’il n’a pas envie de travailler son image, pareil. Tout le monde fait de la com’ aujourd’hui, alors ça change.
    Rappelons aussi que Bachelot a parlé de “caïds immatures” à l’Assemblée. Et ça c’est la voix de la France.
    Sinon, en tant que lecteur, j’aimerais bien un article qui tente d’expliquer le désamour d’Anelka pour le poste de numéro 9. C’est rare pour un attaquant.

  2. Olivier Monod vous dites n’importe quoi ca en devient navrant

  3. Sévèrement taclé,je ne me relèverai pas…
    http://www.youtube.com/watch?v=jzEGkmY-Vio

  4. Etrange, je ne le trouve pas mauvais cet article, meme interessant et a la limite moderne car melangeant videos decalees et pertinantes (celle de Canto illustre l mabiguite heros/pauvre type des medias).
    Quant a la reponse aux commentaires, elle est rare et carrement drole

  5. Quand un joueur joue pour son équipe national, il a le devoir d’exemplarité car il représente les valeurs du sport et de son pays.
    C’est un honneur suprême et ça doit le rester.
    Et des devoirs (tout court).

    “La Marseillaise, ça ne m’est jamais venu à l’idée. Et si on m’avait demandé de le faire, j’aurais refusé, j’aurais quitté l’équipe”
    ça va écorcher sa fierté de chanter l’hymne qui représente son pays?
    S’il est pas content soit il change de nationalité soit il ne représente pas son pays.

    Ce n’est pas une bande de potes qui vont en boite et sorte comme ci de rien n’était. le dit “Moi, si Evra ou Abidal avaient été virés, je serais parti avec eux.”

    Sachant qu’en équipe nationale, la pression est plus énorme que celle en club.

    Puis jalouser sa réussite c’est fini ce discours, vieux comme le foot. Les gens n’aiment pas les gens qui crachent sur les autres au nom de leur réussite.
    C’est plutot Anelka qui n’a jamais cherché à comprendre les intentions des gens. De plus en étant toujours entouré de même personnes du même milieu, ça incite pas à l’ouverture d’esprit.

    Anelka n’a jamais assumé cela sur le terrain et en dehors.

  6. @Nanator, attention avec l’argument de la Marseillaise. la lecture du SoFoot de ce mois-ci nous apprend que Platini n’a jamais chanté l’hymne national, sans que cela ne lui soit jamais reproché.

  7. Anelka a réussi à incarner tout ce que le public peut rejeter dans le foot business et dans le sport professionnel en général.

    Individualiste à 100% dans un sport d’équipe
    Aucun respect, aucune fidélité, pour les clubs où il a joué, et où il a été (trop) grassement payé il incarne le mercenaire type qui se vend au plus offrant. A se demander s’il aime vraiment le foot, on a toujours l’impression qu’il est sur le terrain par hasard…

    Jalouser sa réussite ? quelle réussite ? Il a échoué dans tous les grands clubs où il aurait pu briller, quant à l’EDF, n’en parlons pas il ya fait de la figuration en jeu, et n’a été bon qu’à mettre la zizanie, et ce avec 3 entraineurs différents…
    il adore se poser en victime incomprise issue de la banlieue et à qui on viendrait reprocher ses origines. Mais tout le monde se fiche de ses origines, au contraire s’il avait éé vraiment brillant, cela aurait pu être un exemple positif pour d’autres. Avec son attitude,le message qu’il fait passer est de prendre le fric, le plus possible, et surtout pas les responsabilités qui vont avec…
    Ce type a un petit pois à la place du cerveau.
    Vous l’avez compris, je n’aime pas le personnage…

  8. Belle demonstration, juste et loyale

  9. @ fande nico

    je n’ai pas revendiqué une quelconque objectivité 😉
    C’est épidermique.

  10. On peut faire mille analyses sur Anelka (et celle là est plutot intéressante) mais finalement on en revient toujours au point de départ:

    Le problème avec Anelka c’est qu’il est très bête.

    Ensuite, qu’il soit banlieusard, riche, noir, musulman (?), expatrié à Londres, avant-centre… c’est assez secondaire.

  11. @generalalcazar

    Je suis en grande partie de votre avis, les gens voient en Anelka les trucs moches du sport business mais aussi ceux qui aime le foot voient bien qu’il est doué!
    Oui Anelka est doué pour le football! Ok pas comme Zidane, c’est pas un joueur de légende ni même un grand joueur mais c’est un bon joueur. Et c’est là que le truc clash avec le public, ce gars a du talent mais en fait il aime pas le jeu, et c’est pour ça qu’il est pas devenu Titi HENRY. Pour Nicolas Anelka, le football, c’est juste un vecteur de sa réussite et là forcement le public le lâche. Lui, il est content de sa réussite, car il a su toujours rebondir (après le REAL, le PSG, etc.) mais dans le foot, il faut donner beaucoup et Anelka, lui, il traite cela comme un cadre sup! Footballeur pro, c’est pas métier comme un autre dans la tete du public, on veut s’imaginer que ces gars sont des passionnés mais avec Nico c’est pas ça…

  12. Les clashs avec le publics n’ont lieu que rétrospectivement, en quelques sortes : personne n’en voudrait à Anelka d’être un con capricieux s’il avait montré de l’enthousiasme (et de la réussite, peut-être) sur le terrain.

  13. Nicolas Anelka ne me dérange pas et au contraire je suis toujours content pour lui lorsqu’il fait un bon match.

    Certain oublie que le football c’est un métier comme un autre à la différence qu’il paie très très très bien. Alors c’est pas moi qui lui en voudrait de ne pas arrivé grand sourire sur le terrain, de ne pas l’entendre dire que le foot c’est sa passion, sa vie… A moins que vous, vous soyez absolument irréprochable et que vous soyez toujours aussi heureux d’aller travailler alors tant mieux pour vous.
    Du moment qu’il fasse bien son travail c’est tout ce qu’on lui demande et il l’a assez bien prouvé ! Excepté en EDF certes, mais il n’est pas le seul. De plus certain oublie aussi que jouer dans un club où tu es 7j/7 avec les mêmes coéquipiers, que tu as tout tes automatismes… et jouer en équipe national où tu te retrouves 1 fois tout les 3 mois pour 1 match et 3 jours d’entrainements ce n’est pas pareil !
    Ne citez pas l’exemple de l’Espagne puisqu’ils jouent presque tous dans 2 clubs différents : Barça – Réal ! (Ce qui d’ailleurs appuie ce que je viens de dire)

    Et pour l’histoire de la marseillaise, Platini a très bien exprimé ce que pense : Les paroles sont tellement violentes qu’elles n’ont aucun rapport avec un simple match de foot et n’ont rien à voir avec son contexte historique ! Donc, qu’Anelka ne la chante pas n’est pas gênant le moins du monde !

  14. Ca c’est de la conclusion !
    Pour le reste, il n’y a qu’à lire les interviews… et revoir le placement d’Anelka-avant-centre contre le Mexique en 1re mi-temps.

  15. a svoir aussi michel platini ne chanter pas la marseillaise…

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