La sélection du Togo était en toc

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LucarelliAvatarTeddyBertinAvatarIl y a quelques jours, le Bahreïn a étrillé une fausse équipe du Togo. Sur fond d’agents véreux et de commissions occultes, l’équipe était composée de joueurs inconnus, sans doute même pas togolais. Et ce n’est pas la première fois…

Neuf mois après la fusillade de Cabinda, deux morts lors de la dernière CAN, on réentend parler du foot togolais. Cette fois, à propos d’une équipe fantôme. C’était un match amical entre le Bahreïn et le Togo, le 7 septembre dernier, au stade national de Manama. Le genre de match dont même Football365 oublie de préciser le résultat.

Score final: 3-0 pour la sélection du Golfe, sur des réalisations de Jaycee Okwunwanne (doublé) et Ismaeil Abdullatif. Le lendemain, la Fifa, sur son site Internet salue la victoire “impressionnante” des hommes en rouge, en pleine préparation pour le championnat d’Asie de l’ouest. Fin de l’histoire? Non, car quelques jours plus tard, on apprend que les onze types présentés comme les Eperviers togolais n’étaient pas membres de la sélection nationale. L’équipe envoyée dans le Golfe ne serait qu’une vulgaire imitation, comme la plupart des maillots de foot que l’on trouve au marché en Afrique.

Sur le site jeuneafrique.com, le ministre des sports togolais, Christophe Tchao, s’emporte: “Personne n’a jamais été informé d’un tel match. Nous allons mener les enquêtes pour démasquer tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire.” Même topo du côté bahreïni: ”Le très mauvais jeu des Togolais nous a surpris (le placement défensif aléatoire de la défense jaune aurait pourtant pu l’alerter, ndlr), mais de là à penser que nous avions affaire à une fausse équipe…” Josef Hickersberger, le coach d’Al Ahmar, explique à Gulf News que les adversaires “n’avaient pas la condition physique pour jouer un match pendant 90 minutes“. “C’était une pure perte de temps.”

Matches amicaux, mode d’emploi

Qui étaient donc les tocards alignés à Riffa? Le véritable onze togolais – d’ailleurs mal barré dans la phase de qualifications pour la CAN 2012 – venait lui de perdre trois jours auparavant en match officiel contre le Botswana (1-2). La fédération bahreïnie plaide la bonne foi. Elle dit avoir organisé la rencontre par le biais d’un agent agréé par la Fifa, avec lequel elle aurait déjà collaboré par le passé. Elle affirme aussi avoir échangé des courriers avec son homologue togolaise pour arranger les visas et le déplacement des joueurs.

Le Guardian est plus précis. Selon le quotidien britannique, les Togolais ont fourni une liste initiale de 20 joueurs, incluant numéros de passeports et dates de naissance, avant de dégainer une liste complètement différente de 18 joueurs quelques minutes avant le début du match. Les autorités des deux pays ont lancé des enquêtes, chacune de son côté.

Pourtant, le bazar qui règne au sein de la Fédération togolaise incite à regarder davantage de ce côté. Pour bien comprendre le déroulé de l’affaire, jetons un oeil aux règles de la Fifa en matière de matches amicaux, et notamment au “règlement relatif aux agents organisateurs de matches” (article 16, alinéa 3).

Article 1
En matière d’organisation de matches, le recours à des agents est autorisé.

Article 2
Pour l’organisation de matches entre équipes provenant de confédérations différentes, les agents doivent être en possession d’une licence délivrée par la FIFA.

Le match Bahreïn-Togo entre dans ce cas de figure, puisqu’une équipe appartient à la confédération asiatique, l’autre à la confédération africaine. Comme nous l’a confié un agent organisateur de match africain, accrédité auprès de la Fifa (la liste est visible ici), “un match amical peut tout à fait être organisé directement entre les deux fédération, sans agent”. Mais le plus souvent, elles préfèrent recourir à un intermédiaire.

Le jeu des agents

En général, il y a deux agents qui représentent chacun une fédération. En Afrique, il n’est pas rare qu’ils doivent payer de leur poche les billets d’avion des joueurs, les chambres d’hôtel. La fédération peut leur demander une avance de 50.000-60.000 euros. Ensuite, il s’agit de négocier avec elle un pourcentage des recettes (billetterie, droits télé, ndlr) qu’elle touche sur le match.” Selon l’article 19, cette part ne peut dépasser “25% du montant qu’il a obtenu en faveur du club ou de l’association nationale qu’il représente”. Autant dire qu’il vaut mieux dealer un France-Côte d’Ivoire qu’un Albanie-Lesotho…

A en croire la fédération du Bahreïn, le match amical aurait bien été négocié avec des représentants togolais. Sauf que la fédé de Lomé est un vrai boxon. En décembre 2009, son président, le Colonel Rock Balakiyèm Gnassingbé, demi-frère de Faure, est viré, sur décision de la Fifa. Il est remplacé par un comité intérimaire, chargé d’organiser de nouvelles élections, et à la tête duquel on trouve le général Seiyi Memene.

L’ancien entraîneur suspecté

Mais le général est encore loin de tout contrôler. Au cœur des suspicions, on retrouve Bana Tchanilé, un ancien entraîneur des Eperviers. Suspendu pour deux ans de ses fonctions à la fédération, Tchanilé officierait encore comme le raconte libération.fr. D’après Dimas Dzidoko, directeur du journal togolais “Le Forum de la semaine” et membre de la commission “médias” de la fédération de foot, Tchanilé “était dans le Golfe récemment“. Il parle aussi de “200.000 dollars” pour l’organisation du matche et d’une équipe composée de Nigériens.

Tchanilé n’en serait pas à son coup d’essai. Comme le relate Jeune Afrique, “il y a quelques semaines, l’ex-entraîneur des Éperviers du Togo, Bana Tchanilé (..) a été reconnu coupable d’avoir fait jouer à un tournoi au Caire, une équipe de son centre de formation sous les couleurs nationales. Au cours de cette compétition, le Togo a aussi été battu respectivement par l’Égypte (7-0) et le Maroc (5-0)”. En France, c’est un peu comme si Jacques Santini, entraîneur-adjoint actuel de Lens, faisait jouer sous les couleurs de la France les Ch’tis du centre de formation. Inimaginable? Le Togo l’a fait. D’une certaine manière, respect.

Bana Tchanilé a-t-il récidivé ? On verra les résultats des enquêtes. En tous cas, ce nouvel avatar des déboires du foot togolais doit sûrement conforter Emmanuel Adebayor dans sa décision de se ranger de la sélection. L’attaquant de Manchester City avait justifié sa décision par la fusillade de Cabinda qui continuerait de le hanter. Peut-être qu’il en avait en fait juste marre du bordelisme de la fédé, avec sa fâcheuse manie de ne pas indemniser ses joueurs. Stabilité? Sérénité? Long way Togo…

Sydney Maréval et Lilian Murati

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2 commentaires pour “La sélection du Togo était en toc”

  1. […] La sélection du Togo était en toc – Plat du Pied Sécurité […]

  2. décidément le togo n’arrêtera pas de défrayer en mal la chronique sportive.après le détournement des fonds du mondial 2006, la suspension par la CAF du président de la fédération togolaise de football dès son accession à la présidence du ftf pour tentative trucage de match, c’est aujourd’hui par le biais d’organisateurs véreux, la bassesse d’engager l’honneur de leur pays dans un pseudo match amical international.
    le togo fait honte à l’Afrique,à l’heure ou le monde entier se rue sur l’Afrique à la recherche des talents comme drogba,eto’o,les frères touré, keita
    et bien d’autres que le togo ne vienne ruiner les efforts et exploits de nos valeureux fils .
    la caf doit prendre des sanctions à ‘l’endroit de la fédé togolaise pour leur manque de professionnalisme et leur pub triste et récurrente dans l’actualité sportive.

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